NAPOLÉON INTIME
En 18S7, le prince Napoléon-Jérôme publia un volume intitulé : Napoléon et ses détracteurs. Ce titre conviendrait également au livre que vient de faire paraître M. Arthur Lévy. Comme le prince Napoléon, M. Lévy s'est propos ' de réfuter M. Taine, de répondre aux deux articles publiés par Tillustre historien dans la Repue des Deux Mondes des ij février et i" mars 1887. Qu'il soit parvenu à détruire le formidable réquisitoire de M. Taine, je n'en voudrais pas répondre ; ce qui est certain, en tout cas, c'est que sa plaidoirie a une tout autre valeur que celle du prince Napoléon.
Et d'abord, le neveu de l'empereur, sous couleur de nous offrir un volume, ne nous avait donné qu'une courte brochure. 11 avait si bien rogné sur les lignes, il s'était montré si large sur les marges et les blancs, que son texte se pouvait comparer à ces minces filets d'eau qui glissent sans bruit au fond du vallon, où l'œil a peine à
(I) NapoUwt intimet par M. Arthur Lévy. ~ Un volame grand in-8; Plon^ Nourrit et Cîe; éditeurs. 1893.
les découvrir. Le livre n'était en réalité qu'une plaquette, qui eût aisément tenu en moins de cent pages ; et encore eût-il été juste de retrancher de ces cent pages V Appendice, où le prince Napoléon reproduisait, d'après le Manuscrit »de 1813, du baron Fain — un livre qui se trouve partout, — le récit de l'entrevue de Napoléon et du prince de Metternich, à Dresde, le 26 juin 1813(1). Il n'en va point de même avec M. Arthur Lévy, dont le volume contient 646 pages grand in-octavo, d'un texte très plein, représentant au moins deux fois ce que les Anciens appelaient justum volumen.
Le prince Napoléon avait écrit sa plaidoirie à la hâte, en deux ou trois mois. 11 avait improvisé son dossier. Tout au plus avait-il consulté sept à huit témoins, tous favorables, cela va sans dire : Bignon, Maret, Savary, Bertrand, Méneval, Fain, Monlholon, Las-Cases, Lavallette. H n'a pas paru à M. Lévy que, pour cet examen du caractère et de la vie intime de Napoléon, ce fût trop de cinq années de recherches et d'études :
Je me suis prescrit, dit- il dans sa préface, le devoir de m entourer de renseignements contradictoires, de vérifier les assertions des amis de l'empereur par les dires de ses ennemis. Selon l'expression actuelle, j'ai inteniewé, en quelque sorte, les contemporains dans leurs écrits, les pressant de questions, tout en ne retenant que les allégations corroborées, au moins dans leur esprit, par plusieurs auteurs. C'est ainsi qne j'ai apporté quinze, vingt, parfois trente témoignages favorables, à l'encontre d'une appréciation malveillante. Puis, voulant davantage encore, j'ai contrôlé, au moyen de faits historiques, les attestations recueillies dans les souvenirs de Tépoque. On ne trouvera, dans cet ouvrage, aucune opinion se rapportant à Napoléon qui ne soit fondée sur des renseignements émanant des sources les plus diverses, sur des textes officiels dont les originaux sont faciles à consulter, soit aux archives nationales, soii dans les collections que j'indique soigneusement.
(I) Munnscril de i<Ji 3. par {«'baron Fti»ji, >i;crétkirt <i*i cabinet dv l'emperear, tome U, p. 36-44.