I.S BARON DHA.USSÏZ
laissait pas échapper une occasiOB de mOBter à la tribune et d'y étaler sa bizarre éloquence. Ses longs bras déclamant à contre-mesure, la niaiserie de sa physionomie, l'hésitation de sa parole qui se concluait invariablement par une expression impropre, donnaient à sa figure le plus étrange caractère. Se levait-il pour se rendre à la tribune, ses voisins le tiraient par les basques de son habit, voulant le faire asseoir; vains efforts dont il ne tenait aucun compte : il fallait qu'il all&t débiter effrontément quelques-unes de ces phrases dont le compte rendu souligne l'effet par ces mots mis entre parenthèses : « Mouvement de gaieté -— hilarité — rire général. » Les esprits chagrins qui soutiennent qu'il n'y a pas le mot pour rire dans une séance de la Chambre des députés n'ont sans doute Jamais eu la bonne fortune d'entendre M. Pelou. >
Si M. d'Haussez égraligne souvent, ai même parfois il emporte le morceau, comme cela lui arrive avec M. Dupin, quelquefois cependant il traite son modèle avec une grande bienveillance. Ainsi a-t-il fait pour M. FrocdelaBoulaye, député de la Marne, un des membres les plus distingués du côté droit :
« Le parti royaliste, dit-il, comptait dans la Chambre plusieurs notabilités auxquelles il me faut ajouter le vicomte de la Boulaye. 11 est rare de rencontrer dans une même personnalité un esprit plus vif, plus piquant, plus prompt à la riposte, plus prêt & l'attaque, des idées plus justes, des vues plus étendues en politique comme en administration. Tous cesavantages, qui sont mis en valeur
En 1818, la crainte des Jésuites iTut poossé M. Petou dans les rangs des libéraux; il fat l'un des itl. Réélu député en iSSi et 1834, il vota tLftt le tiers parti et en ISIT quitta la vie poliiique.
Lors de la formation du ministère Polignac, au mois d*août 1829, M. d*Haussez fut mandé à Paris, où on lui réservait, sur le refus de l'amiral de Rîgny, le ministère 'de la Marine. Il commença par refuser, lui aussi, se défiant de lui-même; mais force lui tut bientôt d'accepter, par dévouement, une mission dont le roi lui faisait un devoir d'honneur. •
La grande allaire extérieure du ministère Polignac fui l'expédition d'Alger, déjà préparée par le ministère précédent. Il s'était agi d'abord d'obtenir satisfaction d'une insulte faite par le dey à notre consul ; mais les événements n'avaient pas tardé à donner plus de développement aux projets du gouvernement du roi. Convaincu qu'aucun arrangement n'était praticable avec le dey, M. de Polignac avait résolu d'assigner à la guerre, décidée en principe par ses prédécesseurs, un but dont l'importance répondît à l'étendue des sacrifices qu'elle allait nous imposer. Il écrivait, le 12 mars 1830, à M. de Laval, notre ambassadeur à Londres : < Le roi, ne bornant plus ses desseins à obtenir la réparation des griefs particuliers de la France, a résolu de faire tourner au profit de la Chrétienté tout entière l'expédition dont il ordonnait les préparatifs ; et il a adopté, pour but et pour prix de ses efforts, la destruction définitive de la piraterie, l'abolition absolue de l'esclavage des chrétiens, la suppression du tribut que les puissances chrétiennes paient à la Régence. »
Au commencement de 1830, le Conseil des ministres consulta une Commission formée des officiers généraux de la marine, de l'artillerie et du génie, sur la possibilité d'un débarquement sur la côte d'Alger. La réponse de ces-
seaux, vingt-trois frégates et soixante-dîx bâtiments de guerre de moindre force étaient réunis dans le port de Toulon, et que Ton n'attendait plus que deux vaisseaux de ligne et deux frégates, dont on pourrait se passer si leur arrivée tardait trop; que cinq cents bâtiments de transport étaient également réunis dans les ports de Toulon et de Marseille ; qu'il venait, en outre, de faire construire soixante bateaux plats, destinés au débarquement des hommes, des chevaux et de Tartillerie de campagne ; qu*il avait affrété cent cinquante bateaux servant au cabotage de la Méditerranée, que leur forme permettait d'affecter au débarquement, et que le personnel de cet immense armement était aux postes qui Jui avaient été assignés.
Au cours de ces préparatifs, M. d*Haussez reçut la visite de l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stuart. Dans la conversation, lord Stuart dit qu'au surplus ses questions n'avaient d'autre objet que la confirmation de ce qu'il savait, qu'il avait découvert que nous ne songions pas sérieusement â la guerre et que nos préparatifs ne tendaient qu'à faire peur au dey et â l'amener à composition. — « Ce serait peine perdue, répondit M. d'Haussez ; dans son insouciance turque, le dey ignore peut-être que nous nous proposons de l'attaquer, et s'il le sait, il s'en remet h Dieu du soin de le défendre. Au reste, je puis vous déclarer, parce que nous n'en faisons pas mystère, que c'est très sérieusement que nous faisons des préparatifs. Le Roi veut que l'expédition se fasse, et elle se fera. — Vous croyez donc que Ton ne s'y opposera pas ?... — Sans doute, qui l'oserait? — Qui?... nous les premiers. — Milord, reprit M. d'Haussez avec une émotion qui approchait fort de la colère, Je n'ai jamais souffert que même vis-à-vis de moi, simple individu, on prît un ton de menace; je ne souf-
auprès de M. le Dauphin, puis auprès de MADAME, duchesse de Berry, pour leur faire partager le bonheur de leur père. Il raconle d'une manière fort piquante l'accueil d'une bienveillance un peu brusque qu'il reçut de M. le Dauphin gui se promenait, malgré une pluie d'orage, sous l'allée des marronniers, en face dti cabinet du Roi, et le charmant accueil qu'il reçut de MADAME : «. Admis chez Madame la duchesse de Berry, dit-il, je la trouvai dans son parterre occupée à tailler des rosiers. Sa robe élait relevée; une de ses dames, la comtesse de Noailles, tenait sur sa tôte un parapluie qui semblait ne l'avoir qu'imparfaitement abritée. « Voilà M. d'Haussez, s'écria la princesse, je suis sûr qu'il vient m'annoncer une bonne nouvelle. — Votre Altesse a deviné l'objet de ma visite : l'armée a débarqué le plus heureusement du monde. — Je m'en veux bien d'avoir une main de jardinière, j'aurais eu du plaisir h la mettre dans la vôtre. — J'ose supplier Votre Altesse de ne pas me refuser une faveur si précieuse. — Tenez », me dît-elle. Puis elle dta son gant et me donna sa main à baiser. » M. d'Haussez termine par une dernière réflexion cette gracieuse idylle, jetée au bas d'une des belles pages de notre histoire : « MADAME est tout entière dans cet accueil, avec cette saillie de cœur toujours prête à éclater dont elle est douée. »
Alger fut pris le 5 juillet. La nouvelle n'arriva à Paris que le 9, dans la matinée. Le baron d'Haussez, qui avait pris une si large part au succès par la fermeté d'esprit et la décision de caractère qu'il déploya dans sa lutte contre les préventions du conseil de l'amirauté, et par l'impul* sion puissante qu'il avait imprimée & l'administration de la marine, en dépassant toutes les prévisions par la célérité des préparatifs, eut l'honneur de porter cette grande nouvelle au roi. < Apportée, dit-il, par un b&timent à va-
Et ce n'étail pas tout. Les émeutes se multipliaient dans Paris. Ces émeutes pouvaient être le prélude d'une révolution nouvelle. Le parti républicain se préparait ostensiblement à livrer bataille à la nouvelle monarchie (et cette bataille, il allait la livrer en elTet, à peu de semaines de là, dans les rues de la capitale). Ne convenait-il pas dès lors de devancer cette levée de boucliers républicaine, et, en provoquant dans le Midi et dans l'Ouest un mouvement véritablement monarchique, de conjurer l'anarcbie menaçante?
L'événement sans doute allait prouver que les chances de réussir étaient presque nulles et que par suite l'entreprise était d'une témérité folle. II n'en reste pas moins que les motifs qui décidèrent en cette circonstance la duchesse de Berry et ses amis étaient élevés, chevaleresques, puisés aux sources du patriotisme le plus noble et le plus pur.
Quoi qu'il en soit, la prise d'armes allait avoir lieu. Le 16 mai, la duchesse de Berry entrait en Vendée. Quelques amis, et parmi eux le baron de Charette, la reçurent au ch&teau de la Preuîlle, dont le propriétaire, M. de Nacquart, était chef de division pour Montaigu. En arrivant & la Preuille, la duchesse, s" adressant à M. de Charette, lui dit qu'elle voulait avoir une femme pour l'accompagner en Vendée et lui parla de mesdemoiselles de Kersabiec. — « Vous les connaissez, lui dit-elle, dépeignez-les-moi. » — M. de Charette alors lui parla de l'aînée, mademoiselle Slytile; mais, comme celle-ci était déjà suspecte et présidait d'ailleurs à toute la correspondance entre les principaux membres de la conspiration, il ne pouvaitétre question de lui laire quitter Nantes; on passa à la seconde, Eulalie, — « C'est celle-lù, dit la duchesse, après les premiers mots ; je la veux. »
péties et à dire : — « Ah! comme elle était aimable et bonne, la Duchesse I Je la portais à mon cou, comme un enfant, pour passer les ruisseaux et les mares; maison ne pouvait la tenir longtemps, c'était comme un oiseau. — « Ma petite Mariette, me disait-elle, vous avez un fils; » je raconterai ces aventures au mien, et il ne vous ou- » bliera pasi... »
Cependant, les combats de Maisdon, de la Caraterie, du Chêne, de la Pénissière, de Riaillé, avaient décidé du sort de la prise d'armes. Elle avait définitivement échoué, et il n'y avait pour le moment nul espoir de la renouveler avec quelques chances de succès. La Duchesse se refusa pourtant à quitter la Vendée. Elle voulut du moins rester à ses portes, chercher un asile à Nantes, et attendre.
Le 9 juin, de bon matin, en compagnie de Petit-Paul, de Mariette Doré et d'une autre paysanne, Sillette Pouvreau, la duchesse prit le chemin de la ville. C'était un samedi, jour de marché. Petit-Pierre et Petit-Paul, habillées en fermières, avaient chacune au bras un panier contenant du beurre et des œufs. En chemin, blessée aux pieds par ses souliers beaucoup trop grands et qu'on avait dû bourrer de filasse pour les raccourcir — c'était ceux de la mère Pouvreau, — Madame fut obligée de les ôter et de continuer la route pieds nus. Elle allait par les flaques d'eau et les ornières, voulant ternir la blancheur de sa peau. Aux abords de Nantes, elle s'assit sur une borne, et reprit ses bas de laine bleue à grosses côtes et ses lourdes chaussures. Arrivée à l'octroi, elle présenta son panier aux visiteurs; cela fut fait avec tant de naturel et de sang-froid, que tout alla bien. On s'engagea sur le pont de Pirmil; Petit-Pierre causait toujours, et tant et tant que Petit-Paul dut le supplier de prendre plus de précautions. C'était urgent : on apercevait dans le lointain un
il serait beau de tenter l'aventure, de renouveler en plein l^ dix-neuvième siècle les romantiques prouesses des Cava-
liers et des Jacobites. Chateaubriand raconte, dans ses Mémoires, qu'à la nouvelle de l'arrivée de la duchesse de Berry en Vendée, le comité royaliste de Paris s'était rassemblé. <c Tandis que nous discourions, dit-il, arrive de Nantes un capitaine qui nous apprend le lieu habité par rf^' rhéroïne. Le capitaine est un beau jeune homme, brave
1^ comme un marin, original comme un Breton. Il désap-
y^ prouvait l'entreprise; il la trouvait insensée; mais il
f ,- disait : « Si Madame ne s'en va pas, il s'agit de mourir et
voilà tout; et puis, messieurs du conseil, faites pendre Walter Scott^ car c*est lui qui est le vrai coupable (1). »
Aussi bien toute cette aventure de 1832 fut menée comme un vrai roman. C'est pourquoi les récits de M. de Kersabiec sont les plus intéressants du monde. Ils le sont d'autant plus qu'ici tous les détails sont d'une scrupuleuse exactitude, et que le roman (puisque roman il y a) est absolument historique.
Je n'ai point à le raconter après lui. Je voudrais seulement en détacher ce qui regarde les siens.
Le vicomte de Kersabiec — le père de Petit-Paul, — était né en 1768. Déjà officier en 1789 et attaché à l'armée d'Alsace, il avait émigré le 25 août ,1791, à la suite des désordres qui désorganisèrent cette armée. Il fit toutes les campagnes de l'armée des Princes et fut plusieurs fois blessé. En 1795, il s'embarqua à Slade pour Quiberon,
(1) Mémoireê d'Outre^ Tombe, t. V, p. 414.
lions pour la paix, attitude qui permit de considérer les provinces situées au midi de la Loire comme n'ayant jamais cessé d*étre soumises au Roi, et ce fleuve, comme une barrière que les Alliés ne durent pas franchir.
A la seconde Restauration, M. de Kersabiec fut incorporé au 3* régiment d'infanterie de la Garde Royale, ei le 25 décembre 1816 il fut nommé au commandement de la légion de rOrne, qu'il dut organiser. Moins de trois ans après, le 10 mars 1819, sous le ministère de M. Decazes, il fut mis à la réforme, comme trop royaliste. Les services qu'il avait rendus, au lieu de lui être un titre, le faisaient tenir pour^suspect. Vainement il réclama; ses démarches restèrent infructueuses. Ce fut seulement en 1827 que le marquis, depuis duc de Clermont-Tonnerre, alors ministre de la guerre, rappela Tancien colonel de la légion de rOrne à la seule activité qui convînt à son âge : il fut placé avec son grade dans le recrutement. C'est dans cette situation que la révolution de 1830 vint le trouver, mais non, hélas 1 le surprendre.
Certes, il n'avait pas eu à se louer de la Restauration ; mais il était de ceux dont rien ne peut ébranler la foi, dont rien ne peut lasser le dévouement. Il fut des premiers à répondre à rappel de la duchesse de Berry. II avait 64 ans ; il était veuf, il avait huit enfants. Aucune de ces considérations ne le &t hésiter. Il prit les armes, et nous verrons tout à Theure quelles en furent pour lui les conséquences.
Son fils aîné, Edouard, qui déjà s'était battu à côté de lui, en 1815, le suivit, cette fois encore. Ce fut le 3 juin 1832 qu'il réunit dans la cour de sa modeste maison de campagne, la Marionnière,- les braves gens qu'il allait commander. A cheval au milieu de la cour, M. de Kersabiec se pencha sur son fils, et lui passant le bras autour
quand la société elle-même aura fait justice des exagérations, qui sont inséparables du choc des passions, alors elle dira avec nous qu'elle eut des vertus qu'on rencontre rarement de nos jours. Avec de Tesprit et une grande facilité d'élocution, mademoiselle Stylite de Kersabiec possède de l'élévation dans la pensée, un esprit prompt à concevoir et à exécuter. » — A ce portrait tracé par un chef militaire, il convient d'en ajouter un autre, tracé par un prêtre qui avait connu mademoiselle de Kersabiec à Mende, où elle avait organisé l'œuvre des prisons. Parlant de l'arrestation de la duchesse de Berry et de sa captivité, ce prêtre s*exprimait ainsi : « CiCtte circonstance solennelle était nécessaire pour trahir le secret des charités de mademoiselle de Kersabiec, et révéler cette flUe généreuse ; sans cela, Ton aurait peut-être à jamais ignoré ce haut caractère, cette vive piété, cette tendre compassion, ce zèle, ce courage d'une bienfaisance toute chrétienne ; l'amitié elle-même n'aurait peut-être pas osé, sans motif, divulguer ce qu'elle a vu ; elle se serait fait une loi de ne pas faire connaître à d'autres les œuvres pieuses que mademoiselle de Kersabiec semblait vouloir se cacher à ellemême, et qu'elle ensevelissait avec tant de modestie et d'humilité; il a fallu qu'elle fût surprise dans une occasion si éclatante, il a fallu que la gloire de la prisonnière de Blaye rejaillît malgré elle sur sa modeste et courageuse compagne, et que la même trahison, qui a livré la Princesse à ses ennemis, déchirât en quelque sorte le voile qui couvrait cette belle vie (1) ».
Plus jeune que mademoiselle Stylite et mademoiselle
(1) L'œuvre des prisons , quelques réflexions sur la vie de tauteur, par M. l'abbé J... Lyon, chez M. P.-Rusaad» 1833. — Mademoiselle Stylite de Kersabiec avait composé un très remarquable opascule, qui a paru sous ce titre : Hé flexions sur l'œuvre des prisons.
& donner sur le général Solignac, qui commaDdait alors k Naates, et sur sou rdledans le procès du colonel, des détails qui montrent le général sous un jour absolument odieux. Sa conduite en cette circonstance fut, non celle d'un officier, mais celle d'un terroriste, et Carrier y eût applaudi. Ses acteset ses propos sont si atroces, que le lecteur serait d'abord tenté de reprocher au narrateur un peu d'exagération. Malheureusement pour Solignac (et M. de Kersabiec fera peut-être bien de signaler le fait dans une nouvelle édition), le général Thiébault parle beaucoup de lui dans ses Mémoires, et ce qu'il nous dit de cet « archiblagueur patriote», de ses vols et de ses cruautés (1), rend très vraisemblable sa bonteuse conduite en 1832. Solignac fut d'ailleurs révoquéde son commandement; il provoqua alors en duel par deux fois le maréchal Soult qui, comme de raison, ne lui flt pas l'honneur de se battre avec lui.
Au cours de cet article, j'ai nommé Waller Scott- M. le vicomte Sîoe'han de Kersablec n'a pas eu besoin, comme le grand Ecossais, de créer des personnages et d'inventer des situations. Les personnages, il les a trouvés aulourde lui, il les a connus et aimés ; les situations, l'histoire les lui a données, et plus romanesques que son imagination n'aurait pu les lui fournir. Il n'a eu qu'à écrire sous la dictée de ses souvenirs de famille, pour composer un livre de l'inlérôL le plus vif, — un roman vendéen qui rappelle les romans jacobites de l'auteur de Rob Roy, et qui, par quelques côtés au moins, leur est supérieur, puisque aussi bien M. de Kersabiec ne s'est pas un seul instant écarté de l'bisloire, et que, s'il fait songer à Walter Scott, c'est & un Waller Scolt catholique.
Î8 Janvier isoa.
{D Mémoira du général Thiebaalt, tomes 1,11, IV etV, putini.
TST^
« Bien moins connu que son père, écrit-il, le baron Mounier a cependant exercé une influence plus considérable sur ses contemporains, pendant les règnes de Napoléon, de Louis XVIII, de Charles X et de Louis-Philippe, qu'il servit successivement ax>^c le même scepticisme et la même préoccupation exclusive de ses intérêts particuliers,
» Il était né avec une intelligence remarquable, mais il se pliait trop facilement aux circonstances, et ce fut cet excès de flexibilité qui Tempêchâ de devenir une étoile de première grandeur, pour se confiner dans la catégorie bien rentée des girouettes politiques, »
Doué« en effet, d'une intelligence remarquable et d'un très remarquable talent de parole, le baron Edouard Mounier aurait pu jouer un grand rôle. Ce qui l'en a empêché, c'est qu'il ne lui a pas convenu, quoi qu'en dise M. d'Hérisson, de sacrifier ses convictions à ses intérêts particuliers et de tourner avec le vent.
Son père, Joseph Mounier, le célèbre constituant, avait émigré* dès 1790. Rentré en France après le 18 brumaire, il devint préfet d'IUe-et-Vilaine et conseiller d'État. Il mourut en 1806. L'année précédente, Edouard Mounier avait été nommé auditeur. Il fut successivement, sous l'Empire, intendant du duché de Weimar, inspecteur des vivres de la guerre, secrétaire du cabinet de l'Empereur et enfin intendant des bâtiments de la couronne. Il fut maintenu dans cette place par Louis XVIII. Il eût pu sans doute donner sa démission; mais pourquoi T eût-il fait, lui, de famille et de traditions royalistes, alors que les maréchaux de Napoléon, tous ses dignitaires, tous ses généraux et tous ses fonctionnaires envoyaient en masse leur adhésion au nouveau gouvernement?
Arrive le 20 mars; Napoléon rentre aux Tuileries : non seulement Mounier refuse de le servir, mais il suit à
poursuivant, sans se lasser jamais, un but invariable, et ce but, c'était le repos du monde. L'entreprise est peutêtre hardie, de vouloir faire de ce prodigieux gagneur de batailles le champion de la paix universelle, quelque chose comme un abbé de Saint-Pierre achevai. En tout cas, cette transformation de Bonaparte en partisan de la paix à tout prix cadre assez mal avec le fait suivant, rapporté par Mounier :
a 10 septembre 1831, — Dîner chez M. Pasquier, MM. de Sémonville, Siméon; Bastard, moi... On a parlé du caractère de Napoléon et de sa répugnance à la paix en tout temps. M. de Sémonville a raconté qu'au moment de la signature du traité d'Amiens, M. de Talleyrand, entrant chez le premier consul, le trouva courbé sur la carte et tout hors de lui d'irritation. Il crut ^ue la négociation était rompue. — « Non, dit Napoléon, votre foutue paix est signée. Que vais- je devenir? [i) »
Sur les campagnes de T^apoléon, le baron Mounier, en plus d'un endroit, donne des détails intéressants, qu'il tient de témoins oculaires. Voici, par exemple, une anecdote relative à la retraite de Russie et au passage de la Bérésina :
« 24 juin 1838. — Le général Dode (2) m'a raconté toutes les circonstances relatives à la marche d'Orcha et au passage de la Bérésina... Il fut envoyé parle duc de Bellune auprès de l'Empereur, qu'il trouva arrivant à Toloizin. L'Empereur le fit entrer dans une chambre d'une pauvre maison. Une grande carte était sur une table au milieu. L'Empereur venait d'apprendre la prise de Borizof. Alors eut lieu la conversation rapportée par Ségur
(1) Page 32.
(2) Le général Dode de la Brunerie, membre de la Chambre des Pairs, maréchal de France en 1847.
C*est là, si je ne me trompe, à propos d'un procèsmonstre, une erreur qui se peut bien dire une erreurmonstre. Mais il y en a bien d'autre^.
Le Chapitre III commence ainsi : a On a parlé du caractër-e de Napoléon et de sa répugnance de la paix en tout temps. » On a parlé.,. Qui est-ce qui a parlé ainsi du caractère de Napoléon? les historiens? les journaux? le public ? Ce fragment, placé au début d'un chapitre, n'a pas de date, et le lecteur est quelque peu désorienté. La chose était cependant bien claire sur le Journal même de Mounier. A la date du 10 septembre 1841, il raconte qu'il a dîné chez M. Pasquier avec M. de Sémonville et quelques autres pairs de France, qui tous ont jouéun rôle sous l'Empire. A ce dîner, on a parlé de Napoléon, et il rapporte les propos et les anecdotes qui Tout frappé.
Voilà donc qui va tout seul. Mais l'éditeur ne l'entend pas ainsi. Il donne à la fin de son chapitre III le commencement de cette note du 10 septembre; le chapitre fini, on doit croire la Note terminée. Il n'en est rien ; eliecontinuera dans le chapitre suivant. Le lecteur, qui n'est pas prévenu et qui ne peut supposer qu'une note de deux pages soit ainsi distribuée en deux chapitres distincts, le lecteur, naturellement, n'y comprend rien.
L'homme qui écrit son Journal, pour lui et pour les siens, et non en vue du public, néglige nécessairement d'éclairer beaucoup de points qui, au bout d'un demisiècle et même avant, deviennent pour le lecteur tout à fait incompréhensibles. Besoin est donc, lorsqu'on publie un Journal vieux de cinquante ans et plus, d'y mettre des notes. M. d'Hérisson ix'en a pas mis une seule. En maint endroit pourtant, une note eût été, non seulement utile, mais nécessaire. Je me bornerai à en donner un exemple.
On lit, à la date du 22 mal 1835 : « J'ai dîné chez
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avec ces scènes dignes du pinceau de Shakespeare? Qui ne se rappelle ce prétoire ouvert au milieu de la nuit et rempli d'une foule compacte, émue, silencieuse, sur laquelle de rares flambeaux projettent des reflets lugubres? Qui ne se rappelle cette nouvelle Ophélie, outragée, flétrie, qui s'en vient, à Theure solennelle de minuit, à rheure oîi le sentiment de son déshonneur lui est rendu, se glisser comme un pâle fantôme à travers cet appareil qui la trouble et Tétonne, et se poser en face de ce jeune homme au teiht pâle, entouré de gardes, assis sur le banc des criminels; et là, sous les regards de cette foule, à la pâle lueur de ces flambeaux, devant ces juges qu'il faut persuader, devant un redoutable rival qu'il faut vaincre, devant ce coupable qu'il faut flétrir, devant cette jeune fille qu'il faut venger, voici se lever un homme grand de cent coudées ; sa tète domine l'Assemblée, son œil est en feu, va voix retentit comme un tonnerre, sa parole convulsive et pénétrante fait courir le frisson dans toutes les veines; il demande vengeance, et l'auditoira a soif de vengeance ; il s'attendrit, et l'auditoire s'attendrit ; il pleure sur la victime, et l'auditoire pleure avec lui ; vainement un rival se lève pour lui disputer la victoire, il le presse, il le pousse, il l'accable, il l'anéantit, et l'arrêt sorti de sa bouche est recueilli par les juges comme jadis les arrêts de la Pythonisse sur le trépied (1). »
L'homme qui écrit ses Mémoires ou son Journal ne se préoccupe pas toujours de l'orthographe des noms propres. Souvent d'ailleurs, s'il a écrit correctement, son écriture est peu lisible. Parfois même il lui arrivera de les écrire en abrégé. Pour toutes ces raisons, il est nécessaire que
(1) Galerie des Contemporains illustres, par un homme de rien (Louis de Loméaie). — 1840. Biographie de Berryer.
MKJIOllîES lîT SOUVENIRS
madame de Serres, au lieu de madame de Serre ; ne du Chayla, au lieu de madame du Cayla; madame yne, au lieu de madame de Boigiieis la Qole de Meunier sur le procès de Monlalembert, jaire et de Cou\, devanl la Cour des pairs (20 et tembre 183!}, on a imprimé, au lieu de M. de Coux,
Caux. Bien loin dèlre un accusé, M. de Caux était es juges, étant iui-méme pair de France.
is celle mCme note du 21 septembre ISUI, nous li-
— « Lacordaire, prôlrc et avocat, — 39 ans, visage uinarisle, cbeveux plais el gras, — a répliqué & trsil. De la dialectique, de la chaleur, de la facilité. » iaire, eu 1S31, avait 29 ans, et non 39, et c'est évitent 21) que Mounier a écrit ou a voulu écrire, e nom de cet excellent M. de Coux, catholique et sle, est défiguré, les noms des républicains n'ont
meilleure fortune. Le fondateur du carbonarisme en e, le citoyen Joubert, est déguisé en M. Jaubert. le procès des Accusés d'avril, plusieurs noms soûl rlhographiés : neaune, Tourres, Marast, au lieu de !, Tourrës, Armand Marrast. Mais voici qui est mieux, éance du mai 1835, l'accusé Godefroy Cavaignac orte contre ses juges en violences de paroles et de :, si bien que le procureur général, M. Martin (du ,est obligé de requérir contre lui l'application d'une
correctionnelle. L'ëditeurici se surpasse; au lieu de
gnac, il met sans sourciller CassagnacI
reste, les magistrats qui requièrent sont presque
maltraités que les accusés qu'ils poursuivent. irlin reste M. Martin, mais M. Franck-Carré devient ■amcarré, M Cbégaray devient : M. Chigaray.
a dale du u juillet 11:^38, le baron Mounier rend :e du procès de rex-lieuteaant Laity, accusé d'at-
gradfe ; mais, peu satisfait de ne recevoir aucun avancement, après les services qu'il estimait avoir rendus en Espagne, regrettant de n'être pas employé d'une manière plus active, il sollicita et obtint, en novembre 1827, d*ètre mis en disponibilité. En juin 1829, il fut nommé inspecteur de la cavalerie du 0* arrondissement militaire, qui comprenait Lyon, Tarascon, Béziers, etc. Chargé, après les journées de Juillet, d'aller inspecter onze régiments ou dépôts d'infanterie et cinq de cavalerie, il reçut, le 22 octobre 1831, le commandement du département de la Haute- Saône et celui d'une brigade de cavalerie composée du 2« et du 9* de chasseurs, en garnison à Vesoul et à Gray. Peu après son arrivée à Vesoul, des troubles graves ayant éclaté à Lyon (novembre 1831), il partit pour cette ville avec sa brigade et contribua puissamment à étouffer rémeute. Desservi par le général Marbot, le Marbot des Mémoires^ « homme essentiellement envieux, dit-il, faux, et jaloux de la bienveillance que me témoignait le duc d'Orléans », Castellane dut quitter son commandement à la fin de 1831 et revenir à Paris.
Passionné pour le métier des armes, il était entré au service à seize ans, le 2 décembre 1804, jour du couronnement de l'Empereur. Pendant dix ans, et jusqu'au jour de l'abdication de Fontainebleau, il avait couru de champ de bataille en champ de bataille, d'un bout à l'autre de l'Europe. Sous la Restauration, au contraire, il a joué de malheur. Il n'a été appelé à prendre part ni à la guerre d'Espagne, ni à l'expédition de Morée, ni à la campagne d'Alger. Mais ce qui a été pour lui une malchance est une bonne fortune pour le lecteur. Au lieu d'un Journal détapes, nous avons (ce qui après tout est plus amusant) de piquants détails sur la société parisienne et le monde politique de 1828 à 1832.
mois d'avril 1827, h la suite du ticenciement de la nationale de Paris, le duc de Doudeau ville donna sa ;sion. Et Casteltane d'écrire aussitôt sur son Journal : e duc de Doudeauville, ministre de la maison du roi, né sa démission; c'est un fort honnête homme* et un aistrateur sage; il est dommage qu'il soit de la Conlion. » — U est dommage aussi que le général ne se as mieux renseigné; il aurait appris que la Congrén n'avait Jamais compté M. de Doudeauville au ire de ses membres.
occasion de l'Ordonnance du 5 novembre 1827, nomsoixante-seize nouveaux pairs, Casteltane ne pouvait uer de mettre en cause l'inévitable Gongrégalion. — trouvé, dit-il, le duc de Fitz-James hors de lui de ice de Villële à galvauder la pairie ; il en a longueparlé au Roi le 4, jour de la Saint-Charles, et a été é. Cela lui a prouvé que le Roi n'était pas entièredécidé ; car, dans ce cas-lJt, Sa Majesté fait taire. Le ui ayant nommé une vingtaine des futurs pairs, le e Fitz-James lui a fait l'observation que tous étaient Congrégation, et que, prêtant un serment différent de au Roi et à la Charte, ils formaient un autre gouvernt dans le sien ; qu'il le savait d'autant mieux que 'ilH'James, avait fait partie de cette association quand ^ait cru nécessaire au service du Roi, puis s'en était é lorsqu'il avait reconnu que cette Congrégation était eulemenl inutile, mais dangereuse et uniquement able aux intrigants; qu'il lui était clair que celte ^tsfe été imposie à M. de ViUèle lui-même par la Congré- 1 et avait été faite chez madame de Rougé (1). » lucun moment, le duc de Fitz-James n'a fait partie
d'enlever tout prétexte à ceux qui confondaient dans une commune haine a la Congrégation et les Jésuites », il avait même pris la précaution de s'absenter de Paris. Ce départ n'était que le prélude d'une dispersion générale. On fit bien encore quelques admissions, — 9 en 1828 ; 10 en 1829, 14 dans les sept premiers mois de 1830, — mais il n*y eut plus de séances et de messes solennelles. On se réunit une dernière fois dans la chapelle du cardinal de Rohan, le dimanche 18 juillet 1830, et ce fut fini. Au mois d'octobre suivant, la Congrégation avait toutes sortes de bonnes raisons pour ne pas faire câuse commune avec les républicains ; et la première de toutes, c est qu'elle était morte.
Le général de Castellane se rallia au régime de Juillet sans difficulté, mais aussi sans enthousiasme. Il a très bien montré comment la révolution de 1830 eut pour effet de désorganiser l'armée. Le général de la Motte-Rouge^ qui était alors lieutenant au 4^ régiment de ligne, en garnison à Lille, nous avait déjà dit, dans ses intéressants Mémoires^ comment les choses se passèrent dans les départements du Nord. « Les mauvais conseils, dit-il, les excitations de tout genre ne manquèrent pas aux sous-officiers et soldats, pour les pousser à Tinsubordination, à la désobéissance, au manque de respect envers leurs chefs. Dans plusieurs corps d'infanterie et de cavalerie, l'indiscipline ne connut plus de bornes. Des officiers furent insultés, renvoyés des casernes, obligés de quitter leur corps sous le prétexte de leur dévouement, de leur fidélité à la monarchie qui venait de disparaître... A Cambrai, le 2« régiment
MEMOIRES ET SOUVENIRS lier écrit : De la HesCavration et de la Monarchie élec- ? Cette brochure n'était pas seulement une violente que contre la monarchie de Juillet; elle renfermait, adresse du roi Louis-Philippe, des paroles amëres -uelles, celles-ci par exemple :
a dernières barricades ont chtisié Charles X des Tuileries. Eh , daDs ce cbftteau Tuneste, au lieu d'une couetie iaDOcente, saoi noie, sans remords, sans apparition, qu'a trotifé Louii-Pbî- ! ? tJn trâoe vide que lui préseute un spectre décapité port&nt sa main sanglante la tête d'un autre spectre.
Il mois de mai 1832, nouvelle brochure sur les i2,000 es envoyés par la duchesse de Uerry pour être distri- 3 aux cholériques.
a ce môme mois de mai 1832, le Mémoire sur la ivité de madame la duchesse de Berry. Ce Mémoire, se trouvait la fameuse phrasse : Madame, voire fila mon roi, était particulièrement dur pour la perle de Louis-Philippe. Chateaubriand fut traduit mt les tribunaux pour délit de presse. Déjà, au s de Juin précédent, il avait été arrêté et retenu en on pendant quinze jours, comme prévenu de complot ,re la sûreté de l'Etat, Au lieu de le traîner en prison, ieu de le traduire en cour d'assises et de I ui préparer i des ovations, le gouvernement — si le fait rapporté Caslellane eût été vrai — aurait eu un moyen bien lie de faire taire Chaleauliriand : il lui aurait suffi de : e M. de Chateaubriand a reçu 100,000 francs du » — On ne l'a pas dit, et on ne pouvait pas le dire, e que Chateaubriand n'avait rien reçu, comment eût-il consenti à recevoir l'argent de Louisippe, son ennemi , lui qui ne voulait même pas accepter i que lui offrait le vieux roi auquel il restait si hono-
mander que des manœuvres de garnisons. Un instant seulementy il a touché barre en Afrique; à peine y a-t-il mis le pied, qu'il en repart presque aussitôt, sans avoir eu le temps de faire répéter aux échos de la renommée son nom si bien fait cependant pour la gloire et qui sonnait comme un éclat de clairon.
Au mois d'avril 1832, il était général de brigade, ou, comme on disait alors, maréchal de camp. Lorsqu'au mois d'octobre suivant, un corps d'expédition fut formé, sous les ordres du marébhal Gérard, pour faire le siège de la citadelle d'Anvers, Castellane fut désigné pour commander la 1'* brigade d'infanterie de la division Achard. Il monta bien quelques tranchées, mais comme il n'y eut pas de sorties véritables, pas de combats sérieux, le rôle de l'infanterie fut tout à fait secondaire. Le 21 décembre, il est vrai, on résolut de donner l'assaut le 27 : le général de Castellane devait le commander; mais, les choses étant ainsi convenues, il arriva que, le 23 au matin, le général Chassé, qui défendait la citadelle, envoya des officiers au maréchal Gérard, pour traiter de la reddition de la place. Dans la soirée, la capitulation était signée. La campagne était finie. Castellane rentra en France, assez déconfit. Il avait cru tenir une occasion de gloire, et elle venait de lui échapper. Ce lui fut sans doute une mince consolation d'être nommé, quelques jours après, lieutenant-général, c'est-à-dire général de division.
Ferdinand VII mourut le 29 septembre 1833. L'appel au trône de la reine Isabelle, en violation des droits de don Carlos, frère du roi, déchaîna la guerre civile. Le ministère français se prononça en faveur d'Isabelle. Comme cette résolution pouvait rendre nécessaire une intervention armée, on décida d'appeler 35,000 hommes sur la classe de 1832 et de former deux divisions, l'une à
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212 MÉUOIRES ET SOUVENIRS
» Après le discours du prince de la Moskowa, je suis resté environ dix minutes & la tribune b lutter contre ud bruit scandaleux ; après quoi, cependant, on a consenti h entendre, en silence, les flasques paroles du cbancelier. ■
Les appréciations de Castellane sur les hommes politiques de son temps ne pèchent pas en général par excès d'indulgence. Toujours piquantes, elles sont parfois trop dures, mais parrois aussi sa sévérité n'est que justice. Lorsqu'il parle de M. Tbiers, par exemple, dans les termes que l'on va lire, il me semble bien qu'il ne fait que devancer le jugement de l'histoire.
« 29 février I8i0. — J'ai élé ce soir chez M. Thiers, qui est radieux. (Il venait d'être nommé président du conseil et ministre des alTaires étrangères.) Je lui ai fait mon compliment, ainsi qu'à madame Dosne, sa belle-mère, qui a quelque crédit dans la maison. Cette dernière, après avoir reçu mes félicitations, m'a répondu : » C'est sa carrière ; B il faut bien qu'il la suive » ; cela d'un ton tendant h faire croire qu'il fait un sacriUce en acceptant d'être premier ministre.
» La France tropheureused'ètregouveméepar M. Thiers! II faut qu'on en soit arrivé h un bien grand bouleversement d'idées, pour que lui-môme puisse avoir cette opinion. A l'époque où je l'ai connu, il y a dix ans, journaliste de talent, mais petit journaliste ayant des dettes et peu de considération, je ne me doutais guère que par son talenl, malgré une réputation de tripoteur d'affaires et après avoir mangé non seulement ce qu'il avait gagné, mais refait de grosses dettes, il parviendrait à reconquérir
;ert de Félicien David. Usdemoiselle Racbel en disait vers{t). »
es anecdotes abondent, comme de raison, dans le mal. Je recommande celle qui suit au P. Lecanuel, ainent biographe de Montalemberl ;
5 mai ISiO. — Le jeune comte de Montalemberl, pair Prance, avait été nommé légionnaire & l'occasion de la I du Roi. Il a refusé, et on a été obligé de déchirer l'orinance> Il a trouvé, en effet, que c'était un moyen ud
trop marqué de lui donner ainsi le prix du discours il a prononcé en faveur de U. Thiers, dans la discas- 1 des fonds secrets. »
n jour, dans les derniers temps de l'Empire, M. Henri ihefort résuma la siLualion où l'on se trouvait alors un trait d'esprîl, dont le succès fut énorme. Il supa UQ décret ainsi conçu :
Art. 1". — Il n'y a plus rien.
Art. 2. — Personne n'est chargé de l'exécution du ient »
ond et forme, la plaisanterie était excellente, — si aite, que de l'oeuvre entière de M. Rochefurt c'est ! aujourd'hui à peu près tout ce qui reste. Or, voici ue je lis & la page 394 du Journal de Gastellane : il juinl8i7. —D'après le Siècle, plusieurs députés istériels font circuler de main en main un projet d'oraance qui va, disent-ils, fitre inséré au Moniteur et
Les paroles du Déiart avaient pour autear M. Auguste Colio, et compatriote de Félicien David.
MBUOIRBB ET SOUVENIRS
« DON ALPHONSa
> Et la parole que Je vous ai donnée? Le sermentd'ao roi est sacré.