‹ Mémoires et souvenirs (volume 2)Chapitre 28 sur 30 · MÉMOIRES D'UNE INCONNUE · texte numérisé non relu

MÉMOIRES D'UNE INCONNUE

La série continue, — j'entends la série bonapartiste. Voici des mémoires écrits par la femme d'un conventionnel, d'un des membres les plus fougueux de la Montagne, par la mère d'Eugène et de Godefroy Cavaignac, parcelle que les républicains classiques d'avant 1848 appelaient la « mère des Gracques », — et il se trouve que ces Mémoires sont un long dithyrambe en l'honneur de Napoléon, un ardent plaidoyer en faveur de l'empire et de l'empereur ! Mais n'anticipons pas.

Ces Mémoires d'une Inconnue ont une histoire. La voici, telle que les journaux de la semaine passée nous l'ont apprise.

Dès le lendemain de l'apparition du volume^ M. le député Cavaignac, petit-fils de l'auteur, faisait à un rédacteur du Matin la déclaration suivante :

(1) Les Mémoires ctune Inconnue, publiés sar le manuscrit original (1780-1816). — Un Tol. iii-8, Plos, Nourrit et Cie, éditeurs 1894.

Voici comment ces Mémoires sont tombés en des mains étrangères. Sous le règne de Louis-Philippe, mon oncle étant exilé et mon père étant en Algérie, ma grand'mère se trouva seule à Paris. Sur ces entrefaites, elle tomba gravement malade. Elle eut peur que, en cas de malheur, le manuscrit ne tombât dans des mains profanes, et elle le confia à un ami de notre famille. Celui-ci est mort, et ce sont ses héritiers qui s'en trouvent aujourd'hui détenteurs.

Aucune question d'intérêt n'a été soulevée ; mais je me suis toujours opposé, de la façon la plus formelle, à cette publication. J estime que je suis seul juge de son opportunité et que personne n'avait le droit de passer outre à mon refus nettement exprimé. Puisqu'on n'en a pas tenu compte, j'aurai probablement à prendre des mesures, mais je ne puis naturellement pas vous édifier encore sur la nature de celles-ci, puisqu'il y a dix minutes, j'ignorais encore l'apparition des Mémoires d'une Inconnue.

M. Gaston Calmettes — retour d'Italie, où il avait interviewé le roi Humbert — est allé aussitôt voir les éditeurs ainsi mis en cause par M. Cavaignac, et il nous a donné dans le Figaro, leurs explications, résumées en ces termes :

L'histoire des Mémoires de Madame Cavaignac était connue depuis longtemps dans un cercle de personnes qui s'occupent de recherches historiques. On savait que ces Mémoires, légués par Madame Cavaignac à un de ses amis, M. de Portets, ancien professeur à l'Ecole de droit, étaient devenus la propriété des héritiers de M. de Portets, qui avaient cherché à plusieurs reprises soit à les vendre, soit à les publier.

Il y a une vingtaine d*années, alors que H. Cavaignac était ingénieur des mines à Angoulême, les héritiers de M. de Portets, lui avaient offert de lui vendre les Mémoires de sa grand' mère. M. Cavaignac se fit remettre le manuscrit, le garda juste le temps nécessaire pour en prendre copie — ce fait a été reconnu plus tard exact par la famille même de l'ancien ministre — puis le rendit en déclarant qu'il ne l'achèterait pas.

Plus tard, M. Etienne Charavay, à qui les Mémoires avaient été remis, demanda à M. Cavaignac, alors ministre delà marine,

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Tautorisation de les publier, M. Cavaignac refusa son autorisation et déclara qu'il ne permettrait jamais leur impression.

M. Charavay répondit que le seul moyen d'en empêcher la publication serait de les acheter. Mais, malgré le prix minime demandé par les héritiers de M. de Portets, M. Cavaignac maintint son refus d'acheter le manuscrit; il permit toutefois à M. Charavay de puiser dans l'œuvre de sa grand'mère les éléments d'une conférence qui fut faite à Paris.

L'article auquel j'ai emprunté cet extrait est du 28 avril 1894. Le lendemain, on lisait dans les journaux :

Hier, à la requête de M. C. Cavaignac, député, un commissaire de police s'est présenté chez MM. Pion, Nourrit et Cie, éditeurs des Mémoires d'une Inconnue, pour saisir tous les exemplaires. Les éditeurs protestent. Un procès va s'engager.

Je n'ai point à entrer dans ce débat. Quelle que doive en être l'issue, il n'en restera pas moins que le livre a paru et qu'il est déjà dans un grand nombre de bibliothèques. Si les exemplaires saisis relèvent maintenant du tribunal de la Seine, le livre lui-même relève du tribunal de la critique. J'ai donc le droit de le juger, et j'hésite d'autant moins à le faire qu'il s'agit ici d'une œuvre parfaitement honnête et que nous nous trouvons en présence d'une femme qui eut sans doute, nous le vçrrons tout à l'heure, de singulières idées en politique, mais qui fut une bonne mère de famille et une bonne chrétienne. C'est, du reste, une physionomie originale, une figure à part : elle vaut qu'on s'y arrête.

Esprit cultivé, cœur généreux, âme ardente, Madame Cavaignac était la personne du monde la plus compliquée dans ses idées, dans ses sentiments jet ^ses croyances.

C'était, pour me servir d'une expression très usitée de son temps, une femme < très particulière » ; — si particulière, qu'on eût, je crois bien, vainement cherché autour d'elle sa pareille. Jeune, riche, charmante, élevée dans le grand monde, elle épouse à dix-sept ans un homme qui a plus du double de son âge, qui paraît plus vieux encore qu'il ne l'est, et qui, par surcroît, est régicide. Elle ne l'aime pas, elle le trouve « vieux >, tout le monde autour d'elle, sauf sa mère, est opposé à cette union ; elle l'épouse pourtant, quoique régicide, et peut-être parce que. C'est qu'en effet elle pousse jusqu'au fanatisme l'enthousiasme révolutionnaire. Les hommes de la Montagne sont ses hommes ; elle les admire sans atténuations, sans réserves. Elle n'excuse pas, elle n'amnistie pas la Terreur : elle la glorifie ! Quelques autres femmes, je le sais, partageaient cette manière de voir, la femme du conventionnel Jullien (de la Dr6me)par exemple, dont M. Lockroy a publié les lettres sous ce titre : Journal d^ une bourgeoise pendant la Révolution. Mais voici où la chose se complique et où nous nous éloignons singulièrement de Madame Jullien, dont les opinions révolutionnaires n'allaient pas — estil besoin de le dire.'' — sans des opinions philosophiques fort avancées. Madame Cavaignac, au contraire, née protestante, élevée par sa mère en dehors de toute idée religieuse, se convertit au catholicisme, à vingt-six ans, sous l'Empire, après de longs et fréquents entretiens avec l'abbé Frayssinous. Elle prend pour confesseur un prêtre royaliste, l'abbé Legris-Duval, pour directeur un autre prêtre royaliste, l'abbé Desjardins. A partir de ce moment et jusqu'à la fin, elle est une catholique fervente en même temps qu'une fervente révolutionnaire. Servante de Jésus-Christ, elle reste une fidèle de Robespierre. Elle a deux religions, deux symboles, la Croix et la Guillotine. Et comme si ce n'était pas assez de cette contradiction étrange, à ces deux religions elle en joindra

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bientôt une troisième, la religion napoléonienne. Elle adorera — le mot n'est pas trop fort, — elle adorera l'Empereur ! Comme elle a trouvé moyen de concilier le culte de Jésus-Christ et celui du sans-culotte Saint- Just, elle trouvera moyen de dresser un double autel à saint Napoléon et à saint Robespierre, d'être une fervente de 1810 et une dévote de 9?!

Voyons si les Mémoires nous donneront la clef de cette énigme.

« Je suis née à Paris, dit l'auteur, le 22 mai 1780, de cette bonne race de bourgeoisie, si justement considérée avant la Révolution... Ma famille, dans un état de fortune plus près de la richesse que de la simple aisance, voyait cet état prospère s'accroître chaque jour par l'excellente administration delà mère de famille, femme rare et justement respectée de tous ceux qui l'ont connue. » — Sur son père et sa mère, sur ses frères et ses sœurs, V Inconnue entre dans de longs détails, mais sans jamais les nommer, sans rien dire qui puisse nous mettre sur la voie. De là pour le lecteur une sorte de gêne. Il ne demanderait pas mieux que de s'intéresser aux gens dont vous lui parlez ; mais il ne saurait prendre intérêt à ces anonymes. Même dans un roman, à plus forte raison dans des Mémoires^ il est nécessaires que tous les personnages aient un nom, sous lequel ils se fixeront dans notre mémoire. Autrement, quel souvenir voulez-vous que nous gardions de M. X... de Madame Y... et de Mademoiselle Z...} Besoin est donc que nous connaissions le vrai nom de famille de V Inconnue, puisqu'aussi bien elle parle bien plus des événements qui se sont passés dans sa famille qu'elle ne parle des événements généraux. Malgré les précautions dont s'est ici entourée l'auteur, il n'est pas difficile de percer ce petitmystère. En pareil cas, les précautions sont toujours courtes par quelque endroit.

A la page 149 des Mémoires, je trouve ces deux

lignes : ^ A la même époque (1802), mon frère aîné, revenu d'Egypte, fut nommé consul général à Alep. » Dès lors, tout devenait facile. J'ai ouvert VAlmanach national de 1803 et celui de 1804, et à la suite les Aimanachs impériaux, et j'ai vu que le consul général de France à Alep était alors M. Louis- Alexandre-Olivier de Corancez, J'ai ouvert ensuite deux ou trois Biographies, et j'y ai trouvé ceci :

CoRANCKz (Louis^ Alexandre-Olivier de^, archéologue et mathématicien français, né à Paris en 1770, mort en 1832. Il s'adonna de bonne heure aux sciences abstraites, surtout aux mathématiques, qu^il étudia sous la direction du célèbre Lagrange. Il fut attaché à Tlnstitut d'Egypte, auquel il communiqua quelques mémoires mathématiques. En 1802, // fut nommé consul général à Alep, En 1810, il fut nommé consul à Bagdad; mais le mauvais état de sa santé ne lui permit pas de se rendre à ce poste. Il revint à Paris en 18 12. Deux ans après, le roi Louis XVIII le nomma consul général à Smyrne ; mais Corancez se décida à prendre sa retraite. La troisième classe de l'Institut, devenue Académie des inscriptions et belles-lettres, l'avait nommé, en 1811, membre correspondant, lia publié, outre un grand nombre de mémoires scientifiques, les ouvrages suivants : Histoire des Wahabis depuis leur origine jusqu'en 1809 (1810); Itinéraire d'une partie peu connue de l'Asie Mineure^ contenant la description des régions septentrionales de la Syrie ^ e/c.(i8i6); Recherches sur la nature et la destination des idées {18 18) (i).

Si je reprends maintenant les Mémoires d'une Incon^ nue, je vois que tout ici concorde parfaitement.

€ Mon frère aîné, disent les Mémoires^ âgé de dix ans plus que moi. » — Louis de Corancez, disent les Biographies, était né en 1770 ; ce qui lui donne bien dix ans de plus que Madame Cavaignac, née en 1780. Elle nous apprennent que Louis fit de fortes études mathématiques

(i) Biographie des contemporains, pzr Rabbe et Vieilh de Boijolio ; NoU' velle Biographit générale, sous la direction du Xy^ Hœier ; Biographie uni' verselle, de Michand, etc., etc.

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SOUS la direction de Lagrange. Les Mémoires vont nous dire la même chose : « Pour en revenir à ma sœur, on pense bien qu'une fois arrivée à l'âge de seize ans, elle ne manqua pas de prétendants; quelques-uns auraient pu en être le père. Lagrange^ le mathématicien, devint fort amoureux d'elle. C'était un homme froid, glacé, âgé de cinquante ans à peu près, avare de mouvements, se tenant droit, raide m$me, fort soigneux de sa personne et jusqu'à la recherche ; d'ordinaire fort taciturne, un vrai savant, jusqu'au jour où, pour retrouver le niveau probablement, il se mettait à causer avec autant d'esprit que d'abondance et de facilité, mais sans s'animer, s'échauffer jamais. Un jour à table, pendant la Terreur, ma mère, quoique bonne républicaine, s'affligeant de ce qui se passait, il se tourna vers elle, et du plus beau sang-froid : « Madame, il faut abattre ce qui s'oppose. > On voit que la logique géométrique se rencontre quelquefois avec celle des passions; mais, tout invariable qu'elle est, je doute qu'il en eût dit autant, quelques années plus tard, dans le Sénat conservateur. Le voilà donc fort amoureux de Clémentine et, comme Thomas Diafoirus apportant sa thèse à sa belle, donnant^ pour faire sa cour à la sœur, des leçons de mathématiques au frère. Cette galanterie spéciale eut un pauvre succès. Ma sœur le trouvait vieux et n'en voulut pas. Elle fit bien ; car, peu d'années après, il épousa Mademoiselle Portai, jeune et jolie personne, qu'il tourmenta beaucoup par sa jalousie, quoiqu'elle n'y donnât pas lieu (i). »

Nous voyons, dans les Biographies, que Louis de Corancez fut nommé, en 1798, membre de la commission des sciences et arts attachée à l'armée d'Egypte, qu'il fit pattie de l'expédition et devint Tun des membres de l'Institut d'Egypte. Madame Cavaignac, nous dit, de son

(l) Mémoires d'une Inconnue, p. 65.

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côté : « Lors du retour de Texpédition d'Egypte, dont mon frère avait fait partie en qualité desavant... »

Je ne crois pas nécessaire de pousser plus loin cette petite enquête. Si nous la continuions jusqu'au bout, nous verrions que, sur tous les points et jusqu'à la fin, il y a une concordance parfaite entre les biographes de Louis de Corancez et l'auteur des Mémoires d^une Inconnue. Nous savons donc maintenant que cette dernière était une demoiselle de Corancez, fille d'Olivier de Corancez, fondateur et rédacteur du Journal de Paris et l'ami de Rousseau,

« C'était un homme de beaucoup d'esprit que mon père, dit l'auteur des MèmoireSy aimant le monde où il plaisait et se plaisait, d'un caractère ouvert, facile, bienveillant, même un peu faible et sentant le besoin du concours, de l'appui d'une âme plus fortement trempée, ce qu'il trouvait dans sa femme, près de laquelle il eut le mérite, rare dans un mari, de le chercher toujours. » Olivier de Corancez aimait et cultivait les lettres. Il a publié, en 1796, un volume de poésies. Pendant treize ans, de 1777 à 1790, il rédigea, seul avec Sautreau de Marsy, une feuille littéraire quotidienne, le Journal de Paris. Ayant épousé la fille de Romilly, savant horloger de Genève et parent de J.-J. Rousseau, il vécut assez intimement avec l'auteur d'Ém//e, sur lequel il fit paraître, en 1778, un écrit très curieux, en réponse'àun article de La Harpe paru dans le Mercure. Cet écrit commence ainsi : « J'ai vu Rousseau constamment et sans interruption pendant les douze dernières années de

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sa vie. » Au mois de mai 1778 — Rousseau devait mourir le 2 juillet suivant, — Corancez, qui possédait une maison de campagne à Sceaux, proposa au philosophe de venir l'habiter avec lui. Rousseau commença par se faire prier, puis finit par accepter. Son ami comptait donc sur lui et fit ses arrangements en conséquence ; mais quand il revint pour le prendre, il le trouva parti. Thérèse Levasseur dit qu'il était simplement sorti; mais Corancez ne tarda pas à savoir que le marquis deGirardin, accompagné du médecin Le ÎBègue de Presle, était venu le trouver, lui avait fait ses oiïres et l'avait emmené à Ermenonville. Dès qu'il fut instruit de la mort de son ami, Corancez accourut; en passant par Louvres, village éloigné de quatre lieues d'Ermenonville, il fut frappé par un propos du maître de poste : < Qui eût cru, disait cet homme, que M. Rousseau se fût ainsi détruit luimême ?» De l'enquête à laquelle il se livra résulta pour Corancez la conviction que l'auteur d'Emile s'était, en effet, € détruit » lui-même, en se tirant un coup de pistolet.

Le philosophe était mort depuis deux ans, lorsque naquit Mademoiselle de Corancez, celle qui devait être Madame Cavaignac; elle n'en fut pas moins élevée dans le culte de Rousseau. « On n'était pas dévot dans ma famille, dit-elle ; mon père catholique, ma mère protestante étaient, non pas impies, mais incrédules et indifférents. Les relations de mon père avec les philosophes et les gens de lettres, encyclopédistes ou autres, lui donnaient une teinte d'irréligion plus prononcée, qui se montrait assez dans la conversation. Ma mère n'en parlait jamais ; mais, comme les premières impressions s'effacent di ficilement, il lui était resté de la religion réformée un grand éloignement, une forte prévention contre le catholicisme... » Le précepteur auquel fut confiée Mademoiselle de Corancez eut mission de ne jamais lui dire un mot de croyance religieuse, si bien qu'un jour, une bonne

dame lui ayant demandé si elle savait son P^f^r,renfant se mit bravement à lui décliner : Pater, le père, etc. Elle n'en connaissait pas d'autre. € La Révolution arriva, continue Madame Cavaignac ; mon père et ma mère y applaudirent avec transport et furent chauds démocrates, comme on disait alors. »

M. de Corancez avait eu pourtant fort à se louer de l'ancien régime. Ami de M. de Miromesnil, il en avait obtenu une place dans les fermes, qui avait été pour lui une source de fortune. Il s'était vu accorder le privilège du Journal de Paris. Ces deux faveurs, reçues du gouvernement, auraient dû le rendre reconnaissant envers le roi, auquel il était redevable de son bonheur et de celui de sa famille. Il n'était pas méchant d'ailleurs, mais il était faible, c'est sa fille qui nous l'a appris, et il laissait sa femme décider de tout à la maison. Or, sa femme était républicaine, comme son maître Rousseau. Le Contrat social était son Evangile. Cet Evangile devint aussi celui de sa fille. Cette dernière y restera fidèle jusqu'à la fin. Cinquante ans plus tard, vers 1840, elle écrit : « Personne, je crois, n'aime et n'admire Rousseau plus sincèrement que moi, relisant Emile tous les deux ans et en sachant plus d'un morceau par cœur. » Rien d'étonnant dès lors à ce qu'elle professât une si vive admiration pour Robespierre et pour les hommes de la Montagne. Robespierre n'avait-il pas été le disciple le plus fidèle de Jean- Jacques? N'avait-il pas toujours le Contrat social sur sa table ? Marat lui-même, « Marat au cœur sensible », comme l'appelait la femme du girondin Ducos (i), ne faisait-il pas des lectures publiques du Contrat social ?

En 1797, Mademoiselle de Corancez fut demandée en mariage par Jean-Baptiste Cavaignac, alors député

(i) Lettre adressée au député girondin Ducos par sa femme. Voir Histoire du Tribunal révolutionnaire de Parw,! par |H. Wallon, tome I, ch. x(.

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