‹ Mémoires et souvenirs (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · LOUIS DE FROTTE ET MÎCHELOT MOULIN 7I · texte numérisé non relu

LOUIS DE FROTTE ET MÎCHELOT MOULIN 7I

comment, lâchement trompé par le général Guidai Ti), il ftit assasiné à Verneuil le i8 février 1800 {2). Trois jours auparavant, au moment de partir pour Alençon, agité de sinistres pressentiments, malgré le sauf-conduit qui lui avait été remis, il fit de touchants adieux à ses camarades, qu'il ne devait plus revoir. Tirant Moulin h part : < Je ne m'abuse pas, mon cher Michelot », lui ditil. < Je sais que je vais à la mort ; mais je me sacrifie de bon cœur pour le salut d'un pays et d'une armée qui me furent toujours chers et pour lesquels il m'est précieux de verser mon sang. Adieu, mon ami, souvienstoi du pauvre Frotté. Je te recommande mes braves et malheureux compagnons d'armes. > Moulin ajoute, dans ses Mémoires : < Telles furent les dernières paroles que m'adressa ce jeune héros (;), dont je me ferai toujours gloire d'avoir été l'ami et d'avoir partagé les travaux. Son cœur fut bon, son Ame grande, généreuse et élevée, et ses talents au-dessus de sa fortune. S'il eût été placé sur un plus grand théâtre, il aurait joué un rôle digne des plus grands noms (4). » L'Histoire, j'en ai pour garant le beau livre de M. de La Sicotière, parlera de Frotté comme en parle ici l'humble taillandier de Saint- Jean-des-Bois.

Après la mort de Frotté, sa petite armée fut dissoute ; officiers et soldats furent obligés de demander individuellement une lettre d'amnistie. Moulin échappa à l'hu-

(i) Le généra! Guidai était destiné à recevoir longtemps après le juste salaire de sa peridie. Ayant pris part au complot du général Malet il fut condamné et exécuté avec lui le 29 octobre 1812. Il marcha au supplice avec des pleurs, des cris et des imprécations furieuses contre le tyran : contraste singulier avec le sang-froid courageux des autres victimes I

(2) Voir tu tone II du livre de M. de la Sicotière, p. 4^2 et suivantes, un admirable récit de la mort de Frotté.

(3) Le comte de Frotté n'était dgé que de 34 ans. (j) Mémoires, p, 180,

miliation de venir faire sa soumission en personne, grâce à la bienveillance du chef de bataillon Lestienne, qui commandait à Mortain, et qui lui envoya une carte d'amnistie, constatant qu*il avait fait les déclarations voulues et déposé ses armes. Au mois d'avril 1800, après le départ de Guidai, il alla trouver à Caen le général Gardanne, afin de lui demander un sauf-conduit pour Tabbé Briône, qui avait suivi en qualité d'aumônier les colonnes de l'armée de M. de Frotté, Le général le reçut à merveille, causa longuement avec lui, et tout à coup lui proposa du service dans les armées de la République, s'engageant à lui faire obtenir le grade correspondant à celui qu'il avait chez les Chouans : c'était celui de lieutenant-colonel. Après beaucoup de compliments sur sa bravoure, son intelligence et sa fidélité, Gardanne termina en disant: « Si vous aviez fait pour la République ce que vous venez de faire pour le Roi, vous seriez général. » Moulin répondit : < Ce n'est point l'ambition qui m'a fait agir. Au contraire, j'ai refusé de l'avancement dans l'armée royale, parce que je ne me croyais pas de capacité ni de talents suffisants pour occuper un grade supérieur â celui que j'avais. » Il ajouta que tout son désir était de rester tranquille chez lui et d'y vivre désormais en paix. « Ce n'est là qu'une défaite, reprit Gardanne, une feinte qui cache mal vos véritables projets. Si vous repoussez ma proposition, c'est qu'évidemment vous êtes encore soutenu par les chefs de votre parti ; car enfin vous n'avez aucune fortune : quels seront vos moyens d'existence? > Michelot Moulin de répliquer qu'il espérait trouver des moyens de vivre dans son travail et son industrie ; qu'autrefois son père faisait des faulx, et que son intention était de prendre cet état. <f Je ne le croirai, dit le général, que lorsque je vous verrai travailler. Chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel, ayant de plus un bras cassé, vous n'allez pas vous faire taillandier. Votre intention n'est point

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