MAR(^« DE RAIGECOURT ET MARQ^® DE BOMBELLES
fille de la baronne de Mackau. Elle était venue de Strasbourg avec sa mère, lorsque celle-ci avait été nommée, en 177 1, sous-gouvernante des Enfants de France, c'està-dire, de Madame Clotildeetde cette enfant volontaire et indisciplinée, mais d'une grâce et d'une « sensibilité charmante ( i ), » qui s'appelait Madame Elisabeth .En 1778, elle avait épousé M. de Bombelles, et elle avait été, à cette occasion, nommée dame pour accompagner. € Enfin, lui avait dit Madame Elisabeth, voici donc mes vœux accomplis; tu es à moi! Qu'il est doux de penser que c'est un lien de plus entre nous et d'espérer que rien no pourra le rompre! »
Le marquis de Bombelles appartenait à une vieille famille d'Alsace. Son père avait été gouverneur de la place forte de Bitche. Lui-même, après avoir été élevé avec le duc de Bourgogne, frère aîné de Louis XVI, s'était engagé à treize ans dans les mousquetaires, puis avait passé, en 1783, dans les hussards de Berchiny. En 178J, il abandonna l'armée pour la diplomatie, où son beau-père avait servi avec honneur. Nommé, en 1786, ambassadeur de France en Portugal, il fut, en 1789, envoyé à Venise.
Unies par un dévouement commun à Madame Elisabeth, Mesdames de Raigecourt et de Bombelles n'avaient pas tardé à Têtre par une amitié, respectueuse et confiante chez la première, plus jeune de quelques années, un peu protectrice chez la seconde, affectueuse et cordiale chez toutes deux.
Quand la Révolution éclata, ces deux dames étaient en France prés de la princesse; ce fut elle qui les força à partir, refusant d'ailleurs de songer à sa propre sûreté, n'admettant pas un instant qu'elle pût abandonner son frère. Femme de devoir et de sacrifice avant tout, elle demeura là où il lui semblait que Dieu la voulait. Ses
(i) Marie-Antoinette à Marie-Thérès9, 14 jaillet 177$. Correspondance ecrète du comte de Mercy^ tome II, p. |53.
amies s'étoenaient qu'elle n'eût pas quitté la France en même temps que ses tantes (i) : « J'ai cru voir par tes lettres, écrivait-elle à cette époque à Madame deBombelles, et par d'autres que j'ai reçues, que Ton était étonné que je n'aie pas pris le même parti qu'elles (Mesdames). Je n'ai pas cru voir mon devoir attaché à cette démarche ; voilà ce qui m'a dicté ma conduite (2). » Et à l'abbé de Lubersac, qui avait accompagné Mesdames, elle écrivait un an plus tard : < Il est des positions où l'on ne peut disposer de soi, et c'est la mienne. La ligne que je dois suivre m'est tracée si clairement par la Providence qu'il faut que j'y reste (3). »
Mais ce qu'elle acceptait pour elle-même, elle ne l'acceptait pas pour les autres. Dès les premiers éclairs de la Révolution, elle avait voulu que ses amies se missent à l'abri de l'orage qui allait éclater et dont il n'était que tropfacilede prévoir la violence. Au mois de juillet 1789, Madame de Bombelles était allée en Allemagne voir son frère, le baron de Mackau, ministre à Stuttgard. Madame Elisabeth ne consentit pas à ce qu'elle revint en France ; ce fut elle qui la décida à rejoindre son mari à Venise.
A l'automne de 1790, Madame de Raigecourt devint grosse ; sa grossesse était pénible. Madame Elisabeth lui exprima le désir qu'elle se retirât dans un lieu où elle fût à l'abri de tout danger. Madame de Raigecourt n'y consentit pas d'abord. Elle et son mari songeaient si peu à quitter Ja France, qu'ils venaient d'acheter une terre pour laquelle ils formaient toute sorte de projets d'embellissement. Mais la princesse insista; elle exigea
(i) Mesdames, fiUes de Louis XV, avaient quitté la France le 19 février 1791. Arrêtées à Arnay-le-Duc, elles n'avaient pu continuer leur voyage qu*après un décret de rAsscmblée.
(2) Madame Elisabeth à la marquise de Bombelles^ 13 mars 1791. Co/** respondancc de Madame Elisabeth de France ; p. 24g.
(3) Mme Elisabeth à !*abbé de Lubersac, 15 mai 1792. Correspondance de Madame Elisabeth de France, p. 406.