‹ Mémoires et souvenirsChapitre 11 sur 16 · LB BARON D HAUSSEZ · texte numérisé non relu

LB BARON D HAUSSEZ

fine sérieuse recoasiitution de TËlat. Ils pensaient comme M. deBonald et ils disaient aveclui : « La commune est, <lans le système politique, ce que le franc est dans notre système monétaire, l'unité première et génératrice, l'unité indivisible, parce qu'on ne peut la diviser sans tomber 4ans des fractions sans valeur et des monnaies sans poids «t sans titres. Remarquez que la commune est un corps plus réel, plus solide, plus visible que le département ou le royaume, qui sont plutôt des corps moraux. L'homme, la maison qu'il habite, la terre qu'il cultive, sont de la -commune avant d'être du département et du royaume ; et ^omme ces trois corps, commune, département, royaume, forment le corps politique, l'Etat tout entier, il est tout naturel que dans la manière de composer la représeniation universelle de la nation, les mêmes corps participent, dans le même ordre, à la députation ; ainsi la -commune députe au département, le département députe au royaume, système d'élection analogue et complet. »

Les chefs de la droite combattaient la nouvelle loi d'élection qui, en concentrant le monopole électoral entre les mains de ceux qui payaient trois cents francs de •contributions, excluait de droit tous ceux qui se trouvaient ^u-dessous de ce chiffre d'impositions arbitrairement fixé, «t de fait tous ceux qui se trouvaient au-dessus ; ils faisaient remarquer qu'une société ne doit laisser aucun intérêt en dehors de la représentation, parce que les îniérêls traités hostilement deviennent hostiles. Us propo- :saient donc, comme base du système à adopter, des assemblées cantonales oîi serait placé le premier degré 4'élection, et où seraient admis tous les contribuables payant 50 fr. d'imposition directe et ayant vingt-cinq ans accomplis. Allant plus loin, ils jugeaient nécessaire de donner au système électoral un degré d'universalité plus

MEMOIRES ET SOUVBNITtS

'ans leur énumératîoa des hommes politiques qui, aux irons de 1820, cultivaient avec succès le couplet, . de Circourl et de Puymaigre ont oublié celui qui. en emps-lft, tenait « le sceptre de la chanson » , — un pai p France, et non des moindres, dont Sainte-Beuve parle ces termes, dans son chapitre sur Désaugiers ; a Le a de Désaugiers m'en rappelle un autre qu'on n'est ire tenté de lui associer, et que je tiens absolument h ittacher par quelque bout, — un personnage célèbre k t autre titre, et qui pourtant, né en d'autres régions iales, eût tenu largement sa place parmi les coryphées la gaieté pure : je veux parler de Lally-Tolendal, auteur pots-pourris délicieux, d'une folle àl'usagedela bonne ipagnie, et qu'il chantait k ravir ; il n'était pas seuleat le plue gras, mais encore le plus gai des hommes sibles (i). »

our être arrivé par la chanson, M. d'Haussez n'en fut moins un excellent préfet. Il était cependant parti sans tiousiasme pour sa nouvelle résidence. En sa qualité de mand, il se sentait peu d'attraits pour les Landes. 11 tendait à voir un pays de sable & la surface duquel se icheraient, à une hauteur de six pieds, de rares habits montés sur des échasses. Il fut agréablement surpris, arrivant à Mont-de-Marsan par une belle route. La 3 lui parut petite mais Jolie, décorée d'édi&ces publics n bon style. 11 ne tarda pas à s'y plaire, et il sut, en ins de deux ans, signaler son administration par un

I Sainte-Beuve, Purlraili contemporaitti. T. lil, p. Sit.

Après la chute de Napoléon, les royalistes ont exerce des représailles. Le nombre de leurs victimes fut de dix-^ huit, d'après la liste remise à M. d'Haussez, de trente-sept d'après le Mémoire sur la réaction de 1815^ rédigé par M. de Larcy, après de longues et patientes investiga» tions (1). De trente-sept à Deux cents^ il y a loin, fort heureusement; et encore une fois, il ne faut pas oublier gue> les premières victimes de 1815 avaient été des royaliste^, que 1814 avait été pur de tout excès, et que cela se passait dans la ville où, en 1790, dans les Journées des 14 et 15 octobre, connues sous le nom de la Bagarre^ trois^ cents catholiques avaient été massacrés!

11 ne faut pas oublier surtout, lorsqu'on parle de la Terreur blanche et qu'on Tose assimiler à la Terreur de 93» qu'en 1793 c'était le gouvernement, ses représentants et ses juges qui assassinaient les victimes, non par vingt ou* trente, mais par milliers. En 1815, le gouvernement est resté complètement étranger aux crimes qui furent commis. Un honorable protestant, M. de Castelnau, a parfai-^ tement caractérisé les meurtres de cette époque, dans une^ lettre qui fut alors rendue publique et où il disait :

« J'habite la Gardonnenque, terre classique du protestantisme, et je suis protestant... S'il est une vérité im* muable, c'est que les auteurs des assassinats d'alors, qui fournissent un texte aux agitateurs d'aujourd'hui, étaient des hommes de la lie du peuple, qui, trop fidèles aux maximes des gens de leur classe, regardaient comme 1& plus incontestable de leurs droits les vengeances individuelles qu*ils exerçaient sur leurs pareils, en raison des excès dont ceux-ci s'étaient rendus coupables envers eux

(1) Le Mémoire de M. de Larcy a été publié par Alfred NeUement dans l'Ap^eDdice du tome III de ion excellente UitioUe de la Ile$^ tauration*

pays où sa conscieDce ne pouvait 6lre en repos et où sa vie n'était pas en sûreté. 11 pouvait être sûr que je lui rournirais les moyens de former, dans un autre département, un établissement conforme k ses habitudes de travail, et qui iui permettrait de vivre dans l'aisance.

» Ses traits, que j'observais, s'animèrentà ces mots. — «Si je pars, me dit-il avec émotion, que deviendront mon père, ma Temme, mes entants? — Ils vous suivront. Mais vous-même, vous etes-vous informé des familles de ceux que vous avez assassinés? » A. ces mots, sa Ûgure, un instant auparavant morne et sans expression, s'éclaira tout à coup, sa boucbe se contracta, ses yeux étince- Iftrent. — « Ils vous ont trompé sur mon comptel s'écriat-ili ils ne vous ont dit que la moitié des faits. Ils vous ont parlé de mes vengeances, ils ne vous ont rien dit de ce qui les avait provoquées. Je vais vous dire la vérité, moi ; j'en ai le droit. Je parle en présence de M. le curé, qui m'a connu depuis mon eniance, qui ne m'a pas perdu de vue un seul instant. Qu'il vous dise si, avant les Cent-Jours, je n'étais pas un honnête homme, un bon Qls, un bon mari, un bon père, un bon chrétien, l'exemple des gens de ma classe dans ma paroisse? — C'est vrai, répondit le curé, mais depuis!... — Eh bien! depuis... Dites donc toutànotre préfet, que l'on donne pour un royaliste. Depuis... A. l'arrivée de Bonaparte, Monseigneur le duc d'A.ngoulème, qui était alors dans notre pays, appela autour de lui les royalistes. J'élais du nombre. Sans réflexion, sans regret, j'abandonnai ma famille pour le suivre. Au combat de la Drôme, j'ai reçu deux balles. Tenez, ajouta-t-il en me montrant une cicatrice au bras et une autre & la jambe, en voilà les marques. Après la capitulation, je trouvai le pont occupé par les Bonapartistes; c'étaient des prolestants de Ntmes.

Au mois d*âvriL 1824, le ministère Yillèle l'appela à la préfecture de la Gironde, et c*est à ce moment que s'arrête le premier volume de ses Mémoires, Mémoires po* litiques et administratifs , tel était le titre qu'il leur avait lui-même donné. Il y parle, en effet, peu de lui, — trop peu à mon sens. En revanche, il trace le portrait de tous les hommes politiques, ministres ou députés, avec lesquels il s'est trouvé en relations. Ces portraits sont les plus spirituels du monde, et j'y reviendrai lorsque paraîtra le second volume. Je dirai, dès ici, qu'en général ils ne pèchent point par excès de bienveillance. Le baron d'Haussez était le meilleur des hommes et le plus charitable; mais il estimait que si Ton est obligé à la charité envers les pauvres et les humbles, on n'y est pas tenu vis-à-vis des hommes politiques, — surtout lorsqu'on écrit son /ourna2 ou ses Mémoires :

Tout faiseur de journal doit tribut au malin. 18 janvier 1897.

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Parmi les projets doQt il eut tout d'abord & s'occuper, deux se recommandaient particulièrement i. soa intérfit. L'un était la coastrucUoD d'un hôpital, l'autre, celle de bains dont la ville de Bordeaux manquait. La seconde de ces entreprises devait s'exécuter à l'aide d'un emprunt ou d'une concession que ferait la ville. Il pressa si bien les choses que, deux ans après son arrivée, Bordeaux se trouvait embelli par deux vastes édifices d'un style admirable et d'une grande utilité.

La construction d'un hôpital éprouva un peu plus de lenteur, soit par l'hésitation que le conseil municipal mil à adopter les voies que le préfet lui proposait pour couvrir la dépense, soit par les chicanes qu'en-sa qualité de président du conseil des b&timents, M. de Tournon ne cessait de faire naître. M. d'Haussez surmonta enfin ces obstacles et, avant sod départ, l'édiflce, un des plus importants et des mieux entendus de ce genre que possède la France, était terminé.

Il fit élever sur une des principales places de la ville la statue de M. de Tourny, ancien intendant de Guyenne, qui avait tant fait pour la prospérité et pour l'embellissement de Bordeaux. Par les ordres de H. d'Haussez et d'après ses plans, deux colonnes roslrales, surmontées de statues, décorèrent l'esplanade qui domine le port, et une belle fontaine en marbre compléta la décoration de la place Royale.

Sursaproposition,le conseil général du département vota l'érection d'une statue à Louis XVI et adecta une somme de cinquante mille francs à cet objet. Le conseil municipal de Bordeaux lit un vole semblable. Le préfet s'était engagé à obtenir ce qui manquerait, pour couvrir la dépense, de la générosité des communes et des particuliers. La statue venait d'être terminée au moment où la Révolution

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posai à la surveillance des travaux des propriétaires intelligents et surtout intéressés à la prompte ouverture •des routes. Lorsque les plans étaient terminés et que les <lirections étaient indiquées par des jalons, je me transportais sur les lieux, j'écoutais les réclamations et je prenais 4es décisions. »

Aussi bien, M. d Haussez n'était pas de ces préfets qui prétendent tout diriger et tout faire du fond de leur cabinet. Il estimait, au contraire, qu'un administrateur doit •être plus souvent à cheval que sur son fauteuil, car rien ne se fait bien, vite et économiquement, que ce qu'il voit ou que Ton sait qu'il doit voir, et parce qu'eu faisant une ■excursion pour un objet, il donne à vingt autres des «oins auxquels il n'aurait pas songé si son activité ne les lui avait pas fait découvrir.

Même pour les travaux d'art, tels que les ponts, il se passait volontiers du concours de ces Messieurs des ponts-et-chaussées. Il ne ménageait point l'éloge à leur science et à leur talent, mais à la condition d'en user le moins possible. Il se bornait à indiquer dans un programme les conditions principales pour un pont, le genre et la qualité des matériaux, sa largeur, le poids qu'il devait porter, le temps pendant lequel l'entrepreneur devait en garantir l'existence. Il passait l'adjudication à celui des concurrents qui oITrait les conditions les plus avantageuses. Il ne lui restait plus qu'à faire surveiller les travaux de manière à acquérir la certitude qu'ils avaient été exécutés conformément aux engagements contractés.

Ce mode d'action procura au département un pont sur la Garonne, deux sur la Dordogne, trois sur l'Isle, un sur ia Leyre, et un autre sur le Dropt, plus un nombre très considérable d'ouvrages du môme genre, mais de moindre importance.

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