‹ Mémoires et souvenirs (volume 2)Chapitre 6 sur 30 · LA MARQUISE DE BOMBELLES · texte numérisé non relu

LA MARQUISE DE BOMBELLES

Correspondance du marquis et de la marquise de Rai-

GECOURT avec LE MARQUIS ET LA MARQUISE DK BOM- BELLES DURANT l'ÉMIGRATION (179O-1800) (l).

Ce volume est, je crois, le premier publié par h\ Société iVHisfoire contemporaine, récemment constituée sous la présidence de M. de Beaucourt, et dont l'objet est de préparer la mise au jour de textes, mémoires et documents relatifs à l'histoire de France depuis 1789. Il a paru, en effet, aux membres de cette société que rien n'était plus contemporain que l'histoire de la Révolution;

(t) Correspondance du marquis et de la marquite de Raigecourt avec le marquis et la marquise de Bombe' les pendant rémigration (1790 et 1800,) publiée d*aprè$ les originaux par Maxime delà Rocheterie. Un volume in-8. Au Siège de la Société d'histoire contemporaine, 5, rue Saint-Simon. 1892.

on quoi malheureusement ils ne se trompent pas. Non seulement la Révolution dure encore, comme le disait Talleyrand en 1838, mais elle est aujourd'hui plus vivante, plus agissante, plusactuelle que jamais. Cela est i vrai qu'il est impossible d'écrire, je ne dis pas un livre, mais un simple article, sur un événement ou sut un tiomme de la période révolutionnaire, sans soulever des colères ardentes, sans avoir l'air de publier un livre de circonstance ou un article de polémique courante. M. Aulard, chargé du cours d'histoire de la Révolution i la Faculté des lettres de Paris, a fait paraître, il y a peu de temps, dans la Reloue Bleue, un article sur la part lie responsabilité de Lazare Carnot dans les exécutions capitales ordonnées par le comité de Salut public. 11 a montré, pièces en main et signatures à l'appui, que Carnot avait été un des grands pourvoyeurs de l'échafaud. Il a renversé la légende d'après laquelle le « grand ancêtre », absorbé dans ses plans d'organisation militaire, plongé dans ses cartes, serait demeuré étranger aux crimes de la Terreur, et n'aurait été, au demeurant, qu'un bourgeois débonnaire, faisant de la guillotine comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir! Les pages de M. Aulard ne renferment pas la moindre ^illusion aux choses du jour ; elles ne nous parlent que de choses vieilles de cent ans; et pourtant les politiques s'en sont émus ; les journaux s'en sont occupés ; les chroniqueurs, toujours friands d'actualités, en ont parlé à Tenvi, comme si c'était là vraiment le fait du jour. Pourquoi? Parce qu'en écrivant un chapitre de la Révolution, M. Aulard, qu'il le voulût ou non, avait écrit du même coup un chapitre d'histoire contemporaine,

La société d'Histoire contemporaine est donc assurée de répondre à un .véritable besoin, de rester même dans le vif des questions actuelles, en s'occupant surtout de la période qui va de 1789 à 1800, en s'efforçant de faire de plus en plus la lumière sur les hommes et les choses

MARQ^« DE RAIGEC0URT ET MARq«® DE BOMBELLES 2^

de la Révolution. Où rencontrer d'ailleurs sujets plus intéressants et plus riche matière ? Où trouver une époque plus dramatique, plus fertile en coups de théâtre, en péripéties tragiques, en épisodes romanesques ; où il y ait plus de sang et de larmes ; où se pressent en si peu d'années tant d'événements, les plus extraordinaires et les plus invraisemblables, les plus abominables et les plus héroïques, les plus bouffons et les plus touchants ? Quelle tragédie, quel drame, quel poème plus capable d'intéresser, d'émouvoir, de passionner le lecteur, et auquel s'applique mieux le mot de Virgile : Sunt lacrymic rerum !

Les lettres que nous donne aujourd'hui M. Maxime de la Rocheterie vont de 1790 à 1800. Les deux principales interlocutrices de ce dialogue de dix ans appartenaient au monde de la cour; elles étaient les amies intimes, les correspondantes habituelles de cette sainte Madame Elisabeth, dont les lettres ont révélé tant de trésors d'esprit, de tendresse, d'abnégation, de piété à la fois vive et tolérante. L'une était la marquise de Raigecourt, l'autre la marquise de Bombelles.

La marquise de Raigecourt était la seconde fille du marquis de Causans et de la marquise, née comtesse de Glisy, que Louis XVI, qui estimait la sûreté de ses principes et l'élévation de son caractère, avait, en 1778, lors de la formation de la maison de Madame Elisabeth, nommée dame pour accompagner. Mademoiselle de Causans avait trois sœurs et un frère, et était, ainsi que ses deux plus jeunes soeurs, dame chanoinesse du chapitre noble

de Saint-Louis de Metz. La règle de son chapitre ]a forçait de passer à Metz huit mois de Tannée. Cette longue absence était un vrai chagrin pour Madame Elisabeth, qui désirait rapprocher d'elle le plus possible sa jeune amie. La mère de Mademoiselle de Causans ne voulant pas qu'elle se fixât à la cour avant d'être mariée, Madame Elisabeth songea aux moyens de tourner l'obstacle qui lui était opposé. Elle alla trouver la reine : « Promettez-moi, lui dit-elle, dem'accorder ce que je vais vous demander. — Qu'est-ce donc? répond la reine; avant de rien promettre, j'aimerais savoir ce que vous voulez. — Commencez par promettre. — Non, dites d'abord. » Après un débat de quelques minutes, plein d'amabilité et d'enjouement: « Eh bien ! reprend la princesse, ce que je désire, le voici : un parti se présente pour Causans ; afin de faciliter le mariage, je voudrais lui faire une dot de cinquante mille écus. Le roi me donne tous les ans trente mille livres d'étrennes; obtenez qu'il m'en avance cinq années ». La reine promit, le roi donna ; le mariage fut conclu, et pendant cinq années, tandis que chacun des princes et princesses recevait ses étrennes, Madame Elisabeth, qui n'avait rien à recevoir, s'écriait gaiement : € Moi, je n'ai rien, mais j'ai ma Raigecourt ! >(i)

Mademoiselle de Causans, en effet, avait épousé, en \ 784 le marquis de Raigecourt, gentilhomme lorrain, dont la famille habitait les environs de Metz, et elle avait été attachée en même temps ^ la maison de Madame Elisabeth, avec le titre de dame pour accompagner. La marquise de Raigecourt fut, pendant six ans, la fidèle compagne de la pieuse princesse, partageant sa vie, s'associant à ses bonnes œuvres, recevant ses conseils, imitant ses vertus.

Angélique de Mackau, msirquise de Bombelles, était

(i) Eloge hislorique de Madame Blisabelh de France, par le comte Ferrand..

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