LB GENERAL PHILIPPE DE SEGUR
« Dans cette nuit du 4 au 5 avril, dit le baron Fain, le colonel Gourgaad, gui avait été porter des ordres, revient d'Essonne en toute h&te : il annonce que le duc de Raguse a quitté son poste... (1). n
Ségur avait bien quelque mérite à ne pas nommer Gourgaud^ qui était son ennemi, qui Tavait insulté, provoqué, et avec lequel il s*était battu en duel en
Dans la nuit du 30 mars, à l'heure où se signait la capitulation de Paris, Napoléon arrive à cinq lieues de la capitale^ au relais de Fromenteau, près les fontaines de Juvisy. Il y trouve le général Belliard, qui lui apprend les événements de la journée. « Le général ayant ajouté, m'at-il dit lui-même, écrit Ségur, qu'on n'avait vu que l'artillerie de campagne, et si mal approvisionnée qu'à deux heures il avait fallu économiser les feux pour les faire durer, l'Empereur, indigné, leva les yeux au ciel, et frappant du pied la terre, il prononça violemment sur son frère et sur un autre personnage de si cruelles paroles qu'il faut les taire (2). »
Cet autre personnage^ c'est Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre. Ces paroles quHl faut taire, les voici : « Ce cochon de Joseph qui s'imagine être en état de conduire une armée aussi bien que moi!... Etce J...-F... de Clarke! J'aurais bien dû en croire ce pauvre Rovigo, qui me disait que Clarke était un lâche, un traître et de plus un homme incapable (3). »
Continuant son récit, Ségur ajoute : « On ramena l'Empereur à la maison de poste de Fromenteau. Là, dit un autre témoin^ qui ne veut point être nommée mais quHl
(i) Mantuerti de 1814, p. 375.
(2) Ségur, p. 472.
(3) Thiers, tome XVII, page 623.
«- Henry Houssaye, page 535.
fll déployer ses cartes, les
duc de Vicence, le Sdële
is, le général de Ségur s'était [vaient les dépôts des 3* et lonneur. Sans perdre une ]ui s'y étaient réfugiés et les îarde. « Mais le mal va vite, a contre>révCiluttou nous y ies de la ville et jusqu'au ce préfet était un homme lyait notre cause perdue, il : l'entraînèrent (2). » — Ce riou, chambellan de l'Em-
nait, d'heure en heure, plus e : « Le hasard voulut que, is du 1" des Gardes d'Honia ville. Leur vieux général nenl provisoire. Pourtant, :tion, où plutôt qu'il voulût l'y entraînant, il suspendit e consulter. Je m'ellorçai de ! s'était déjà trop prononcée, is le détachement du malet, dans ce concours vers le d'être le dernier venu. Il en ourner de son projet, ce fut 'des embauchés par luîl II
rr SOUVENIRS
1 au Gouvernement provi-
lours, fut nommé chei d'étale défendre Paris, sur la rive nmenl oublier, dH-il, qu'un latin, k cheval et parcourant s en compagnie du général ae d'esprit et de coup d'œil, 'aite de Waterloo nous atteîs, moi. consterné, lui étonné ;t d'abord. Bientôt, interrom- B montra le moulin de Vaugllauteur? me dit-Il, songez-y;
de l'importance I Reconnaissais à mes a(faire&. s Sur quoi, e galop, il rentra subitement us revenir. Ce chef venait, en bile, de prendre sur-le-champ loder à la circonstance {2). »
Q chefsurla rive gauche était
qu'il eût été l'un des signalelle les généraux, réunis au répudié comme antinatioDal ions, on le vit, peu de Jours avis d'une prompte soumisl'armée, exaspérée par la cad'obéir au maréchal Davout,
ce fut à Vandamme que, par
de ses chefs, elle Ût offrir le amme déclina cette mission
liane, t, I. pages Ml el I&3.
dirai la vérité, rien que la vérité, je tâcherai de me montrer à eux moralement nu ; ils ne me liront que quand je ne serai plus, je n'ai donc intérêt à rien déguiser : on ne rougit pas dans le tombeau ; d'ailleurs, ne voulant pas être lu par d'autres, je ne mets aucun amour-propre à ce que j'écris, et si l'occasion s'en présente, je laverai ouvertement mon linge sale en famille.
> Qu'on me passe à cette occasion une comparaison qui me parait juste: un marchand frelate son vin, soit pour lui donner l'apparence d'une qualité qu'il n'a pas, soit pour en augmenter la quantité, et toujours dans Tintention de mieux vendre ; moi qui ne vends pas ma drogue, je veux la livrer à mes neveux telle qu'elle est, et leur faire avaler du Saint- Chamans tout pur ; peu m'importe leur grimace s'ils ne trouvent pas le cru bon. »
Et voilà pourquoi les Mémoires du général sont charmants.
La Bruyère a dit, dans son chapitre Des Ouvrages de Tesprit : « C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule. Il faut plus que de Tesprit pour être auteur. B Cela n'est pas toujours vrai, surtout quand il s'agit de Mémoires. Il suffit, pour en faire d'excellents, d'avoir de l'esprit, de la verve et du naturel, et il arrivera souvent que ces ouvrages écrits à la diable seront très supérieurs, même au seul point de vue littéraire, à ceux des écrivains de profession.
Alfred-Armand- Robert de Saint-Chamans était né à Paris le 29 septembre 1781. Engagé volontaire au 9" régiment de dragons le 1*' octobre 1801, sous-lieutenant le 17 février 1803, aide de camp du général Soult le 15 mars 1804, colonel en 1811, maréchal de camp et cobnel du régiment des dragons de la garde royale le 8 septembre 1815, inspecteur de cavalerie le 19 juin 1822, il commanda
MF.M0IRK8 ET SOt'VEMHS
t la guerre d'Espagne, en 1823, la 1" brigade de la ion de cavalerie de la garde royale. Après )a Révole juillet, il refusa le serment au nouveau roi et en rérorme le 17 septembre 1830. Le l"" octobre yant accompli trente années révolues de service, il droit, admis & la retraite.
t04, Saint-Chamans était au camp de Boulogne, général Soult, alors colonel général de la garde suis, venait de recevoir le commandement. Il ob< 15 mars 1804, d'être placé comme ofûcier d'ordonluprès du général Soult, nommé à peu de temps arëchal d'empire. Lui-même était nommé lieute- 24 février 1805, et continuait à. servir, comme aide ), auprès du maréchal. Il remplit ces fonctions e camp jusqu'en 1811, époque à laquelle il fut colonel.
même temps de 1803 à 1811, Marbot a servi sucnent, en qualité d'aide de camp, auprès d'Auge- ! Murât, de Lannes et de Masséna. Ce poste d'aide I — j'ai déji eu occasion de le dire à propos des is du général de Marbot — ce poste d'aide de camp, telles circonstances, était peut-être le plus favour voir de près et savoir bien des cboses. ^'i trop trop bas, c'est la vraie devise des Mémoires. Trop us la plume de ceux qui onljoué les grands rôles, lent forcément & l'apologie et au plaidoyer ; si la 'y est pas altérée, déguisée, ils sont à tout le leîns de lacunes et de réticences. Trop bas, écrits : qui n'ont aperçu que de loin les événements et ds acteurs, ils ne sont plus que des documents de main ; ils manquent de poids et d'autorité, et il op souvent que l'anecdote y dégénère en commélide de camp est dans une situation privilégiée.
M6Ié de très près aux choses et aux hommes, il en peut parler en parfaite connaissance de cause ; n'ayant pas de responsabilité dans les événements, il n'a pas d'intérêt à les taire ou à en dénaturer les circonstances ; comme il a pu tout savoir, il peut aussi tout dire.
Et c'est pourquoi les Mémoires des aides de camp sont beaucoup plus Intéressants que ceux des maréchaux eux« mêmes. Soult, Victor, Suchet, Gouvion-Saint-Cyr ont laissé des Mémoires. Ceux du maréchal Suchet sont très remarquables, ceux du maréchal Gouvion-Saint-Cyr sont bien près d'être un chef-d'œuvre. Qui les lit cependant en dehors des hommes du métier? C'est que tous ont pris la plume, moins pour peindre et pour raconter que pour prouver, — non ad narrandum sed ad probandum. Ils se sont préoccupés avant tout d'exposer le détail de leurs opérations militaires, de mettre en lumière leur habileté, de répondre aux attaques de leurs adversaires.
Les rôles se trouvent aujourd'hui renversés. Grâce à leurs Mémoires, les aides de camp passent au premier ran^, et ce sont eux aujourd'hui qui distribuent entre les maréchaux les rangs et la renommée, comme ceux-ci au* irefois leur distribuaient des grades et des croix.
Les Mémoires de Saint-Chamans, qui forment d'ailleurs une suite parfaite et sans une seule lacune, ont été composés à des époques éloignées les unes des autres; mais de bonne heure il avait eu l'excellente habitude de prendre des notes, et elles lui ont permis de donner à ses récits une continuité et une exactitude qui ajoutent singulièrement à leur valeur. J'en citerai tout d'abord un exemple.
Il était à Austerlilz. Le A,^ régiment d'infanterie de ligne
perdit son drapeau à ]a bataille, dans la charge faite par la cavalerie de la garde russe. Quelques jours après, k Tienne, Napoléon passait la revue du corps d'armée du maréchal Soult, dont le l^ de ligne faisait partie. Il fit réunir les officiers, et s'étant placé au milieu d'eux et à. portée de voix du front du régiment, il leur tint d'un ton de voix très animé un discours que Saint-Chamans transcrivit mot à mot, un moment après l'avoir entendu. Il a pu ainsi nous en donner le vrai texte. Le voici tel qu'il fut prononcé : « Où est-ce qu'est votre aigle? (Moment de silence.) Vous êtes le seul régiment de l'armée française à qui Je peux faire cette question! J*aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d'avoir perdu une aigle ! Elle va être portée à Pétersbourg, et dans cent ans les Russes la montreront encore avec orgueil ; les quarante drapeaux que nous avons à eux ne valent pas votre aigle 1 Avez-vous donc oublié de vous défendre contre la cavalerie? Qui commandait le régiment? Quelles mesures a-t-il prises quand il s'est vu charger par la cavalerie ? Où étaient vos officiers, vos grenadiers? Ne deviez-vous pas tous mourir avant de perdre votre aigle? Je viens de voir bien des régiments qui n'ont presque plus d'officiers ou de soldats dans les rangs, mais ils ont conservé leur drapeau, leur honneur; et vous, je vois vos compagnies fortes et nom-» breuses, et je ne puis retrouver mon aigle dans vos rangs I... » Que ferez-vous pour réparer celte honte, pour faire taire vos vieux camarades de Tarmée qui diront en vous voyant : « Voilà le régiment qui a perdu son aigle? » (Moment de silence.) Il faut qu'à la première occasion votre régiment m'apporte quatre drapeaux, et alors je verrai si je dois lui rendre une aigle (1). »
(1) Mémoires du général de Saint-Chamaiif, p. 31 •
Le 43* riment d'infanterie de ligne, qai avait perdu son colonel et dont l'aigle avait été ébranlée de dessus sa bampe triomphale par tes balles et la mitraille, l'avait attacbée et raffermie avec des crêpes noirs, voulant, par ces signes de deuil, bonorer la mémoire de son cher.
Le lendemain, comme l'Empereur, suivi de son étatmajor, visitait le champ de bataille, ces crêpes noirs ayant frappé sa vue, il en témoigna quelque ressenlimeat. « Je tie veux pas, s'écr!a-t-il, voir jamais mes drapeaux en deuil ; nous avons perdu bon nombre de nos braves compagnons: mais Us sont morts au champ d'honneur, leur sort est k envier. Occupons-nous donc de les venger, et non pas de les pleurer, car les larmes ne conviennent qu'aux femmes. »
MEMOIRES ET SOUVBNIBS
lia encore, dit SaÎDl-Cbamans, quelques autres ides qui ne firent pas grand effet; mais on s'emter les crêpes uoirs qui avaient offusqué sa vue. » 1 passait devant les troupes au milieu des cris de npereurl » Saint-Cbamans entendit beaucoup de ier : « Vive la pais et la France! » D'autres eut : < Du pain et la paix I > de celte campagne, au mois d'août iS07, Saintfut envoyé à Saint-Pétersbourg par le maréchal c une mission assez importante dont aucun his> :rois, n'avait encore parlé, e d'Elbing, où le marécbal avait son quartier li signala les discours virulents tenus par un jssieo, qui disait bien haut que l'Empereur de lit trahi tous ses alliés, mais que cela ne dure- Qgtemps, que les Anglais et les vrais Prussiens )ien y mettre ordre, qu'Alexandre finirait comme !tc.
cbal Soult jugea & propos de s'assurer de cet lais quand on se présenta pour l'arrêter dans Dù il était logé, on apprit qu'il était parti la on ne put savoir de quel côté il s'était dirigé, insait qu'il s'était embarqué pour Saint- Pétersult craignit que cet homme, dont la tête pas exaltée, ne s'y fût rendu pour attenter aux 'Empereur; sa politique lui Ût aussi penser Ire serait sensible h l'intérêt que la France pour sa conservation, et que cette démarchi»
ans les vues de Napoléon, gui, à celle époque, lucoup le gouvernement russe, imans arriva, le 2S août, à Saint-Pétersboui^. , Jusqu'au 9 septembre. Il reçut le meilleur tsar, qui le Ht dîner à sa table, et eut avec lui
LB GKSERAL de SAINTCHAMASS
plDsieurs entretiens particuliers. Peut-être cette misE ne fut-elle pas sans influence sur la direction que alors l'esprit d'Alexandre et le conduisit bientôt à un i prochement intime avec Napoléon. M. Albert Vandai sans doute ignorée, car i! n'en est rien dit dans ouvrage sur Napoléon et Alexandre I", si complet cep dant et, & tous les points de vue, si remarquable.
Les Mémoires renferment ici d'intéressants détails Alexandre et sa cour, et aussi sur le général Savary, de] duc de Rovigo et ministre de la police, alors envoyé extr; dinaire (et fort extraordinaire) de France & Pétersboi
Un jour, en lui parlant de l'offlcier prussien donl discours imprudents avaient été la cause de sa misai Savary dit à Sainl-Chamaiis : ■ Pourquoi le maréchal Si n"a-t-il pas fait arrêter cet homme aux premiers reo gnements qu'il a eus sur lui? > Saint-Chamans répoi que, sans doute, le maréchal avait attendu quelque et de plus positif que des discours en l'air rapportés par misérable espion. « Bahl répliqua le futur ministre d< police impériale, il n'y faut pas tant de façons ; quan me suis bien persuadé que quelqu'un veut nuire au ser de l'Empereur, je fais arrêter et expédier mon homme on n'en entend plus parler. >
Uae autre fois, parlant du désir qu'il avait de rentrei France et des diCUcuilës de sa position auprès du t Savary dit au jeune aide de camp : « L'empereur (Ne léon), dans son bulletin ofdciel de la bataille d'Ausier me fait arriver auprès de l'empereur de Russie con tout exprès pour sauver ce prince, auquel il fait tenir discours qui n'ont pas plu ici, et vous sentez que jf peax pas y être vu d'un bon œil. car on ne sait ps c'est moi qui ai menti ou si c'est le Bulletin, et cela r ma position k la cour fort délicate et fort désagréable.
nt-Cbamans arrivait en ii'au commencement de Etl Soult, il fit avec lui la li 1809), prit part à la A.raDjuez (19 novemI)re isie (janvier-août 1810), dajoz(mars 1811} et à la C'est à la suite de cette ;temps de la plus grande ., il se brouilla avec lui, le dragons et rentra en
ssées en Portagal et en pressante des Mémoires.
lilés d'écrivain et ne le énérat Thiébault. On y liers, des narrations qui du genre.
is maréchaux était terirgés de porter les déent une guerre d'autant les dépêches, lorsqu'ils isait du mouvement de e deux cents le nombre tués ou pris pendant la S jusqu'en 1814.
le Marbot se rappellent le Tudela (1) remportée
MEMOIRES ET SOLVbNIRS
ans et ceux de Marbol, il l'est peut-être encore le les rapprocher de ceux de Tbiébault, parti- ,ea ce qui louclie le maréchal Soult.
le Tbiébault, dans ses Mémoires, a poursuivi almatie avec un véritable acbarnement. Juses bisloriens s'étaient attacbés à faire de U jslerlilz un titre de gloire pour le maréchal, ible adversaire ne veut pas qu'il y ait joué le e, qu'il y ait pris la moindre part. « U est codsilest positif que le maréchal Soult n'a pri»
. à la bataille d'Auslerlilz. » Il afûrme que les- 1 corps d'armée de Soult, Saint-Hilaire, Moméme Tbiébault, n'ont pas vu une seule fois pendant toute celte journée. « J'entends en- I, les exclamations qui nous échappèrent dix les trois:» Comment, pas de nouvelles du Et lui-même, U ne parait donc pas? » Ea aaréchal SouU, qui a recueilli pour une grande ; de la bataille d'Austerlitz, y serait resté com' Iranger.
l poinll'opinion de Sainl-Ghamans, bien placé lour bien voir, et mieux même que Tbiébault, our-là il était de sa personne auprès du mareciterai de son récit que le passage suivant, où le Napoléon jugeait tout autrement que le ^bault la conduite de SouU dans cette journée, es qu'il lui avait rendus :
outesles hauteurs que les Busses avaient coucommencement de la bataille furent empor~ leurs troupes acculées dans les fonds ne trou- .repassage, pour opérer leur retraite, que des marais h moitié gelés, l'Empereur rejoignit le lult qui avait mis pied à terre près d'un petit
Mliment qu'on appelait, je crois, la Chapelle de Pratzen ou de Saint'Anloine. Le maréchal était entièrement occupé à examiner les mouvements des Russes qui se retiraient en désordre, et envoyait des aides de camp pour diriger les colonnes destinées à leur couper la retraite, sur les points où elles devaient se porter. L'Empereur mit aussi pied à terre, et s*approchant du maréchal qui venait audevant de lui, il V embrassa: le maréchal lui montra la position où se trouvait l'armée russe en retraite, et lui demanda ses ordres. « ContinueZf continuez, monsieur le maréchal^ lui dit l'Empereur ; vous savez aussi bien que moi ce qu'il y aà faire (1). »
Plus tard, Thiébault retrouve Soult en Portugal et en j
Espagne, et c'est là surtout qu'il Taccable de ses attaques, l'accusant de maladresse, d'inhabileté, presque de tra<hison, amplifiant ses échecs, diminuant ses victoires et les réduisant à moins que rien. Voici, par exemple, comment il parle de la bataille de la Gevora (19 février 1811) : « Olivenza prise, Soult marcha sur Badajoz et commença un nouveau siège, pendant lequel il eut, sur les bords de la Gevora, un de ces combats gtiï, contre des Espagnols, ne pouvaient avoir ni doute ni gloire, à moins, comme fit le général Kellermann près d'Alba de Tormes, de battre avec deux régiments de dragons toute l'armée du duc del Parque (2) »•
Saint-Chamans était à cette bataille de la Gevora, et il semble bien qu'elle n'ait pas élé aussi insignifiante que Thiébault veut bien le dire. Soult venait de commencer le siège de Badàjoz. L'armée espagnole, dite de la Romana (quoique ce général fût mort), qui était en Portugal réunie
(1) Saint-Chamanty p. 26.
(2) Thiébault, tome IV, p. 466.
aux Anglais et Portugais pour faire tète à Tarmée du maréchal Masséna, apprenant la prise d'Olivenza et Tinvesiissement de Badajoz, se mit en marche pour secourir cette dernière ville ; cette ariùée était encore forte de 15 à 18,000 hommes. Elle arriva assez à temps pour pouvoir se mettre en communication avec la ville et la garnison, composée d'environ 8,000 hommes ; ces deux troupes réunies formaient donc une armée d'au moins 25,000 hommes. Soult n*en comptait que 10 & 12,000.
L*armée espagnole, qui venait d'arriver et que commandait le générai Mendizab^l, alla camper sous le canon du fort Saint-Christoval, sur la rive droite de la Guadiana ; nous étions sur la rive gauche. Le maréchal Soult résolut de la débusquer de sa position. Il fallait pour cela passer d'abord la Guadiana, rivière large, profonde et rapide, passer ensuite la Gevora, petite rivière, mais d'un accès difficile, les bords en étant fangeux, puis s'avancer dans une plaine pour aller attaquer Tarmée espagnole campée sur la hauteur et sous le canon d'un fort ; il fallait aussi laisser dans nos ouvrages sur la rive gauche assez de monde pour les garder et les mettre à l'abri des attaques que la garnison pourrait tenter contre eux.
Ce plan, qui aurait pu présenter des chances de succès avec une armée de 30 ou 40,000 hommes, semblait d'une exécution impraticable, quand on n'en avait que 10,000 ; mais Soult était résolu à tout tenter pour faire une puissante diversion en faveur de l'armée française, qui luttait alors en Portugal sous les ordres de Masséna.
Dans la nuit du 18 au 19 février, il passa la Guadiana, à la tête de 5,000 hommes seulement, pour attaquer une armée de 15,000 hommes, bien pourvue d'artillerie et de cavalerie, campée sous le canon d'une place forte.
A la pointe du Jour, les Français passèrent à gué la
:s habiles, attaquaient icber, Saint-Chamans tnc étrier précisémeDt prendre le commanifi, et se faire honneur Tibué en rien ; c'était isions, le Bulletin ofands succès auxquels ine de crever des cheoûler des dlspositious a ne trompait pas les sait uoe graade répu- ;ers ; et c'était ce que i le dessein d'en faire
ui ce portrait : « Le ;lques instants avant 1 était, selon sa cour, mais cependant la couvrir de fourrures; ; par de larges bottes a plus grande beauté,
son pantalon roage )luine3, auxquelles il itées sur soQ bonnet
il avait beaucoup de lire côté, en lui fitant îpourle comte Almaipuis longtemps 11 fût e prit avec lui sur un
autres choses il lui
Les badauds de Yar- Smpereur voulait me
donner leur royaume? Beau présent qu'il m'aurait fait là! Je n'en aurais certes pas voulu. » — Nous nous étions si bien accoutumés & regarder comme de grands princes tous ceux qui étaient alliés de près k la famille de Napoléon, que nous ne fûmes que médiocrement révoltés de la fatuité de ce parvenu qui, après avoir été valet dans une petite province de France (le Quercy), regardait €omme au-dessous de lui d'être roi de Pologne. »
Saint-Chamans est moins tendre encore pour Ney que pour Murât ; mais ici il est d'accord avec tous les autres témoins, avec Marbot comme avec Thiébaull. Ney était la bravoure môme, mais il en était venu, dans son orgueil, à ne plus vouloir être commandé que par Napoléon ou par lui-même. En 1811, pendant la retraite de Portugal, quoique placé sous les ordres de Masséna, il refusa forniellement de lui obéir, au risque d'achever la perle de notre armée : le généralissime dut lui enjoindre de quitter le 6^ corps, dont il avait le commandement, et de se rendre dans rintérieur de l'Espagne pour y attendre ce que l'Empereur statuerait k son égard. « La nouvelle désobéissance de Ney, dit Marbot, encore plus positive que les précédentes, excita l'indignation de Masséna. Il y répondit par un ordre du Jour qui ôtait au maréchal Ney le commandement du 6^ corps. Cet acte de vigueur, juste et indispensable, était trop tardif; il aurait fallu le faire à la première rébellion de Ney (1). » — Thiébault est encore plus sévère ; il dit que Ney, en refusant d'obéir à son général en chef, s'était comporté « comme auraient pu le faire les hommes les plus dévoués au duc de Wellington (2) ».
Deux ans auparavant, en 1809, Ney avait tenu vis-à-vis
(1) Biarbot, tome II, p. 445.
(t) Thié auU, tome IV, page 459.
on moiDS déplorable et rgueil et la jalousie. El ieal ft soa tour comme
informé que le maré- Portugal, et prévoyant it se passer en Espagne iglaises, espagnoles et de donner au marécbal ;oaséquence il l'avait orps d'armée : le sien, j'Empereur lui prescri- .out ce que les A.oglais, en Espagne, et surtout aail à ces dépèches des Morlier, par lesquelles ns et leur prescrivait
irler au maréchal Ney, ^riale. " Je ne pus voir 1, et Je lui fis remettre is de camp... Je restai oent de mon départ le un instant... Il me dit lui avais apportés était r fallait pas penser (ces portement), «Ladésoan de campagne.
i'Espagne, et voici que iuer, même sommairem moins intéressants, ;e consacrée à la gneri;e t et & la Restauration.
•ST" j^ ^^
Le soin avec lequel sont annotés les Mémoires du général de Saint'Chamans ajoute encore à leur valeur. Pas un nom propre n'est dans le texte, qui ne soit Fobjet au bas de la page d'une note biographique, puisée aux sources. Yoil& un exemple que tous les éditeurs de Mémoires devraient bien suivre. Je ne vois guère h signaler qu'une seule omission, à la page 301. Saint-Chamans, dans son récit des Cent- Jours, raconte ce qui suit :
c Mon frère, indigné de tous les mauvais ouvrages que les Bonapartistes et les Jacobins faisaient paraître à cette époque contre le gouvernement du Roi pendant les dix mois qui venaient de s'écouler, entreprit de les réfuter tous dans une brochure assez courte, mais écrite avec talent, et surtout avec courage, car elle fut imprimée avec son nom dans le moment le plus critique pour les royalistes.
» Elle lui fit beaucoup d'honneur, mais elle fixa en même temps, d'une manière fâcheuse, les yeux de l'Empereur et de sa police sur notre famille, et un de mes amis, ou soi-disant tel, vint tout effaré me trouver chez moi et me demander si j'étais Tauteur de la brochure en question, c Non, lui répondis-je, mais je voudrais l'être. — Ne le souhaitez pas, me dit-il, et t&chez plutôt de désabuser le gouvernement à cet égard, car hier soir, chez le duc de Rovigo, j*ai entendu qu'il était question de vous faire arrêter et je pense que c'est à propos de cet ouvrage. »
» Je lui répliquai que mes principes étaient absolument les mêmes que ceux développés dans la brochure dont il me parlait, et nous nous séparâmes assez froidement : je tirai cependant parti de Tavis qu'il me donnait pour me ménager les moyens de quitter Paris et de me cacher si l'on me recherchait. »
11 me semble bien qu'une note ici serait nécessaire pour
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ilô MEMOIRES ET SOUVENIRS
Torgane comme on Test envers lui ; que manquer à la fidélité qu*on lui a jurée, c'est un crime envers la société^ et que dans le calcul des chances de rencontrer Tintérêt général dans la volonté d'un souverain ou dans celle contraire des factions, il y a plus de probabilité en faveur de la première, parce qu'elle est plus raisonnée et plus calme ; qu'elle tend à conserver, tandis que, passionnée pour des théories, emportée et irréfléchie, la volonté populaire tend à détruire ; qu'ainsi Tintérèt public impose comme un devoir la fidélité aux rois, et que par fidélité on doit entendre tous les actes qui peuvent la rendre complète et efficace... (1). »
Ainsi écrivait, en 1833, dans sa Philosophie de Vexil^ M. le baron d'IIaussez, et déjà, par celte seule citation» nous savons quel royaliste convaincu fut l'auteur des Mémoires qui paraissent aujourd'hui.
Charles le Mercher de Longpré, baron d'Haussez, dont le nom est désormais inséparable de la glorieuse conquête d'Alger, naquit le 20 octobre 1778 à NeufchâteU en Normandie, d'une famille noble et parlementaire. Dès 1799, à peine âgé de vingt ans, il prit part h une tentative de soulèvement organisée par les Chouans. Sou& le Consulat, il fut impliqué dans la conspiration de Georges Cadoudal. De ces échaullourées de jeunesse, il n'est rien dit dans les Mémoires, qui commencent seulement au retour des Bourbons, en 1814. « M. d'Haussez — écrivent dans leur Introduction MM. de Circourt et de Puymaigre — a-t-il parlé de ces faits dans des Mémoire s^ antérieurs à ceux que nous publions? Ce qui autoriserait à le penser, c'est qu'il est fait mention de ces Mémoires» pour nous inconnus, dans un ouvrage que M. Georges d^
(1) Philosophie de Vexil, par le baron d^Haussez, p. 68.
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120 HÉVIOIRES ET SOUVENIRS
que j'ai endurées. — C'est bien, monsieur, je verrai ce que je pourrai faire de vous (1).» — La requête de M. d'Haussez resta sans eiïet. Jamais gouvernement^ au lendemain d'une Révolution, ne fut, au même degré que la première Restauration, sobre de destitutions pour ses adversaires, avare déplaces pour ses amis.
Lors de la seconde Restauration, M. d'Haussez fut nommé député par les électeurs de l'arrondissement de Neufchâtel. On aurait pu croire qu'il siégerait sur les bancs de la droite, parmi les ultras, qui formaient la majorité. Il vola, au contraire, constamment avec la minorité et parut souvent à la tribune pour défendre la politique du duc de Richelieu et de M. Decazes, pour combattre les projets du côlé droit. Dans ses Mémoires, il reproche à ses collègues de la majorité et en particulier à leurs chefs, les Villèle, les Corbière, les Hyde de Neuville, leurs idées trop libérales sur les conditions de Télectorat et sur le système municipal. Ce qu'on ne sait guère, en elTet, c'est que M. de Villèle et ses amis, en même temps qu'ils étaient profondément attachés au principe monarchique, étaient, au point de vue du vrai libéralisme, très en avance sur leur temps, et même sur le nôtre. Ils ne se proposaient rien moins que de renverser le despotisme administratif fondé par Napoléon. Ils estimaient que la commune était Télément politique d'une nation monarchique, la véritable famille politique, et que seule elle était assez fixe et assez solide pour servir de base à
(1) Mémoires^ p. 147. — Le directeur du personnel au ministère de rintérieur» avec Jequel d'Haussez eut ce dialogue^ était un ancien focctionnaire du régime impérial.