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au conseil des Cinq-Cents, précédemment député à la Convention nationale.
Cavaignac avait voté la mort du roi. Quelques mois plus tard, il avait été envoyé en mission, avec son collègue Pinet, dans les départements des Landes, du Gers, des Hautes et Basses-Pyrénées. Le 25 novembre 1793, il écrit, de la ville d'Auch, à la Convention :
La levée extraordinaire des chevaux s'opère avec activité dans la douzième division que vous avez confiée à ma surveillance ; je les réunis à Auch, où ils seraient déjà tous en dépôt, si les localités l'eussent permis ; }t fais construire des crèches dans les temples; la République aura de superbes écuries...
Notre collègue Dartigoeyte, par ses prédications civiques, avait électrisé tous les esprits, avait entraîné tous les cœurs. Je l'avais secondé de tous mes moyens dans cet apostolat philosophique^ et tout était préparé, le peuple était raùr. Le dernier jour de la troisième décade fut fixé pour célébrer à Auchlaféte de la Raison et l'abolition totale du fanatisme. Ce jour solennel arrive, le peuple entier s'assemble. Il parcourt l'enceinte de la ville, arrache et foule aux pieds tous les signes fanatiques qu'il rencontre. De retour sur la place consacrée à la Liberté, il s'assemble autour d'un bûcher couvert de titres féodaux, et se fait amener dans un tombereau deux vierges à miracles dans ce pctysy les croix principales et les saints qui naguère recevaient T encens des superstitieux; alors l'enthousiasme civique éclate, le bûcher est allumé, et ces ridicules idoles y sont précipitées aux acclamations d'une foule innombrable.
La carmagnole dura tOLte Ja nuit autour de ce brasier philosophique, qui consumait à la fois tant d'erreurs (1).
(I) Moniteur du a décembre 1793
Le 15 mars 1794, il ordonne une expédition contre quatre habitants de Saint-Sever :
Ges quatre individus (portait l'arrêté) seront enlevés de leurs domiciles, ainsi que leurs mères, pères, sœurs, frères, tantes, nièces, neveux, enfin tous les parents, à quelque degré quils le soient^ et transférés sur le champ dans la prison de Sainl-Sever (i).
A quelques jours de là, < voulant donner à la vengeance nationale la justice qu'elle réclame depuis si longtemps et faire succéder enfin, dans le district de Saint-Sever, l'amour de la République et de ses lois à l'amour des rois, à l'égoïsme, à la soif de l'or et de l'argent », il donnait ordre au directoire du département d'y envoyer « par la voie de la poste, s'il est nécessaire, Tinstrument de mort appelé guillotine et l'exécuteur des jugements criminels (2). »
Quelques jours auparavant, le 3 mars, Cavaignac et Pinet avaient institué à Bayonne une commission extraordinaire. L'arrêté des deux représentants du peuple renferme ce considérant :
Considérant que le seul moyen de prévenir les maux que ces scélérats veulent attirer sur la patrie, c'est de prendre sur le champ une mesure si rigoureuse que le sang des traîtres coule à l'instant, c'est de faire tomber sur les tètes coupables la foudre nationale, c'est de porter l'épouvante, la terreur et l'effroi chez ces hommes qui chérissent des prêtres, des fers et des rois, c'est de les enchaîner comme des bêtes féroces, c'est de contenir enfin par les châtiments les plus terribles ces hommes qui, nés sur le sol de la République, ont pour frères et pour amis les esclaves d'un tyran et les valets de Todieuse Inquisition (3),
La commission extraordinaire de Bayonne ne siégea pas seulement dans cette ville et dans le département
(i) Les représentants du peuple en mission, par H. Wallon, tome II,
(2) Ibidem, tome II, p. 375.
(3) Ibid.y tome II, p. 407.
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des Basses- Pyrénées. Elle se transporta dans les départements voisins, dans les Landes, dans le Gers, à Saint- Sever, à Dax, à Auch, se faisant suivre delà guillotine; et en vingt-neuf séances, du ii mars au 29 avril 1794, elle prononça soixante-deux condamnations à mort. L'accusé était traduit, sans acte d'accusation, devant la commission assemblée. On Tinterrogeait sommairement, on lisait les pièces, sans appeler aucun défenseur, les juges délibéraient et le jugement était rendu : la peine de mort était subie, à r instant, par la guillotine (i). Les représentants se faisaient les pourvoyeurs de leur commission, marchant à la tête d'une escorte de dragons et de chasseurs. Le 26 mars, ils écrivent au Comité de salut public :
Nous avons fait arrêter près de quatre-vingts ci-devant nobles ou seigneurs ; nous continuerons les arrestations jusqu'à ce que le dernier de ces ennemis irréconciliables de la liberté soit enchaîné...
La commission extraordinaire que nous avions créée à Bayonne nous avait suivi de près : une guillotine avait été apportée et dressée sur la place de Saint-Sever : déjà huit des chefs ont payé de leurs têtes...
Les aristocrates connus sont poursuivis^ arrêtés, et leurs biens confisqués... chaque jour voit rouler surTéchafaud quelques-unes de leurs têtes... Nous vous le répétons, citoyens collègues, il est temps d'ordonner l'arrestation de tous les ci-devant nobles, de tous les ci-devant seigneurs, de tous les prêtres fanatiques. Ce sont les ennemis naturels de la République : tant qu'il en restera un seul sur la terre de la liberté, il conspirera contre elle (2).
Le 3 avril, le jour même où Is Moniteur enregistrait cette lettre, M. Basquiat-Pehos, âgé de 82 ans, était envoyé à Téchafaud pour correspondance avec ses deux
{\) La justice révolutionnaire, par M. Berriat-Saint-Prix, tome. 1, p. 319. (a) Moniteur da 3 avril 1794.
fils émigrés. On s'appuyait sur une lettre datée du 9 juillet 1792, au temps du roi (i).
A Dax, les suspects avaient été enfermés dans le couvent des Capucins. D'abord on mura, presque jusqu'au haut,ieurs croisées ;puis,cette clôture fut démolie ; mais la satisfaction des prisonniers à qui on rendait ainsi le jour et l'air, fut de courte durée, car ils purent voir en face, dans le cimetière du couvent, des fosses fraîchement ouvertes et qui leur étaient destinées (2). En trois jours du 9 au 12 avril, la Commission prononça et fit exécuter à Dax neuf condamnations à mort. Il est probable que d'autres auraient suivi, si la commission n'eût été soudain appelée à Auch, pour informer d'un attentat contre la Convention nationale dans la personne du représentant Dartigoeyte. Ce qu'était ce représentant, on peut le voir au tome III de M. Taine : «A Auch, un des pires tyrans du Midi, Dartigoeyte,toujours chaud de boisson, < vomit toute espèce d'obscénités » au visage des femmes qui viennent lui demander justice; il force, sous peine de réclusion, les mères à conduire leurs filles à la Société populaire,pour y écouter ses prédications de mauvais lieu ; un soir, au théâtre, probablement après une orgie, il apostrophe toutes les femmes pendant l'entr'acte.lâche sur elles son vocabulaire degueulées et, en manière de démonstration ou conclusion pratique, finit par se mettre nu devant elles (3). » Un autre soir, toujours au théâtre, où se tenaient les séances des Jacobins, comme il était à la tribune, on lança sur lui, des troisièmes loges, une brique ou tuile qui ne l'atteignit pas et se brisa. Les portes de la salle aussitôt fermées, on chercha l'auteur
(i; H. Wallon, tome II, p. 496.
(2) BerriatSaint-Prix, tome I, p. 322
{]) Moniteur, séance du 13 prairial an III. Rapport de Darand-Maillane : « Cette dénouciation est beaucoup trop justifiée par les pièces. Cest à » la Convention à témoigner si elle veut en entendre la lecture. Je la pré- « viens qu'on ne peut rien entendre de plus révoltant et qui soit mieux « prouvé. » — Voy. Taine, la Révolution, tome III, p. 266.