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dît que c'^toitunjrioyen pour sauver les formes. Sut ce discours il sëleva encore un sfgrand •nîurmuVe, qu'il ne put acheveft d'opineh Toute^s les enqjiê&s grondèrent, disant quç^'ëtoitprévesnir les esprits afin d'empêcher }a liberté de la (^élibération 5 dont il fallut qu'il se défendît, témoignant quet^dam le| occasions qui s'ëtoieitt présentées il a^pit sé^vi ^M. le, prince , et qji'il avoit^enqpre une disposition , tout entière à continu^ de le faire , avouant cpfte sçys dénances méritoient*d'être considérées. - * .'
Le premier président, voulant calmer le bruit des enquSêtes et àp^feer les esprits , dit qu^ cette^ affaire étoit des plus importantes qui se fussent jamais 'jues 5 et que la compagnie se d^Voit conduire de telle sorte que si parmalheur la retraite 4e M. le "prince de Condé causoit une guerre, civile , l'on ne pût lui en rien im-pute». Lé prince de Conti.^ ^l'ayant interrompu , lui dit avec beaucoup de ressentiment que tojjtites les actions de M. le grince avoieftt été telles, que personne ne popyoit avqir la mc^ind^e pensée qu'il voulût mfe la guerre ; que pela ii'woit point du être avancé dans la compagnie , et qu'il ne le pouvoit souffrir. Le pre^ mier président s'écria que personne ne lui pouvoit ôteç la parole, ayant J'honneur de présider la èpmpagnie et d'y tenir la place du Roi ; que M. le prince de
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Çonti n'y àtoit que sa voix. Et Vofaùt que le&«y^tres prësiSens étoientdans ce méili^ sentiment, et faisoîipnt d^ plainte^; de f ette interruption comme si oii eût y^ulu Ôt6r ]^ liberté st^ià compagnie, il ihs&ta plus fortement ^ *et le prince de Cont^rëpliqiî|nt dît que rijonsièur soiiftère témoignbît assez^^par sa conduis qu'il n avoit poiijt de mauvais dessein , puisqu'il s'ëtoit adrejisé au parlement, êtliaVoit informé^ des raisons qpi l'avoient obligé dfe se retirer. '^ ** -♦
Le duQ d'Orléans, prenat^; la pardle , rendit de^témoignages très-favorables au prince de Gbndë, et dit qu'il avoit des sujets dé craindre les crëatui%s diM;«r« dinal Mazarinv que tbus ses s^nis avdietit 4ïohservë leur crédita la cour, ^ qu'il y en avoit mêine àupf^s du I^i qui lui parioient de lui»
Ce différend prit sa colidusiçà par un ccinplinfent quelé prince 4^ Conti fit à là compagnie , diéapt qu'il savoir la considération qu'il en de voit faire ,4és obli- ^tionsque lui elHnonsieur son frèr^ui sÉroient; mais qu'il étoit hj^en dur d'eûtendre que l'on pût présumer que la cond^iite de tnorisiéur sba frète l'engageât à*une gueri^e civik , et qu'i^n'avbit pu s'empiêcher^ re>ever cette parole, afin de sêùtenir sa «réputation.
Le premier président protesta eii son particulier, et au nom ^ toute la compagnie!^ qié'élle étoit persua4^e des bonnes inte^xtions de M. le prince , et dit qu'elle étôitprêje, comme elle Tavoit toujours été, ^à prendre soin denses intérêts ; et adressant la parole à M. le duc 4'Orléans, le convia encore de travaSIer à ce4 accommode ment /U s'excusa même 4e délibérer sur cç qu'il étoit dix heures , et sur ce quei'aflUire ne se pouvoît pas terminer dans la matinée^ et promit de cf)n*
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tinuer^Fassemblëele lundi suivant et les atitresjourai» Châteauneuf , qui a^eit fait son traité» avec le cardinal , et qui espéroit par cette voie reyitreiMiux bonnes grâces de la Reine , ëtoit bien aise de fàir^ éloigner les créatures «du -cardinal par M. Je prince , afin que*^ 1^ chassant ilcTiJ toute la confiance de h. Reine. t)'autres aussi , quf étoient envieux de la grandeur et de la faveur de ces deu'kou troisAotnmes, aidèKnt à lespousser*par leur ihtéréf , pomme M. %e prince par 1^ sien- Sans s'amuser à particulariser ce qui se passa dans les délibérations dujarlement daiis l'affaire du pçince, il «stiiBt de dire que la conclusion fut que la Reine seroit très-humblemj^t suppliée de donner une nouv^le liéclaration à part contBC le cardinal Mazarin, qui pût rassurer les es{)ritS5 et donner à M. le jù*înce toutes Jes sûretés nécessaires pour sa personile. L'oii * n y parla point néanmoins de ceux qui avotent été nomme*-.
Cet arrété'phit^àia Reine , à causiê que Tapparence de l'autorité royale y étoit gardée , que l'oa sauva ceux quelle prince de Contré avoît demandé qik'on chassât, et* qu'elie demeuroit en appa^Kiencè daifs le pouvoir d'en user à sa volonté. * ,
•Le parlement vint en corps trouver la Reine^et le premier président «lui fit^ des remontrantes sur leur arrêté , de la part de la comps^nie , douces et respectueuses. La Reine liii repondit que4)0ur la dédîHatïon contre Iq cardinal Mazarin qu'il demandoit, elle désiroit qu'ils la dressassent eux-mêmea, et qu'elle la leur enverrait telle qu'ils la' demandoient -, que, fiour le restCf elle y aviseroit avec 3on conseil. Les sûretés que M. le prince demandoit alors allôient à faire
DE MADAME lE MOTTEVILLE. [l65l] 2 3 I
bannir de la cour ceux c[ue par respect le parlement n'avoit point ndmm^. La Reine b^lai^çoit ènfrek oui et lé non^: elle ne s%yoit s'if f;4loit chagser ses tréature^ ou les maintOi|^r. Son sentiment alJa d'abord a ne les pas âoignei^ mais comme qp lui représenta que c'ëtoi^unl chose qui s'ëtoit pratiquée ^^trefois, à la âemaQde des princes du sai}g,^OH lui dit aussi qu'il falloit qu'ejle ôtât ^ M. le prince l^prétçxte de fK)uvôir*faire la guerre^èivile , et qu'elle étoit obligée par ces gi'andes raisons d'empêqjier ce malheur tant qu elle potAroît. Suivant «e conseil, elle ae résolut de -les éloigner , et de donner cette maE;ii[ue à toute la Frattee de TsmoLOur qu'elle avoit pour la paix et pour le repos de l'Etat : joint à cela ^ue les petits dëgoûts qu'elle avoit eus cctpitre deLyonne et Sej'vien lui.euiptèrent ]a tloul^ur.
Le TçUier s'en alla avec une espérance certaine de retour. La* Reine avoit beaucoup de» bonne volonté pour lui.^1 étoit brouill^ avçc M. le prince , mais bien aimé du cardinal : si bien qrfil n^iàvoit rien à craindre quç l'absence , qui peut^touiourè être dangereuse à ceux qui ont des envieux, et par conséquent des enneijgis : mais il em^ortoit avec lui la satisfaction d avoineu une ôonduite sans reproche et uniforme dans le bieç., $t d'être le^seul des trois dont la. probité ne fût point soupçonnée. Ils partirent, après avoir pris congé de la Reine , l'avoir entreten^ue xîhacun en particulier. Ils emmenèrent as^ec eux leurs fen^^es çt leurs enfans, et s'en allèrent dans leurs maisons.
Servien et de Lyonne se voyant chassés par M. Je prince à qui ils n'avoient que trop adhéré , ^et mal avec liîs deux partis , connurent certainement que Chavi-
232 fl65€] mÉMQIRES
gny, par eixvi^' contre eu?: et pour se mettre à leur plaee , àvdit quelqu^e part à la hfine que M. le prince leur, avoit tëmoigh^:M bien ^u ils firén te ce qu'ils purent en partant pour pérsira$|er/à la Reine *qu'il étoit Tauteur de Içpr ruine , et dès intrigues qui^ se faisoient cb|itre Vautorité royale/ Il ne fht jîas difficile de lui nuire, pairce qye la Reine ne l'avoit fait uevenir que* pour Cachexies desseins^ qu'elle cgnservoit à Favantage du cardinal IM(azarin^«.dç qui Cha^igny; comme' je Tai dit, s'ëtoit^ déclaré ^nemi mort(ri. Il s'étoit toujours niiintenu dan^ eettq rés(^lutiom , Aial* gfé. son retour et lêfi techerches que ie cardinal lui avoit fait faire, et qu'il avoit méprisées. Il crut qu'avec le prince de Condé e( les, ennemie du cardinal , qui étiyent en granjd nombre, et dont la cow étoit composée , il pourroit venir à bout.de son dessein, qui étoit de flf'emparer de la faveur; et il s'imagina que son créditât sa réputation. en serôient kiieux établis si par lui-même il pouvoi^patVenir à ce Lonheur. La Rèifte , qui suivmt sé^ sentime'ns , et qui se |0iivenoit toujours qu'bn lui j;voit ôté un ministre par force, "ne se laissoit pas gagner par ta qualité d'ennemi du cardinal ; et comme elle étoit difficile à persuailer quand elle ne le vouloit pas être, il fut aisé Jurces estilés , selon qu'ils s'en vantèrent deux jouiss auparavant, de lui faire de mauvais offices, et, an Heu de le laisser à leur pikcé ," le mettre plus loin qu'eux dj? la cpnfiance. Chavign|r ayant senti l'état où il étoit à la cour, et le mécontentement de ceux qui étoient pastis, avec ce qu'ils aVôient dit de lui, voulut se raccommoder avec la Reine par un éclaircissement \ mais il arriva qu^ç cette princesse , au lieu de s'adou-
DB^ADAM^^DB ]lfOTTHRriL|^., [l65t] ^33
cir gnr $e$> 'pbdntes , lai dit - lijbreftient qu'il ëtôit vrai qu'elle/étcrit mal satisfaite de 'soS procède. Et Châyigny lui^ disant ^ujîl nosoit et «e vouloit point venir au conseil ts^iàt qu'elle ne së)roit pal" pei^uàdéé dé sa fidâitë et«d6 sron affec^on à^n service, ^ellè rié lui répondit: l^-dçssus ni *oiii ^ni noti. Ensuiiè de ëé silence significatif , il 4iemtara comme exclus du con^ seil , sans sa!Voir en qsuelr état il étoit » è^ëst-à-dire enibrouillé dans^ une disgr4cê salis éêlat, tÉfai^ plus mal en effettdans respritde la Reine qu'il ne ie c^dyoif Jui-méme. Il fiit si dupe sua ce^nî'^se passoif à ses yeux, qu'il crut toujoprs qtte la ^ Reine fié $oi%éoit flus au cardined Mazann,'*ef qu'il ne retiendrBit jamais. Il lui ^riSva de lui en parier sur c^ #émé tôii : «ce qui donna de mauvaises iippressit>ns^e lui à la' Reine, et la persuada, à ce qu'elle mël fit Th^tteur dç me dir%, qu'il a^t ou mÔifis d^luiiiièfes , au plus de malic^ qu|5 n'en devoit avoir uif ihihistre qui avoit eu l'honneur d'être dans la coiîfiance dû feu Roi , et qu'elle a^oit souffert âupr^ d'elle. *
Le parlement ayant été mandé, le chancéliâf leur ^rk de la pai^^tte lal*R«ine^' poui^tor flire que l'affection ^e Sa Majesté avoit pour l'Etat , et le désir de conserver l'union de. là maison royale, l'avoit #)i|- 'gée ^ potiFidoi|nei' une entière iûreté à M. le prince,' d'^igner des conseils du Roi ceux qui lui*étoiént sus|>6Cts. Il exborta la compagnie à contribuer à la paix qui se devoit^ souhaiter erttre la Reine et les princes du sang , et à tra^itte^ au repds de l'Etat aj&ec le zèle et l'affection qu'ils dévoient avoir au sefviceduRoi. ^
M. le prince fut peut-être f^hé de n'avoir plus de
prétexte de se plaindre, ^t témoigna de 4'ëtoanetfient de ce que la Reine â^iroit fait. 11 revint à Paris ^ çt alla au parlement. Il demanda que cens: qui étoiqnt partis fussent Coinpris dans la déclaraticp qui «^ djevoit faire contre le cardinal, afin £|u'ils fussent sans- espérance de retour *, mais le premier président lui dit que M. le prince de Gonti n avoit point panlé de cela ^ qu il avoit assez suffisamment déclaré sa vfJonté , et ce qu'il demapdoit pour sa sûreté ;*q|i'il avoit dit d«^sa part n'avoir rien à désirOT,^t n'avoir nulle autr^préteition qu^ celle de l'étoigoement des créatures du car-s dinat; qu'ainsi ce ^u il 4emaq^it étant chose nouvelles^ il ne pouvoit être reçu en sa* demande, et que ce seroit toujours à recommencer. T#ute la CQj|ipa^gnie s'accorda,' et ils opinèrent tous du>bonnet. Ainsi» M. le prince demeura exclus de sa prétention -, doEt il témoigna du chagrin./' - . ^ ,
Ceux qui* ëtoient d a parti contraire ^ Châteauneuf vbulurent empêcher son retour. Pour y réussir, ils tâchèreiU; de se servir tiu prince de "Condé , lui con-^ seiUatft de revenir à la cour ppur prendie saiplaee, et s'opposèrent'au ^hungementqui^se pî^méditoit-, jàdw ses défiances n'étant pas finies pour f éleignemeM de ce;^ trois honltnes, il ne vint point véir- la Reine-, et cette conduite ne manqua pas dlavoir son effet, et de' faire avancer les affaires de Cbâteaùneuf : car le cgfdinal, voyant le prince de<]londé entièrement aliéné de la Reine et de lui, se confirma dans la nécessité de se lier avec ceux (joi ay oient intérêt de le pousser. Ce prince se reposoit sur ce que le duc d'Orléans lui avoit promis qu'il? ne feroit point revenir Châteauneuf sans sa participatiion et son consentement , et il
DE MADAME DB MOTTE VIL]LK. [l6S^] ^35
ne vit pajj qu'ils piMivoient être tiin]jpés tous dexix :• et ils Je furent en effet ; car ChâteâuneiH et le coad-^ juteur , qui dônnoient à^a, faveur toute la fidélité ^ fie oonsidéroient le due ^'Orf^si»^ 'qu'optant q«Iil letir pouvdit être commode pour i'àcquérir. , «
tes phôseS ^tant en cet «?étât i le» coadjuteur eut commerce av^c èa Reine , et Châtêauneuf la vit deux fois er^ particulier, ^aijs queoBes princes ^n fossent participans \ mais cémme les Sj^crets de Ja cour q^ sont secr^ que pour (fuelquç temps seulement, M. le^rince^ le sachant, ifit djÇ grandes plaintes au du,C d'©r|éans de ce (juHMui avoit m^nquéide parole, Ce prina^ lui protestât, a'avoip point su que la Reine dût voir ces deux hommes, rassurant*que lui-même en étoit mal content. Et comAe'il vît p^r leurs seçrèteç visites qu'ils ^attachoient à \$. Reine et aja cardinal Mazarii), il commença aitssitôt de les haïr ou de les aimer, selon qu'il s'accommodéit de leur conctuife, qu'il croyoit toujours ^ appuyée^ suit *de bonnes' intenliens à son égard. Et à^ tputes ces conttariétés ce qui parut deph^s vrai fut qu'il'en fit des raiUmes publiques ; mai% elles ne firent rieiî^ voir que l'incertitude de ses pensées sur les dégoûts qu'il #voit avoir iilors.de leurs ijouvejlles intrigues. M. le. prinae.' enfim se déclara à M. le duc^d'Orléans de ne pouvoiruplu^ souffrir lef coadjuteur, et cette déclara^ tio^ne le bjrôuilla pas aiec lui.
Ces mêmes jours, M. le duc d'Orléans vint voir'fe reiiîe d'Angleterre à C%âillot. Elle avoit^f^it de cette maison un cqnveat de religieuses de Saiate-Marie. J'y avois contribué par mes conseils ete^més soins. Ma soeur y ^toit venue novice , avec la fondation sortie do
a36 .* [l65i] MÉMOIRES
Saiut-Antoine. ÇUè en avœt ëtë la preiiéèreij)rofesse, et j'y entrois«en qualité de bienfaitrice. Ce prince dit à KrReiiié sa sœjur , en riaot ^ que M. le prince ^ le cofidjùtaiir étoieiQ^ fôYt^final eosemble , et qu^il alloit auroir bien du plaisir de» leur chamaillerie. VoMà jes propres mots : iln marquant la foîMèsferde ses sentimens , taht sur là haine que sur Famitit. Mais celfë à qui le discours s'adr€^â eu fut surprise : elle le trouva ajjssi incompréhensible qu'il l'étoit en effet ; et, après qu'elle m'eut perpis^d'en eifâiminer les cofiféquences avec elle, elle ^conclut,, selon la raiso» et la. vérité, qiie les choses dfe cette imp(A'tatiée se devyiAit regarder plus <érieusemei|t , et se, sentir avee plus de vivacité. *
M. le pnnee , étant àlBiaris , rencontra un jour le Roi au Cours *, doift il>fut blâmé d^ tout le monde, p. ne voyoit ni le Roi m la Iteiiie , et il sQpibloit par cette/ bravade né' plus compter à rien lé rfespect'^ju'if dévoit à leur persotine et^à la couronne.
La Bfeine av«it intérêt dç ne pas pousser le prince de t ohdé , de peur d'augjjÉentw par «es malheurs les siens propres; tnais les frondeurs, pour 'être les maîtres, avqientlien envie d'en faire un cripihel dé^ claré de l'Etat. Il semble que ceprince , nfl^DS habile en cet endroit qflie ses adversaires , ne prit çoint assez de soin d'éviter-comme il le pbuvoit les c^cauiîons de fâcher ïa Reine. 11 écouta les^ brouillons qui étoifent auprès de lui , qui ne demandoient que h guerre , et s'y laissa conduire sané qne peut-être sa volonté y^ût aucune part. S'il n'eût point quitté labour, il eut sans doute bien ^embarrassé' ceux qui vorfd^nt l'en chasser, et les gens de bien en eussent été fort con-
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tens. Il ne lui augoit ^as ét8 difficile ^'y trouver sa s^feté, taAtp^r les voies^ publiques ^u duc d'Orléans et ^u parlement j^ que par les ps^rtioilières, cpii ëfoiqnt les meilleures. IH auroij; renco^^trée tout eiviière dans le cœùr^de 1^ Reine , sitolit dabon il eijtavoulu oublier le passé ,^t vivr^aveç elle^ selon quHl jeut*été à propos jpbur cette princesse , pour l'Etat et pour* lui : quand même il lui en eût dû coûter Teiîyoi de quelque* coùçrier au ministre élgignë j, puisque les petites
éto|(
du duc d'OrléàBS méritpieiitH'en étrf abandonnés, et plus *^ncof er du prince^de Cfbndé J^qu'il^avoient voulu perdre -, et par conséquent tous deux dévoient se réunir à la R^âne et se içoquer de la folie pi\|>lique, qui , sans un juste sujet, avoit gâlé les esprits dë^fous par la jchimérique haine dû nom de Mazarin. * « M. le printee a(y^t donc *rçnoncé à la paix , et voulant s'opposer à tChâteaùneuf, il prit la voie du parlement, où il alla le 2 août, tl se servit du remède qui étoit à la mode, c'^st-à-dire de fce fantôme *dotfl je vitos de parler, qui fut la raison qu'il allégua pour pouvoir bîittre en ruine sgs ennemis. IJ fit entendre, sans les ^pnjmer , jqtfils avôient envoyé traiter à Cologne avec le cardina\J (0. 11 cria contre Brachet son courrier, contre Bartet, Confident et courrier de la palatine, et contré tous ceux qui avoient commerce avec le Mazarin. Il fUt arrêté qu'on infqjrmeroit contre eux , et qu'ils seroie^jt ouïs.^ Qji m'assura qu'il a voit eu intention de nommer Châteauneuf , et on le lui
(i) Le cardinal Mazarin y étoit alors.
238 • [l65l] MÉMOIRES
avoit conseillé : mais il tie le fk pas ; je n'en sais pas ta cause. Ù fui dit aussi qu'on envejrroit dire au dudjde
fe «
Meréceui^ de venjr prendre sa pls^e, pour reifdre compte à la compagnie dç son mariage* hors du royaume san^ perraîssiort du Roi 5 car cq prince etoit revenu de Brulh , oi ij avoit ëpoysé pmMiquement madiemoiselle de Ma^cini, nièce du cardinal. On or^ donna de phis que' la déclaTation que la Reine avoit promise contre ce ministre serôit dresség 4a plus ample et la plus forte qu^J^é^se pourroit faire.
Le prince de Condé se justifia au parlement d'avoir rencontra le Roi au'Cloiîrs. Il dit qiu3 s'il avoit cm y trouver Sa Majesté , il n*y seroit pas allé -, qu'il savoit le ïtspect qu'il liii^devoit*: protestant de*i*)uveau de vouloir demeurer fidèle dans son service. Le premier pri$sident l'exhorta fortement à jrendre ses devoirs au Roi,M à la Reine \' et' quelques jours aprè^., ayaut hofate de ji'y point satisfaire et n'avpir nul 3.ujet apparent d'en user ainsi ^ Jl fut conse^é par ses amis et serviteurs d'aller au Palais-Roy^l. Le duc d'Orléans Ramena saluer Je Roi et la Reine. Leur entrevue* fut Iroide -, la conversation se passa«publiquement en discours de bagatelles ,''et Ja visite fut courtes» Puis tout d'un coup^ presse par sa peur, il n'y retint plhs du tout.
Les Brachet et Bartet furent ouïs. Ils se défendirent si bi^i, qu'ils ne donnèrent point de prise sur eux; mais T^, le prince et ceux de sa cabale continuèrent à faire demander au parlement que le duc de Mercœur fût ouï. U fut interrogé au parlement le 1 2 ou 1 3 août, et fort pressé par le Premier président de répondre précisément sur l'interrogation qu on lui faisoit : savoir s'il étoit marié? Il dit d'abord qu'il ne croyoit
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pas étpe obligé de répondre j mais il assura la j:ompagnie cp'en cas qu'il le fût , il rétoit lAns crime. Le premier président lui dit : (('Cel4.v^t dire que vous l'avez (c éjiousée avant que le cardinal son oncte fût déit claré criminel. >> Il régondit^que oui, iju'H étoit marié avant le départ du cardinal * Les gens *du ftoi fllonnèt^t sUr cette déclafalTon Wurs conclusions , et dirent qu'ils éj;oient d'avis que le dlic de Merceeur justifiât ^n dire. * / * ^i
Beaucoup de ceux du parjeinent vouloient passer plps outre , disant qu'il n'avoit pu ^ marier sans permi^ion du Roi; qu'on savait (Ju'il avoit épousé la nièce du cardinal à son voyage 'qu'il venoit de faire à Bsulh , et t{ue ce qu'il disoît ëtoit faux et ne le po^vôft prouver. Il s'éleva un murmure dans le parlement, qui fit dire à plusieurs que cela étoit tout-à-fait contre la Reine. L'affaite n'étoit pas sans embarras, parce qu'en effet la cérémonie du maria^ s'étoit faite publiquement au lieu QÙ étoit le c.ardiijal , et le duc de Mercœur ifeûbpu prouver le cotftraira: si bien que les servîteilts de la Reine en eurent de l'inquiétude , à cause qltie .les princes pouvoient s'eiv servie^ pour la chicanef . Mais cette famille étant appuyée^ FafFaire demeura assoupie prar les somsda leurs amis. ?
M. Iç^prince tenant 4ête au Roi dans Paris', et la Reine ayant alors taut de sujets de se plaindre de lui, songea tout de bon à se garantir. Elle prit enfin ses mesure&;avec les frondeurs , qui par leur raccommodemeht avec le cardinal s'étoient remis assez bien avec elle, et avojent par force quelque part dàn^ sa confiance. D'autre côté, M. le prjnce, s'éloignaht tous les jours davantage de raccommodement , pen-
24o [l65l] Ml^OIKES
soit à 1^ guerre , et à se prëp^rôr à tout ce qui poùvoit lui arriver. Il en^^^f a en Espactte , et fit tout #e que la prudence, vule ma^ivs^s 2t«it dû il ëtoit, Tobligeoit ae faire. 'Madame.de Longue^illc désiroit la gi|erre pour ne ppint retourner kvf (5 son lîiari, quila vouloit vqir et avec qui elle étoit brouillée. Le duc de La RpcIiefeuGauld , à ce qpH m%i ^nté de^sV s1}uhai>toit la paix ] patte qu il avoit senti tes^alheu^s de la guerre civile , et^^que'sa njaisorf^ràsée lui faisoit haïr ce^'il avoit éprouvé* Ipi ayoir^étè si dommageable. Mais né pouvant manquex de suivre les ^sejitimens de tnadafie dé Loqgueville ,*'co.mme ikvit les apparences d'une visible rap*ure qui* devoit feèntôt engager M* le prince à' s'*éloigner de la cour, il* fut d'avis qu'elle s'eft allât à Monti'ohd ajttendtfe les événemeits de Joutes les intrigues qù'elle*mêm^ avoit faites. M. le prince ^jyant approuvé ce conseil, elle partit de Saint-Mkur avec madaiiie la princesse et le petit duc d'Engljien ,;et fut attendre en ce lieu ce que devipndroït ee prince , qui sans aVoir un véritable dessein de faire la guerre , ainsi 'que je -viens de le remarqïier , se «trouva nécessité par si condîiite de la faire 'malgf^Jui ; et , grâtes à Dieu , ce fut tc^tijours à son désavantage, * \
Le duc de Ldngueville pàfut alors se séparer entièrement cte, prince de Condé. MademoiselFe de Longueville sa fiUey contribua beaucoup; car cpioiqu'elle eut passé pour frondeuse dans leS temps où ce prince s'étoit trop légèrement abandonné aux vaines entreprises de madame de Longueville et du prince de Conti , cette princesse n'y étoit entrée que par ses obligations , ^ui l'avoient engagée par raison dans un
DE MADABft: DE yOTtEYILLl. [l65lj !à^i
piiti d^at le duc de Longuai^e son père ëtoitiin des premiers chefs , et par l'état oiit la ^son l'avoit rëduit# car par ^ll|-ra1ême, étant fille d'une princesse du" sang de la troisième bf anche royale, par conséquent nièce du dernicF comte de Soissons qiie sa pitoyable ilest^hée fit périr à la bataille de Sedan , elle ne jJouVoit gu%re aimer les princes de Gondé , et particuli^^meiN; madame de Longueville sa l^Ue^ mègj^ dont elle ne croyoit pas être assez considérée. C*est ce^qui lui fit souhaiter ardemment tout ce qui lui^ parut avantageuK^u duc de Longueyille et aux ^nces ses frèpgs , enfans de^madame de L'oiigueville ; et,par\îeUe cdbduite, elle fit voM?*la bonté d^s&n espiit et la droiture de ses iàtentions , qui El portèrent à vouloir que ceux qji • qui elle prenoit intérêt s'attachassent à leur véritable devofr. Le duc dTorct avoit dëj^iré d'épouàer (j^tte sage princesse *, la reine d'Angleterre m'avoit commandé d'en paii#F à la Réipe» Jl6 le fis. Elle me répondit que ce priijice , éjjptnt fijs de Toi^ étoit trop gvand pour 1^ pouvoil" laisser ma-» rier en France «îj et, paricette raison politique , l'affaire ne put^jréussir. Ce prinèe en fut fâché : il estimoit cette princesse: sa vertu et sa personne luiplaisoientv et ses richesses , étant héritière du feu comte de Soissons, lui auroient été gussi fort agréables : car alors il n'en s^oit pas beaucoup. En tout temp$, ce mariage étoit convenable à lui et à elle»
* La fteine voyant donc qu'elle ne pouvoit plus espérer de paix avec le prince de Condé , et ne voulant point user des remèdes violens qu'on lui avoit con« seillés, prit, pour se. défendre contre lui, les plus doux et les moins hasardeux , assistée du C(HiseiI de T. 39. 16
Seneterre , dont la sagesse et la fine modératioin ëtoi| d'un grand-sjBCOurs pour opposer aux extrêmes sentimens, de ceux quelle nestiiiioit pa^s. Ce vienK seigneur % voy oit alors sans crainte de déplaire au duc d'Orléans, pour qui il avoit toujours eu quelque attachement*, mais, malgré les circonspëptions qu'il avoit observées auprès de cette princesse', il lui kyoit donné de sjjlutaires conseils. 11 avoit été fidèle jÉës deux côtés ^ et pour4ors il espéroit , yu la nouvelle liil^on des frondeurs avec le cardinal Mazarin, de voir bieiïtôt une entière réunion entre Is^i^iné et le duc d'Orléans. Dans cet espoir, îls y travaillèrent tous ^ puj^ eilQn il fut conclu entre elle et€hât0auneuf ,*le maréchal dfe Villeroy et lé^ coadjuteur , que le Roi et la Reine feroient une décjaration contre M. le prince , qui seroit portée \\x parlement et à toutes. les cours souveraines , où la Reine f^Loit eonnoître ajj, public les justes sujets de ses plaintes. Cette déclaration fui aijssi communiquée au premier président ^ qui aloi^ étoit rapcomtoodé avgc Châteauneuf et le coadj^^teur, par les dégoûts qu'iLavoit eus du prmce de Condé. Cet homme désiroitde ravoir fes sceaux. Châtiuiuneiif et le coadjuteur étant raccommodés avec la Reine , ils espéroient*de rentrer tout-à-fait dans sa confiance , et se mettre à la place du ministre. %ir ce fondement, et par les conjectures entièremenl: favorables a,^ premier président , ils furent forcés de lui faire-dire qu'ils avoient dessein, cela arrivant, de chasser le chfincélier , et lui promirent de contribuer de tout leur possible à les lui faire redonner, pourvu qu'il voulût être de leurs amis. Châteauneuf s'acçommodoit en cet article à la volonté de la Reine, qu'il voyoit être tournée
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [iBSl] ^43
de c^côté-là. Lui-même, cfai les avoit depuis perdus malice lui ^ les sowhaitoit aussi : mais il se servit alors jle. cette priidente mod(5ration pour plaire à cette princesse, %jt se çontenfe de ce qu'il Sloit , du miphis eu apparence^ posséder It première place. Cettf intelligence étant donc bien^tablie^ le premier président eut conn$^sance de cette déclarafÎDnCaite par la Ueiûe contre M. le firiftce. Il l'approuva , et y corrigea m^me quelque chose qu il ne jugea pas ^trê selon l'ordr^e.
Pour bieti^ ex^uter cette résolution, il fallait gagîîer lenduc 4'OrIéans , qift paroisëoit de jour en jour plus détaché des froncfeurs. Ma\p, pour sfe raccommoder avec ce prince, ils ne manquèrent pas de lui dire que le cSrdinal étoit un homme qu'ils vouloient perdre ^ et^que sHls avoiént fait quelques pas vers lui , c étoit qu'ils vpuloient par là rentrer dans le^cœur de la Reine ,*^^n de le pousser tout ^ nou^ati , et faire que la Reine l'abandonnât tput-à-fait. Le duc d'Orléans quelquefois disôit lu|-méme qu*îl étoit assuré que les frondeurs haïssoient le dirdinalllazarin, et viDulAent l'accabler davantiage^ ^t que leur intention étoit telle ; mais cette intelligence ne laîs^it pas de faire quelque impression sur son esprit. D'autre côté , M. le prince , leur ennomi déclaré , tiroit à lui le duc d'Orléans , qui ne vouloit pas non plus se séparer ^e Im, fom ne lui pas laisser l'avantage de l'applaudissement des peuples et des mal contons. Il craignoit que la Reine qu'il avoit offensée, s'il se séjàroit du prince de Condé , ne le laissât du moins saÀs autorité , ou ne prît peut-être de pires résolutions*contre lui : ce qui , dans l'état des choses, n'étoit pas tout-à-fait impossible. Ces raisons ayant en quel-
a44 [l65l] 'MÉMOIRES
que manière séparé le dut d'Orléans d'avec les/rondeurs , et J'ayant lié davantage au grince de Colid/, les frondeurs se trouvèrent embarrassés.. Ils s'étl)ieilt vantés à la Reine de lui redonner, Tan^tié du duc d'Orléihs ^ et ik ne purent effectuer leur promesse. E^l^ ne jhlîssa pas de les recevoir /parce que c'étoit déjà une chose rtsoliie qu'on se serviroit cRux pour fes opposer à M. le prince. La déclarratimi lut donc dres^ée^ telle qu'it convenoit qu'ejle fôt. 11 étoit nécessaire ensuite de la montrer au dipc ^'^rléans. La Reine le fit. Elle le pria d^la lire dans «on ol^atoiré, le soir aupai^vant qu'^Ue fut envoyée aif parlement. Ce prince en fut 2$tnrpm , et tâcha de détourner la Reine de ce dessein ; mais elle lui témoigna vouloir absolument la faire passer, lie duc ti'Orléans , après avoir ifeît ce qui lui fut possible pour l'çmpéc^ier de le foire ,' parut y consentir. 11 1 corrigea lui-même deux articles qui ne se pouvaient prouver contre lui , et s'en alla se eoucluer j^ein d'inquiétude et de chagrin, sans se déterminer eitfre ces dçux partis.^
Pour rendre cette déclaration plus agréable airpublic , on y mit en tête une protestation contre le ca^ dinal Mazârin , qui, devai^t être lue et publiée eu présence de Leurs Majesté» , devoit avoir la force de {Persuader l^ public que la Reine ne pensoit p^s du tout au cardinal. On manda le parlement ; mt le comte de Briemie , secrétaire d'Etat , lut cette déclaratioa en la même forme que la voici," Ce qui fîit remarquable en cette occasion fut que le prince de Conti , qui rarement alloit chez la Reine , se trouva par hasard présâit à cette lecture , et dit ^tout haut que M. le prince se justifieroit aisément de tontes ces caltoinies.
DE MADA]I|£ DE IIOTTEViLlE. [i65i] ^4^
DiscQurs^qûe le noi et la Reine ré sente ^ assistés de moîisemmur le duc d'Orléaiû^ des princes , ducs et pairs ^ officim^s de la cpurorme et grands dii rojaurtie^ ont J^ait lire en leur prés^ce aux députés du parlement ^ chambre des comptes , cour des ai^es et corps de vj^e de Partie au sujet de la résolution qiiils ofH prise de Véloî^nement pour toujours du ^cardinal Mazartg hors au rojaume , et sur la conduite présente de M, le princede Condé ^ lei'j d'août i65i '
<t C'est avec un extréi^e aëplaiair qu'après toutes les 4ëclaratiofis que nous avons ci-devayt faites avec tant de solennité contre le retour du cardinal Mazarin, mous voyons que les enneftus du repos de l'Etat se servent encore de ce prétexte pour y fomenter-le^ divisions qu'ils y ont allumées. C'est ce qui nous ol)lige à ^ou^ envtyyer quérir pour vous déclarer de nouveau que noué vduloj^ et entendons exclure pour jamais Jedît cardinal, non-seulement de nos conseiU, mais* de notre, royaume, pays et places de notre obéissance et projection , faisant défense à tous nos §u]f^s d'avoir ^çune correspondance avec lui : enjoignant très-expressément^ que toutes personnes qui contreviendront à cette volonté encourent les peines portées pay les anciennes ordonnances des rois nos, prédécesseurs , et par les derniers arrêts de nos cours sou'^^eraines ; voulant que toutes déclaratiens nécessaires pour cela soient expédiées.
(( Après avoir donné ces assurances à tous nos sujets, nous ne pouvons plus dissimuler , sans blesser
a46 [165 r] Mi^oiRE^
notre* autorité , ce qui se passe ^de lajpart de i\(>tre cousin le prince de Condé, Or, chacun sait les grâces que la maison de Cond^ë , lët, HfiVen particulier , iDnt reçues dtf feu Roi ^^ glorjeii^e mémoire , mon trèi-honoré seigneur et père , et de la Rtine , ma très-honoiée dame et mère régente. Après avoir accordé sa liberté au?x instantes prières de mon trèsch^ et tïès-amé oncle le duc d'Orléans , et aux trèshumbles supplications de mon parlement d^ Paris ; après lui ayoii; rendis le rang qu'il avoit dans mes conseils , restitué le gouvernement des provinces et places que lui et les siens |iwnent dans mon royaume en si grand nombre, qu'il^eat aisé de juger que oplui qui les a désiçées ,vouloit prendre le chemin de $e faire craindre plutôt que dç se faire aimer f aprè§ avoir rétabli les troupes levées sous son nom , capjljles dfe composer une armée ; après lui avoir accordé rechange du gouvernement de Bourgogne avec celui de Guienne , lui ayant periçis de retenir* les places qu'il avoit dans la province qu'il laîssoit : ce qui ne s'étoit jamais pratiqué 5 après lui avoir *fait payer les sommes immenses qu'il disoit lui être dues d'arrérages , de pensions , d'appoiotemens , de désintéressement de montres de ses troupes et gainisensf qui sont telles que pour le contenter on*a été contraint de divertir les fonds destinés 'à l'entretien de ma maison et subsistance de mes armées : bref, n'ayant rien omis de ce qui lui pouvoit apporter une entière satisfaction , et le disposer à employer les bonnes qualités que Dieu lui a données, et qu'il a fait paroître autrefois à l'avantage de notre service , nous avions conçu cette espérance , lorsqu'à notre très-grand re-
BE MADAME DE MOTTtVlLI,f . [l65l] là^j
gret«elle a ét^\iétrompée par des actions bieh contraires 9X1% protestations qu^il nous avoit faites solen-
nelleyient dans rassemblée ^de n§tre parlement.
« Nbtis ne dironsi rien de ce^qu'aussitôt après sa liberté Tardear de ^^s poursuites nous porta à faire les Aiai^ém^ns que' yQ\is avez vus dans le cdnseilr Cette entreprise lui ay^t réussi , il eut la ha^iesse d'accuser et de se plahidse de trois dé nos^^fficiers ^ou de la Reine notre très-honorée dame*et mère , laquelle leur co.mmands^ide se retirer non-sèulemeMt de notre CQur, mais de notre bonne vijje de Paris , potir ôter à notredit cousin tout prétexte dg plainte, et pour étouffer les tumujtes qu'il excitoit. Nous espérions que toutes ces. grâces le diiposeroiej^t à nous complaire en quelque chose, ou pour le moins l'empêcheroient de continuer ses mauvais desseins , lorsqu'avèc un extrême regret nous avcyis vu des çflfets contraires à ceux qut nos bontés avojent tâché de provoquer. Nous arons remarqué qu'après que notre très-cher et amé oncle le duc^ d'Orléans lui a doniié de notre part^ et a porté à notre parlemetit nos paroles royales, qui lui offroient toutes les lûretés qu'il pouvoit désirer et qu'il avoit requises, il demeura quelques jours sans se pouvoir résoudre à nous voir , quoiqu'il se fât une fois rencontré à notre passage (0. Enfin, pressé par notre, très-cher et très-amé oncle le duc d'Orléans , et par notre parlement , de^nous rendre ses devoirs , il prit résolution de nous voir une seule fois , où il fut reçu par i^ous et par la Reine , notre très-honorée dame, mère et régente ,^vec toutes les démonstrations d'une parfaite bienveillance qui eût été capable de
(i) Quand M. le prince rencontra le Roi au Cours.
^48 [i6dn[] MÉMOIRES
le guérie de toutes ses appréheiision^ si elles nç ve^ noient plutôt de sa propre conscience^qu^ des«mau«^ vais oJËces (Ju'jl ve^t croire lui être rendus. ^
« Nous soi^fnes obligés de vous^dire cequi'ëst venu à notra conqpissance touchant s0 menées ? tant an dçdane coq^me au dehors de nôtre royaume. Poir commencer p^r leê choses qui sont publiques , chacaqt a vu que notr^t cdusin s'est ajiseâté depuis -deux mois de nos consuls , qu'il les a décriésidans nos par^ lemens et partout ailleurs : disant qu il ne se pouvoit fier en nous , ni en ceux qui nous approchoie^t ; ayant écrit à totis- nos parlemens et à quelques-unes de nos bonnes villes , pour leur donner de mauvaisies impressions^ de nos int#ptions ^ engageant en même temps dans toutes w& provinces plusieurs g^itils^ hommes et soldats à prendre les armes aussitôt qu'ils en seroient requis de sa^part. Il a aussi dansi» notre bonne ville de ^ Paris , cpii donne le mouvement à toutes les autres, &it semer de mauvais brdits^e ao& intentions. Nous avons appris aussi qu'il renforçoit les garnisons des places qi;i^ nous lui avons confiées, les munissoitde toutes chos^s^Yiécessaires, etfaisoit sans nos ordres travailler en diligence aux fortifications , employant à cela nos sujets, et les contraignant d'abandonner leurs récoltes. Il a fait retirer nos oou^ sines , sa femme et sa ^œnr , dans le fort château de Montrond. Il a riimassé de toutes parts des sommea notables de deniers* Enfin il pratique publiquement tout ce qui nous peut donner sujet de croire ses mtentions mauvaises. Nous avons été confirmés en noli^ créance par des avis certains que nous ayons reços de divers endroits des intelligences qu'il formoît avec
DE MADàMl^BE MOTTEVIU'Ki^[l§5l] ^49
les ennemis, ^nt à BijuxeJles 'aveo»rairchîduc qu$ dans le eàipp ^Yec le coi^te de Pugnsalds^ue , faisiht escorta ]^9 courFie|s jusque dans les pa«fe3 4e Canl^ bray par «(uelqùe dsivalerie tir^e des troupes qui n'o*bëissetft (yf à liii s^l. Ces ^rs^tkjues ëta^t faites 1r notre ilisîi j sans nos paésçpôrls et contre hofrë* vol&nt^^Si peut douter de son^intéUigence avec ceuk contre lesquels nous sommes en Çuerrer^uterte ? Il n'a voulu non plus faire sbjtir lé$ Espagnols de la ville de Slènay , ainsi qu'il s'était obligé de Ife faire: cette seule c#idition ayant été exfgée àe lui lorsqu'il fiât retiré de prison. Sa conduite est cause que don Esteva^.de Gamarr^ s*#st appfeché de la Mgtrse avec son armée ; qu'il a ravitaillé Mousan, et s'est çolfeefféjô passage de Dun,qi|i mÇt eiî contriblition une partie ^ la Campagne , {)Oùr donner aussi pftus de^pHioyèn à no» enilemi^ d'^ntrepi5en4|re contre iy)as, et aii-étél* les progfès'qtife notre grm*ée plus pvilb&te^ue là- leur pourroit faire dans le Pays-Bas* Par une entreprise qui n'a jamais été vue d|ns notre r^aume, quelques ordr^ exprès qui aient été donnés, ceux qui c#mmandoient ces troupes n'ont jamais voulu obéir atix commanldemens que nous leur avons faits de joindrefjes sieifnes au corf s d'armée ^ù ils avoieAt été destinés par nous et par notre oncle le duc d^Or:^ léans : ce qui a renversé jifsqui'à présent tous nos de»f aeins , tant à cause de la jûsle^défiance que nous avons eue de ceux de notre (îbushi , comme aussi parce qu'il a donné loisir aux ennemis de se reconnwtre , et de se mettre en état de s'opposer à nos forces : outre que leur résolution s'est augmentée par les espérances^ ou pour mieux dire par les assurances qu'on leur'*a
!i5o ♦ ./' E*65l] MÉMOtBlSS •
données de qnelquesmouvemens dans^notce royaumev , % Nous ne pou'v^â nouà^mpécheF^e dire toutes fes^ dë^latiens que les gens de /^tterre cf^nfeiandés par notre cousin ont faites , et cfu'il» continuent de faite, en $e maintenant en Picarèîe et enCiiampagne, qu'3s achèvent de ruiner , au lieu d'être dan^4ès pays ennemis à leur faire la guerre. La liberté i(vi0^reiït nent sel tfoupe3 "lie piller ""nos sujets fait aussi que plusieurs <de nosT soldats abandonnent notre camp pour aller dans le sien. * - -*
* « J^ous'avons Bien voulu vQus donneflpart de toutes choses , encore* que la plus grande partie fât déjà cdupue.Nous croyons que vous jugerez ^.par ces déportemens publics de notredit cousia , que ses menées secrètes ne sdnt pas moyis dangereilsçs. La. c&nnSissancf» ^e nous en avons ne ntus permet pas de le pouvoir dis$jmule^ plus long-temps , san^abai^onnér le gouvernail de cet Efaf^^ue Dieu Aoù%a remis*^ main, et que nous sommes résolus dé tenifav^ fermeté. Nqtus savons que si nous n'apportons un prompt rqpiède au désordre qu'on v^ut jeter dans notre Etal, nous ne pouvons obliger nos ennemis^ d'entendre à la paix que ilous désirons de condkufe , ni réformier les abus qui se sont glissés dans nôtre iltiyauma ainsi agité par tant de pernicieux' desseins et entreprises , si nous ne les prévenions et en arrêtions le cours, comme nous sommes résolus de faire par les moyens que Dieu nous a mis en main', dans l'assurance que nous avons et que vous nous avez toujours témoignée de votre fidélité et affection à maintenir notre autorité, entretenir nos sujets dans l'obéissance qu'ils nous doivent , et que nous nous assumons que voiisr
D^ MADAME DE MOTT#riLLE. [16ÎI1] aSl*
contiiMierês^/ji apporter tout ce qui dépendra d^ivos soins p&tr faire Valoirnos boni]^ ifiteoildons pc^r le bien et le repos de nofre roy^iume. Fait à Pari^ le 17 août i65 1% Signéhouis^tpius basj de GusNEGiiqpf »
Lelendeiwin^ le prîjiili de Côi^^é alla au% parlement, et dtt à la compagnie qu*il avoit été entièrement lirp^^^ d'af>prendre l^ calomnies que ses en- , nemis^lui imposoient, ^t quils s$ servissent '^pour delà de l'autorité du Roi ; que se^érvices etganaîssanœ parloient asselfc pQur li|i^ qu'il croyoît que Son Âbesse Rojpale savoit le détail de toute sg^couduite et la fauss^énles choses qu'oii lui imputoit , et^n informeroit la compagnie; et que pour le reste, il lui sespit aisé de s'en justifier. Il4)arla assez^fièremerft, et se Itournant du coteau coadjuteur quand il parla de ses ennemis ; «car il n'ignofoit m^ les propositions qu'il avoit faites Qpntre lui , et ses con^rences avec les ministres (ïe^a Reme. »
<]ette affifirei^nt de grande cofis^quence , ondeputa deux conseillers vêts 1^ duc d'Orléana pour le Pfier de venir au paiii^ment. L'epbarras ^où étoit ce prince de ne savoir que faire i^ntre la Reine et M. le pritice le rendoit iijicertain. 11 4i^ à ceux qui l'allèrent trouver qu'il éïbit malade,* qu'il alloit être saignp^ et qu'il n'y poujrroit p^ aller. Ils le paressèrent de leur donner jour, et il leur dit que sur les six heures du soir il leur feroit savoir quand il pourroit y aller.
Lç lendemain 19 août, le^rince de Çondé vint au parlement avec un écrit en main du duc d'Orléans, par lequel ce prince , malgré ce qui s'étoit passé entre la Reine et lui, et le consentement qu'il avoit en
252 [l65l] MÉMOIRES »
quelque façon ckn^ë à la déclarâlioii ftitê contre le prim» de Gondë,iè justifioit sur les principaux chefs dont la'Reine l'accusojt. Cette contrariété d'actioA f tpii , à l'égard dtt du^ d'Oiléans , if étQJt pas sans excuse, donna sujet à la Reine de se plaindre de lui; mtis il disoiti pour sefi^siusons cju'il avoit' voulu balancer tes choses , afin de porter la Reine et M. le prince à raccommode^iêol , et empêcher la gtiterre ci* Tiie ; qu'ennri se iwtilâtit lier avec le prince de C«ndé^ commq^ ayant tous oeux oflfensé la Reine et téus deux ayant sujet de la craindre ,* il l'a^oit abandonnée en cette occasion, en donnant dès forces à M. le pnnce poifr luicésistej:. Cet écrit ^tokldi : ' ^*
Déàtaration^e M. le âuc d'Orléans j ens^oyée0f parlement ptmr la justificatwn delà conduite de M. le prince. * *• ' -
tt fîous, Glston , fils de France , onde dn Rbi, iéclarons que noMs ti'avons su que ^mercredi derriler à sept hfeures du soir, ]^r M. de Brienne , la résolution que laj. Reine avoit prise ^e mander les compagnies souveraines et* la ville, pour leur déclarer qu'elle n'avoit aucune pensée pour le*tetour du cardinal Mazàrin, er quelle fer oit expédier Aoutes^éclarations nécessaires pour cet^et , et.qu'ellé*pourroit ausM parler dé ce que M.«ïè prince n'avoit été Éi Païaîs-Royal depuis que nous le lui aurions mené. . « Le lendemain, qui étoit le jeudi, y étant allë ^ur les onze heures, la Reine nous auroit fait lire récrit sans que nous en eussions eu commimicatiôn fiuparavant , auquel nous aurions trouvé beaucoup de
. , DE MADAME DE^OTTEYII^E. [l65l] a53
eboses à redire , et plrliculièrement en ce qui regarde riiild||igend%ai^c TE^pugne^ et aunoQs jujgé à piiu^ôs de nen point faire la lecture^ mais 4a Reine I^ voulut absolument, disant que ^eela ëtoit nécessaire pour sa d^fh^rge; le Roi^d^vffnt)étr6«majeprdaaK yingt-deuf jours. ' #^ « , «•
m il ^ous déclarons aussi que M. le prince a proposé alla Reini en notre présence, ot depuis' au conseil , après 1^ retour*du marquis d^ Sillery d^ Bruxelles, où ît av^t été envoyé 4>5i>?Sa^ Majesté^ qu'il y avoit de«x mçyens àe feire sortir les Espagnols ^e Stênay :* Fun , par la négociation , les Espagnols ayabt otf^irt audit ]|iarquis de Sillery de sordr de l^iJite yiîle de Stenay mov^nftiant une suèpensioit«^d'armés entre Ste* nay et les places de Luxembourg pouj:. Il reste de la campagne : ce qije'la Reine ayant rtfusé absoluniefil;, M. le Bfince nous fit entendre qu'avec deux c^nts hommes qui étoient dans la citsfdeUe il ne jfi^uvoit ién ^h^ser ci^q <?ents qui étoitjp* dans la ville, çt qui pouvoioQt être rafraîchie à toute heure^, par l'armée des ennemis^ et que si la Reine voulut ^ Uii doni^er' deux mille hpmmes ,'il les*contraindroit d'en sortir. * a Nous témoignons aussi que toutes les troupes qui sont sous le nom de M, le prince, et qui ^nt été destinées ,par q^s pour l'armée de Picardie , y sont présentement, à* la réserve du régiment 4^ cavalerie et la comfpagnie de chevau-légers d'Enghien; et quQ pour les autres qui étoieM destinées pour l'armée de Champagne e tiédit régiment d'Enghi^n, M. le prince n'ayant pas jugé à propos qu'elles fussent sous le eommanflement jdu maréchal de La Ferté , parce qu'il est attaché au cardinal MazSirin, qu'il l'a voit escorté
254 Pï65l] MlillOlRES
Pipndant ses voyages et môm^ reçu dans ses pla(5es defHHS .le9 arréts' du parlepeht^fl nou^ auroit prié d'envo3^r *u^e peFsonne qui fût à neus pour lès commander , avec assurance Qu'elles lui obéiroient aveuglément. Notis ncpmftiâmQs à Sa IBajesté^le sieur de VaHan pour cet emploi ^lequel, étant pràside partir, recul un ordre contraire de Sa Majgàté qui a 'obligé lesdites troupi^s de demeurer, eu attendant tedit sieir de Vallan qui Us devoit commander. * -
«iNous dédarons *eiîcorç *^ue^es soupç^^ns et défiances de^M. le prince ne sont pa^satis Ib^adement, aifisi que nous Tavôns dit dans le parlement , ayant su qu'il y avoit eu quelques •négociations fait^ ^ son préjudice -, et 4^P^s que nous le menÉnef au PJUais- Royal 5 où â^ne fut pas trop hiéti re«u , nous neji'aurions pas invité d*y retourner. » - -
«^ Nous assurons aussi que nous ne croyons point que M. le prince dît été capablç tfavoîr eu jamais de mauvais desseins contlhople service 'du *Iloi et le Bien àe l'Etat. Fait à Paris le dix-Huitième joup d'août iGI>i. Signé Gaston-, et plus èàs^ deÎremont. »
M. le prince , oxxiie cette justification , apporta une réponse à la déclaration de la Reine qui fut lue en présence de tous, par laquelle il renHoit raison de sa conduite sur tous les chefs qui le côndamnoient. Le coadjuteut, qui en cette occasion s'entehdit*nommer, voulut se défendre. Le prince de Cohdé et lui se reprochèrent beaucoup de Choses-, et le coadjut^ur dit à M. le prince qu'ibavoit manqué à sa parole. Je ne êais pas bien le détail de cette^conversatiin -, mais voici l'écrit.
"rtE MADAME DE MOTTEVULg. [l65l] î|55.
« MfesSIEURS, ^ * . * *
"« -C'est avQO un extrême dëjdaisir qu'après -avoir tant fjifi fois déclaré à votre compagnie et au public Ja sincérité de mes intentions justifiée paç une wifduite reconnue de iti^ute la Sfranc^ , et qui ijp reprocïie ri§n à ma^consôençpyjetne tfQuyé eii<;b»e obligé de v«us * 4onner un ^plsLi^cissement 3Ujc le «ujet d^un écrit que je respee|e parce qu'il porte le nmg^ d<u Roi 5 mais lequel contient une (ti||(iQatipn de ip^ {{ersonoe et^e mes^poi^qpiens. On nef^uttrouvejç^^trange qu'avec tout le respect que je doisii âli jM^jesté^ sui;ppis^ par*^ l'artifice jde mes. ennemis», je j^atisfasse à ma péputatioqii et d'autant plus cpie.ce discour» n\ mxcum dg|: marqua par lesquelles les rois 6^t açcoii||}mé^de ? faire savoir à leùç^ peupleswleiirs volontés contre des princes de ma naissance et de mon; rang.
« Jl ^emble qu'on me veuille imputer »que je me serve du nom du ^caiiinai Mazarin comme d'un prétexte pmr fomenjter le* diviSjîans que l'on dit être dans l'Etat. Toute \f^ France sait^que je n'ai eli aucune pàrt«à^e nui^é^ dit et faîtCQntfe lui auparavant ma prison ; (fn'ij a 4>!é pj^p$cri^aipant ma liberté 5 ti qup si» depaiaje me sup uni de^entiment avec tous le^parloqiê'^ du f oyaiim£ , et aux vœux de tpu§ 1^ peuples, ce n'a été que pgur niaintenir le repos et Ja tranquillité de l'Etat , qtie ^oa rjçtour pouvoit altérer 5 et si le con&eiyi|da Roi avpit pris autant de soi^ q^'ild^voitde lever sur ce spjet les ombrages et les défiances auxr quelles tant de voyage^ fait% à Cologne ont donné, lieu, le park^eut n'auroit pas été en peine, pour dis^per les craintps que l'on avoit de son ^taWisse-
256 [l65l] MÉMOIRES
ment) de |j[einan4er une dëclarat^on^confiq^nativeMe ses arrêts , laquelle U semble qu on ait voidu éla- ^er ptr ce papier^ qui étant sans forme^ne doit être d'aucune considération. ^
« Ce]# suffirok pour dire que je n'ai paÀ besoin4'y répondre, si-cem'étoit qu'ayant été %;'en pj^ence de totre compagni(^ et d^ toutes les aitfres^Mném^ da corps de ville, et ayant été ensuite^ itnfrinié, il est juste que je dés&bu6i! le public de toutes I«s-c|llommes qu> y sont répandues contre iii<|jb
« L^on me repisoche le^ grâces 4}i feu Roî ftât€fi^ ma tnaison, "Comme si fbù moiisiéér mon pèfe n'enayoit mérité "aucune par sçs services; car potir Ifes pkces 4« Stenay et Clermont , qui m'int été données dqyois la régence pour récompense de } amirauté cpi'avoit feu M. le duc de Bre^é mcfe beaurfrère , et que je perdis par sa- mort, je n'estime pas qu'on les doive ^vier à ce^e j'ai fait pour l'Etat , non plu^ gue les charges et les gouyernerpens qfte j^ possède^ qu'on ne me pouvoit ôter sans queJque injustice f^^isqoe fetr raon^Jieur mbn pèr% tes avoit. 9 /
« J'af reconnu publiquement être oM%é^(intf 4éii'- France àla bonté^eXeurs BIsQ^^^^t ^^ instlùices qoe M. laduc d'Orléans en a faites^f é€ ^ôus^ Içs^émoi^ gnages d'affection que je pouvoir désifer d'un prinoe de sa générosité, çt aux supplications^ du ]^r!emeDt) que j'en ai remercié. Mais je ne ctditai point manquer i la gratitude qu^ j e dois , si j e fâijs^entrer la ^|tice en part de cette obligation ; et la déclaration d'innocence qu'il a plu à Sa Majesté ra'accorder^tant une épreuve de l'oppression qui m'a été faite , il est extraordinaire qu'après une prison de treize m^is sans cause et sans
DE MADAME DE MaTTEVIïÎLE. [l65l] ^5^
fondement , on veuille faire passer ma liberté pour un bienfait.
a L'on dit que Ton m'a rendu le rang que j'avois dans le conseil du Roi, lequel ayant été à feu monsieur mon père , auquel j'ai succédé par le testament du feu Roi de glorieuse mémoire, et depuis par votre arrêt lors de la régence, et m'appartenant par ma naissance, je ne crois pas qu'on puisse traiter de faveur un droit que j'ai comme ayant l'honneur d'être prince du sang, et duquel on ne pouvoit pas par conséquent me priver, non plus que de mes gouvernemens et de mes places, sans injure : étant au surplus ridicule que les nouveaux confidens du cardinal Mazarin , qui ont vraisemblablement dicté cet écrit, publient que par ce grand nombre de places qu'ils disent que je possède, quoique je n'aie que Stenay et Clermont, outre celles qui étoient dans ma maison, j'ai plus affecté de me faire craindre que de me faire aimer , puisqu'on n'a jamais fait aucune plainte d'aucune violence de la part de ceux qui y commandent -, et je ne serois point en peine de me défendre de la haine que l'on me reproche, si je n'avois en quelque façon sacrifié mes intérêts et ma propre gloire à l'obéissance que je croyois devoir au Roi, et de laquelle néanmoins l'on se prévaut à présent pour me décrier , laissant à juger au parlement si ces affidés au cardinal Mazarin peuvent me reprocher le nombre de mes gouvernemens ; puisque le cardinal , sous le nom de ses domestiques , possède Pignerol en Italie, Salses, Perpignan et Roses en Roussillon -, Brest , Dunkerque , Mardic , Bergues , Dourlens, Bapaume, La Bassée, Ypres , Courtray, Porto-Longone et Piombino, qu'il avoit et qu'il a laissé T. 39. 17
258 fl65l] MÉMOIRES
perdre, sans compter une infinité d'autres dont les gouverneurs sont dans sa dëpendancc : ce qui fait assez connoitre s'il ne faut point autre chose que des paroles pour assurer réloignemenl hors du royaume d'un homme qui a tant de portes pour y entrer, et dont on sait, par une expérience trop fatale à la France , que sa politique a toujours été de se rendre redoutable.
« L'on fait dire au Roi qu'il a rétabli les troupes qui étoient et qui sont encore sous mon nom capables de composer une armée r comme si elles n'avoient pas assez bien et utilement servi pour mériter cette justice , étant connu à toute la France que les avantages que Sa Majesté a remportés sur les ennemis ont été en partie les fruits de leurs fatigues et de leurs travaux ; et comme si Sa Majesté pouvoit avoir trop de régimens qui ont porté partout la gloire de ses armes avec des succès qui auroient donné la paix à toute l'Europe , si le cardinal Mazarin ne les eût rendus inutiles par sa mauvaise et pernicieuse conduite. 11 devoit se souvenir qu'ayant eu deux régimens d'infanterie italienne , deux autres régimens d'Allemands et Polonais , quatre régimens de cavalerie de même nation, ses compagnies de gendarmes et de chevau -légers, et ses gardes qu'il a eus jusque dans le PalaisrRoyal , qui est une insolence sans exemple, sans faire mention de vingt autres régimens qui étoient pour la garde de ses places ou sous le nom de ses domestiques ou affidés , il ne me devoit pas faire reprocher quie j'avois assez de régimens pour faire une armée , puisque je ne les ai jamais employés que pour le service du Roi et le bien du royaume , et
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65l] iSg
qu^au contraire, on a tout sujet d'appréhender qu'il n'abuse des siens pour troubler par ses armes , domine il a fait par ses intrigues, notre repos et notre tran-
<c J'avoue que j'ai accepté le gouvernement de Giiienne pour celui de Bourgogne que le Roi a donné à M. d'Epernon , sur les instances qui m'en furent faites de la part de la Reine , plus pour donner la paix, à cette province et satisfaire M. d'Epernôh par cet accommodement, que par aucune considération; etméme j'ai supplié Sa Majesté de n'y point penser : et un des ministres présens (0 m'ayant demandé si je le disois de bon cœur , et après" avoir répondu que oui , la Reine dit qu'elle le vouloit absolument , comme une chose nécessaire pour la tranquillité de la Guienne et pour la satisfaction dudit sieur duc d'Epernon, qui n'y pouvoit retourner avec succès pour le service du Roi et sûreté de sa personne: étant étrange que, dans la condescendance que je rendis en cette occasion , on s'en soit servi pour me calomnier dans le
ptibiic.
A Que si j'ai conservé les places où je commande pour le Roi en Bourgogne, c'est parce qu'on ne m'en donnoit aucune en Guienne , et que , les ayant ache-* tées , il n'étoit pas juste de me les ôter sans m'en donner d'autres en échange, ou m'en payer là récompense que feu monsieur mon père en avoit donnée à feu M. de Bellegarde.
« Pour les sommes immenses qu'on dit m'avoir été payées pour arrérages de mes pensions , appointemens , désintéressemens et montres de troupes qui
(i) Chaviigny.
•|6o [l65l] MÉMOIRES
sont sous mon nom et garnisons , celui qui a dressé cet écrit n'a pas eu de bons mémoires , étant certain que je n'ai eu que des assignations payables seulement en i65a et i653, comme étant sur l'imposition de i65i et i65a, et qui par conséquent n'ont pu donner lieu au renversement des tables du Roi , pour lequel on sait le démêlé que j'ai eu avec le conseil, et au manque de fonds pour la subsistance des troupes, qui est une dépense présente, et qui ne souffre point de retardepient : pouvant protester à la compagnie, avec vérité , que de toutes ces assignations je n'en ai pas reçu cinquante mille livres , et que le surplus de ce qui me reste à payer étoit échu devant ma prison pour la plus grande partie , et m'auroit été payé dès ce temps-là, si on ne l'avoit diverti par l'ordre et pour le compte du cardinal Mazarin et des siens pour la plus grande partie , suivant les mémoires que je puis donner à la compagnie. Il Qst étrange qu'on me veuiUe imputer que je sois à charge à l'Etat , parce qu'on m'a payé en papier ce que je devrois recevoir en argent , si je ne donnois davantage à la nécessité de l'Etat qu'à mes intérêts , et particulièrement me montrant engagé envers mes créanciers de plus de deux millions , pour dépense que j'ai faite pour le service de Sa Majesté •, et qu'ainsi l'on veut rejeter sur moi le désordre des finances , comme s'il ne provenoit pas de la profiision qu'en a fait faire le cardinal , et de ce nombre innombrable de comptant que le parlement se peut faire rapporter pour connoître qui en a profité , étant certain que rien n'est venu à mon avantage de ce qui m'est dû ; que la Reine m'est redevable encore de deux cent cinquante mille
DE MADAlIfE DE MOTTE^YILLE. [l65l] 26 1
livres que feu madame ma mère et moi lui avons prêtées dans ses plus grandes nécessités ^ et dont j'ai encore ses promesses en main.
((L'injuste prison dans laquelle on m'a mis et détenu pendant treize mois m'a empêché, avec beaucoup de regret, de faire valoir les bonnes qualités que me donne cet écrit 5 et si les intentions de ceux qui l'ont fait étoient aussi sincères pour ie bjien de l'Etat que les miennes, on verroit bientôt cesser toutes les dé^ fiances qui m'empêchent d'en user pour le service du Roi comme je le voudrois.
(( Je n'ai point poursuivi le changement qui a été fait dans le conseil 5 et pour peu que l'on eût considéré la manière av.ec laquelle M. le premier président et moi avons été depuis , et tout ce qui se passa en cette occasion, on se persuadera difïïeileinent que j'aie témoigné aucune ardeur ni empressement pour demander cet établissement , et que j'aie eu d'autre part à cette mutation que l'obstacle que j'apportai , aussi bien que Son Altesse Royale, à la proposition qui fiit faite par M. de Montrésor , et appiiyée de M. le coadjuteur , de faire prendre les armes à Paris , d'ôter de force les sceau 1^ à M. le premier président , et d'aller droit au Palais-Royal (0; et cela en présence de M. de Beaufort et de quantité de personnes de condition qui peuvent en dire la vérité.
(( La poursuite que j'ai faite pour l'éloignement des sieurs Servien , Le Tellier et de Lyonne n'est point une continuation d'entreprise sur l'autorité royale ,
(i) J'ai parlé de cela sur le récit des tëmoins , et particulièrement sur celui de madame de Longueville , qui pour lors m'en conta les parti cu^ Jant(fs>
2162 • . ^ £l65l] MÉMOIRES
puisque le parlement a justifié ma conduite par ses remontrances ^£t le public par ses applaudissemens aune demande non-seulement juste, mais nécessaire pour établir la sûreté de tous les gens de bien , et la mieùne particulière.
' « Si cet éloignement avoit été exécuté , pomme le bien du royaume le requéroit, la France auroiteu Faccomplissement de ses vœux par mon attachement aux volontés de la Reine ; mais ayant vu qu'au même temps que Ton me donnoit cette satisfaction apparente, l'on renouveloit en effet mes défiances par un compierce continuel avec le cardinal Mazarin et avec mes plus grands ennemis , j ai cru être obligé de pourvoir à ma sûreté , sans néanmoins manquer au respect que je dois au Roi, dont je ne me départirai jamais , quelque effort que fassent ceux qui veulent troubler l'Etat pour m'engager à une condiiite contraire. Et si je n'ai eu l'honneur de voir Leurs Majestés qu'une fois , je proteste à votre compagnie que j'en ai tout le dépkisir qu'on se peut imaginer d'un prince de ma naissance , qui se ressent très-obligé des bontés que le Roi m'a toujours fait paroitre , et dont j'eusse tâché de mériter la continuation par mes s<mHiission$, si , pour me ravir cet avantage , l'on Ufd se fût étudié de me donner de nouveaux soupçons par les courriers qu'on envoyoit au cardinal, et les nouveaux étahlissemens qu'on veut faire dans le conseil sans ma participation et mon consentement , et de personnes nouvellement engagées d'affection et d'intérêt avec le cardinal , puisque c'est par lui qu'ils y entrent : ce qui m'a obligé de ne pas hasarder davantage ma liberté entre les mains de gens dont l'ambi--
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65l] ^63
tion règle toutela conduite, et qui m'ont par conséquent donné juste sujet d'appréhender tout de leurs conseils^ et c'est ce qui m'oblige de vous déclarer que toutes les fois qu'ils entreront dans le conseil contre mon consentement , je n'y pourrai jamais prendre aucune confiance , et n'y pourrai avoir aucune sûreté.
« Je reconnois que , ces défiances continuant , je me suis abstenu d'assister auK conseils , pour lesquels néanmoins je n'ai eu jamais que les mêmes sentifnens que Son Altesse Royale a témoignés dans cette compagnie, lesquels n'auroient point été exposés à la censure publique, si l'on eût autant aflfecté de les rendre utiles et glorieiix à FEtat que soumis à la volonté du cardinal , dont on sait que l'on a toujours attendu jusqu'ici les avis pour former les résolutions quQ l'on avoit à prendre , soit pour les grâces ou pour 1^ ordres généraux du royaume , ainsi que Son Altesse Boyale a témoi§^é plusieurs fois. Si j'ai écrit aUx parlemens du royaume et à quelques villes , ce n'a été que pour rendre compte de ma conduite et de tnès actions , et pour dissiper les bruits que l'on faisoit courir que je voulois faire une guerre civile , et en coiïséquencef des lettres que Ton en fit écrire par le Roi dans toutes les provinces depuis ma retraite dans ma maisoti de Saint-Maur ; et je m'étonne que ce procédé ayant été trouvé juste et légitime par votre compagnie, qui a justifié toute ma conduite en cette rencontre , puisc|u'elle a reçu favorablement mes lettres , on s'efforce d'y trouver à redire , et de le reaâre crimin^^ par cet écrit , étant chose trës-coné traire à la vérité que j'aie écîrit pour feire aucu^^def-
264 [l65l] MÉMOIRES
vëe extrabrdinaire de soldats, aussi bien que ce qu'on débite que j'ai renforcé les garnisons des places dont je suis gouverneur, que je les fortifie de nouveau, et qae j'oblige les habitans des lieux circonvoisins aux corvées, quoique les garnisons n'excèdent pas le nombre porté par les états du Roi , et que j'aie ordre et argent de Sa Majesté pour lesdites fortifications , et qu'il seroit à souhaiter que tous les gouverneurs des places frontières en usassent de même.
« La retraite de ma femme et de ma sœur en mon château deMontrond étant un effet de Tobligation que j'ai eue de travailler à la conservation de ma maison, que je n'ai pas cru, après tant de défiances légitimes, devoir exposer toutes en un même lieu , il n'y a que ceux qui en veulent la ruine qui y puissent trouver à redire, lesquels, s'ils étoient mieux avertis ou moins artificieux, sachant que ma sœur est dans les Carmélites à Bourges, et ma femme dans une de mes mai* sons, qui lui avoit été même donnée pour retraite pendant ma prison , ne prendroient point occasion de donner ombrage au public d'une action non-seulement permise , mais tout-à-fait indifférente , ni d'in^ terpréter malicieusement la recette que je fais de mes revenus pour le paiement de mes dettes et l'entretien de ma maison.
« Lors de ma sortie du Havre, l'on n'a exigé aucune condition de moi pour Stenay , à laquelle oii jugera bien que je n'ai pu m'obliger, puisqu'eDe n'étoit pas en mon pouvoir, M. le duc d'Orléans faisant assez connoître par la déclaration que je n'ai point manqué à^ce que je dois au Roi et à ma naissance^ car comme il 'ttémoigna s'offrir après le retour du marquis de
DE IIÂD AME DE MOTTETILLÈ .[l65l] 265
Sillery, qui étoit allé à Brui^elles par ordre du Roi, d'en faire sortir les Espagnols par .voie de négociation, pourvu que l'on promît de ne point faire de courses entre la ville, de St^nay et le Luxembourg , ou bien que , me laissant deux mille hommes , je les contraindrois de s'en retirer : ce que la Reine n'ayant pas. voulu, on ne peut à présent m'imputer que la garnison de la citadelle de Stenay , qui n'est que de deux cents hommes , ne chasse pas cinq cents Espagnols qui sont dans la ville , et qui peuvent être rafraîchis par les troupes de l'archiduc autant de fois qu'il le voudra.
« Pour ce qui est du passage de Dun , il est si peu considérable que trois cents hommes en peuvent chasser les ennemis , lesquels ne séroient pas en état de le conserver, non plus que Mouzo^ et les autres places qu'ils conquirent Tannée passée pendant ma prison , si l'on avoit occupé l'armée comme on le pouvoit dès le commencement de la campagne , et que l'on ne la conservât pas pour des desseins que le temps fera connoître être bien contraires à ce que l'on publie par cet écrit.
(( Quant aux troupes qui sont sous mon nom, et au séjour qu'elles font sur la frontière , ma conduite ne peut être mieux justifiée que par M. le duc d'Orléans , qui déclare que je n'ai rien fait que par ses ordres , et pour empêcher la dissipation des troupes qui peuvent être très-utiles au Roi ^ et dont la ruine eût été la suite infaillible de leur jonction à des corps com^ mandes par des généraux et officiers étant entièrement dans la dépendance du cardinal Mazarin. Et il piroît assez: que le bruit que l'on fait contre le s^our de ces troupes en France n'est qu'un artifice pour
a66 [i65ij MÉMOIRES
me décrier, puisqu'on ne dit rien de celles de MM. de Turenne et de Vendôme , et des régimens de Chack et de Mettencourt qui sont logés auprès , et qu'on ne fait point marcher pour Farmée.
« Les désolations que Ton impute anxdites troupes est un mal général et non point un particulier, auquel k parlement ayant pourvu par ses arrêts , j'ai déclaré, comme je déclare encore , que je tiendrai toujours la main à ce que ceux d'entre elles qui auront failli soient punis selon la rigueur des ordonnances.
« Si je ne m'étois point si ouvertement déclaré contre le -cardinal Mazarin par ce que j'ai tëmoigaé dans cette compagnie et en public , et par l'opposition que j'ai faite au commerce de ces courriers de Cologne, je n'aurois pas besoin de me justifier de ces pratiques que Fou cKt que j'entretiens et dedans et dehors du royaume^ et si l'on fait réflexion que Carabray est le passage des courriers que l'on envoie au cardinal, ainsi qu'il paroit par la lettre de M. le maréchal d'Hocquincourt, dont Métayer étoit porteur, il sera difficile de concevoir que j'aie fait prendre la même route pôtir communiquer avec l'archiduc , et que j'aie exposé trente hommes pour l'escorte de ceux que j'envoyois, qui eussent été autaint de témoins contre moi : ce qtn est si ridicule qu'il né mérite point de réponse.
« Je conclurai enfin cette réponse par c^ qui est de plus important dans ce discours , dans lequel ort m'accuse d'avoir intelligence avec les Espagnols , et qui est faussement controu vé par mes ennemis : c'est pourquoi j'en demande réparation comme du plus grand outrage qui puisse être fait à ition rang et à ma dignité de prince du sang , et supplie la compagnie d'inier-
DE MADAME Dfi MOTTE VILLE. [l65l] 3^7
poser SQQ siutoritë pour me la faire obtenir, et de prier le Roi et la Reine de nommer les auteurs de cette calomnie , et de vouloir imcessamment envoyer ces mémoires et ces avis, qu'on dit être certains, tant de ladite intelligence que de rengagement de soldats extraordinaires .dans le royaume pour mon service particulier : me soumettant à votre jugement , en cas que j'aie rien fait contre le devoir de ma naissance. »
M. le prince et M. le coadjuteur étgint ennemis dér clarés, chacun 9 pour se tenir sur la défensive , menoit au Palais quantité de suite. Le prince de Gondé , par sa naissanjee ^et par son autorité , avoit beaucoup d'amis et de serviteurs , et le coadjuteur, par la force de sa cabale, en avoit aussi un fort grand nombre; et Ton avoit raijsen de croire que cette querelle ne se termineroit pas sans y avoir du sang de répandu.
Le ai aojftt on s'assembla pour délibérer sur les jus^ tificatÎ0ii& du prince de Gondé , que le duc d'Orléans , par son écrit, avoit rendues plus aisées qu'elles ne lavaient paru à ses ennemis. L'animalité étoit telle qu^ cliacun vouloit être en état d'attaquer et de se défendre. Le coadjuteur ce jou^-là, que tout le monde sDUt3)Connoit devoir être terrible , craignant que ses amis ne fussent pas enasseî grand nombre pour égaler la suite et la puissance du prince de Gondé , suppKa la Reine qu'on itii prâïât quelques gens de 1^ gardei. Laigues,qui avoit été capitaine au régiment des Gardes, luî mena /quantité ' de soldats, et le Palais se trouva pletii d'homaies armés prêts à donner bataille au premier signal. Quand tous les chefs de part et d'autre eurent pris leurs places, on vint avertir messieurs de la
grand'chambre qne la grand'salle ëtoit pleine de gens aimes, et qu'il étoit impossible d'opiner en sûreté. M» le prince pria le duc de La Rochefoucauld d'aller faire sortir ses gens. Le coadjuteur dit aussi qu'il alloit prier ses amis de se retirer , et partit brusquement pour cela. Il s'avança hors de la porte , avant le duc de La Rochefoucauld. Aussitôt qu'il parut dans la grand'salle du Palais j et que ceux du parti du prince le virent , ils mirent tous Vépée à la main. Ceux du coadjuteur en firent de même : et dans cet, instant il' s'en fallut peu qu'ils ne se tuassent tous les uns les autres , sans nul ordre particulier de faire ce qu'ils faisoient. Le coadjuteur voyant cet embarras , et craignant de se trouver engagé parmi tant d'ëpëes tirées contre lui , voulut rentrer dans le petit parquet des huissiers , d'où il ëtoit déjà sorti ] mais il rencontra le duc de La Rochefoucauld à la porte , qui la lui ferma au nez. Le coadjuteur pousse et heurte. Le. duc continue à la lui tenir fermée , et l'entr'ouvroit seulement pour voir qui accompagnoit le coadjuteur. Le coadjuteur, voyant cette porte entr'ouvert€, la poussa fortement pour entrer *, mais il ne put passer toot*à-fait, et demeura comme à demi écrasé entre cette porte demi ouverte , ne pouvant entrer ni sortir. Le duc de La Rochefoucauld le laissa long-temps dans cet état, et arrêta la porte par un crochet de fer qui étoit derrière , qu'il y rencontra , le tenant là«pour empêcher qu'elle ne s'ouvrît davantage. Beaucoup des amis dn coadjuteur et des geïis de M. le prince qui se trouvèrent dans le parquet dirent qu'il fallott ouvrir au coadjuteur , et Montrésor, qui étoit son ami, se tour* mentoit pour le faire entrer \ mais le duc de La Roche-
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65l] 26g
foucauld l'empêcha toujours. Cependant le coadjuteur n'ëtoit pas à son aise -, car, outre que la posture étott fort désagréable , il devoit craindre que quelque poi* gnard ne vînt lui Ôler la vie , par le reste de çon corps qui étoit demeuré derrière. Pendant ces fâcheux mo^ mens, il entendoit proche de lui ces deux troupes se menacer terriblement, et il eut besoin de toute sa fermeté pour n'avoir pas horreur de l'état où il étoit. On cria vers la grand'chambre : et aux cris de quelques-uns , Champlâtreux , fils du premier président , sortit, qui de son autorité fit ouvrir la porte, matgré le duc deLaRochèfoucauld. Le coadjuteur, rentré et assis à sa place , se plaignit de ce duc et de sa violence : il lui reprocha qu'il l'avoit voulu assassiner. Le duc de La Rochefoucauld , qui se trouva assis auprès de lui, répondit brusquement que ce n'auroit pas été grand dommage 5 et qu'en effet, ne sachant pourquoi tant d'épées étoient tirées , il avoit seulement songé à la conservation de M. le prince. Le duc de Brissac, qui se trouva de l'autre côté du duc de La Rochefoucauld , et qui étoit parent du coadjuteur, lui répondit en le menaçant. Leduc de la Rochefoucauld, étant au milieu des deux, leur dit que s'il étoit hors de ce lieu , .il les étrangleroit tous deux *, et le coadjuteur , se servant d'un certain nom de guerre qu'ils lui avoient donné autrefois dans la guerre de Paris étant de même parti , lui dit : « Mon ami La Franchise, ne faites pas <c le méchant^ vous êtes poltron, et moi je suis prêtre : « c'est pourquoi nous ne nous ferons pas grand mal. » Cette rude conversation se conclut par un rendezvous que se donnèrent le duc de Brissac et le duc de La Rochefoucauld pour se battre 5 mais l'affaire fut ac-
«I^O [l65l] MÉMOIRES
commodée aussitôt après. Ce matin fut seul^iient employé à calmer ce désordre et à faire sortir toiitet ces troupes si animées au combat , afin qu'on pût sortir de la grand'chambre en sûreté •, et dix heures sonnèrent avant que toutes choses pussent être apaisées. Ce fiit une merveille que cette journée se pàissa sans malheur et sans carnage, et que quelque emporté n avoit tué le coadjuteur à cette porte. Ce qui le sauva fut quelques-uns de ses gentilshommes qui demeurèrent toujours derrière lui. Il ne parut en rien que l'on en eût eu le dessein : le hasard seul étrt part à cet événement, excepté Faction du duc de La Rochefoucauld , qui fut un peu dure , mais excusable en des temps comme ceux-là , et à l'égard d'un ennemi aussi dangereux qu étoit le coadjuteur.
Le 22 , on opina sur la justification du prince de Condé. Plusieurs furent à le justifier ; mais enfin le premier président fit revenir beaucoup de gens à son avis, et il fut arrêté qu'on porteroit à la Reine tôiis les écrits , et qu'elle séroit suppliée de faire consîdération sur l'importance de la chose , et très-humblement suppliée aussi de réunir la maison royale , et que le duc d'Orléans seroit prié de s'en mêler.
Le 26 , le parlement vint trouver la Reine , et le premier président lui fit sa harangue en faveur dé M. le prince, selon leur dernier arrêté. 11 pressa la Reine de lui donner la paix 5 il lui exagéra l'innocence du prince , et combien il étoit nécessaire qu'il parût innocent, afin d'éviter les maux qui en pourroient arriver, à la France; dont il fut loué, car il le fit malgré sa haine.
Une personne dit au premier président qu'on avoit
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65l] ^Jt
Irouvé étrange et voulu faire trouver mauvais à la Reine qu'il Teût tant pressée pour le prince de Coudé. Il répondit qu'au Palais -Royal et en présence de la Reine il croyoit être obligé , pour le bien et le repos de l'Etat , de parler de l'innocence de M. le prince ; mais que, dans le Palais, il falloit y faire con^ noître ses fautes.
Le parlement , les princes , le cardinal Mazarin , et ceux qui en le baissant couroient à lui, occupoient entièrement les esprits, et toutes les nouvelles du temps se terminoient à parler de ces choses. Il senhbloit que Paris seul fût toute la France, et que hors de l'enclos de ses murailles il n'y eût rien au monde qui pût toucher les hommes d'aucune curiosité. Noos avions toutefois une belle armée que l'on n'occupoit à rien , parce que les brouilleries de Paris la tenoient en léthargie. La Reine, craignant d'en avoir affaire pour remédier à quelque mal extrême où le Roi et elle se pouvoient trouver, n'osoit l'employer contre les ennemis, parce que les Français , sesenneniis domestiques, lui faisoient plus de peine que tes étrangers.
Le même jour 26 août, le duc d'Orléans vint voir la Rein€. Il lui demanda une audience particulière : ce fat pour lui faire encore de nouvelles instances pour l'obliger de faire tenir les Etats avant la majorité : ce qui marquoit assez les desseins que les princes avoient de faire prolonger la régence , et peut-être aussi qu'il y avoit des particuliers qui , parleurs intérêts, les portoient à cette poursuite \ mais la Reine y résista comme elle avoit déjà fait plusieurs fois. Ensuite de cette conversation, le duc d'Orléans, un peu en mauvaise
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humeur de ce dernier refus, s'en alla chez lui à Limours , où la Reine Fenvoya visiter par le comte de Brienne , pour lui demander avis de ce qu'elle avoit à répondre au parlement sur la justification de M. le prince. Le duc d'Orléans fut radouci par cette civilité de la Reine. Il lui manda qu'il lui conseilloit de témoigner au parlement qu'elle croyoit le prince de Gondé moijis coupable qu'elle ne le faisoit avant la réponse qu'il avoit faite à la déclaration du Roi ; que pourvu qu'il envoyât ses troupes à l'armée du Roi, qu'il fît sortir les Espagnols de Stenay, et qu'il témoignât désirer les bonnes grâces du Roi et d'elle , trèsvolontiers elle le recevoit en leur amitié. Elle le fit aînsi : et pour faire voir combien de contrariétés se trouvent en la vie des hommes, lorsque le duc d'Orléans fut de retour de Limours, il présenta lui-même le coadjuteur à la Reine , qu'elle reçut comme un mauvais présent qu'elle faisoit semblant d'estimer. Ce prince, qui faisoit profession d'une si grande liaison avec le prince de Condé, avoit de longues conversations avec le coadjuteur, qui depuis peu de jours s'étoit remis bien avec lui : ce qui fit dire aux amis du prince de Condé , de même qu'à beaucoup d'autres , que le duc d'Orléans étoit incompréhensible. Le parlement cependant travailloit à la justification de M. le prince -, et leur arrêté fut de supplier la Reine de leur envoyer une déclaration en sa faveur telle qu'il la pourroit souhaiter , et une autre contre le cardinal si ample et si forte, qu'il fût impossible de mettre son retour en doute.
Pendant qu'on s'amusoit à ces divisions publiques, la majorité approchoit , et la Reine ne pouvoit pas
BE MiDAME DE MOTtEViLLE. [l65l] Ti'ji
douter qu'elle ne 4ût être le souverain remède de ses maux. Elle espëroit y troi^yer delà puissance, et par elle se dégager de. la servitude où elle se trouvoit réduite , ayant à rendre compte de ses actions au duc d'Orléans et au prince de Gondé. Elle espéroit y trou^ ver un fils, roi majeur, et revêtu de la souveraine puissance qui lui appartenoit à lui seul. Elle étoit assurée de la bonté de son cœur pour elle -, et , par les bonnes qualités qu'elle voyoit en lui, elle avoit lieu de croire , vu sa gravité et sa sagesse , qu'il rétabliroit en sa personne la légitime autorité , en détruisant dans les autres celle qui lui avoit été injustement usurpée par l'état de son enfance.
Les articles accordés entre le cardinal et les frondeurs ayant été secrètement divulgués , ils furent alors imprimés, et coururent par Paris par l'ordre des princes. Gomme ils peuvent servir d'instruction pour savoir les changem^ns qui furent faits par la Reine aussitôt après la majorité, je les ai mis ici, avec le récit de cette cérémonie. Elle fut accompagnée d'une déclaration d'innocence enfaveur du prince de Gondé, qui pendant ces jours-là alla faire une petite course à la campagne , n'étant pas assez bieri avec la Reine pour y pouvoir occuper la place que sa naissance lui donnoit.
27'4 [l65lî MÉMOIRES
Articles accordés (0 entre messieurs le cardinal Mazarin y le garde des sceaux de Châteauneuf^ le coadjuteur de Paris, et madame la duchesse de Chevreuse.
(( Que le coadjuteur , pour se bien maintenir dans la créance des peuples, se réserve de pouvoir parler au parlement et ailleurs contre le cardinal Mazarin, jusqu'à ce qu'il ait trouvé un temps favorable de se déclarer pour lui sans rien hasarder; et que cependant M» de Châteauneuf et madame de Chevreuse fergnt semblant d'être mal avec lui, pour pouvoir traiter séparément avec ledit sieur cardinal et posséder l'esprit de la Reine ; et se conserver en même temps dans le public par le moyen dudit sieur cardinal.
« Que madame de Chevreuse et lesdits sieurs de Châteauneuf et coadjuteur feront tous leurs efforts pour détacher M. le duc d'Orléans des intérêts de M. le prince , sans pourtant l'obliger de rompre absolument avec lui , sachant bien qu'ils n'en ont pas le pouvoir, et qu'ils perdroient par là leur crédit avec Son Altesse Royale, à laquelle ils n'oseroient rien proposer qui fût directement en faveur dudit sieur cardinal : connoissant l'affection que Son Altesse Royale a pour le public , et l'aversion qu'il a pour ledit sieur cardinal , et qu'il ne peut se fier en lui après les choses qui se sont passées. 11 suffira , pour satisfaire à leur parole , qu'ils fassent tout ce qui dépendra
(i) Lesdits articles furent trouvés sur le chemin de Cologne, dans un paquet porte par un courrier appartenant au marquis de Noirmouticrs, gouverneur de Charleville.
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65lj a ^5
d'eux pour empêcher que Son Altesse Royale ne pousse tout-à-fait ledit sieur cardinsiL
« Que M. de Châteauneùf sera premier ministre ; qu'il suffira qu'on rende les sceaux pour quelque temps à M. le premier président, lequel aussi lui cédera le premier rang.
<( Que M. le marquis de La Vietivillé sera surintén-
dant des finances , moyennant quatre cent miUe livres qu'il donnera audit sieur cardinal , et cinquante tant de /mille livres au sieur Bartet, qui a négocié pour lui à Cologne -, et ce, pour Talider à payer la charge de secrétaire du cabinet qu'il a eu permission d'acheter -, que ledit rieur cardinal fera donner aiidlt sieur de Cbâteauneuf toutes les assurances nécessaires de la charge de chancelier, si elle vaque durant que les sceaux seroient en d'autres mains que les siennes.
« Que ledit sieur cardinal fera donner toutes les paroles et expéditions nécessaires pour la nomination du Roi au cardinalat , et pour la charge de ministre d'Etat audit sieur coadjuteur , pour en jouir incontinent après la tenue des Etats-généraux , n'étant pas à propos que cela se fasse auparavant -, lequel pourra servir très-utilement ledit sieur cardinal dans Fa'ssèmblée des Etats, pourvu qu'il ne soit pas connu être son ami. Et que si ladite.assemblée des Etats se porte, comme ledit sieur coadjuteur l'espère , à demander au Roi qu'il soit appelé dans son conseil , ledit sieur cardinal promet dé le fdre établir ministre à la prière desdits Etats , afîrï que , paroissant obligé au public plutôt qu'audit sieur cardinal, il le puisse servir plus utilement en cette place.
a Comme aussi ledit sieur coadjuteur promet d'em-
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ployer son crëdit pour faire casser par rassemblée des Etats la déclaration que le parlement a fait donner contre son avis pour exclure les cardinaux, français.
<( Que Jedit sieur cardinal fera jouir dès à présent le marquis de Noirmoutiers des honneurs et avantages accordés aux ducs, en conséquence des lettres quil hd en a fait accorder par la Reine.
(( Que ledit sieur cardinal fera donner la somme de cent mille livres au sieur de Laigues, sur la finance que paiera le sieur de Nouveau pour une charge de secrétaire d'Etat, laquelle ledit sieur cardinal lui a fait promettre en reconnoissance des bons offices qu'il lui a rendus , en fournissant des courriers eonfidens pour la négociation d'entre ledit sieur cardinal , madame de Chevreuse et ledit sieur de Châteauneuf.
c( Que ledit sieur cardinal donnera au sieur Mancini le duché de Ne vers ou celui de Rethelois , avec le gouvernement de Provence , et lui fera épouser mademoiselle de Chevreuse aussitôt quil sera en possession desdits duché et gouvernement , et d'une charge dans la maison du Roi, auprès «duquel lesdits sieur et dame favoriseront son retour et son établissement.
<( Que ledit sieur cardinal empêchera que M* de Beaufort ne puisse avoir aucune part dans. la confiance de la Reine ni du Roi, et ne fera aucun accommodement avec lui , mais le considérera comme son ennemi , aussi bien que lesdits sieurs et dame / en ce que les abandonnant il s'est attaché à M. le prince, nonobstant qu'il ait eu la charge de l'amirauté par les soins desdits sieurs et dame , el par l'autorité dudit sieur cardinaL
DE MADAME DE MOTTjgVILLE. [l65lj a^J
•<( Que ledit sieur cardjinal autorisera auprès de la Reine messieurs de Ghâteauneuf et le coadjuteur, et dame de Chevreuse, et 2(iira une entière confiance en €ux sur les paroles que ledit sieur de Ghâteauneuf lui donne par lui et par messieurs de Villeroy, d'Estrëes j de Seneterre et de Jars , qui se rendent ses cautions , d'être tout-à-fait attaché aux intérêts dudit sieur cardinal , et de vouloir servir à son retour toutes fois et quantes qu'il se pourra. Gomme aussi madame de <]hevreuse et ledit sieur de Ghâteauneuf s'ol3ligent à la même chose envers ledit sieur cardinal pour ledit sieur coadjuteur , lequel n'entre point dans le présent traité pour les raisons susdites, et demeure libre pour désavouer ce quipourroit étne dit de lui sur ce sujet, au cas que ledit sieur cardinal voidût dire ou faire entendre qu'il lui eût rien promis ; le tout à condition qu'il ne se parlera plus des choses passées avant, durant ou depuis la guerre de Paris , et aussi depuis l'accommodement desdits sieurs et dame avec ledit sieur cardinal, et depuis l'emprisonnement de messieurs les princes , contre lesquels se fait principalement la présente union : l'intérêt commun desdits sieurs cardinal Mazarin, garde des sceaux de Ghâteauneuf, coadjuteur, et madame de Ghevreuse étant fondé sur la ruine de M. le prince, ou du moins sur son éloignement de la cour *, et promet ledit sieur cardinal auxdits sieurs et dame d'empêcher que M. le duc d'Orléans n'ait connoissance au présent traité, ni des conférences ou négociations que ladite dame de Chevreuse et ledit sieur de Ghâteauneuf ont eues du auront ci-après avec ledit sieur cardinal. »
2^8 [l^^.O MÉMOIRES
La célèbre cwalcade faite pour la majorité du Ro\^ prise sur V imprimé qui en parut alors.
f( Le sieur de Saintot , maître des cërëmonies , ayant reçu du sieur de Rhodes , grand-maître d'icelles , les ordres que Leurs M^ estes lui avoietit donnés quelques jours auparavant celui de cette majorité, afin de faire préparer tout ce qui seroit nécessaire à Tacconir plissement d'une action si auguste , furent , le 5 de ce mois , avertir le parlement que le Roi devoit y aller le 7, et y tenir son lit de justice pour la déclaration de sadite majorité.
<( Le 6, sur le soir, le marquis de Gesvres, capitaine des gardes du corps ^ lesdits grand-maître et maître des cérémonies , le sieur de Reau , lieutenant des gardes du corps , avec des exempts des mêmes gardes, furent, après avoir vu le premier président , visiter tout le Palais et les prisons , où ce marquis laissa un exempt et quatre gardes, qu'il chargea de leurs clefs} ^t les sieurs de Reau et de Saintot restèrent, pour vaquer aux soins des préparatifs du parlement, jusqu'au lendemain huit heures que le sieur de Rhodes s'alla saisir du poste dudit parlement , et y donner toutes les séances.
« Cependant les sieurs de Reau et de Saintot allèrent au palais Cardinal pour les cérémonies qu'il falloit observer auprès de Leurs Majestés, et donner tous les ordres de leur marche de ce lieu audit parlement.
<c Le 7, sur les huit heures du matin, la cour s'étant rendue audit palais Cardinal, le maître des cérémonies alla dire au Roi , lors dans sa chambre , que la Reine le venoit voir, accompagnée de Monsieur, son
DE mâdâM£ de motteville. [i65i] 379
frère unique , de Son Altesse Royale , de la princesse de Carignan , des ducs de Vendôme , de Mercoeur, de Cheyreuse , d'Elbœuf , de Beaufort, du prince d'Harcourt , du chevalier de Guise , du duc de Lillebonne , des ducs d'Uzès, de Roannez, d'Epefnon, de Caudale et d'Amville , des maréchaux de France , des officiers de la couronne, et des autres grands du royaume lors en cour.
« Aussitôt Sa Majesté envoya le duc de Joyeuse^ son grand chambellan , et le marquis de Souvré, gentilhomme dé sa chambre , la recevoir à la porte , et ledit maître des cérémonies conduisant toute sa compagnie à la ruelle du lit du Roi. Sa Majesté s'avança à rentrée de la balustrade , et reçut la Reine , qui le salua; puis, Tayaut tendrement embrassé, lui fit un bref discours , à la fin duquel Monsieur lui donna pareillement un salut très-respectueux comme par hommage , ainsi que firent après ce prince Son Altesse Royale et tous les princes, ducs et officiers de la couronne , et grands du royaume. Ensuite de quoi le Roi commanda au maître des cérémonies de faire monter chacun à cheval, et à son ordre : ce qu'il exécuta, faisant partir du palais ces seigneurs et grands du royaume , qui étoient dans les cours et jardins de ce même palais dans Tétat suivant , en présence de la Reine , de Monsieur , de Son Altesse Royale , qui étoient sur un des balcons de la première cour en dessous de la montre : chacun de ces seigneurs les saluant en se mettant dans son rang.
<(. Deux trompettes marchoient devant,- suivis du sieur de Teman , conseiller et maître d'hôtel ordinaire du Roi , et capitaine géaéral des guides de Sa
28o [l65l] MÉMOIRES
Majesté, de ses camps et années, marchant avec le sieur de La Chapelle son confrère, fort bieft vêtus et montés à la tête de cinquante guides couverts de leurs casaques des livrées de Sa Majesté; conduisant la tête où étoit toute la noblesse suivant la cour , avec celle des princes , ducs , pairs et grands du Toyaume, sans préséances, deux à deux, tous très-lestement équipés et montés , et faisant sept à huit cents gen* tilshommes en trois troupes.
(( Sur les pas de ce gros de noblesse marchoit en très-bel ordre la compagnie des chevau-légers de la Reine , composée de plus de cent maîtres , conduite par le chevalier de Saint-Mesgrin, lieutenant d'icelle, vêtu d'un habit couvert de broderie d'or et d'argent , et monté sur un cheval blanc très-beau , caparaçonné, dont les crins étoient garnis de grand nombre de rubans , et la housse enrichie aussi de broderie pareille à celle de son habit ; ayant devant lui quatre trom^ pettes habillés de velours noir chamarré dépassement d'argent, et leurs casaques croisées de toile semblablement d'argent.
« Après venoit la compagnie de chevau-légers du Roi , de deux cents maîtres, en habits de passemens d'or et d'argent , et montés sur de grand;» chevaux fort beaux , étant précédés de quatre trompettes vêtus de velours bleu chamarré d'or et d'argent, commandée par le comte d'Olonne , cornette d'icelle compagnie , couvert d'un vêtement de broderie d'or et d'argent , avec un baudrier garni de belles perles, et des plumes blanches , feuille morte et couleur de feu , avec un cordon d'or, sur un cheval blanc très-bien ajusté , dont lahousse d'écarlate étoit garnie de même que son habit.
DÉ MADAME DE MOTTEVILLE. [l65l] a8l
(( Ensuite alloît là 'compagnie du grand prévôt à pied , et lui avec un habit fort superbe , seul , sur un beau cheval paré d'une housse de broderie d'or. Cette compagnie étoit jointe immédiatement par celle des cent Suisses véfeus de neuf avec les toques de velours noir , le cordon d'or et des plumes de livrée du Roi , allant à pied, avec l'enseigne portant le drapeau, et son survivant à côté de lui , conduits par le sieur de Sainte-Marie, lieutenant français des mieux ornés d'un habit tout chargé de broderie d'or , en housse de pareiUe étoffe sur un beau cheval bai-brun, et par le sieur Diespach , autre lieutenant de la même compagnie , des plus illustres maisons de la Suisse , et des plus attachées depuis longues années au service de nos rois, vêtu à l'ancienne Suisse d'un habit de satin couleur de feu , avec le manteau couvert d'une large dentelle d'or et d'argent , doublé d'une brocatelle de ^éme que le pourpoint , et le hautnde-çhausse découpé par bandes aussi de satin , couvert d'or et d'argent , desquelles bouffoit une autre brocatelle. Il étoit en souliers et bas de soie, de semblable couleur de feu, a¥ec les jarretières et les roses d'or et d'argent , et une chaîne d'or au col , faisant plusieurs tours , d'où pendoit aussi une grande médaille d'or , la toque de velours noir en tête , garnie d'une aigrette de héron et de quantité de belles plumes agrafées d'une attache de diamans avec un cordon de même , étant monté avantageusement sur un barbe qui avoit aussi un panache d'aigrette des plus beaux, les crins ornés et tout garnis de diverses grandes houpes et glands d'or et d'argent, la housse de velours de couleur de feu , couverte d une haute dentelle et broderie d'or et
a82 [l65lj MÉMOIRES
d argent, et For moulu appliqué et bruni avec tant d'art sur le ihors, les boucles et les étriers, quHls sembloient d'or massif. Autour de ce lieutenant étoient douze petits Suisses , portant leurs hallebardes de fort bonne grâce , aussi avec les toques de velours ondoyées de plumes , et au reste très-bien ajustées : de sorte qu'il n'est point de mémoire qu'aucun autre de cette nation ait paru plus lestement, et ait eu plus d'applaudissemens et d'approbateurs du peuple et de toute la cour.
<( L'aide des cérémonies suivant à cheval , puis les seigneurs de la cour ; gouverneurs des places , lieutenans généraux des provinces , tous trës^magnifiquement vêtus et superbement montés en housses de broderie d'or sur diverses couleurs.
c( Entre autres le comte de Glère, fils du marquis de Fontaine-Martel , vêtu d'un pourpoint de toile d'or enrichi de clinquant et dentelle de même 5 le haut-dechausse de camelot de Hollande rouge cramoisi , pareillement étoffé avec une fort belle garniture que le plus grossier vulgaire appelle une petite oie, les plumes blanches et rouges, et son baudrier en broderie d'or, monté sur un cheval gris-pommelé , dont les crins étoient si bien frisés et liés de rubans jusqu'au bout de sa queue pendante à terre , que l'on disoit par galanterie que ce ne pouvoit être que l'ouvrage d'un coifleur de dames *, sa housse étoit aussi de toile d'or de même chamarrure que l'habit , et le mors, les étriers et les boucles deis mieux dorés. Avec le comte alloit le marquis d'Arcy son frère , vêtu de même sur un cheval bai clair , dont la garniture étoit argentée , et la housse de velours cramoisi, clinquante d'or et d'argent.
DE ItfADAME DE MOTTEVILtÉ. [l65l] 283
« Le chevalier Paul , fameuic en nos combats de mer , bien qu'il n'eût jamais monte à cheval , pour faire voir son zèle au service du Roi , voulut paroître en cette cérémonie , étant vêtu en broderie d'or et d'argent et de pierreries, avec sa croix de chevalier estimée dix mille écus , et un baudrier couvert de figures de relief en broderie d'or et d'argent du prix de huit cents livres, monté sur un cheval bai clair, dii&cile à gouverner , dont la housse étoit de velours MDié de perles *, ayant ensuite de la cavalcade splendidement traité à dîner plusieurs seigneurs de la cour, où l'assurance avec laquelle ce chevalier avoit en la présence du Roi manié son cheval , n'en ayant jamais monté, fît diminuer celle. du roi Âbatalippa, que les Espagnols exadtent tant pour ne s en être point fui à la première rencontre d'un cheval, dans la bataillé qu'ils lui donnèrent au' Nouveau Monde , n'en ayant aussi jamais vu*
a Deux autres trompettes étoient à la têtei^des gouveraeurs des provinces, du sieur Du Plessis-Bellière,, des chevaliers de l'ordre , de la garde-robe , premiers geptilshommes de la chambre et grands officiers de la maison du Roi , tous aussi en riche équipage , et sur des chevaux les plus beaux, harnachés avec des housses en broderie d'or.
« Six trompettes du Roi habillés de velours bleu suivoient , précédant six hérauts à cheval , revêtus de leurs cottes d'armes de velours cramoisi, semées de fleurs de lis d'or, leurs caducées en main, et les toques de velours en tête.
<i Derrière eux paroissoit le sieur de Saintot , maître des cérémonies , aUant et venant pour mettre chacun
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en rang: puis le marquis de La Meilleraye, grandmaître de Tartillerie , comme officier de Ja couronne ; les maréchaux de France, d'Estcées, de La Motte- Houdancourt , de L'Hôpital , Du Plessis-Praslin , d'Etampes et d'Hocquincourt , marchant deux à deux, tous richement vêtus et montes sur de grands chevaux , dont les housses ëtoient chargées d'or et d'argent.
« A leurs dos marchoit seul le comte d'Harcourt , grand écuyer de France , portant en écharpe l'épée du Roi attachée à son baudrier , et dans son fourreau de velours bleu semé de fleurs de lis d'or , qu'il relevoit sur son bras. Il étoit vêtu d'un pourpoint de toile d'or et d'argent, et d'un hauJt-de-chausse plein de broderie semblable , monté sur un cheval de bataille gris pommelé, en housse de velours cramoisi, garnie jde passement d'or à points d'Espagne et chiffres de même , ayant au lieu de rênes deux écharpés de taffetas i^oir.
« Les pages et valets de pied en grand nombre , vêtus d.e neuf, avec force plumes blanches , bleues et rouges, et la tête nue, suivoient ce comte devant les gardes du corps à pied , comme aussi le porte-manteau et les huissiers et massiers.
« Alors paroissoit le Roi, que son auguste contenance et sa douée gravité véritablement royales, avec sa civilité naturelle , faisoient remarquer à tous pour les délices du genre humain , et redoubler aux grands et aux petits les vœux qu'ils font ordinairement pour sa santé et prospérité.
« Sa Majesté , vêtue d'un habit tellement couvert de broderiç; d'or qu'on n'en pouvoit discerner l'étoffe
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [lÔSl] 285
ni la couleur , paroisâoit de si haute stature qu'on avoit peinte à croire qu'elle n'eût pas encore passé sa quatorzième année : ce qui, joint à Timpatience de {Plusieurs , fit que , voyant un des jeunes seigneurs qui marchoit devant elle , ils s'emportèrent aux cris de "vwe le Roi I avant qu'il eût paru. Mais ils furent détrompés, aussitôt qu'ils eurent aperçu sa grâce et son adresse à manier son barbe de poil isabelle , couvert d'une housse toute parsemée de croix du Saint-Esprit et de fleurs de lis en broderie d'or, lequel par sa gaieté , qui le fit soulever et aller plusieurs fois à courbettes , vérifie le dire de Plutarque : Quq les chevaux ne flattent point les rois^ ce qui a donné sujet au nôtre de se rendre un des meilleurs écuyers de son royaume.
« Auprès du roi de l'éperon en avant marchoient à pied ses écuyers, savoir les sieurs de Vantelet, de Roque , de Bournonville et Du Daufin , écuyers de la grande écurie, à sa main gauche ; et les sieurs Tenilly, de Varnante , de Sainte-Croix et de LaChenaye, écuyers de la petite écurie, à sa droite aussi à pied , vêtus d'habits couverts d'or et d'argent.
ce Les exempts des gardes et six gardes écossais étpient autour et proche de Sa Majesté , faisant deux files , ayant à leur tête le sieur Feron , lieutenant desdits gardes , pareillement à pied , suivi d'exempts , et le sieur de Carnavalet, lieutenant , près du Roi, encore à pied.
a A côté de la droite de Sadite Majesté éioit le duc de Joyeuse, grand chambellan-, et derrière elle le maréchal de Villeroy son gouverneur, les marquis de Gesvres et de Villequier, capitaines de ses gardes , et
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le sieur de Beringhen son premier ëcuyer,* lestement vêtus et montés.
« Les princes suivoient en grand nombre , et les ducs et pairs aussi , sans rang et en confusion , fermoient la marche de cette cavalcade , ensuite de laquelle alloient les Suisses de la garde de la Reine, ses page^ et valets de pied , quelques gardés , le duc d'Uzès son chevalier d'honneur, et le comte d'Orfal son premier écuyer à cheval,
«Le carrosse du corps delaReinevenoit après, dans lequel étoit Monsieur , frère unique du Roi , Son Altesse Royale, la princesse de Carignan et la princesse Louise , la duchesse d'Aiguillon , la marquise de Seneçay , dame d'honneur de la Reine , et la marquise de Souvrë.
« Les exempts et les gardes marchoient autour : le sieur de Comminges, capitaine de ses gardes, derrière; le lieutenant plus bas , puis l'enseigne, rëcuyer ordinaire , celui de quartier, le sous-gouveriîeur de Mon^ sieur, la compagnie des gendarmes du Roi, de plus de cent cinquante mahres avantageusement montés, le comte de Miossens à leur tête et des mieux équipés ; quatre trompettes au devant. Celle de la Reine faisant plus de six-vingts maîtres avantageusement montés, et conduits par le comte de Mouchard leur lieutenant ; les trompettes devant les cîOrrosses des fiUés d'honneur, ceux des princesses de la cour, et suite de Leurs Majestés.
« Toute cette pompeuse cavalcade marcha le long des rues de Saint-Honoré , de la Férontierie , de Saint- Denis , devant le Châtelet , par la rue du Crucifix-Saint- Jacques, le pont Notre-Dame, le Marché-Neuf, et
DE MADAME DE MOTTEVILH. [l65l] 2i87
entra par la rue et porte Sainte-Anne en la cour du Palais. Tous ces chemins fourmiJloient de monde, ëtant bordes d amphithéâtres jusqu'au second ëtage, où une parUe du plus beau monde de la idlle étoit placée.
« Le reste des spectateurs ëtoit aux fenêtres , qui avoient été accrues par l'ouverture des murailles de toutes les chambres , où la même ardeur avoit ramassé tous ceux qui se trouvoient lors en cette ville, dont les toits même étoient couverts , et d'où , comme de tous les autres endroits , les cris de vwe le Roi! qui n'étoient interrompus que par des larmes de joie, s'élevant jusqu'au ciel , épanouissoient les cœurs de toute l'assistance, et conduisoient Sa Majesté jusqu'au pied . de l'escalier de la Sainte-Chapelle , où les principaux officiers se trouvèrent plantés sur son premier pallier, depuis lequel le régimeqt des Gardes faisoit une double haie. Sa Majesté étant descendue , ils Faccompa-^ gnèrent jusque sur le second pallier ] puis ejle fut reçue en la même chapelle par l'évêque de Bayeux , trésorier d'icelle , revêtu d'habits pontificaux , et accompagné de son clergé ^ laquelle ayant doctement haranguée, il la conduisit au chœur, où elle entendit une messe basse célébrée par un chapelain de la chapelle du Roi , durant laquelle ce prélat , comme tré-* sorier de cette Sainte-Chapelle, demeura le plus près de Sa Majesté, entre les évêques et les aumôniers.
« La messe dite , quatre présidens et six conseillers^ de la cour étant venus au devant du Roi pour le recevoir, comme fit le sieur de Rhodes, après avoir donné les séances dans le parlement , et laissé en sa place le sieur de Saintot qui l'alla relever, Sa Majesté partit de cette église , et marcha avec l'ordre accou-
^88 [l65l] MÉMOIKE5 '
tumé , dçvancëe des cent Suisses tambour battant ^ des tambours et trompettes de sa chambre , de six kë^ rauts d'armes , de deux huissiers massiers , environnée de tous ceux qui Tavoient accompagnée , et la Reine proche de sa personne, suivie de Son Altesse Royale. Ledit sieur de Rhodes étoit retourné au parlemefiit, ou le Roi , arrivant dans la grand^chambre , monta en son lit de justice. La Reine se mit sur la gauche en entrant, qui étoit la main droite du Roi, et ensuite étoient assis Monsieur , Son Altesse Royale , le prince de Conti, les ducs de Mercœur , d'Uzès , de Beaufort, de Brissac , de Caudale , de La Rochefoucatdd , les maréchaux de France ci-devant nommés, et le grai^dmaître de l'artillerie. Sur le coin du retour du banc» à l'autre bout du côté droit en entrant, qui étoit la main gauche de Sa Majesté, étoient assis l'archevêque de Reims, duc et pair; les évêques de Beauvais, de Ch^lons et de Noyon , comtes et pairs •, le grand chambellan au pied du Roi sur la première marche; et à la seconde , un peu en retour , le comte d'Harcourt. Aux pieds de la Reine à l'autre côté , sur la même marche , étoient assis le comte de Trémes , le marquis de Gesvres, le comte de Gharost, le sieur Chapes , et Villequier, capitaines des gardes.
« Le chancelier de France, qui, étant arrivé une heure avant le Roi , précédé des huissiers et massiers du conseil, avoit été reçu par deux conseillers qui lui furent envoyés exprès dans le parquet , et avoit pris sa place au-dessus de tous les présidens jusqu'à l'arrivée du Roi, se plaça lors en une chaise au-dessous de Sa Majesté , dans l'angle à l'ordinaire , et le prévôt de Paris sur la première marche.
DE MADAME i)E MOTTEVILLE. [l65l] 289
« Après que chacun des susdits eut ainsi pris sa séance au dedans dudit parquet, comme aussi les princesses de Carignan et Louise , avec la marquise de Seneçay , la duchesse d'Aiguillon , la marquise de Souvré et les filles de la Reine sur un banc , les gentilshommes de la chambre , les maîtres de garde-robe/ le grand maréchal des logis, le grand prévôt, les chevaliers et les lieutenans généraux des provinces sur trois autres; les conseillers d'Etat, les maîtres des requêtes venus avec le chancelier sur deux, les secrétaires d'Etat sur un, le grand-maître des cérémonies sur un siège , le maître d'icelles à l'entrée du parquet, et le bailli du Palais entre les secrétaires d*Etat , avec le greffier du parlement, Mademoiselle dans l'une des deux lanternes où étoient la reine d'Angleterre , les duchesses et autres personnes de remarque, en l'autre les ambassadeurs, et, sur un banc au dehors du barreau , les résidens , le silence fût fait, et le Roi parla en cette sorte :
(( Messieurs ,
« Je suis venu en mon parlement pour vousdire que, « suivant la loi de mon Etat, j'en veux prendre moi- « même le gouvernement ; et j'espère de la bonté de (c Dieu que ce sera avec piété et justice. Mon chancece lier vous dira plus particulièrement mes intentions. »
« Suivant lequel commandement de Sa Majesté , le chancelier, qui l'avoit reçu debout, s'étant remis en son siège , fit une harangue en laquelle il s'étendit à son ordinaire fort éloquemment sur ce qu'avoit dit le Roi , y ajoutant des réflexions très-judicieuses sur le T. S9. 19
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passé et sur le présent. Après quoi la Reine, s'inclinant un peu de son siège , fit ce discours au Roi :
« Monsieur ,
(( Voici la neuvième année que, par la volonté derti nière du défunt Roi mon très-honoré seigneur , j'ai « pris le soin de votre éducation et du gouvernement (( de votre Etat: Dieu ayant , par sa bonté , donné bé- « nédiction à mon travail, et conservé votre personne a qui m'est si chère et précieuse, et à tous vos sujets. A <( présent que la loi du royaume vous appelle au gou- « vernement de cette monarchie, je vous remets avec (( grande satisfaction la puissance qui m'avoit été donce née pour la gouverner, et j'espère que Dieu vous « fera la grâce de vous assister de son esprit de force u et de prudence pour rendre votre règne heureux. »
(( Sa Majesté lui répondit :
<( Madame , je vous remercie du soin qu'il vous a <( plu prendre de mon éducation et de l'administra- (( tion de mon royaume. Je vous prie de continuer (( à me donner vos bons avis , et je désire qu'après « moi vous soyez le chef de mon conseil. »
(( La Reine se leva ensuite de 5a place , et s'approcha du Roi pour le saluer-, mais Sa Majesté, descendant de son lit de justice, vint à elle, et, l'embrassant, la baisa -, puis chacun d'eux s'en retourna à sa séance.
K Monsieur, frère unique de Sa Majesté, fut ensuite fléchir un des genoux en terre à ses pieds , et, baisant la main de Sa Majesté , lui protesta de sa fidélité. Son Altesse Royale en fit autant , comme aussi le prince de Conti , mais avec une plus profonde humilité ^ et tous les autres princes, le chancelier, les ducs
t)E MADAME DE MOTTEVlLLE. [l65l] agi
et pairs, les ecclésiastiques , les maréchaux de France , les officiers de la couronne, et tous ceux qui étoient en séance, se levèrent, et rendirent en même temps, de leur place , hommage au Roi.
« Alors le premier président, debout et tête nue, de même que tous les autres présideûs au mortier, prit la parole^ et après une profonde révérence, tous ayant le genou sur le banc , il fit un très-grave discours sur la sage conduite de la Rdne pendant sa régence, sur ses royales vertus, dont elle avoit composé un auguste modèle à Sa Majesté , enfin sur toute la bonne éducation qu'elle lui avoit donnée.
(( Puis le chancelier dit qu'on ouvrît les portes , et qu'on fît entrer le peuple ^ et le sieur Guiet , greffier de ce parlement , fit lecture des édits apportés par le Roi contre les blasphèmes et les duels , et de la déclaration d'innocence du prince de Condé : celle-ci portant, suivant les conclusions des gens du Roi, que tous les avis qui avoient été donnés que ce prince tramoit contre le service du Roi des intelligences , tant dedans que dehors du royaume , avec les ennemis, n'étoient pas crus par Sa Majesté, laquelle ai;i contraire les condamnoit comme faux et artificieuse-^ meut supposés. Veut et lui plaît que tous les écrits qui ont été donnés sur ce sujet à la cour de parlement de Paris , et qui ont été envoyés à ses autres cours et à sa bonne ville de Paris, demeurent supprimés; et, en tant que besoin seroit , les a cassés et révoqués et annulés comme faux et supposés , sans qu'à l'avenir il en puisse être rien imputé à sondit cousin le prince de Coudé. Sur le sujet desquels édits et déclaration le sieur Talon , avocat général , après
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un savant discours pour le procureur général , conclut à leur enregistrement 5 conformément aux ordonnances : ce qui fut fait.
« Le chancelier ayant pris les avis de Leurs Majestés , des princes et de toute la compagnie , prononça , suivant les mêmes conclusions des mêmes gens du Roi, que, sur le repli des lettres en forme d'édit, seroit mis : lueSy publiées et enregistrées ; et lors , chacun se levant , le grand-maître des cérémonies fit marcher tout au même ordre que le Roi étoit venu, jusqu'au bas de l'escalier de la Sainte-Chapelle , excepté que Sa Majesté monta en carrosse 5 et le maître des cérémonies ayant fait mettre tout le monde en ordre , Leurs Majestés , la noblesse , les seigneurs et grands du royaume passèrent, pour retourner au palais Cardinal, par dessus le Pont-Neuf et par la Croix-du-Trahoir , dont le sieur François , intendant général des fontaines et aqueducs de France , pour faire voir son alégresse particulière de cette journée, et contribuer même à la publique, avoit arrêté le cours de ses eaux pour laisser la liberté à celui du vin, qui en coula depuis neuf heures du matin jusqu'à six heures du soir.
« Leurs Majestés arrivant au palais Cardinal parmi les acclamations redoublées de vi\^e fe Roil par lesquelles le peuple continuoit d'exprimer le plaisir qu'il ressentoit d'avoir un prince si accompli , et dont il concevoit de si hautes espérances , l'artillerie du petit fort que le Roi a fait construire dans le jardin de ce même palais les salua ; à laquelle il fut répondu par les canons de la Bastille et de la ville.
« Et comme la joie qui procède de ces grands su-
DE MADAME D£ MOTTËYILLE, [l65l] i&gi
jets ne peut se restreindre dans les limites des alégresses ordinaires, cet agréable tintamarre redoubla sur le soir, et continua presque toute la nuit avec les mêmes cris de vwe le Roi ! accompagnes de fré* quentes santés de Sa Majesté, et des feux qui furent allumés, tant dans le palais Cardinal dont oh vous a parlé, que par toutes les rues : en telle sorte que la clarté de ces feux, avec celle des lanternes aussi posées sur toutes les fenêtres, fit recevoir le jouir au milieu des ténèbres-, la terre même ajoutant un nombre infini d'étoiles artificielles à celles du ciel , comme pour lui contester la gloire d'éclaircir seul une si heureuse nuit dont la joie s'étendoit par toutes les villes de la France , qui , sachant le temps de cette solennité, donnoient toutes les marques possibles de leur contentement au même temps que Paris, n
Madame de Brienne , que la Reine estimoit pour son mérite et sa piété, étant un jour dans sa chambre , me dit qu'une certaine coureuse nommée dame Anne, qui dans Paris gagnoit de l'argent en chantant par les rues des chansons infâmes contre le respect qui étoit dû à cette princesse , étoit alors en prison , et dans un pitoyable état. Je le dis à la Reine , à la prière de madame de Brienne, qui ne voulut pas lui en parler, par quelque motif que je ne pus savoir. Cette princesse ne me répondit rien, et je ne lui en parlai plus. Quelques jours après, la même madame de Brienne me dit qu'elle avoit été voir cette dame Anne , et qu'elle ne Favoit plus trouvée dans sa prison -, qu'elle étoit alors dans une chambre voisine > bien servie , bien couchée
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et bien nourrie , et qu'on ne savoit pas d'où pouvoit procéder eette merveille. Nous sûmes alors que la Reine seule avoit fait cette belle action 5 et quand nous lui en parlâmes , elle ne vouhit pas nous écouter : et rhistoire finit ainsi.
La Reine vit la fin de sa régence avec une véritable joie; et si elle étoit mêlée de quelque chagrin , c'étoit de ne pas remettre entre les mains du Roi son fils l'autorité souveraine aussi absolue qu elle Tauroit souhaité. Elle avoit tant de tendresse pour lui , qu'elle auroit été capable d'en dire , comme cette ambitieuse Romaine de celui dont elle consultoit la destinée : Que je meure ^ pourvu qu'il soit empereur; si ce n'est qu'elle étoit trop bonne chrétienne pour souhaiter la mort par un motif de vanité , et pour dire autre chose que ce que je lui ai entendu dire en plusieurs occasions : Qu'il soit le maître^ et que je ne sois plus rien. Mais la jeunesse de ce prince , et l'état où étoit alors la France , l'empêchoient d'espérer de le voir sitôt tout-à-fait affermi sur son trône -, et les nouveaux mouvemens dont il étoit ébranlé lui rendoient encore ses conseils trop nécessaires , pour lui permettre de satisfaire l'envie qu'elle avoit depuis long-temps de se retirer dans le Val-de-Grâce.
La majorité du Roi n'apporta donc pas à la Reine le repos auquel elle s'attendoit; mais elle lui donna des forces pour ^e défendre contre ceux qui lui préparoient une seconde guerre, plus dangereuse que la première par la considération du chef qui l'avoit entreprise , et l'intrigue qui fortifioit depuis long-temps son parti.
Châteauneuf étatit rétabli dans le ministère, et le
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marquis de La Vieuville dans la surintendance des finances qu'il avoit eue autrefois, le premier président eut les sceaux. Aussitôt après ces grands changemens , la Reine envoya le maréchal d'Aumont avec des troupes pour attaquer colles du prince deCondé, qui se retirèrent à Stenay et dans ses autres places. Il étoit encore indécis sur ce qu'il avoit à faire , ayant assez d'envie de s'accommoder. Il alla à Angerville , maison du président Pérault , où il attendit un jour tout entier la réponse du duc d'Orléans sur un accommodement que ce prince avoit proposé 5 mais celui qui le devoit aller trouver ayant , par quelque accident, manqué d'arriver au jour qu'il avoit marqué , M. le prince en partit le lendemain pour aller à Bourges, qui s'étoit déclaré pour lui. Croissyl'y vint trouver, pour lui dire de la part de la Reine, et de l'avis de son nouveau ministre Châteauneuf , que s'il vouloit se tenir paisiblement dans l'une de ses places jusqu'à la convocation des Etats , on lui donneroit de bons quartiers pour ses troupes ; et lui promit de la part du duc d'Orléans que s'il pouvoit, il obtiendrojt de la Reine de tenir lesdits Etats à Saint-Denis , ou en un lieu qui ne lui pût être suspect. M. le princô avoit encore alors assez d'inclination à la paix : et même on a cru qu'il y eut des momens où il n'auroit pas été implacable sur le retour du cardinal , parce qu*il haïssoit naturellement Châteauneuf, s'il avoit osé se désunir d'avec le duc d'Orléans , qui par ses sentimens particuliers paroissoit s'y opposer , quoique foiblement, et d'une manière pleine d'incertitude et de contrariété. Chavigny , et tous ceux qui approdhoient de M. le prince , étoient dans le n^éme esprit.
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Le duc de Nemours n étoit ennemi du cardinal q\ie par intervalles, et se laissoit conduire par ses fantaisies plutôt que par des desseins bien formes. Le duc de La Rochefoucauld , qui paroissoit être et qui étoit en effet le premier mobile de tous ces grands ^mouvemens, à ce qu'il m'a dit lui-même, avoit de l'aversion à la guerre 5 mais il la vouloit , parce que madame de Longueville la souhaitoit passionnément. M. le prince les ayant consultés sur ces dernières propositions, ils conclurent tous à la guerre : disant qu a la tête d'une armée, soit que le ministre voulût revenir ou non, il seroit forcé de compter toujours avec lui , et que sans doute le cardinal lui accorderoit les plus grandes choses qu'il voudroit lui demander. Ce prince , malgré leurs conseils , ne voulut point encore se déterminer : il voulut aller à Montrond où étoit madame de Longueville , pour prendre sa dernière résolution avec elle. Ce fut là qu'il fut comme forcé de se déclarer contre le Roi. Et pour dire comme les choses se passèrent , ce fut une femme qui dans ce conseil opina pour la guerre, et l'emporta contre le plus grand capitaine que nous ayons eu de nos jours. Il s'y résolut donc, et leur dit à tous que puisqu'ils la vouloient, il la falloit faire ; mais qu'ils se souvinssent qu'il tireroit l'épée malgré lui , et qu'il seroit peutêtre le dernier à la remettre dans le fourreau : voulant leur faire entendre qu'ils l'engageoient en une mauvaise affaire , dans laquelle ils ne le suivroient pas peut-être jusqu'au bout. Le prince de, Conti, madame de Longueville , les ducs de Nemours et de La Rochefoucauld, et le président Viole, le voyant dans cet engagement malgré lui , et craignant qu'il ne se
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ravisât, firent un traite particulier, par lequel ils se promettoient les uns aux autres de demeurer unis pour leurs intérêts communs, afin de tenir ferme contre lui , s'il ëtoit capable, en s'accommodant , de manquer à leur faire obtenir les grâces qu'ils préteur ddient de la cour. M. le prince , renvoyant Croissy, ne laissa pas de garder une porte de derrière pour rentrer en négociation, afin de n'être pas sans en avoir quelqu'une. Cependant il disposa toutes choses à la guerre. Il laissa madame la princesse et le duc d'Enghien son fils à Montrond , envoya le prince de Conti et madame de Longueville à Bourges, et partant de Montrond le 1 6 de septembre, avec les ducs de Nemours et de La Rochefoucauld , pour aller en Guienne , il passa par Verteuil , maison du duc de La Rochefoucauld , qui l'année précédente avoit été à moitié rasée , pour avoir été engagé dans son parti. 11 fut reçu dans Bordeaux avec beaucoup de démonstrations d'alégresse et d'affection. 11 en chassa le premier président comme serviteur du Roi, et dépécha en Espagne Lenet , homme d'esprit, qui y fit un traité aussi avantageux qu'il le falloit pour obliger M. le prince à s'engager tout-à-fait à la guerre , et pour lui donner de grandes idées des bons succès qu'il s'en devoit promettre. Il distribua beaucoup de commissions , et il trouva assez de gens qui en prirent : ce qui accrédita d'abord son parti, dans lequel il fit ce qu'il put pour faire entrer M. de Turenne et débaucher son armée -, mais il n'y réussit pas.
Comme tout le monde avoit intérêt à la paix , il n'y avoit personne qui , par soi-même ou par ses amis , ne travaillât cependant à la négocier. 'Gourville,
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homme d'esprit et d'expédiens, qui de confident da duc de La Rochefoucauld l'ëtoit devenu de M. le prince , étoit demeure à Paris pour découvrir tout ce qui s'y passoit et lui en rapporter des nouvelles , et ne dësespéroit pas que les choses pussent encore s'accommoder. 11 devoit même aller à Poitiers descendre chez mon frère, qui avoit suivi le Roi à cause de sa charge de lecteur de la chambre , afin qu'il le fil parler à la Reine sans qu'il fût aperçu de personne. Mais la princesse palatine en ces temps-là y voulut aller elle-même, quoiqu'il fût encore trop tôt pour rompre les liaisons que tant de gens avoient prises dans la chaleur de leurs premiers mouvemens, et les grandes espérances qu'ils avoient conçues.
Le coadjuteur, qui voyoit que toutes les négociations qui se faisoient à la cour et à Paris auprès du duc d'Orléans par plusieurs personnes , et entre autres par madame Du Plessis-Guénégaud mon amie , sœur de la maréchale d'Etampes, dame d'honneur de madame la duchesse d'Orléans , alloient toutes directement à convier M. le prince de se remettre bien avec la Reine, et craignant que cela n'arrivât , il dépêcha Bartet au cardinal Mazarin , pour lui offrir de faire consentir le duc d'Orléans à son retour en France, en se remettant bien avec lui , pourvu qu'en récompense de ce service il lui fît donner la nomination du Roi au chapeau pour la première promotion. Madame de Chevreuse et le marquis de Noirmoutiers , amis du coadjuteur, fortifièrent ces offres par les assurances qu'ils donnèrent de sa fidélité et de sa reconnoissance. Bartet, grand débiteur de paroles fabuleuses, dit au cardinal que le coadjuteur avoit l'ame belle et génc-
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reuse , et qu'il seroit »on ami: si' bien qu'enfin ce ministre absent, presse de tant de côtés, flatté de tant <le beUes apparences , lui fit donner par le Roi cette nomination (0 qu'il souhaitoit avec tant d'ardeur, et qu'il fit mettre entre les mains du duc d'Orléans , dans la crainte qu'il témoigna qu'une recommandation qui paroîtroit venir du cardinal Mazarin , qui n'étoit pas aimé du Pape , ne gâtât son affaire à Rome.
Le ministre fut mal payé de son bienfait : le coadjuteur, au lieu de reconnoître la sincérité de son procédé par une conduite pareille , quand il eut ce qu'il demandoit et qu'il vit M. le prince s'engager à la guerre , se moqua du cardinal, et parut son ennemi avec la même hauteur qu'il avoit eue parle passé. La Reine, pour remédier par son courage à toutes ses trahisons et à la guerre qui se fomentoit dans la Guienne et dans le Berri , résolut d'y aller pour s'opposer à leurs pernicieux desseins. Le Roi et elle partirent pour ce grand voyage le 24 de septembre, suivis de Monsieur, frère du Roi, de ses ministres, et de toute la cour.
Les- ennemis, qui voulurent profiter de la guerre civile, prirent Fumes, Bergues et Saint- Vinox, proche de Dunkerque ; ils prirent aussi Linck , Hannuie et Bourbourg. Le Roi et la Reine j étant à Fontainebleau, furent conseillés par Châteauneuf d'aller droit à Bourges , où lui-même , par ses correspondances , avoit disposé les habitans principaux à recevoir Leurs Majestés. Le Roi et la Reine se résolurent à cette en-
(1) Cette nomination : Le coadjuteur obtint sa nominatioa au cardi" nalat quelques mois auparavant , lorsqu'il eut ayec la Reine des conférences nocturnes pour arrêter de nouveau le prince de Condc.
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treprise; et, malgré la présence du prince de Conti et de madame de Longueville , elle leur réussit heu^ reusement. Le garde des sceaux s'en retourna à Paris pour soutenir les intérêts du Roi , sous l'autorité du duc d'Orléans , avec La Vieuville , surintendant , et Guénégaud , secrétaire d'Etat.
Le Roi, avant que de partir de Fontainebleau, le 2 octobre, donna le commandement de l'armée de Guienne au comte d'Harcourt-, et la Reine envoya Ondedei à Brulh porter au cardinal Mazarin l'ordre de revenir à la cour. 11 étoit toujours le maître , et Châteauneuf se plaignoit qu'on n avoit pas assez de confiance en liii. Il prit aussitôt des passeports d'Espagne 5 et étant venu à Dinan , où Navailles , Broglie (0 et plusieurs autres de ses amis à qui il avoit fait donner des gouvernemens l'étoient venus trouver, il résolut de lever des troupes pour le service du Roi , et de rentrer en France à la tête d'une armée.
Madame de Chevreuse et le coadjuteur, qui ne pensoient qu'à se défaire de M. le prince et du cardinal Mazarin , travailloient auprès du duc d'Orléans à le faire entrer dans ces mêmes sentimens. Chavigny s'y opposoit tant qu'il lui étoit possible , tant pour les intérêts de M. le prince , qui avoit plus de confiance en lui qu'en personne, que pour son intérêt particulier, qui étoit d'entretenir une parfaite union entre ces deux princes , et de pousser le cardinal , qui Tavoit chassé du ministère , quoiqu'il lui fût , à ce qu'il prétendoit , redevable de sa fortune , l'ayant mis bien auprès du feu Roi et du cardinal de Richelieu.
Le prince de Gonti et madame de Longueville , à
(0 Broglie ; François-Marie , mort en i656.
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ia vue dû Roi, prirent la fuite, quittèrent Bourges, et allèrent à M ontrond , et de là à Bordeaux.
Marsin se croyant obligé au prince de Côndé, et sachant la résolution de la guerre , abandonna sa fortune pour suivre la sienne. S'il fût demeuré encore quelques jours , il eût reçu des patentes de viceroi de Catalogne, qui lui furent envoyées de la cour pour l'obliger d^ demeurer dans le service du Roi. Le comte Du Dognon , gouverneur de Brouage , de La Rochelle, d'Oleron et de l'île de Ré, fit la même chose. L'inquiétude qu'eut la Reine de voir tant de gens se déclarer pour M. le prince l'obligea de convier M. le duc d'Orléans , d'un côté , de faire quelque proposition de paix à M. le prince , pendant que le cardinal, qui avoit peur que la guerre civile avec l'étrangère n'accablât le Roi , fit la même tentative par le duc de Bouillon et M. de Turenne. Ils envoyèrent Gourville lui offrir tous les avantages qu'il pouvoit souhaiter. M. le prince leur répondit fièrement que s'ils vouloient s'engager avec lui , et que M. de Turenne voulût commander son armée , il feroit alors ce qu'ils lui conseilleroient. 11 refusa d'aller à Richelieu pour s'aboucher avec eux;
M. le prince , trouvant dans tous ses desseins le coadjuteur pour obstacle , se résolut de le faire enlever, et de lé mener à une de ses places. Gourville, à ce qu'il m'a dit depuis , se chargea de cette expédition; il y travailla : et quoiqu'il ne manquât ni d'esprit ni de hardiesse , il n'y put réussir. Le hasard peut-être fut favorable au coadjuteur , pour se sauver des pièges qu'il lui tendit; il est à croire qu'il se précautionnoit non-seulement contre lui, mais en-
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core contre tous les accideas qu un homme qui avoit tant d'ennemis pouvoit raisonnablement craindre. l/C baron de Batteville , Franc-Comtois , et par conséquent sujet du roi d'Espagne , fut envoyé avec treize vaisseaux , de l'argent et des troupes , au secours de M. le prince. La Reine , pour s'opposer aux commencemens d'un parti si formidable , partit de Bourges pour allçr à Poitiers , d'où le Roi écrivit au cardinal pour le presser de faire des levées et de le venir trouver , et envoya en même temps l'ordre au maréchal d'Hocquincourt de se joindre à lui et de lui obéir.
M. le prince s'assure d'Agen en Gascogne; et voyant Saint-Luc se fortifier dans Montauban et Cahors , il se saisit de Saintes , que l'évéque , fils bâtard du feu maréchal de Bassompierre , homme de bien et bon serviteur du Roi, lui abandonna malgré lui, et de Tailkbourg. Il prétendoit en même temps se rendre naître d'Âogouléme -, mais n'osant l'attaquer à cau9e que le marquis de Montausier , gouverneur d'Angoumois et de Saintonge, y avoit assemblé beaucoup de gentilshommes de ses amis , il alla droit à Cognac. Avec cette place , il s'étoit rendu maître de tout le pays qui est delà la Charente jusqu'à h Garonne et Dordogne : il y laissa le duc de La Rochefoucauld et le prince de Tarente (0 pour s'en retourner à Bordeaux , où il avoit à traiter avec les ministres d'Espagne. 11 fit presser le comte Du Dognon de l^i laisser mettre des troupes dans La Rochelle, pour la fortifier autant qu'il lui seroit possible ; mais quoiqu'il eût été le trouver à Bordeaux pour traiter
(t) Le prince de Tarante : Henii-Cliarks c|p La Tnf mouille.
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avec lui , il- ne voulut point le rendre plus maître de son gouvernement que lui-même.
Le Roi ëtoit à Poitiers , et Châteauneuf le servoit avec une grande affection , non-seulement pour gagner du crédit auprès de la Reine, mais encore par le plaisir qu'il avoit de travailler à la ruine de M. le prince , son ancien ennemi. 11 conseilla le Roi et la Reine de penser proraptement à tirer La Rochelle des mains de leurs ennemis 5 il en fit donner le gauvernement à Estissac ('), frère du feu duc de La Rochefoucauld , qui y entra avec quelques troupes 5 et malgré l'engagement de son neveu dans un parti contraire à son devoir , comme il avoit beaucoup d'amis dans cette province , et que le comte Du Dognon y étoit haï à cause de ses violences, demeurant fidèle au Roi , il la sut maintenir dans son service.
Le comte d'Harcourt cependant n'étoit pas oisif 5 il avoit assemblé des troupes , et tâchoitde se mettre en état de faire voir à M. le prince qu'une bonne cause, entre les mains d'un général qui avoit été quasi toujours heureux , lui devoit faire peur. 11 con^ nut l'importance de secourir Cognac 5 il s'y appliqua entièrement, et il y réussit. Non-seulement il fit lever le siège au prince de Tarente et au duc de La Rochefoucauld , mais à la vue de M. le prince , qui y accourut de l'autre côté de la Charente , il tailla en pièces une bonne partie des troupes qu'il avoit laissées retranchées dans les faubourgs ; ses gens furent tous tués ou faits prisonniers en sa présence sans les pouvoir secourir : dont il reçut un déplaisir extrême ;
(i) Eslii^ac : Benjamia de La Rochefoucauld , marquis d^E&tissa'c.
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et comme il voulut se retirer , le comte d'Harcourt lui prit une partie de son bagage. Il fut ensuite toujours battu par ce prince : ce qui commença à diminuer sa réputation , ses espérances et les forces de son parti. ^
Le comte d'Harcourt voulut achever de mettre Estissac en possession de La Rochelle : les tours tenoient encore en faveur du comte Du Dognon , parce qu'il y avoit mis des troupes ^ mais il fit dessein d'aller luimême en personne les attaquer. Ceux qui étoient dans les tours tremblèrent à la vue de l'armée du Roi ; et ce général leur ayant commandé de jeter par les fenêtres celui qui les commandoit , ils le firent , et le poignardèrent eux-mêmes. Ce fut une action cruelle , mais pardonnable , puisque ceux qui sont rebelles à leur roi méritent la mort selon les lois.
Le Roi envoya au parlement de Paris une déclaration contre M. le prince ; mais l'esprit de la révolte régnoit si fortement dans cette grande ville , qu'on ne pouvoit pas y punir le crime de lèse-majesté , et , par une terrible révolution , la rébellion y tenoit lieu de fidélité. Le premier président, qui étoit bon serviteur du Roi, voulut faire enregistrer cette déclaration; mais elle ne le put être qu'avec de certaines modifications , et on murmura contre lui de ce qu'il obéissoit aux volontés de son souverain.
Un jour étant chez lui, où se tenoit le conseil du Roi, le marquis de La Vieuville, le maréchal de L'Hôpital , gouverneur de Paris , et Du Plessis-Guénégaud, secrétaire d'Etat, plusieurs coquins s'assemblèrent , et vinrent crier contre lui , disant qu'il le falloit tuer.
DE MADAME DE MOTTE^ILLE. [l65l] SpS
Au lieu de faire fermer ses portes il* les fit ouvrir, «t alla leur parler lui-même : sa fermeté étonna cette canaille , ^t enfin la rameur s apaisa à son égard. Le marquis de La Vieuville , en voulant sortir de chee l€ j»emier président, pour lors garde des sceaux , ces filoux l'attaquèrent , lui chantèrent mille iijjures , le voulurent tirer de son carrosse, et lui firent du moins une grande peur. Le maréchal de L'Hôpital eut la lâcheté de quitter le premier président , et de s'en aller chez lui sans lui envoyer aucun secours. Du Plessis- Guénégaud, bon serviteur du Roi, demeura toujours avec, ce vénérable magistrat ; et , pour avoir mieux fait que les autres , il n'en eut pas tant de mal.
Le cardinal , si^on les ordres du Roi , pensoit alors à revenir en France : il se mit en état d'exécuter ce dessein ; mais les Espagnols lui ayant refusé des passeports, il partit deDinanpar des chemins remplis de troupes espagnoles et de celles de M. le prince*, pour se rendre enfin à Bouillon.
Cette nouvelle donna de fmîeuses alarmes à s^ ennemis. Le parlement redoubla ses arrêts ^ et les mutins de cette compagnie en firent donner un, par le-r quel ils mettoient sa tête à prix , et promettoient cin-* quante mille écus à celui qui le tuerDÎt. Cette somme devoit être prise sur le prix de ses meubles et de sa bibliothèque, qu'ils ordonnèrent de vendre entièrement.
Toute l'Europe regarda avec.étpnnement cet arrêt, dont la plus saiue mais la moindre partie de ce corps , qui. a donné en tant d'occasions des marques de sa fidélité envers no§ rois , fut scandalisée.
La Reine m'a dit depuis que cet arrêt , bien loin de T. 89. ao
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Ta refroidir pour le retour du cardinal , lui en doiina un plus vëritable désir : elle connut par là combien il étoit nécessaire de faire voir aux sujets du Roi quil ne leur appartient pas d'ordonner malgré lui de ce qu il doit faire. Ghâteauneuf , sans donner des arrêts^ ^oit quasi de même sentiment que le parlenïent de Paris : sur les avis que ses amis qu'il aToit à la cour eurent que le cardinal se préparoit à revenir , ils dî^ soient que les affaires du Roi alloient bien, que le prince de Condé étoit demi vaincu , et. que si le cardinal Mazarin revenoit sitôt , le prétexte de la guerre qui commençoit à s'anéantir augmenteroit beaucoup. Le garde des sceaux qui étoit venu trouver le Roi à Poitiers , et quelques autres , étoient d'avis con*traire; et les vrais amis du cardinal, Seneterre, le maréchal Du Plessis et Le Tellier, vouloient son retour. La Reine le vôuloît aussi : mais eUe voidoit le bien de l'Ëtat préférablement à toutes choses ; et la crainte qu'elle avoit que ce retour ne redonnât des forces à M. le prince la faisoit balancer sur le temps. La duchesse de Navailles m'a depuis compté qu'étant un jour avec elle , et la prenant de faire revenir le cardinal , cette princesse lui dît ces mêmes patoks : <( Je connois la jfid'élité de M. le cardinal , et combien <( le Roi et moi avons besoin d^un ministre qui soit « tout à nous , afin de faire cesser les intrigues de la a cour, et de ceux qui se veulent mettre à sa place. Je « sais que Finsoleftce du parlement de Paris doit être « punie , et qu'elle ne le sauroit mieux être que par <( son retour ; mais il faut avouer, lui dit-eHe , que je (( crains le malheur de M. le cardinal, et que son re- (( tour trop précipité n'empire nos affaires : c'est pour-
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<c quoi j'ai de la peine à me déterminer là^essus. )> Cette dame , qui étoit intéressée au retour du cardin^ par rattachement que le duc son mari aTôit à ce ministre, m'a dit que ce discours de la Reine lui fit une si grande frayeur, qu'au lieu de le prendre comme un effet de «a sagesse, elle crut que c'étoit une marque de son changement : elle écrivit promptement au cardinal quil vint, et qu'il étoit perdu s'il ne se hâtoit de reprendre sa place. Cet avis fk l'effet qu'il devoit .faire. Ce ministre n'oublia rien pour se mettre en état de s^vre le conseil qu'on lui avoit donné ; et peut-être qu'une si grande prudence en la Reine dans la conjoncture de ces temp^là lui ayant déplu, le souvenir qu'il en conserva diminua sa reeonnoissance envers elle.
Châteauneuf , pour empêcher ce retour, écrivit aux: aunis qu'il avoit auprès du duc d'Orléans pour le persuader de venir à Poitiers , croyant que lui seul étoit capable de s'y opposer ^ mais le coadjuteur craignant que si la Reine l'en prioit elle-même, il ne fît ce qu'elle demanderoit de lui, l'en détourna : de sorte qu ilse contenta d'envoyer Verdronne à la R«ine pour proposer l'entremise de Chavigny , qui ne lui fut point agréable. Pendant que M. Dam ville (0 fit quelques voyages de Poitiers à Paris, Vineuil y passa d^ la part de M» le prince, aus^ bien que GourviUe , qui ne s'y arrêta pas , sachant bien qu'il n'y avoit rien à faire -, au lieu que Vineuil y fut arrêté pour n'avoir pas bien pris ses mesures. En effet, il n étoit plus question de traiter; car le ministre, qui se pressoit de revenir
(ï) M, Dann*ille : François-Christophe de Levî , comte de Brion , puis duc de DamYilIs*
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suivant le conseil de ses amis , préyint les desseins de tous ses ennemis, et rentra dans le royaume en si bonne compagnie , que le maréchal d'Hocquincourt , Navaillies, Broglie, Manicamp, Beaujeu, de Bar, et enfin tous les gouverneurs de cette frontière l'ayant joint le 2 janvier, il sévit à la tête d'une petite armée, mais composée de tsuit de braves gens , et commandée par de si bons officiers, qui voulurent en cette occasion montrer au cardinal, leur affection et leur reconnoissance des grâces qu ils en avoient reçues et qu ils en espéroient encore , qu ij lui fut aisé de préserver sa tête des menaces du parlement, et de vaincre les obstacles qu^ le duc d'Orléans voulut mettre à son passage. Ce prince envoya <{uelques gens de guerre contre lui, qui , n'osèrent paroître. Deux conseillers du parlement allèrent faire rompre les ponts qui se dévoient trouver sur son passage. L'un d'eux, nommé Bitaut, fut pris prisonnier, et l'autre, qui s'appeloit Coudrai-Geniez , prit la fuite : si bien que le cardinal arriva heureusement à Poitiers le 28 de janvier.
JjB Roi alla au devant avec tout ce qu'il y avoit à la cour-, et la Reine, comme celle qui l'avoit toujours protégé et soutenu , s'il faut ainsi dire , contre tonte la France, ne put le revoir qu'avec beaucoup de joie. Le conseil du Roi avoit cassé l'arrêt du parlement donné contre le cardinal Mazarin, et fait défenses de vendre ses biens ^ mais ce n'étpit pas assez pour rétablir l'autorité du Roi , qui étoit en quelque façon attachée à la sienne. C'est pourquoi cette tête, attaquée de tous côtés et mise à prix par des arrêts , au lieu de l'inquiétude des intrigues de la cour qui l'auroit bien plus embarrassée que les menaces du parlement , fut
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dans le même temps remplie du soin de toutes les affaires du royaulne, qui étoietit assez grandes pour occuper toute sa capacité .
M. le prince avoit envoyé le duc de Nemours en Flandre, pour se mettre à la tête des troupes que le roi d'Espagne lui envoyoitj et ne pouvant plus résister au comte d'Harcourt , qiii le poursuivoit avec l'autorité légitime, il mit ses troupes dans des quartiers d'hiver, et s'appliqua entièrement à fomenter la révolte de Bordeaux.
Le duc de Rohan-Chabot , qui avoit toujours été dans les intérêts de M. le prince, quoique avec plus de retenue que les autres à l'égard du ministre , étant gouverneur d'Anjou , voulut faire soulever Angers : ce qui obligea le cardinal Mazarin, qui comniençoit à formel* les desseins de réduire la ville de Bordeaux , qui étoit le siège de l'empire de M, le prince , à changer de résolution pour aller promptement à Saumur remédier au mal que le duc de Rohan vouloit faire. La cour, pour cet efï'et, partit de Poitiers le 6 de février. Le maréchal d'Hocquincourt, Broglie et Navailles qui commandoient sous lui, attaquèrent le duc de Rohan, et le pressèrent de si près qu'il fut contraint de demander une suspension d'armes , dans le temps de laquelle il fut arrêté qu'il se retireroit à Paris, et abandonneroit son gouvernement pour un temps ^ et que le Roi mettroit dans la ville et château d'Angers tel de ses serviteurs qu'il lui plairoit pour y commander. Le Pont de Ce , attaqué par le même maréchal , suivit l'exemple de la ville capitale dç cette province.
Avant que la cour partît de Saumur, Châteauneuf ,
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dégoûté de se voir inutile, prit congé du Roi et de la Reine , et se retira à Tours , d'où quelque temps après le ministre lui envoya ordre de s'en retourner ensàmaisondeMontrougë, où il mourut enfin chargé d'années et d'intrigues, qui sont des œuvres bien vides devant Dieu. Le commandeur de Jars son ami se retira aussi ; mai$ il se raccommoda après quelque temps de pénitence. Le vicomte de Turenne , entièrement détaché de M. le prince , et remis aux bonnes grâces du Roi et de la Reine , vint à la coiir , où il fut reçu de Leurs Majestés avec beaucoup de marques de leur bienveiUance , aussi bien que Le Tellier , qui ftit le premier de tous ceux qui en avoient été exilés pour l'amour de lui qui fut rétabli.
Les victorieux ne sont pas toujours invincibles. Saint-Luc fut un peu battu par M. le prince 5 mais aussi le marquis de Montausier et Du Plessis^Bellière reprirent Saintes, D'autre côté, le duc de Nemours entrant en France avec lés troupes qu'il amenoit de Flandre, un secours si considérable et la réputation de M. le prince relevant son parti qui commençoit à chanceler, fit croire aux mauvais Français que le Roi étoît perdu. La noblesse du Vexin voulut s'opposer au passage des troupes étrangères 5 mais le duc d'Orléans considérant cette armée comme si c'étoit la sienne , elle passa la Seine à Mantes , et se mit entre Chartres et Paris , où le duc de Nemours , Tavannes (0 , Clinchamp et lèà officiers d'Espagne s'en allèrent recevoir les bénédictions que les bourgeois leur donnèrent comme aux restaurateurs de leur liberté. Mais pendant que les plaisirs les y amuspient, et que leurs troupes pre-
(1) T(zyannes : Jacques de Saulx.
DE MÀDÀMK J>£ ttOjTETILLË. [l65i] 3ll
noient du repos , le ministre acheva l'entreprise d'Âiv gers , du Pont de Ce , de Saintes , et mit La Rochelle en sûreté. Après cela il jugea qu il étoit nécessaire de s'approcher de Paris avec Farmée du Roi ^ pour êm^ pécher les progrès de celle que commandoit le duc de Nemours. La cour fut à Tours, où le Roi et la Reine reçurent une célèbre députationdu clergé de France, pour faire des remontrances au Roi sur le tort que le parlement avoit fait à leur corps , ne respectant point la personne d'un cardinal» L'archevêque de Rouen , qui portoit la parole , avoit pris si bien son temps pour faire sa harangue , que la louange qu'il fit de ce ministre parut être une approbation authentique , par le premier et le plus considérable des trois Etats du royaume, de la résolution que Leurs Majestés avoient prise de le rappeler*
De Tours la cour vint à Blois , où Servien eut ordre de revenir. 11 en avoit été exilé avec Le Tellier, à cause que les princes le demandoient ; mais quelquesuns croyoient que le cardinal n'en étoit pas content, non plus que de Lyonne son neveu , qui fut quelqtie temps dans i^ne manière de disgrice, Servien, qui. avoit vu autrefois le cardinal lui faire la cour pendant qu'il étoit secrétaire d'Etat , étoit soupçonné , aussi bien que de Lyonne, d'avoir voulu s'établir l'un €t l'autre auprès de la Reine , par leur grande capacité pour les affaires d'Etat , pendant Tabsençe de son premier ministre, pour l'accoutumer à $e passer de lui ] mais cette disgrâce ne dura pas Ipng-temps , et leur prompt retour fit voir que les soupçons, qu'on avoit eus de leur fidélité avoient été fort mal fondés, ^a crainte du crédit que Monsieur avoit dans Orléans^
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qui étoit sou apauagç , et Je peu de confiance qu'on avoit au gouverneur , qui étoit le marquis de Sourdis, firent résoudre la cour à quitter le grand chemin, qui étoit d y passer pour aller à Gergeau , où Vaubecourt et Palluau se dévoient joindre pour attendre le maréchal de Turenne , qu'on y envoyoit , avec deux mille cinq cents hommes, pour les commander. Le duc de Nempurs fit prendre la même route à Tarmée des ennemis pour se saisir de Gien ou de Gergeau, où le duc de Bes^ufort se devoit rendre avec celle du duc d'Orléans -, mais le maréchal de Turenne les ayant prévenus , le duc de Beaufort , qui vouloit l'en chasser, y perdit bien du monde, et fut obligé de se retirer. L'on dit alors que l'habileté de notre nouveau général a^oit sauvé le Roi , la Reine et toute la maison royale, qui sans cela seroit demeurée en proie aui enneniis , dont toute l'armée se vint camper autour d'Orléans.
Le duc d'Orléans, avoit été conseillé d'y aller luimême pour empêcher le Roi d'y entrer -, mais il trouva plus à propos de ne pas quitter Paris, et d'y envoyer Mademoiselle. Elle y alla avec beaucoup de joie et de résolution, suivie des comtesses de Fiesque (O et de Frontenac W, et de plusieurs autres dames habillées en amazones, accompagnées du duc de Rohan, de quelques conseillers du parlement, et de plusieurs jeunes gens de Paris. J'ai quelque connoissancè des sentimens de cette princesse^ qui , de quelque manière qu'on les tournât, étoient criminels^ mais on peut dire en sa faveur que sa passion étant légitime,
(i) Fiesque : Anne Le Veneur. — (a) Frontenac : Anne Phelippcaux » femme Vie Henri Bnade , comte de Frontenac.
DE MADABIB DEMOTTKVII^LE. [l65l] 3t3
il y avait quelque chose de grand et d'excusable dan$ son action. La bonne* mine du Roi, la. majesté qu'il poFtoit.dans ses yeux , sa taille, et touft^s ses grandes et belles qualités, n avoient |)Oint de charmes pour elle : la couron^e fermée étoit le seul objet de son ambition *, et si^ Alexandre , pour une pareille passion , a reçu tant de louanges de ses injustes conquêtes, n est-elle pas en quelque façon excusable , si , étant du sang de nos rois, elle avoit souhaité de voir sa tête couverte de la même couronne? Aussi j'ai ouï dire à la Reine qu'elle ne Favoit point blâmée d'avoir été de ce parti dont* le duc d'Orléans son père étoit le chef ,- d'avoir fait la guerre , ni d'avoir eu des désirs ausM nobles que les siens ; mais qu'elle la blâmait de son emportement , et des rudesses qu'elle avoit eues à son égasd. Mademoiselle a toujours gâté toutes. ses ajSaires par l'activité de son tempérament, qui Fa fait aller trop vite et trop loin en tout ce qu'elle entreprenoît ; au lieu que si elle eut eu une conduite plus modérée, toutes choses lui auroient peut-être mieux réussi. Mademoiselle se présenta à une des portes d'Orléans , et le garde des sceaux dans le même temps étoit à une autre porte, qui demandoit à y entrer de la part du Roi \ car il y avoit été envoyé pour arrêter ce peuple sous son ^ obéissance , et pour pressentir , par la manière dont on le recevroit, ce que la cour en devoit espérer; mais les principaux de la ville étoient assemblés, et étoient fort empêchés de ce qu'ils avoient à faire. Ce qui fait voir qu'ils eussent reçu le Roi s'il y étoit allé d'abord sans hésiter , car les habitans n'ouvroient la porte ni à Mademoiselle ni au garde des sceaux. Dans cet intervalle , Mademoiselle y qui
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se prcnnenoit volontiers, s'avança de dessus le foi^sé jusque sur le bord de Teau» Les bateliers la voyant la vinrent tous saluer avec de grands cris d'alégresse. Le comte de Fiesque , qui étoit dans la ville , lui avoit gagné le peuple par de Fargent qu'il avoit donné. Soit donc par le peuple qui étoit dehors , ou par celui qai étoit dedans, la vérité est qu'elle pa^a par une petite porte ronde qui donne sur la rivière , qui étoit alors murée , et que Ton abattit pour la faire entrer. Aussitôt qu'elle fut dans la ville, elle fut suivie de tout le peuple avec admiration et applaudissement. Elle alla à l'hôtel-de- ville : elle se rendit la maîtresse des plus puissans ^ et empêcha que le garde des sceaux n'y pât entrer. Le marquis de Sourdis, quoique serviteur du duc d'Orléans , ne fiit pas coBte^t de la venue de Mademoiselle ; il borna sa puissance autant qu'il lui fut possible : sa fermeté , et le droit que lui donnoit la qualité de gouverneur , l'empêchèrent de se soumettre entièrement à l'obéissance que cette prmcesse désiroit de lui.
Lé lendemain, Mademoisdle, le duc de Nemours et le duc dû Beaufort se trouvèrent au faubourg d'Orléans , pour aviser ensemble à ce qu'ils avoient à faire , et pour tenir conseil *, mais au lieu d'établir un ordre dans leur conduite , il arriva un grand désordre qui fiit avantageux au service du Roi. Les ducs de Beaufort et de Nemours se querellèrent : le duc de Beaufort lui donna à demi un soufflet. On les accom^ moda aussitôt *, et le duc de Beaufort , qui avoit de l'amitié pour madsmie de Nemours sa sœur , dit, les larmes aux yeux , au duc de Nemours son beaa-^frère, tù^t ce que l'alliance -et la bonté lui pduvoit faire
DE MADAME DE MOTTEYJLLE. [l65l] 3l5
dire ^ mais ce fnt inutil^nent; Le daç de Nemours , depuis cette fâcheuse aTenture , eut une haine implacable contra ce prince, et cette haine eut enfin une suite funeste contre lui-même.
Quelque temps avant Tentrëe de Mademoiselle dans Orléans, elle avoit écrit une lettre à madame de Na^ Tailles pour la faire voir à la Reine , par où cette prin^ cesse marquoit beaucoup de désirs de la servir , et montroit d'entrer par complaisance seulement dans tout ce qui se passoit à Paris ; mais elle faisoit entendre fortement qu'elle désir oit qu'on la regardât comme une personne qui pouvoit prétendre à la couronne fermée. Cette lettre, que j'ai vue, fat mal reçue par la* Reine , qui étoit trop accoutumée à n'avoir pas grande considération pour elle. Mademoiselle fat sensiblement touchée de ce que ses bonnes volontés n'avoient pas été assez bien reçues. Elle en écrivit une autre à la même personne, par laquelle on voyoit qu'elle étoit persuadée d'être maîtresse du parti* Elle, lui mandoit avoir toujours haï le ministre, comme n'en ayant jamais été bien traitée -, déclaroit de veuloir épouser le Roi , et se vantoit qu'elle seule avoit empêché les troupes royales d'entrer dans Orléans. Elle lui marquoit qu'on ne la devoit pas mépriser, et qu'elle pouvoit être utile pourvu qu'elle fit satisfaite ; mais qu'elle ne la pouvoit être sans être reine. Enfin elle témoignoit qu'elle pouvoit mettre les choses en ëtat qu'on la demanderoit à genoux , et ajoutoit ces mêmes mots q[ue j'ai pris dans l'original : que ^ quoique ce chapitre lui soit fort agréable , elle est toutefois trop importunée d'en entendre parler , parce que tous teiix de son parti, croyant lu} plaire , ne lui fmc-^
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loienf d'autre chose. 11 y âvoit beaucoup d^esprit dans cette lettre , comme il y en a dans toutes celles qu'elle ëcrit ; mais la Reine ne vouloit pas cette princesse pour sa belle-fille, et la guerre qui se faisoit contre elle et le Roi n étoit pas une bonne voie pour y parvenir. Ce que lui fit alors Mademoiselle , sur une bagatelle que la Reine à son retour me fit l'honneur de me conter , lui déplut. On venoit acheter à Orléans ce qu il falloit pour la cour ; et comme on lui apporta certaines provisions pour la cuisine du Roi , de la Reine et des autres, après les avoir regardées elle y trouva des mousserons qu'elle prit, et les jeta, disant : « Cela a est trop délicat, je ne veux pas que le cardinal en « mange. »
Les ordres du duc de Nemours , qui venoient du prince de Coudé à son armée , étoient de passer la rivière de Loire pour secourir Montrond, .et marcher vers la Guienne ; et ceux du duc de Beaufort , qui venoient à la même année de la part du duc d'Orléans qui étoit à Paris, étoient opposés à ceux-là, parce qu'il vouloit avoir des forces pour se pouvoir défendre contre le Roi au cas qu'il en fut attaqué, soutenir sa réputation dans le parlement et parmi le peuple , et les empêcher de quitter son parti t ce qui auroit pu arriver s'il étoitdemeuré sans d'autres forces que celles de l'intrigue.
Le coadjuteur , qui avoit alors toute la confiance du duc d'Orléans, appuyoit ce dessein et augmentoit sa crainte, afin de rendre cette armée inutile à M. le prince , qu'il haïssoit. 11 vouloit encore être considéré à la cour, en faisant voir que la puissance étoit toutà-&it de 'son côté. Cette politique lui servit à obtenir
DE MADAME DR MÔTTEVILt^. [l65lT iij
promptement le cbapéau , qu'il reçut çn ce temps-là , selon rengagement que le cardinal Mazarin avoit pris aveclui, et dont j'ai déjà parlé. *•
Chavigny prétendoit gouverner les dqux princes. Il étoit considéré par lui-même, et par les emplois que la confiance du prince de Gondé lui donnoit. 11 avoit part à celle du duc d'Orléans ; il avoit aussi ses intel-^ ligencesa vec le cardinal par Fabert ( Op our les choses qui lui convenoient. Il vouloit faire la paix de la caur quand les temps se rencontreroient propres à y trouver ses avantages , et il aspiroit à la gloire d'être employé à la paix générale. Il crut que, pour contenter ceux qui demandoient l'éloignement du x;ardinal , on pourroit l'envoyer la traiter hors du royaume avec les Espagnols-, et lui, qui alloit à tout, xroy oit, étant nommé à cet emploi avec le ministre, se faire valoir par M. le prince avec les étrangers , et en dérober toute la gloire au cardinal. Toutes ces raisons le persuadèrent qu'il avoit besoin de la présence de ce prince à Paris , et l'obligèrent de lui conseiller de venir à l'armée et de quitter la Guienne. Ce conseil fat reçu volontiers de celui à qui il fût donné, à cause qu'eu tous lieux M. le prince se trouvoit battu par le comité d'Harcourt : Dieu le permettant ainsi pour lui faire voir sans doute , par le malheur de ses armes , celui vOÙ il étoit toinbé en se séparant des intérêts du Roi.
Le prince de Coudé âe résolut donc de quitter la
(i) Fabert: Abraham Fabert, fils d'an imprimeur de Metz. U se rendit célèbre par sa valeur , sa loyaiité et sa modestie. Il avoit été' fait maréchal de France en 1646. II mourut en 1662, âg^ de soixante-trois ans.
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Guienne, et de venir à son armée. 11 choisit ie duc de La Rochefoucauld pour raccompagner , et kissa Mar-* siqi^auprès du prince de Conti et madame de Longueville 9 tant pour les maintenir unis , <pie pour avoir soin de conserver Bordeaux dans ses intérêts. Les ùlc-^ tions y ëtoient grandes , et Imtelligence mal établie dans sa famille. Madame de Longueville étoit mal à ]a cour : on y craignoit soh esprit; et quoiqu'elle eût travaillé , par la princesse palatine , à se rétablir dam les bonnes grâces de la Reine ^ elle ne les avoit pu obtenir. Les dames qui ont le cœur rempli de passions^ et qui en veulent donner à cetix même qu'elles n'aiment pas , sont à craindre en tous partis , et on peat difficilement y prendre confiance. Par cette raison, le prince de Gondé ne trouvoit pas en cette princesse , quoiqu'elle fût sa sœur, une sûreté tout entière; et le prince de Conti, peut-être pourTaimer trop, la haïssoit quelquefois ; car voulant qu'elle le préférât à tout le monde, il avoit de la pein^ à voir qu'il n'avoit pas assez de part dans ses secrets. Ces diffé^ens sentimens, à ce que m'ont dit ceux qui pour lors en étoient les confidens, faisoient naître entre eux de grandes divisions, et les intrigues des particuliers faisoie&t beaucoup de désordre dans leur petite cour. Le prince de Conti, gagné par le ministre saiis qu'il le crût être, vouloit la paix ; et madame de Loi^eviUe , ne la pouvant avoir avec la cour ni avec elle-même , vouloit se faire craindre et de la cour et de ses frères. Elle fomentoit la guerre tant qu'il lui étoit possible ; et le prince de Conti et elle , par des motifs différons , tâchoient de se rendre les maîtres tant du parlement que du peuple de Bordeaux. Ils appuyoient particulière-
DE MADAMB^ DE MOTTEy|LL)E:. [l65l] SlQ
me^it 1^ peuple , dont les^ assemblées se faisaient en un lieu nommé l'Ormée^ qui donna le nom à la faction; de. cette ville tant que la guerre dura.
Le duc de La Rochefoucauld quitta volojatiers Bordeaux pour suivre le prince d£ Condé 5 car les charmes de madame de Longueville , qui avoient fait toute sa joie, faisoient alors son désespoir. §a passion avoit changé de nature ; et y au lieu d'elle y la jalousie oc-: cupoit entièrement sçn cœur* 11 la soupçonnoit d'avoir voiilu plaire ai| duc de Nemours , et ce soupçon lui eausoit do grandes angoisses. I) ne se peut pas faire qu ayant eu tant de part aux bonnes grâces d'une si grande princesse , il n^en ressentît la perte avec beaucoup d'amertume ; mais, outre la préférence d'inclination qu'il croyoit qu'elle n'avoit plus pour lui y û crut qu elle ne prenoit plus de part à ses intérêts , et qn elle avoit abandonné le soin de sa fortune , qu'il considécoit autant que jpelle qu'il aimpit. Il avoit surpris de ses lettres , à C€i qu'il m'a dit depuis lui-même , par lesquelles il lui sembloit qu'elle le vouloit perdre auprès du prince de Condé son frère , et qu'elle avpit oublié ses services et ses maisons rasées. Il ne faut donc pgs s'étonner s'il fut sensible à tant de gnandes choses, et si Tinc^stance lui parut un crime le plus énortne que l'on puisse commettre ^ car plus il lui étoiît glorieux d'avoir eu quelque part dans un cfceur q^ue tant d'honnêtes gens désiroient posséder , plus aussi lui devoit-il être dur de s'en voir chassé par un autre. Il le sentit aussi avec trop d'excès , et fut blâmé avec justice d'avoir suivi trop aveuglément son dépit, et de l'avoir porté trop loin ; car ce dépit le fit devenir d'amant cniiemi , et d'ennemi ingrat , par le»
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cruelles offenses qu'il fit alors à cette princesse , qui allèrent au-delà de ce qu'un chrétien doit à Dieu, et de ce qu'un homme d'honneur doit à une dame de cette qualité : le souvenir de l'amitié passée devant, ce me semble , laisser dans l'ame une impression de reconnoissance et de douceur capable d'empêcher que la vengeance n'éclate au dehors, lors même qu'intérieurement l'ame est remplie de rage et de désespoir. Leur changement commun, quelque temps après , en fit un autre bien plus grand en madame de Longueville : il lui fit connoître que les créatures étoient indignes de son estime et de son affection. Elle en a fait depuis un meilleur usage , se donnant elléî-même entièrement, et d'une manière tout-à-fait admirable, à celui qui, étant son créateur, méritoit seul qu'elle fût uniquement à lui. Sa vertu a été si grande et sa conversion si parfaite , que par elle on a eu sujet d'admirer en notre siècle les effets delà gracie, et les merveilles que Dieu opère dans nos âmes quand il lui plaît de les éclairer de sa lumière , et que d'an grand pécheur il veut faire un^aint Paul et un saint Augustin. M. le prince, ayant donné les ordres nécessaires pour obvier à tous les maux que pouvoient produire les division's de sa famille , se sépara du prince de Gonti à Ageiï , où il eut à soutenir l'effort de ce peuple qui , voulant faire son devoir^ se révolta contre lui. Le prince de Coudé, quittant le prince de Coûti son frère , lui recommanda de se confier à Marsin et à Lenet de tous ses intérêts ^ puis il partit pour l'armée , suivi du duc de La Rochefoucauld , du prince de MarsiUac son fils , de Guitaut, Chavagnac et Gourville , d'un valet-de-chambre , et de quelques autres.
i)E MADAME DK MOTTEVILLÊ. [l65l] 3a I
Us suivirent tous le marquis de Levi, qui avoit un passeport du comte d'Harcourt pour se retirer lui et son train en sa maison en Auvergne. M. le prince, faisant cette course , traversa toute 1:^1 France avec de grands périls^ mais l'adresse et l'habileté de Golirville (0 l'en sauvèrent.
En arrivant dans la forêt d'Orléans, il fut reconnu par qudques cavalkrs de l'avant-garde de son armée : ce qui leur donna une joie incroyable à cause du besoin qu'elle avoit de lui. La division des chefs qui la commandoient, et l'arrivée du Roi avec son armée, les mettoiept en état qu'ils ne pouvoient espérer de ressource qu'en la vernie de. M. le prince , qui, par sa valei»* et sa conduite , pouvoit faire des miracles que ceux de son parti n'osoieht espérer que de lui seul. ^ Aussitôt après que le prince de Condé fut arrivé, il .fit marcher sonarmée àMontdrgis qu'il prit, et le labsa rempli de bïé et de vin pour s'en servir en un besoin : àè là elle alla ^ Château- Regnard, Gourville y arriva en même temps , qui revenoit de Paris , où le prince de Condé Favoit envoyé de La Charité vers le duc d'Orléans et vers ses amis du parlement , pour savoir leurs, sentimens sur ce qu'il avoit à faire. Les avis ipi'il reçut par lui fureiit diflférens- Gourville m'a dit jqu'uuaipartie lui eonseiUoit de se tenir à l'armée, étant certain que pendant qu'il y seroit toute la puissance rësideroit en sa personne , et qu'il seroit le maître du plyrti'dù parlémefit et de la cour : tous néanmoins ô'accordoiemt en cela qu'il falloit attaquer l'armée du Hai'^ et faire quelque action d'éclat qui leur redoiinât
(i) L'habileté dé Gt)utville : Les de'tàils de ce voyage pe'rilleax se troayient dans \e& Me'moii'es de Gourville.
T. 39. ai
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du crédit et des forces, Chavigny étoit d'avis qu'il revint à Paris quand it le pourroit faire ^ attendu que le crédit du coadjuteur , alors devenu cardinal de Retz, augmentoit tropf aussi bien que les cabales de la cour dans le parlement. H vouloit aussi , par la présence du prince , diminuer la faveur de son rival et augmenter la sienne.
Dans ce même temps le prince de Condié reçut avis que la brigade du maréchal d'Hocquincôurt ^étoit en* core dans des quartiers séparés a^ez proche de Château-Regnard , et que le lendemain elle se detoit joindre à celle du viccMnte de Tûrenne : ce qui Ic.fit résoudre à l'heure même avec toute son armée d'aller droit attaquer le maréchal d'Hocquincourt, àrant qu'il eût le temps de la rassemblërr et dé se retirer vers le maréchal de Turenne. Il le fit , et enleva d'abord cinq quartiers. Il mit en déroute les troupes du Roi, et prit leur bagage. Trois mille chevaux forent pris, tout fut renversé , uiîe partie se sauva , et le reste ftit poussé près de quatre heures vers Auxerre. Cette dëËiite eût été encore plus grande, si M. le prince n'eût Tcçua^is que le vicomte de Turenne paroissdt, le^juel, par si sage conduite, sa prudence et sa fermeté ,' arrêta la victoire de M. lé prince, et sauva ce jour-fii le Rôi et la France , qui se virent dans cet instant en un graud péril par les heureux succès dé M. le prince. Les ducs de Nemours et de Beaufort montrèrent en ce jour que s'ils n'avoient de la modération , ils avoient da moins beaucoup de valeur. Le premier éîrt un coup de pistolet au travers du corps, qui fat grand , mais favorable. Le duc de La Rochefoucauld et le prince de Marsillac son fils y firent des actions qui auroient
DÉ îifÀt)AME nfi MOtTEVILLË. [l65l] SsJ
été dignes de Ipu^inges, s'il étoit possiUe d'en donner il des f^raaçais qui, au lieu de servir le Roi,tràvailioient à le pek-dre. ^
On vint à Gien donner au Roi et k la Reine la non* velle de la déroute de^ troupes du maréchal d^Hoequincourt<» avec simplification; et lalarme y fut grande. Le Roi, à ce que m'écrivit alors mon frère qui Tavoit suivi en tout ce Voyage , monta à cheval avec ce qu'il y.avoit auprès de lui de gens de qualité , et sortit de la ville ; mais îe ministre l'ayant arrêté au commencement de la plaine , l'empécba de suivre ses généreux «entimens , qui dans sa plus grande jeunesse lui eus-* sent fait ainjier 1^ gloire. Pendant qu'on chargeoit le bagage et qu'pn faisoit tenir les carrosses tout prêts à {ïassj^r le pot|t ^ qu'on songeoit même à rompre éi) cas de besoin après que la cour y auroit passé, tous les^ volontaires furent avec le duc de Bouillon à l'armée , QÙ ils trouvèrent une grande alégresse parmi les sol^ dats, parce que le bruit avoit couru que. le Roi y venoît. Tous crièrent vice le Roi! et bataille ! Mais la nouvelle arriva , peu die temps après , que la perte n*a* voit pas été fçiçt grande ^ et que M. le prince s'étoit rçtiré dans ses quartiers , et le vicomte de Turenne dans les siens.
L'armée du Roi étant retirée , M. le prince fit prendre à )a sienne le chemin de Châtillon. 11 y tarda deux jours, puis de là il s'en alla à Paris , et laissa le commandement de son a^mée à Clinchamp et au comte deTavannes. Il amena avec lui les ducs de Nemours, de Beaufort et de La Rochefoucauld , et alla jouir des applaudissemens qui l'attendoient après un voyage si périlleux, et ensuite une victoire accompagnée de
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tant d'éclat et <le gloire. Us furent en efBe* asse:& grands poar le pouvoir pieine^nent satisfaire.
[lôSa] Madame de Chevreuse et le coadjuteur firent beaucoup d'intrigues pour le priver de ce triomphe. Us avoient même gagné le maréchal de L'Hôpital pour empêcher qu'il ne fût reçu dans Paris 5 mais le duc d'Orléans, qui aimoità avoir des seconds, fortifié par les serviteurs du prince de Condé , le soutint malgré leurs obstacles. Alors on vivoit dans Paris avec peu de sûreté et beaucoup de troubles. L'hôtel de Nevers pensa être pillé , attendu qu'on soupçonnoit madame Du Plessis-Guénégaud , à qui est cette maison, de travailler à la paix et d'être fidèle au Roi. Elle n'en étoit pais accusée à tort;, car elle faisoit alors tous ses efforts pour lui rendre service , étant en grand commerce avec Fouquet (0 , créature du cardinal Mazarin. Des dames de qualité, en passant par le Pont-Neuf un de ces jours-là , coururent fortune d'être jetées dans la rivière par des coquins qui faisoient impunément beaucoup d'insolences et de méchancetés. L'armée des princes , manquant de fourrages vers ChâtiUon, fut conduite à Etampes , où ils crurent qu'elle pourroit subsister long-temps avec abondance de vivres.
Le 2a , M. le prince aUa au parlement prendre sa séance avec le duc d'Orléans. 11 y fut reçu , venant de donner un combat contre le Roi. Ces princes protestèrent au parlement de leurs bonnes intentions pour justifier le motif de leurs armes , et dirent qu'ils
(i) Fouquet : Nicolas. Il étoit maître des r^^étes et 'procureur gênerai au parlement de Paris. A la fin de cette année [i653] il fut fait siir^ intendant des finances. On connoit sa disgrâce , son procès et sa longue captivité. Il mourut en 1680.
DE MADAME 'DE MQTTËYILLE. [l65a] SsS
déclaroient encore que pourvu que le Mazarin s'éloignât de la cour , lui et ses adhérens , ils mettroient aussitôt les armes bas. Us mirent cette dernière clause, afin qu'en cas qu'on leur ôtât le prétexte du Mazarin , il en restât encore un qui pût durer dix ans ,. taxant tous les jours quelque nouvelle personne d'être de ce parti 5 attendu qu'ils pouvoient comprendre toute la cour sous le nom de mazarins et d'adhërens.
Ce jour il y eut de grands cris d'alégresse en faveur des prince§ , et nul n'osa jamais parler pour le Roi , ni représenter qu'il n'étoit pas juste de recevoir le prince de Condé tout sanglant encore des, combats qu'il venoit de donner contre lui. Les députés du parlement, qui avoient été porter au Roi les remontrances par écrit que le parlement avoit ordonnées contre le retour du cardinal Mazarin , firent ce jour- là leur relation , et se plaignirent de n'avoir pas été bien reçus , ni les remontrances lues en présence du Roi^ selon l'ancien usage. Toute la compagnie en fut scandalisée ; les gens du Roi firent de grandes exclamations , et dirent que le Roi leur avoit répondu qu'il enverroit quérir le^ informations contre le cardinal-, qu'après les avoir lues et vues , il les manderoit pour leur faire réponse. La compagnie cria fortement contre. cela, quoique ce fût une chose dans l'ordre et conseillée par le premier président , qui étoit alors tout-à-fait attaché au service du Roi, etqui en savoit plus qu'eux.
On donna avis à Paris à M. le prince que Miossens et le marquis de Saint-Mesgrin , lieutenans-généraux , marchoientde Saint-Germain à SaintrCloud avec deux canons , à dessein de chasser cent hommes du régi-^ ment de Condé qui s'étoient retranchés sur le pont ,
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et qui en àvoient rompu uiie arche. M. le prince monta à eheval avec ce qui se trouva auprès de ki, à dessein d'y aller. Le bruit de cet exploit ayant été répandu par Paris, huit ou dix mille hommes le suivirent, tant honnêtes gens que bourgeois : ce qui fit que les troupes du Roi se contentèrent de tirer quelques coups de canon , et de se retirer. M. le prince voulant profiter de la bonne volonté de dès bourgeois, les meuii à Saint-Denis , où il y avoit Une garnison de deux cents Suisses. Ses troupes y arrivèrent à rentrée de la nuit^ et ceux de dedans ayant pris l'alarme , la donnèrent aux assiégeans. Le duc de La Rochefoucauld m'a dit que M. le prince étant au milieu de trois cents cheva|ix , et cette compagnie étant composée de tout, ce qu'il y î^voit de personnes de qualité dans son parti, s'en vit abandonné dès qù^on eut tiré trois mousquétàdes , et qi^'il demeura auprès de lui, lui septième. Ce prince fit entrer ses gens dans Saint-Denis par les vieilles brèches, qui n'étoier^t point défendues *,. et après tout ce qui l'avoit abandonné le vint trouver, chacun alléguant une excuse particulière de sa fiaùte , dont la honte étoit commuae à tous. Les Suisses voulurent défendre quelques barricades dans la ville ^ mais étant pressés, ils se retirèrent dans l'abbaye , et se rendirent deux jours aptes prisotthiers de guerre. On n'y fit point de désordre : mais le soir de ce même jour, les troupes du Roi la Reprirent; Bt Deslande , capitaine du régiment de Gondé , que M. le prince y avoit laissé pour commander , se retira à son tour dans l'église , où il tint trois jours. Quoique cette action ne fût pas célèbre, elle ne laissa pas d'avoir quelque éclat : elle augmenta la bonne volonté
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [lÔSs] 827
des bourgeois s en faveur du prince de Condë , car chacun étoit bien aise de potivoir dire qu'il a voit été à la guerre avec lui.
Le duc de Rohçtn travailloit à sou ordinaire à porter les princes à Faccoinmodemeiit. Chavigny, quoique ennemi du cardinal , vouloit la même chose , afin de parvenir à ses fins, qui alloient à vouloir toujours, soit d une Êiçon , soit d'une autre , £iire un beau per* sonnage sur le théâtre. Tous deux conseillèrent à M. le prince de penser à une paix avantageuse. Les propositions qui avoient 'été faites en particulier à Chavigny par Fahert lui plaisoient beaucoup : car comme il a été dit , pour engager par tût le duo d'Or* léans et M. le prince à penser à s'accommoder, le cardinal l'avoit laissé espérer qu'ils iroient ensemble traiter la paix générale ; et sur eette espérailce, Ghafvigny vouloit celle de là cour et des princes : ce qui plaisoit au ministre y non-seulement pour en prétendre ce bon eiffet , maïs encore plus pour affoiblir l'intrigue, et désunir les conjurés et ceux qui désiroient sa perte, et pour empêcher les progrès que le prince de Condé ^ auroit pu faire à la tête d'une armée.
En cette occasion , sa finesse ordinaire lui réussît selon ses desseins. M. le prince consentit à laisser alUr à Saint-Germain , où étoit la coilr , le duc de Rohan , Chavigny et Goulas , tous trois chargés des intérêts du duc d'Orléans et des siens. Le premier ne demandoit que l'éloignement du ministre ^ et M. le prince vouloit la même dhose avec de grands accompagnemens. Il avoit beaucoup de personnes à contenter, ses amis, les Bordelais, ses troupes, le prince de Gonti et le public. Il demandoit l'établissement d'un conseil.
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et pouvoir du Roi de traiter la paix générale , et d'y pouvoir travailler selon les propositions justes et raisonnables dont on conviendroit. Cet article étoit agréable à Chavigny, par la part qu'il prétendoit y avoir, et par l'espoir de se voir bientôt en pouvoir de se venger entièrement du cardinal Mazarin. L'ordre exprès qu'il reçut en même temps des deux princes, dé ne le point voir et dé ne point traiter avec hii , ne lui déplaisoit pas non plus -, car ne l'aimant point, il lui sembloit que son abaissement lui diinnoit à lui en son particulier une gloire bien relevée. Mais souvent nous nous trompons dans nos projets.
Le voyage de Chavigny ne lui fut nullement avantageux. Il revint sans avoir rien conclu : ce qui étonna tous ceux de son parti , qui avoient cru , le voyant si empressé et si occupé du désir de la paix , qu'il avoit sûreté de la part du ministre d'y pouvoir réussir. Nonseulement il avoit traité avec le cardinal ("ce qui dans le vrai n'étoit pas un grand crime ) , mais M. le prince avoit trouvé mauvais de ce qu'il n'avoit insisté que sur l'établissement d'un conseil nécessaire , pareil à celui que le feu Roi , par son avis , avoit ordonné peu avant sa mort -, et que moyennant cela il devoit porter M. le prince à consentir que le ministre et lui allassent traiter la paix générale. L'article secret étoit que le cardinal , après la conclusion de la paix , pourroit demeurer enFranee. Ce traité si raccourci ne plut point à M. le prince : il se résolut de ne plus donner de part dans ses affaires à Chavigny, car lui-même désiroit être celui qui devoit aller traiter, la paix générale. 11 voulut donc envoyer de sa part Gourville à la cour, chargé d'une instruction dressée par lui en présence
DB MADAME »E MOTTEVILLE. [lÔSs] ' 3^9
de la duchesse de Châdllon , et des ducs de Nemours et de La Rochefoucauld.
Voici à peu près ce que contenoit cette instruction de Gourville -, et c'est de lui-même que je Fai su.
I. M. le prince ne vouloit plus traiter, passé cette fois. U promettoit sincèrement d'exécuter ce qui seroit accordé ; comme de même il vouloit qu'on lui tînt ce qu'on loi promettroit. Il demandoit précisément que le cardinal Mazarin sortît du royaume, et allât à Bouillon.
II. Que M. le duc d'Orléans et M. le prince eussent le pouvoir de faire la paix générale , et que M. le prince pût envoyer en Espagne et ajuster le lieu de la conférence. ,
III. Il demaqdoit un conseil composé de gens tels qu'ils en conviendroîent. Il vouloit régler les finances-, amnistie générale , et récompense pour ceux qui les avoient servis ^ des grâces pour les Bordelais ^ diminution de tailles de la Guienne 5 de grands avantages pour le prince de Conti , pour le duc de Neniours ^ un gouvernement et un brevet de prince pour le duc de La Rochefoucauld , pareil à celui du duc de Bouillon et de Guémené, et un gouvernement ou de l'argent pour les particuliers -, que Marsin et Du Dognon fussent maréchaux de France ; le rétablissement de M. de La Force dans son gouvernement de Bergerac , et le reste. Moyennant quoi M. le prince promettoit de bonne foi de quitter les armes, et consentir à tous les avantages du cardinal , à sa justification , et à son retour en France dans trois mois, dans le temps que le prince, ayant ajusté les points de la paix générale avec les Espagnols , seroit sur le lieu de la conférence
33o * [1653] MÉMOIRES
avec les ministres \ et promeltoit de ne point signer la paix qu'après le retour du cardinal.
Le cardinal écouta les propositions de Gourville, et y parut facile. Sans doute que cette facilité étoit feinte, et qu'il espéra le remède de ce qui pouvoit lui en déplaire, par les difficultés qui naturellement dévoient se trouver à les exécute?. 11 arriva en effet que le duc de Bouillon s'y opposa aussitôt, et demanda pour lui un duché qu'il désiroit qu'on retirât des mains de M. le prince , pour faire partie de sa récompense de Sedan. Cette demande arrêta la négociation chimérique de Goùrville; et le cardinal se content^ de le renvoyer k M. le prince pour lui exposer cette dil&culté , afin d'y J;rouver du remède.
Gomme les grands desseins sont auvent traversés par les Ëintaisies et les intérêts dés particuliers , le cardinal de Retz s'opposa aussi à cette dernière né^ gociation , parce qu'elle se séroit faite sans lui. Il crut que le duc d'Orléans et M. le prince étant réunis à la cour, il perdroit son crédit; que la guerre, qui apparemment éloigneroit ou perdroit M. le prince , le rendroit en son particulier le maître -de l'esprit du duc d'Orléans , et que par là il se feroit considérer davantage. Chavigny se joignit à lui par cet intérêt, soit de concert avec lui , ou agissant lui seul : il détourna le duc d'Orléans d'y penser, parce qu'il ne vo'uloit point d'une paix qu'il n'auroit point faite ni proposée^
Dans cet état , une dame voulut avoir la gloire de décider dé la destinée d'un grand prince , et d'avoir part à la plus éclatante s^faire de l'Europe , qui étoit ^lors cette paix de la cour , qui paroissoit devoir être
DE MADÂJdE DE MÔTTÊ VILLE. [lÔSs] 33 1
suivie de la générale ^ c'eSt-à-dife s'il eût été possible de la faire aux coâditions qui alvoient été proposées. Madame de Châtillonhaïssoit madame deLongueville : Témulation de leur beauté et ducœùr du duc de Ne^ meurs , qu'elles vouloient posséder Ynaé et Taulre , faisoit leur haine* Madame de Châtillon avoît vengé le due de La Rochefoucauld 9 eh ce qu'elle avoit emporté sur madame de Longueville rinditiation de- ce prince, qui s'étoit donné entièrement à etie. Cette belle veuve hé haïssoit pas le duc de Nemours: cette conquête lui plaisoit^ mais ayant toujours eu quelque prétention sur les bonnes grâces de M: lé prince , elle n étoit pas fâchée lion plus de conserver quelque domination sur resprit'dè ce Héros, que toute l'Europe estimoit : sibieiï qu'elle fit dessein de l'engager à laisser conduire cette négociatiôa par elle. Son dessein fut de faire la paix sans que madame dé Longueville y eût aucune part, ni par la gloire ni par ses intérêts-, et rie voulant pas faire de perfidie au duc de Nemours, elle le lui fit trouver bon , et l'engagea de rompre tout doiûmerce avec madânié de Longuevillel Elle se servit du duc de La Rochefoucauld et de ses passions , pouir faire approuver sa conduite au duc de Nemours , et pour presser M. le prince de se confier à elle et de vouloir écouter ses côndeilâé Le duc de La Rochefoucauld m'a dit que là jalousie et la vengeance le firent agir soigneusement , et qu'il fit tout ce qu'elle voulut. Gomme cette dame désiroit aussi se faire riche , elle sut tirer alors un présent de M. le prince , qui , poussé à cette libé*ralité par son jaloux négociateur , lui donna , eii qualité de parent, la terre de Marlou , et surtout un pou-*
332 [l652] MÉMOIRES
voir très-ample de traiter la paix avec le cardinal Mazarin. Elle alla donc à la cour, et y parut avec l'éclat que lui devôit donner une si grande apparence de crédit sur l'esprit de M. le prince ; mais le cardinal ne crut pas possible qu'elle pût être si absolue maîtresse de son sort. 11 s'imagina , selon la raison, que M. le prince avoit voulu lui complaire, mais que de tels traités ne se pouvoient pas faire de cette sorte : ou plutôt il ne voulut pas faire la paix dans des temps où il ne l'auroit pas faite assez avantageuse pour le Roi et pour lui; mais, agissant à son ordinaire , il gagna du tismps , et amusa le prince de Coudé , pendant qu'il faisoit la guerre tout de bon en Guienne , et que partout les armes du Roi étoient victorieuses. Madame de Ghâtilloh revint à Paris pleine d'espérance et de promesses -, et le cardinal , plus habile et plus fin que ses ennemis, tira de sa négociation xin plus solide bien qu il n'en auroit reçu alors de l'accommodement.
Le maréchal de Turenne ayant avis que Mademoiselle, passant par Etampes, avoit voulu voir l'armtSe d^s princes en bataille , fit marcher ses troupes , et arriva au faubourg d'Etampes avant que celles de l'armée qui étoit logée dans cette ville fussent en état de défendre leur quartier. Il fut forcé et pillé : M. de Turenne et d'Hocquincourt se retirèrent au leur , après avoir défait mille ou douze cents chevaux deis meil' leures troupes de M. le prince , et amené plusieurs prisonniers. Dans ce même temps se faisoient plusieurs négociations et plusieurs voyages par les députés du parlement vers le Roi, tous demandant l'éloignement du ministre 5 et , selon les occurrences , ils étoient traités avec douceur ou rudesse.
DE MADAME DE MOTTEVÏLLE. [iGSa] 333
L'heureux succès d'Etampes fit résoudre le cardinal de l'assiéger avec toute l'armée royale. Il y avoit lieu, pour plusieurs raisons, d'en espérer une bonne issue : le dessein eu étoit beau, et pouvoit faire voir aux ennemis de l'Etat que IjiRoi ne manquoit pas de forces, ni son ministre de courage 5 mais le duc de Lorraine vint arrêter ce dessein. Il y avoit longtemps cjue les princes l'attendoient avec impatience, et le ministre avoit empêché ce secours par quelque accommodement qu'il prétendoit avoir fait avec ce duc -, mais si légèreté ordinaire ne put le fixer à ce qui peut-être lui auroit été plus avantageux. Il vint avec ses troupes qui campèrent près de Paris : elles firent de grande désordres, et furent à quelques-uns de très-justes châtimens dé leurs fautes. Us n'osèrent s'en plaindre : les crimes volontaires rendent d'ordinaire les hommes plus paliens que la philosophie des plus sévères stoïques.
Le peuple ayant demandé à l'hôtel-de-ville que la châsse de s^nte Geneviève fût descendue et portée en procession pour chasser le Mazarin et avoir la paix, la procession se fit avec la cérémonie ordinaire. Pendant cette pieuse actiôii, M. le prince , pour gagner le peuple et se faire roi des halles aussi bien que le duc de Beaufort, se tint dans les rues et parmi la populace , lorsque le ducd'Orléans et tout le monde étoit aux fenêtres pour voir passer la procession» Quand les choses vinrent à passer, M. le prince courut à toutes avec une humble et apparente dévotion, Élisant baiser son chapelet, et faisant toutes les grimaces que lesbonqes femmes ont accoutumé de faire-, mais quand celle de sainte Geneviève vint à passer,
334 [iSS'i] MÉHOIIiES
alors comme un forcené , après s'être mis à genoux dans la rue , il courut se jeter centre les prêtres : et baisant cent fois cette sainte châsse, U y fît baiser en* core son chapelet, et seoretira avec l'applaudissement du peuple. Ils crioient tous apri^ lui, disant : a jàh! a le bon prince! et qu^il est dés>otI » Le duc de Beaufort, quç M. le prince avoit associe k cette feinte dévotion , en fit dQ même ; et tom deux recurent de grandes bénédiction^, qui , n étant pas aiscompagnées de celles du Ciel , leur dévoient être funestes sur la terre. Cette action parut étrange à tous ceux qui la virent. Il fut aisé d'en dçvini^ le faotif , qtii n'étoit pas obligeant pour le Roi \ mais il ne lui fit pas grand mal.
Le Roi ^ qui ^ors reçevmt de, continuelles dépu^ tations du parlement, ayant par une réponse écrite témoigné désirer de contenter ses peuples^ et montré vouloir faire qi;ielques çppféri3|iCjps sur ce ^ujet^ avoit ordonné qu'pn députât tout de nouveau les mêmes députés. L'affaire à leur retour ayant été mise en délibération dans la compfignie e^i présence ^sprincies, il fut dit que les deux députés,, les présidées de Maisons et de Nesmpi^d , retourneroient vers le Roi. Ils partirent le 1 3 de juin poqr Melun , et deux jotirs auparavant on avoit acpordé 0titfe 1^ R^ d'une part» le duc de Lorrain^ et les princes de l'autre , ilne suspension d'armes de six jours, afin de travailler à la paix.
II y eut quelque dispute entre M. le prince et le duc de Lorraine , touchant leurs raiig3 \ mltis le dismier sembla s en relâcher : et ^oianio il traitoit avec tous, il traitpit aussi avec lé Roi. Lui^ cpiine cherchoit que ses intérêts, prit ce parti, comme celui dans lequel il de voit trouver sas avantages. Les choses étant en
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l65!î] 335
bon état, et le duc de iiorraîne ëtànt dans s&n arnu^e , le Roi fit a(ipFochër la sienne pour Fobliger à conclure ou à combattre. Le Roi en même teçips écrivit au roi d'Angleterre , et le pria , comme son bon frère^ qui dësiroit le bien public et la paix générale , d'aller voir ce duc, et de l'obliger à le venir trouver. Le roi d'Angleterre , qui étoit à Paris , partit aussitôt, quoiqu'il vit clairement qu'il dësobligeoit son onde le duc d'Orléans , et s'en alla au camp du duc de Lorraine , qui étoit à trois lieues de Paris. 11 trouva en arrivant que les deux armées se battoient , et que l'avantgarde du Roi commençoit déjà d'attaquer les troupes lorraiuiôs^. Le roi d'Angleterre, qui étoit là pour parler de paix^ s'arrêta tout court, manda au duc de Lorraine qu'il étoit venu pour travailler à le mettre d'accord avec le Roi, et qu'il s'étonnoit de trouver les choses en cet état. Le duc, le venant aussitôt trouver, lui témoigna en être aussi surpris que lui 5 et, soit en effet ou en apparence, il se plaignit de la cour, disant qu'on l'amusoit de négociations et de traités de paix, et que cependant on l'attaquoit par force. Dans pe même moment, Beaujieu arriva delà part du Roi, qtà admira le duc de Lorraine que cette attaque n'étoit vien que pour le forcera s'accommoder, et supplia le r0Î d'Angleterre de travailler à la paix. On mit papier sûr taMé, et te jour samedi 1 5 juin, venant sur le 16 , on fit au accommodeuieiit qui parut plus avantageux au Rdi qu'à -ce prince; car il n'en tira point d'autre profit que 4e s'0n retourner sans aucune perte*
La rage du peuple et la colère des princes fut ^tpande, quand ils virent l'effet de cette négociatioti. Les bourgeois de Paris témoignoient de l'amour aux
336 [l652] HEMOIRES
eimemift du Roi , et de la haiae à ses amis on à ceux qui cessoient d'être ses ennemis, tant cette ville étoit alors éloignée des sentimens que de bons sujets doivent avoir pour leur souverain. Lorsque le duc de Lorraine étoit arrivé dans cette ville mutilée , et qu'il avoit entendu les cris de joie que le peuple jetoità son arrivée, il avoit dit qu'il n eût jamais cru pouvoir entrer dans Paris comme ennemi du Roi, et y être aussi bien reçu qu'il l'étoit.
Ensuite de cet accommodement, M. le prince se ré^ solut d'aller à son armée, de peur que celle du Roi ne l'attaquât en chemin. L'ayant tirée d'Etampes, il la rejoignit àLinats, et la mena loger vers ViU%juif , puis à Saint-Cloud, où elle fut assez long-temps. J'étôis demeurée jusqu'alors dans Paris, où l'absence de la Reine et la vue de la révolte m'avoit incommodée ^ mais sar chant la cour à Saint-Denis, je fis résolution d'y aller et de m'échapper de Paris , d'où il étoit difficile de sortir sans quelque péril, à cause que les portes étoient gardées. Je le fis à l'aide d'un carrosse de Mademoiselle qui me mena jusqu'à Chaillot : puis de là je fm escortée par mon frère , lequel, étant venu de Saiot^ Denis pour me quérir , avoit été reconpoître les endroits par où nous pouvioQs passer *, et quoique ce jour tous les environs de Paris fussent couverts de troupes du Roi et de M. le prince , nous passâmes heureusement par un chemin de traverse , ^% allâmes rejoindre la cour, qu'il y avoit long*temp^ que j'ayoîs quittée. Nous trouvâmes que l'armée étoit occupée à passer la rivière , pour aller battre les ennemis à Ss^int- Cloud où ils étoient encore ; mais M. le cardinal ayant eu avis qu'ils quittoient ce poste, et qu'ils mardipient
bk llADAMB DE MOTTEVILLE. [iGSa] i'S')
<ûiette Àait du |iremier àii second pour àllef à Chareilton , fit aussitôt repasser notre armée pour prendre -cette même rotfte ; et nous vîmes de nos fenêtres , le matin à notre réveil à Saint-Dénis, les dernières troupes de' l'arrière- gard^ filer vers Paris poui^ allef attaquer celles des princes , que la nôtre rencontra vers lé fauboutgdeSainl-Martin, tirant vers celui de Saiiit^^ Ântoiiie.
D'autre côté , M. le prince voyant l'armée dû Rbi grossie dès troupes du maréchal de La Ferté , et qu'il tie pouvoit feire passer la sienfië par î^aris comme il l'avoît espéré, pour s'aller poster dans cette langue de terre qui fait la jonction de la Marne av6ô la Seine ^ fut obligé de la faire marcher à l'entrée de la nuit le ^premier de juillet ; et pour arriver sûrement où il vou^* Idit aller avant que l'armée du Roi le pût joindre , il les fit passer par le Cours et par le dehors de la ville ^ qui étoit ce même chemin que nous avions pris peu d'heures auparavant-, et où nous peûsâmes rencontrer et passer avec les premières troupes de son avantgarde. C'efet une terrible aventure poûi* une femme poltronne que de se voir en telle compagnie 5 mais "Comme C^s gens marchoient en ordre , et que leurs -(âficiers étoient à leur tête , ils ne nous auroient pàà fait de mal. 11 faut dire aussi, à la louange de tous , que jamais il n'y a eu de guerre qui se sôit faite avec moins d'animosité. Nous avons ouï et vu des menaces, des insolences et des crieries , même de mauvaises àc^ lions , mais non pas ces massacre^ et barbaries que nou:S lisons dans les histoires, et que les autres révoltes ont produites. Ces moutons de M. le prince (car ils paroissoiént tels) j croyant toujours qu'on leur T. 39. aa
338 [i65a] mémoire»
ouvriroit quelqu'une des portes, psi$sèreal eol côloyant Paris , depuis la porte Saint-Honorë ju^qiA'à celle de Saint-Antoine , pour preiidre le chemin qôe j'ai marque. Je ne connus le péril où j'âvois été qu'après qu'il fut passé , et que le lendemain de graiid itiatin je me vis réveillée du bruit des tambours dé l'armée du Roi, qui, selon que je l'ai déjà dit, alloit a celle de M. le prince pour la combattre. Dans ce dessein, on fit aller le Roi à Çharonne. U se7)laça sur un petit coteau, afin qu'il pût voir de ce lieu une action qui devoit être, selon toutes les apparences., la. perte de M. le prince et la ruine du parti srebelle , avec la fin de la guerre civile.
La Reine se leva ce jour-là de gran4 matin , et alla
aux Carmélites (0 passer, au .pied des aut§l§ une si
importante journée. Je fus l'y trouver aussitôt , avec
rémotion et le battement de cœur qu'on devait avoir
dans une pareille occasion:, où Ton voyait de si près
la perte inévitable de tant de braves gensq[ui cpmpo-
soient ces deux partis. Là^ elle sut aussitôt qiie Saint-
Mesgrin, pour avoir eu trop de chaleur et s'être trop
précipité , avoit été tué dans une rue étroite au Uavoit
imprudemment fait avancer la compagnie des ^h^
vau-légers du Roi , qu'il commandoit* Le Fouillonx ,
enseigne des gardes de la Reine , y fut tué aussi. Man-
cini, neveu du cardinal Mazarin, brave :et jeune , et
déjà honnête homme, y fut blessé à mort : il paya de sa
vie et de son sang le malheur de son oncle , qui parois-
soit être le prétexte de cette injuste guerre. La Reine
les regretta tous infiniment^ et comme il lui sembloit
qu'ils étoient tués à ses yeux , elle en parut beaucoup
(i) Carmélites du coayent de Saint-Denis. /
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [1662] 33q
plus touchée que dans les autres occasions où le Roi et elle avoient perdu de bons serviteurs. Cette princesse fut toujours , pendant ce combat , à genoux devant le Saint-Sacrement , e:^cepté les mpmens qu elle recevpit des courriers qui la faisoient aller à la grille apprendre la mort de quelqu'un du parti du Roi. Sa spuffr^nce fut grande, puisque je puis dire que le crime dp ses ennemis n eifaçoit point en elle le regret qu elle avditde leur perte : elle sentoit de la douleur pour ceux tjui mouroient pour le service du Roi , et ceux qui périssoieixt dan^^ le parti contraire avoient encore quelque part à sa pitié. Je vis ses peines ; car j'eus l'honneur d'être seule auprès d'elle presque tout le jour. Madame de Seueçay qui Tavoit suivie se trouva mal : elle demeura toujours dans une cellule du couvent, sans approcher de la Reine ^ piais la princesse palatine la vint trouver sur le soir de ce terrible jourr M. le prince y acquit une éclatante gloire par les belles actions que sa valeur lui fit faire, par sa conduite qui fut estimée et louée dans tous jles deux partis , et par l'avantage qu'il eut de ne pas périr lui et toutes ses troupes , comme selon toutes les maximes de la guerre, à ce que ^^irent les pl^us vaill^ns, cela de voit arriver. U ne fut ^t^taqué que dajis le moment qu'il se put servir des retranchemeins, que le3 bourgeois du faubourg Saint- Antoine avoient faits pour les garantir d'être pjillés des troupes du duc de Lorraine 5 et ce bonheur fut ce qui le sauva , en lui donnant le moyen d'employer à sa défense le grand cœur et cette extrême, capacité qui le rendpit un des plus grands capitaines qui ait été dans l'Europe. Heureux en toute manière s'il n'avoit point terni par sa révolte les grands
34o [lôSa] BfÉMOIRES
services qu'il a rendus à la France, à laquelle on peut dire qu'il a fait beaucoup de bien et beaucoup de mal. Le duc de Nemours , qui combattit toujours auprès du prince de Coudé, eut treize coups sur lui ou dans ses armes. On vint dire à la Reine qu'il ëtoit mort. Je remarquai qu'elle eut labontë de le regretter, comme un ennemi qiii avoit du mérite, et en qui même elle croyoit d'assez bonnes intentions pour la paix. Le duc de La Rochefoucauld y reçut une mousquetade qui lui perça le visage au-dessous des yeux, dont à l'instant il perdit quasi la vue. On vit le jeune prince de Marsillac son fils le ramener au travers de Paris dans cet état pitoyable, qui lui faisoit voir en sa propre personne l'erreur universelle de tous les hommes , qui pour l'ordinaire trouvent leur perte où ils ont cru trouver leur bonheur. Il a depuis recouvré la vue -, et à peu près dans le même temps sa raison lui a fait connoître qu'encore que l'aveuglement de l'ame paroisse accompagné de quelques charmes, il est pire que celui des yeux, et nous cause des maux bien plus véritables. Je lui ai ouï dire depuis à lui-même , admirant l'application qu'il avoit eue à ce qui se passoit alors , qu'en l'état où il étoit , sa seule pensée fut de faire pitié au peuple par l'horreur de sa blessure , et que depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à l'hôtel deLiancourt, où il fut porté , il parla continuellement à tous ceux que la compassion obligeoit de s'arrêter à le regarder , les exhortant d'aller secourir M. le prince : ce qui peutêtre ne lui fut pas nuisible. Le duc de Navailles , qui commandoit les troupes du Roi du côté de Picpus, après les avoir postéesavantageusement, poussa celles de M. le prince , et ce fut là où furent tués et blessés
DE MADAME qÊ MOTTEVXU.E. [iGSa] 34l
tant de personnes de marque , tous brèves gens et de mérite, et entre autres Flamarin (0, qui fut un des plus regrettés. ,
jLcs Parisiens jusqu^alors avoient été spectateurs paisibles de ce grand combat : une partie étoit gagnée par les serviteurs du Roi, et même on a dit que les officiers de la colonelle, qui étoit alors en garde à la porte Saint- Antoine , étoient du nombre 5 car ils empéchoient de sortir et d'entrer dans la ville. Le duc d'Orléans étoit çu Luxembourg obsédé par le cardinal de Retz , qui vouloit se défaire du prince de Condé et le laisser périr. Il disoit qu'il avoit fait son accom^ modement avec la cour , et que ce combat étoit une comédie. Ce prince demeuroît occupé de ses doutes , et ne faisoit nul effort pour secourir M. le prince. Mademoiselle , voyisint cette perplexité , le vint réveiller^ en lui représentant fortement son devoir, et Tobligatioa où l'honneur et le sang Tengageoient envers celui qui hasardoit sa vie et celle de ses amis pour la cause commune. Elle lui dit que les blessés et les mourans qu'on rapportoit du combat faisoient assez et trop funestement voir que M. le prince n'avoit point fait son accommodement sans Ipi \ enfin le duc d'Orléans se laissa toucher à ses persuasions. Elle alla porter ses ordres à l'hôtel-de-ville pour faire prendre les armes aux bourgeois. De là , elle alla voir le combat de dessus les tours de la Bastille : on a même cru qu Qlle commanda au gouverneur de faire tirer le canon sur les troupes du Roi -, mais elle m'a depuis dit que cela n avoit point été fait par son ordre. Je sais pourtant que le Roi et la Reine en lurent per-
(1) Flamarin : Ântoinc-^i^gesilaD de Grossoles , iQarquis de Flamarin^
34^ [l652] MÉMOIRES
suadës , et peut-être que ce fut avec raison. Quoi qu'il en soit , elle alla elle-même à la porte de Saint-Antoine disposer non-seulement tous les bourgeois à recevoir M. le prince et son armée , mais encore à sortir et combattre pour lui. Elle fit ouvrir les portes , et animant les bourgeois à le favoriser , elle le sauva et l'empêcha de périr : ce qui étoit indubitable , s'il fât demeuré plus long-temps exposé aux forces du Roi et à la vaillance des nôtres. Tant de gens de qualité que Ton rapportoit du combat ou morts ou blessés achevèrent par cet objet d'éjnouvoir le peuple jen faveur de M. le prince. 11 fut donc reçu en triomphe , et entra dans la ville l'épée à la main , et véritablement couvert de sang et de poussière. Il fut loué , et reçut mille bénédictions de tout le peuple.
Le ministre voyant que le canon de la Bastille ayoit criminellement tiré sur les troupes du Roi , les fit sagement retirer 5 et quoique cette journée ne lui fut pas favorable comjne il avoit eu lieu de l'espérer, il parut ne se point laisser abattre à la mauvaise fortune , et souffrit la perte de son neveu avec une constance très-grande , quoiqu'il en fût en effet sensiblement affligé.
M. le prince et Mademoiselle , qui en ce jour firent chacun de leur côté dès actions mémorables ,' forent tous deux a plaindre d'être engagés à soutenir une injuste guerre, qui les priva des louanges qu'en une autre occasion ils auroient méritées, j'aurois un grand plaisir à leur en pouvoir donner autant qu'en ce cas ils en mériteroient, s'ils avoient combattu pour une cause légitime j mais une bonne Française n en peut pas dire davantage.
DE MADAME ^SXEM^TTEyiLLf;. [1662] 343
- Le soir' de- ce grand jour , la Reiii:e fut occupée aà soin de secourir lessojdâts Wesssés qu'on avoit apportés à Saifft^Denis pendant et après le comliat. On fit une infirmerie de la Halle et de la grand^ salle de l'Abbaye^ mais on eut àe la peine à trouver assez de paille pour les coucher , et des bouillons pour les nourrir: J'étois logée dans la grande ckambre au-dessus de cet appartement , faute de logis -, je n'avois pas eu le loisir d'aUer coucher dans le monastère des filles dé Sainte-^ Marie , où elles n étoientpas, et que la Reine m'avoit fait itnarquer le soir précédent. Ainsi il m'y fallut demeura encore la nuit. Le lendemain , sortant de cette chambre , je passai dans cette «aile, où je vis beaucoup de blessés , dont la plus grande partie se mouroient ; mais quasi tous demandoient à manger avec une avi-^ dite non pareille, et pas un ne pensoit à son salut. Ce tableau de la misère humaine me fit faire quelques ' lamentations sur le malheur de la guerre ; mais enfin il n y a rien dans l'univers que le Seigneur n'ait fait : il ti^e sa gloire de tout , ei en toutes choses il faut tou* jours dire : Gloria in excelsis Deo !
Les négociations des particuliers qui agissoient par intérêt recommencèrent ^, mais M. le prince, par le bon ^at de ses affaires, ne vouloit plus de paix. Le cardinal ce jour-là reçut par moi un billet de Longueil, qui par les ordres de Chavigny renoùveloit au cardinal la proposition d'aller à la paix générale. 11 la goûta de telle sorte alors que le duc de Bouillon me vint trouver de sa part dans la chambre de la Reine , et me demanda avec empressement si Lon-» gueil parloit de la part du prince de Condé. Je lui dis que oui, parce que je le croyois ainsi; inais après
344 [i65a],iiiMoiB«t
que j'eus ëçiit à LoogueS je vis bien que non , à cause qu'il ne me fit pas de réponse positive. En agissant de cette manière , il suivoit son naturel ; car^ comme je pense Tavoir d^jà dit , il entamait toujours de nouvelles matières, et ne leur donnoit point de forme ni de fin.
Çhavigny qui s'ëtoit alors raccommodé avec le prince de Condé , et tous cçux de ce parti , furent d'avis qu'il profitât de la bonne disposition où le peuple paroissoit être pour lui. Us proposèrent une assemblée à l'hôtel-de-ville pour y faire reconnoitre le duc d'Orléans lieutenant général de la couronne de France; qu'ensuite on s'uniroit inséparablement pour procurer l'éloignement du cardinal^ qu'on pourvoiroit le due de Beaufort du gouvernement de Paris en la place du maréchal de L'Hôpital *, et qu'on établiroit Broussel prévôt des marchands, au lieu de Le Febvre. Mais cette assemblée, dont on croyoit tirer de si grands avantages , fut une des principales causes de la raine de ce parti , dont le crédit diminua visiblement après une violence horrible qui se fit en cette occasion , et pensa faire périr tout ce qui se trouva à l'hôtel-deville. Dieu, qui vouloit regarder la France en pitié, fit perdre à M. le prince par cette voie tous les ayan-^ tages que la bataille de Saint-Antoine lui avoit donnés.^ Lorsque l'assemblée se tenoit , on suscita une tcoupet composée de toutes sortes de gens armési „ qui vinrent crier aux portes de la maison-de-ville qu'il falloit qu'on leur livrât à l'heure même tous les amis du car^ dinal Mazarin , et que tout passât selon les volontés de M. le prince.
D'abord on crut que ce bruitan'étoit qu'un, effet (tt^
BB MÀDÀMB DB MOTtÉtlLlB. [l65aj 345
dinairede Timpatience du même peuple*, mais quand ceux qui ëtoieut assemblés virent que la foule , le bruit et le tumulte augmentoient , qu'on mettoit le feu aux portes et qu'on tiroit aux fenêtres , alors ils se crurent tous perdus. Plusieurs , pour éviter le feu, s'exposèrent à la fureur du peuple , et beaucoup de gens y furent tués , de toutes sortes de conditions et de tous les partis. Voilà la seule fois que la guerre civile a produit des actions de cruauté ; mais celle-là , comme telle, en fut aussi le remède. Jétois auprès de la Reine à Saint-Denis , quand on lui vint dire cette nouvelle. On y ajouta que l'hôtel-de-ville étoit en feu , et toute la ville à feu et à sang : ce qui , peu d'heures après , ne se trouva pas tout-à-fait véritable. La. Reine aj^rit ce fuûeste accident , et le s^n^t avec l'horreur que méritoit un tel désordre. Chacun de nous fit des vœux pour le salut de cette ville où la confusion étoit si grande , et que nous regardions enfin avec cet amour que l'on doit avoir pour sa patrie.
Quelques jours après le feu de l'hôtel-de-ville , je partis de Saint-Den^ pour m'en aller à la campagne passer le temps fâcheux de la guerre, où j'attendis paisiblement que la paix fût faite pour revenir à la cour. On ne pouvoit vivre à Saint -Deniç qu'en allant au fourrage, et je n'avois pas assez de valets pour y être servie.con^mQdément : par cette raison, je me privai moi-même d^a présence de la Reine , qui faisoit toujours toute «ma joie. J'ai lieu de croire qu'en la quittant je perdis aussi ce favorable moment de la fortune qui ne revient presque jamais, quand on. est assez malheureux pour le laisser échapper. Le ministre méditoit uue volontaire absence, pour dter aux princes et
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au peuple le prétexte du Mazarin -, et me vayant alors auprès de la Reine , la seule en qui il pût prendre quelque confiance , il me demanda un jour , sans préambule ni sans me rieri expliqua, ce que je désirois pour être satisfaite. Moi , qui n'avois dans l'esprit que les horreurs de la guerre, et qui en vouïois fuir les incommodités , je lui répandis imprudemment que je m'en allois en Normandie , qu'il n étoit pas temps qu'il pensât à moi , et qu'à son retour j'espérois qu'il ne m'oublieroit pas. Je nq m'aperçus de la faute que j'avois faite et de son dessein qu'après que je fus partie. J'en reçus la punition que je méritois -, car, encore qu'il eôt sujet d'être content de ma conduite , il me fit cbnnoître ensuite que les hommes ne pensent à bien ^ire que iselon leurs besoins ou leurs fantaisies. Je laissai la Reine dans de grandes espérances de pouvoir vaincre bientôt ses ennemis par les intelligence» qu^elIe et son ministre avoient dans Paris: et ce qui étoit arrivé à l'hôtel-de-ville en paroissoit une puissante raison. Je vis même, avant que de partir, quelques présidens du parlement qui se vinrent rendre auprès du Roi -, les sages de cette compagnie , dottt les intentions en général n'avoient point été sans doute déterrtiinément criminelles , l'éprenant des lumières plus conformes à la raison , se guérirent de l'enthousiasme de vouloir réformer l'Etat. Us se séparèrent des plus factieux , et peu après , se retirant <{aasi tous dé Paris , se rangèrent à leur devoir, et firent voir que les Français ne sont pas si infidèles en effet qu'ils le paroissent quelquefois.
Un chacun demandoit la cause et la source de ce qui s'étoit fait à l'hôtel-de-viUe. Non-seulement on
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ne la sut pas à Saint-Denis , mais on ignore encore qui est celui qui a pu autoriser une action si bar.bare, qu'on a toujours attribuée à M. le prince plus qu'à aucun autre* Mais ceux qui en veulent juger plus favorablement croient que M% le duc d'Orléans et M. le prince s'étoient tous deux servis de l'entremise du duc de Beaufort pour faire peur à ceux qui étoient pour le Roi, et que les ordres de ce prince étant mal donnés ou mal entendus , le mal fut plus grand qu'ih n'avoient voulu , et les intentions moins terribles et moins pernicieuses qu'elles le parurent par les effets. Ce qui'le devoit persuader àitous fut que M. le prince fit ce qu'il put en cette occasion pour empêcher l'augmentation du mal ; mais cela n'effaça nullement l'imi|ression que cette violence fit dans tous les esprits, m k haine qui là devoit suivre. Par ce soupçon incertain, la puissance des princes devint en horreur aux gens de bien, et les yeux de tous s'ouvrirent pour voir le malheur où leur révolte lesengageoit : la juste et douce dotnination de leur souverain leur parut un bien inestimable, et ils résolurent de la rechercher comme leur unique bonhetir. Cependant les princes , ne croyant pas être si près de la fin de leur puissance qu'ils l'étoient en effet , ne pensoient qu'à l'établir par de nouveaux moyens.
Us proposèrent de créer un conseil composé des princes du sang et du chancelier Seguier, à qui la perte des sceaux avoit fait perdre la patience. On y ajoutoit les princes de leur parti, les ducs et pairs, maréchaux de France et officiers généraux , deux présidens du parlement et le prévôt des marchands , pour juger définitivement de tout ce qui concemoit la guerre et la
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police. Mais ce dessein leur rénsât- aussi mal que Tautre; car il eut des suites très-funestes, en ce que le duc de Nemours et le duc de Beaufort , déjà natjarellement ennemis , quoique beaux-frères, se querellèrent tout de nouveau pour le rang', et se battirent à Paris , derrière Fbôtel de Vendôme, à coups de pistolet. Le duc de Nemours attira sur. lui la colère du ciel , en ce qu'il força le duc de Beaufort à ce combat. Il y fut tué, et sa mort fut pleurée de jtous ceux qui connoissoient le mérite de ce prince infiniment aimable et. doué de beaucoup de belles qi^alkés. Ce ne fut pas sans sujet que je vis la Reine regretter sa perte , quand à la journée de Saint -Antoine elle le crut mort ^ car il en avoit usé. si généreusenient à Tégard du Roi, qu'il avoit mandé au ministre que ses prétentions n'empécheroient point la paix, et quf renonçoit de bon cœur à tous ses avantages pour rentrer dans son devoir, dont il ne s'étoit écarté qae par malheur , et par rengagement d'aonitié où^il s^étoit trouvé avecM. le prince. Leduc de La Rochefoucauld m'a dit depuis qu'il y avoit renoncé ausS|i , quoique dans le vrai on ait eu sujet de croire qu'il n'étoit pas indifférent aux articles qui se proposoient toujours pour lui lorsqu'on parloit de paix.
Depuis ces désordres, l'autorité du Roi conunença à reprendre des forces , et celle des princes diminua tout-à-fait. Le prince de Condé , n'ayant plus ses deux amis les ducs de Nemours et de La Rochefoucauld, qui le poussoient toujours à l'accommodement, se laissa enfin engager avec les Espagnols, d'autant plus que madame de LongueyiDe l'en pressoit. Il se voyoii haï dans Paris depuis le feu de l'hotel-de-ville. 11 étoil
DE MADAME DB MOTTEYILLE. [l652] 349
tenté par les belles promesses des étrangers ; et les charmes de madame de ChâtiUon , qn'il ne haïssoit pas, n'eurent point assez de force pour l'empêcher de s'embarquer avec eux. Il fit néanmoins dans ces derniers temps quelque semblant de vouloir traiter avec le ministre ; mais il prenoit en effet ses mesures pour la guerre. U offrit au duc de La Rochefoucauld le même emploi du duc de Nemours : il ne l'accepta point , à cause de sa blessure qui le menaçoit encore alors de perdre la vue ; si bien que le commandement de l'armée fut donné au prince de Tarente , fils*du duc de La Trémouille. Elle étoit dans Paris , n'osant fenir la campagne ; et une si mauvaise compagnie faisoit haïr davantage M. le prince, dont les affaires empîroient tous les jours. Les Espagnols, qui ne le voul oient pas laisser périr, firent revenir une seconde fois le duc de Lorraine avec un corps assez considérable. Ce prince crut avoir assiégé l'armée du Roi : et il se trompa, car elle se retira heureusement de ses retranchemens.
Dans ce même temps , M. le prince tomba malade d'une fièvre continue. Sur la fin de sa maladie, Ghavigny l'ayant été voir, ce prince, sur quelques dégoûts qu'il avoit eus de sa conduite , s'aigrit contre lui, et lui dit quelques paroles fâcheuses, dont Chavigny fut si touché que , revenant chez lui , il tomba malade , et mourut de rage. M. le prince , qui se portoit mieux alors , l'étant allé voir comme il étoit à l'extrémité, parut le regretter-, et une personne qui étoit présente à cette visite m'a dit que le^ yeux lui rougirent, et qu'il voulut, par une manière de désespoir , s'arracher les cheveux 5 mais après l'avoir re-
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gardé, il dit en s'en allant, et se moquant de son agonie , qu'il ëtoit laid en diable (0.
Ce ministre infidèle à son Roi mourut consommé par l'ardeur de son ambition , et par les rudes effets de celle d'autrui. Il se repentit à l'heure de sa mort de s'être laissé emporter à la vanité de ses désirs; et, pour satisfaire à la justice de Dieu , il laissa une grande somme de deniers aux pauvres , mais qui ne furent point donnés , parce que la p-udence humaine et les intérêts de sa famille changèrent ses ordres. Sa faveur avoit été si grande dans les temps du feu Roi et du cardinal de Richelieu , qu'elle l'avoit rais en état d'eh procurer aux autres. Il avoit eu l'honneur d'être rais au nombre de ceux qui, à. la régence , sembloient destinés au gouvernement de l'Etat. Etant déchu de cette place , il avoit travaillé inutilement par toutes voies pour s'y rétablir. Dominus autem irridebit eum^ quoniamprospicit quodvenit dies ejus (0.
Les affaires des princes empiroient , et le cardinal, pour dotiner le temps aux bons serviteurs chi Roi de le servir et de faire cônnoître aux Parisiens la trœnperie où les tenoit la haine opiniâtre et extravagante qu'ils avoient contre lui , se résolut enfin de (piitter la cour pour quelque temps; mais comme l'absence est toujours dangereuse à un ministre, avaiat que de partir il voulut encore tenter lin accommodement avec M. le prince. Il envoya Langlade au duc de La Rochefoucauld , avec des conditions de paix presque conformes à ce que M. le prince avoit paru souhaiter', mais ce prince, étant entraîné par sa destinée, ne les
(i) Madame Du Plcssis-Guénégaud , amie de Chavigny^ m^a dit ces pariicularites. — (a) Psaumes de David.
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [iGSa] 35 1
voulut pas écouter , et les offres du roi d'Espagne lui firent naître de nouvelles pensées dans l'esprit. Il se mit, par cette voie, dans la nécessité de quitter la Franoe : ce qui arriva peu de temps après.
Le ministre partit aussi ^ mais avant qu'il s'éloignât , le prince de Gondé fit donner un diernier arrêt contre lui , où il étoit accusé de tenir le Roi prisonnier. Le duc d'Orléans se fit déclarer généralissime dos armées du Roi, et tous deux firent ce qu'ils purent pour faire valoir l'autorité du conseil , qu'ils avoient mal établie. Toutes ces entreprises leur ayant mal réussi , M. le prince fut enfin contraint de s'en aller enFlandre cueillir de nouveaux lauriers. Ils ont eu Iç malheur de déplaire à son légitime seigneur^ mais ils n'ont pas laissé d'augmenter en tous lieux sa gloire et sa haute réputation. Il est même à présumer qu'il sentit beaucoup de joie d'avoir forcé son ennemi le Mazarin à fuir le premier.
Auprès le départ du cardinal Mazarin , qui eut 1^ satisfaction de laisser un parlement établi à Pontoise (0, des principaux de celui de Paris, le Roralk à Gompiègne ,,où il reçut de toutest p^rts des marques de la fin prochaine de la révolte, et du repentir de ses peuples. Le parti des princes étant affoibli par l'absence du ministre , et le prétexte de l'illusion dans laquelle ils avoient vécu jusqu'alors anéanti , tous les bons. Français rentrèrent dans leur devoir.
Le cardinal de Retz se voulut donner le mérite de la pai^, et, suivant l'inclination du duc d'Orléans, se remettre par cette belle voie aux bonnes grâces du Roi. Il prétendit en €^s derniers temps l'avoir bien
(i) Le cardinal partit de Pontoise le 19 août.
S52 [i65!2r) MÉMOIRBS
servi , et ses amis le disoient ainsi ; mais tant de personnes alors s'empressèrent de bien, faire, qneses services n eurent pas beaucoup de mérite, ou s'ils en eurent, ils furent aisément effacés par le souvenir des factieuses entreprises qui les avoient [précédés, et qui étoient fortement gravées dans le cœur de la Reine.
La cour étant à Compiègne , le Roi y rc^t les protestations de fidélité de ses peuples ; et youlant revenir à Paris , il y envoya une amnistie générale. U chassa les principaux frondeurs , et força par sa présence le même duc d'Orléans de quitter cette grande ville, où iljouissoit d'une puissance injuste. Ce prince fut obligé de fuir à la vue du Roi , qu'il n'ayoit point voulu venir trouver, quoique le duc deDamvilIe, avant que le Roi y arrivât , lui en eût porté Tordre. En re^ fusant de voir le Roi , qui avoit eu la bonté de le vouloir souffrir , et de lui offrir le pardon des choses passées ,. il fallut qu'il évitât par son exil le chagrin de voir toutes ses entreprises accompagnées de honte et de malheur ; mais comme il demeura quelque temps indécis sur ce qu'il avoit à faire , le Roi et la Reine , qui regardoient son absence comme nécessaire, approchant de Paris (0, et voyant qu'il y ëtoit encore , tinrent conseil dans leur carrosse pour y prendre leur résolution ^ et il y fut conclu , selon ce que la Reine me fit l'honneur de me dire à mon te^ toup de Normandie , d'envoyer des troupes droit au Luxembourg pour se saisir de sa personne. Le duc d'Orléans en ayant été averti, et sachant les maui dont il étoit menacé, partit de Paris à Tinstant même
(i) Reloardu Roi à Paris, le 'ai octobre^
que le Roi y e^tra , et fut se r^oser de ses fsicliéuses et inutiles sollicitudes en son château de Blois , où le détrompement des vaines fantaisies de la grandeur et de l'ambition produisit en lui le dësir des véritables et solides biens qui durent ëtemellement 5 et il eut sujet alors de s'estimer heureux d'ayoir été malheureux*
Mademoiselle eut ordre de quitter les Tuileries, où elle avoit logé jusqu'alors. Elle partit donc pour sjler à Saint-Fargçau regretter toutes ses peines, aussi mal payées qu'elles avoient été peu méritoires , et peu agréables à celui qui en avoit été la cause.
Cette heureuse paix ramena le Roi dans Paris le 21 d'octobre, il entra à cheval, accompagné du roi d'Angleterre , et suivi du prince. Thomas qui sembloit.être demeuré à la placç dn cardinal Mazarin, de plusieurs princes, ducs,, pairs, maréchaux de France et officiers de la couronne , etc. La Reine venoit après en carrosse , et Monsieur étoit avec elle. Cette entrée fut vue des Paçisien^ avec une extrême joie , et leurs acclamations furent infinies. Le cardinal de Retz com- • plimenta le Roi et la Reine à l'entrée du Louvre , avec tout le clergé : ce qui ne leur fut pas un spectacle désagréable. Aussitôt après , le Roi réunit les deux parlemens en un , lui défendit de se mêler d'affaires d'Etat , exila qui il lui plut , et logea au Louvre pour ne le plus quitter, ayant éprouvé par les fâcheuses aventures qu'il avoit eues au Palais -Royal que les maisons particulières et sans fossés ne sont pas propres pour lui. Le lendemain 22 , par Tordre du Roi , le parlement fut assemblé dans la galerie du Louvre, où le Roi , étant en son lit de justice , leur ordonna "ce que je viens de dire.
354 [l65â] MÉMOIRES
Après le rétour du îloi , environ vers Noël, Ife càrdiiïal de Rfetz , forcé par là nécessité de la bienséance, vint au Louvf e pour saluer le Roi et la Reikié. Ces deux royales personnes avbient résolu de le faire arrêter quand il viendroit leur faire la révérence 5 mais il avoit été long-temps à se résoudre d'y venir. Sa visite soulagea là Reine d'une graiidé inquiétude. Il y avoit deux itiois que le Roi et elle attehdoiènt une bonne occasion pour exécuter léiilr dessein , comme nécessaire à leur ire]pos. Pradelle , (Jui avoit cet ordre, avoit supplié le Roi de lé lui donner signé de sa maiô, parce qu'il jugeoitque, ne devant pas manquer ce coup, il Ise trou veiroit peut-être forcé de lui faire perdre là vie plutôt que de le laisser échapper. Mais la Reine , plus chrétienne que politique, né pouvoit se résoudre par aucun intérêt de consentir à une action de vengeance et dé cruauté : si bien que le Roi et elle , étant de même sétitiment, attehdoiènt que Dieu voulût, en bénissant leurs bonnes et justes intentions , leur don- •ner le moyen de s'assurer de lui d'une tilanièf 6 pltis douce : ce qtii arriva en eîBet selon leurs souhaits. Ce fameux perturbateur dé là cour , is'étàtit donc résbk d'aller rendre ses devoirs à l.eulrs Majestés , se rendit d'abord chez le inàt-échàï de Villét-ôy ; pttis dé là voulant aller chez le Roi , qui àvôit été àvefti par l'abbé Fouquet qu'il étoit dànis le LôuVrie , il le rencontra cotnme il déscendoit chez là Réinë sa mère; et se servarit en cette occasion dé cette judicieuse modération qui a paru depuis si éiceUemnieht pratiquée par lui en toutes ses actions, il lui fit bon vîsiâge, et lui déinanda s'il avbit Vu la Réitte. Le cardinal de Retz lui ayant répondu que rtoti ^ il le convia aiiiia-
DE MADAlitE DE MOTTETILLE. [l653] 355
blément de le suivie ^ et en même temps commanda k VUléquier , capitaine de ses gardes , de l'arrêter quand il sortiroit de chez la Reine : ce qui s'exëcuta ponctuellement. Ainsi finit en lui le reste de là Fronde. 11 en a voit été le chef et la source , et il fut le dernier abattu. J'ai ouï depuis conter ces particularités au Roi et à la Reine sa mère , un jour qu'ils eh JSarlèrent ensemble devant ïnt)i.
[i653] Le cardihal Mazarin étoit à Sedan, attendant l'exécution de ce grand exjfloit. Cohiihe il àvoit senti de l'incommodité de n'avoir pas eu assez d'argent pour se défendre puissâ Aiment contre ses malheurs, il voulut réparer ce défaut-, et, plus J)ar aniour pour lui-même qu'en haine de ses ennemis , il se voulut venger de toute la France eh l'épuisant d'argent pour en remplir ses coflfres. 11 revînt à Paris le 3 février i653 , et dans ce même temps je revins àtissi de Normandie : de sorte que mes Mémoires ne seront plus mêlés dés lumières d'àutrui. Je h'écris d'ordinaire que ce que je sais par moi-même , et ceux qui en sont oU les acteurs ou les confidens* * Après le glorieux retour du cardinal , la cour, le parlement, et toute la France , commença à se ranger ious sa puissance : les esprits , détrompés de leurs dégoûts, apereureht, par ^expérience qu'ils àvbieht faite de tant de maui , que sa dominatioh valoit mieux que la fausse liberté qu'ils aVoietit souhaitée. Les peuples qui l'avoient méprii^ commencèrent à ïè craindre ; et ayant repris pltts de respect pour lui qu'ils n'en avoient jamais eu, ils s'à'(icoutuihèrent nbn-seùlement à le souffrir , mais encore à l*è*icenser , et comprirent alors qu'il falloit, en faveur de son bonheur ou de ses
356 [i653J MÉMOIRES
bonnes qualités, lui pardonner ses défauts. Il s'ap^ pliqua aussitôt à finir la guerre de Bordeaux, afin d'être plus en pouvoir de se défendre contre Fétrai^ger.
Le prince de Conti et madame de Longueville , qui étoient encore dans cette ville rebelle soutenant les restes d'un parti entièrement abattu , se défendirent contre lui par toutes les mauvaises voies que la tyrannie leur put fournir. Ils persécutèrent tous ceux qui parurent vouloir servir le Roi, et firent de grandes injustices, dont l'un et l'autre ont eu beaucoup de repentir : le prince de Conti, étant devenu dévot aussi bien que madame de Longueville sa sœur , en a depuis fait dans ce même lieu de publiques réparations, et la beauté de sa pénitence a surpassé de beaucoup la laideur de ses fautes. Cette puissance, qu'ils gardèrent quelque temps de. cette sorte, ne pouvant subsister long-temps contre l'autorité légitime, il fallut enfin abandonner leur forteresse ,. et se soumettre à ce qu'il plut au Roi de leur ordonner. Madame la princesse, le duc d'Engbien, le prince de Conti et madame de Longueville en partirent le 24 j^^^^ i653, pour aller chacun dans les lieux dont on étoit convenu avec eux.
Le duc de Caudale eut l'honneur de finir cette guerre , où la facilité qu'il eut à vaincre ne diminua pas son mérite à l'égard du Roi et du ministre. 11 paroissoit destiné à épouser mademoiselle de Martinozzi, nièce du cardinal : ainsi il ne pouvoit qu'il ne fût loué sur toutes ses actions , puisque le rayon de la faveur l'environnoit -, mais il avoit tant de belles qualités qu'il auroit pu la prétendre par lui-même ^ si le iiiérite la pouvoit donner.
DE MADAME^ DE MOTTEVILLE. [l653] SS?
Le prince de Conti, après la guerre , se voyant exilé et mal à la cour , quitta ses bénéfices , et fit demander mademoiselle de Martinozzi pour lui-même, s'estimant heureux de devenir le neveu de celui qu'il avoit haï et méprisé pour ami. Cette alliance fie parut pas d'abord convenir à la jçrandeur et à la naissance de ce prince ; mais l'éclat de la fortune du cardinal Mazarin étoit si grand, qu'il pou voit, en efftçant la bassesse de sa face, élever sa famille à la participation des plus suprêmes dignités. Le prince de Conti trouva plusieurs avantages dans le choix qu'il fit de la personne de mademoiselle de Martinozzi 5 car , avec de la beauté , elle avoit beaucoup de douceur dans l'humeur, beaucoup d'esprit et de raison. Ces qualités, si agréables à un mari , ont été perfectionnées par sa piété, qui a été si grande qu'elle a eu l'honneur de suivre le sien dans le chemin austère de la plus sévère dévotion -, mais elle a eu cet avantage sur lui qu'elle a donné à Dieu une ame toute pure , et dont l'innocence a servi de fondement à sa vertu, à l'amour qu'elle a eu pour lui, à* l'estime qu'elle a faite de ses bonnes qualités , et à la reconnoissance qu'elle a eue de l'honneur qu'il lui avoit fait. ^
Madame de Lortgueville , ayant quitté Bordeaux , fut encore quelque temps à Montreuil-Bellay ; puis le moment étant venu où elle devoit connoître la vérité et la suivre , elle se retira à Moulins dans le couvent des filles de Sainte-Marie, auprès de madame de Montmorency sa tante. C'est là qu'ainsi que j'en ai déjà parlé, elle a vidé son cœur des fausses illùsiçus du monde , et l'a rempli de désirs pour les solides biens et les grandeurs véritables 5 qu'elle a connu
3&8 r [l653] MÉMOIRES
que la figure de ce monde passe W^ et que, le regardant avec ipépris , elle a depuis employé $a vie au service de Dieu^ et à faire une très-auguste pëniteace. Je lui ai ouï dire a.vec douleur qu'elle ne croyoit J2\maip assez faire, vu ce quelle devoît à la justice divine, par la part qu'elle avoit eue à la guerre civile. Comme la grâce changea ses seutimçns eu toutes choses , ils \e furent a^s^i à l'ëgard du duc de Long^evillç son mari , avec qui elle souhaita infinii^çnt de se raccommoder : ce qui arriva depuis avec satisfaclion de l'un çt de l'autre. Cette même grâce, ayant éié répandue dans le cœur du prince de Conti , causa la réunion entre le frère et la sœur , qui depuis Bordeaux étoient deme^rés mal ensemble : et cette famille , qui par la folie et la vanité du monde avoit été désunie , fut par la vertu chrétienne rétaUie dans que entière paix.
Peu de temps après sou mariage , le prince de Conti viut un jour chez la ïieiue. Il se trouva seul avec elle , et pour tëmqins il ne §'y rencontra que la comtesse de Flex et moi. La Reine , par hasard , lui parla des choses passées , et de la guerre que M. le prince avoit faite contre le Roi. Elle lui ifit des ques^tions sur quelques particuliers qui avoient voulu paroître fidèles, et qui ne l'avoient pas été en eflFet; car , en ces occasions, beaucoup veulent tenir dçs deux côtés. Il lui rendit un compte fort exact ^esj passionnés pour le parlement, des zélés pour le Roi , et des indifférens, qui n'avoient contenté aucun des partis. Ensuite de ce discours , la Reine, lui faisant des reproches amiables des maux qu'il lui avoit fait soupir , lui demanda
■ (i) Saint Paul.
. DE BiADÂME DE MOrTEVU^L^. [l653] 359
s'il étoit vrai, comme on Tavpit dit alors, que M. Je prince spn frère , avant la première guerre de P?iris , ou il avoit si bien servi le Roi , eût eu quelque pen-? sëe de faire un parti et de se. séparer de la cpur5^e^ s'il ëtoit vrai encore qu'il eût eu pour cet effet quelque intelligepcp à Noisy avec le çpadjuteur , depuis devenu cardinal 4e Retz. Le prince de Gonti lui réppndit qu'il étoit vrai que ifipnsieur son frère ^voit eu une foi^ en ce tepaps-là une loi^gue conférence avec le coadjuteur -, qu'il ne proyoit pas pour cela que son dessein eût été de se lier avec lui ^ mais qu'à la yérité, ypyant quelques nugges dans l'air , il ayoit voulu tâter de tout poi^r voir de quel côté il se jeteroit. 11 ajouta franchement à ce discours que madame de Longueville et lui avoient eu peur de cette conversation , parce qu'ayant pris tputes leurs mesures pour être les chefs du parti qui se forn^oit alors contre le Roi, ils auroient été fâchés que M. le prince fût venu |es incommoder : avouant à Ja Reine pe que l'on avoit toujours dit , et que je pense ayoir succincten^ent n^arqué ' ailleurs , qu'ils n'ayoient été du côté des rebelles qup parce que monsieur son ffère étoit de celui du Roi j et que si au contraire il se fût mis à la tête du parlement , ils seroient in^ubitableraeujt venus à Saint-Germain , i^e cherchant et ne voulant point d'autre avantage en cela que le plaisir d'être les chefs d'un parti dont M. ïe prince ne fût point. Il lui dit qu'ils avoient été mal ensemble par mille petits intérêts de famille, et qU^e Jui en son particulier n'avoit pu souffrir , quaud la résolution fut prisie d'assiéger Paris, qu'il eût rél^ondu de lui au Roi et à elle , sans lui avoir dems^ndé sqn cpnsentement-, que ce mépris l'ayoit tpuphé, et
36o [l653] MÉ1IK)IRES
l'avoit entièrement détermine de quitter la eaur à Saint-Germain , pour lui montrer qu'il n'étoit pas un petit garçon , et qu'il pouvoit de lui-même faire du bien ou du mal. En cet endroit , la Reine se ressouvint des larmes que répandit feu madame la princesse leur mère qus^nd elle apprit qu'il étoit allé se rendre à Paris , et quelle douleur elle avoit eue de le voir lui et madame de Longueville dans cet engagement. Il lui répondit qu'il ne s'étonnoit pas de son sentiment, vu l'amitié et la tendresse qu'elle avoit pour eux, puisque c'étoit une chose bien dure à elle, qui n'aimoit point alors M. le prince, de le voir dans le parti où elle se rencontroit par devoir et par inclination , et ceux de ses enfans qu'elle aimoit le plus dans un tout contraire. Le prince de Gonti , au milieu de cet entretien, comme revenant d'un profond sommeil, commença à s'écrier qu'il croyoit être devenu fou de parler detoutes ces choses, qui pouvoient faire renaître contre . lui une ju^te haine. Mais la Reine se mettant à rire, lui dit qu'il pouvoit continuer sans nulle craiiite-, qu'elle l'assuroit qu'elle étoit entièremenf^ revenue pour lui : de sorte qu'il étoit impossible de réveiller dans son cœur aucun des sentimens qui avec raison y avoient été autrefois. Elle lui avoua de plus qu'elle n'étoit en cet état bien parfaitement que pour lui et pour M. de Turenne , et que pour les autres , ils n'a-^ voient de leur côté que le commandement de Dieu, $ans lequel elle auroit eu de la peine à les souffrir.
Le cardinal, depuis son retour à Paris, ayant été sollicité par le maréchal de La Meilleraye de lui confier le cardinal de Retz , parent et allié de la maréchale de La Meilleraye sa femme, le ministre se résolut 4^
DE MADAME DE MOTTEVILLE. [l653] 36 1
lui accorder cette grâce, et de s*assurer, sur la parole qu'il lui en donna , qu'il ne sortiroit point de ses mains que par les ordres du Roi. En cette occasion, le cardinal Mazarin fit connoître que la douceur qu'il avoit jusqu'alors exercée à l'égard de ses ennemis pouvoit avoir souvent sa source dans sa bonté naturelle , puisqu'il, étoît dans une si entière puissance qu'il étoit impossible de le soupçonner que ce sentiment pût être en lui par aucune foiblesse ni par aucune crainte. Il fut mal récompensé de sa facilité à bien faire ^ car le maréchal de La Meilleraye, ou mal servi, ou trojp négligent , ou trompé par sa femme , eut le déplaisir , quelque temps après , de voir ce prisonnier s'échapper de sa prison. Le cardinal , pour comble de douceur, et par une louable générosité de dœur , ne lui en voulut point de mal , et fut persuadé que le cardinal de Retz avoit rompu ses fers sans sa participation. Ce prélat, étant libre , s'en alla à Rome , où il fit toutes les intrigues qu'il lui fut possible contre le ministre , tant auprès du Pape que par ses écrits ; et un manifeste qu'il envoya depuis à Paris fut brûlé par la main du bourreau. Il y eut dans ces temps-là quelques mésintelligences entre la cour de Rome et la nôtre. Le Roi fit faire en plein conseil, p'ar son chancelier, des plaintes contre le chef de l'Eglise , dont il est le fils aîné. Le cardinal Mazarin, après avoir donné au Pape cette mortification , lui jen fît des excuses , disant que ce qui avoit été dit avoit été au-delà de ses ordres. Celui qui avoit trouvé des remèdes à de si grands maux n'étoit pas embarrassé par de si petites aventures. Les forces du cardinal de Retz ne furent pas ^ufiisantes pour le mettre à couvert de l'habileté du
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çardili2il Mazarin^ Fautoiité lëgitJLme, la juste défiance du Roi , et les emportemens criminels de l'exilé , furent d'un grand poids en cette affaire. Elle fut néanmoins asse? vigoureusement soutenu^ par les amis du cardinal de Retz 5 ils se servirent du scrupule <ju on voulpit souvent jeter dans les consciences touchant Je gouvernement de l'Eglise de Paris , et de sa <jualité d'archevêque , qui lui donnoit alors une juste puisr sance sur les esprits des peuples.
[1654] La guerre étrangère fut toujours soutenue 4^ la même manière qu'elle l'ayoU été. ]V|. le prince redonnoit ^es forces aux ennemis , mais le plus souveut le Roi avoit l'avantage sur eiix \ et ses armées se sont toujours trouvées non-seuleme|it suffisantes pour leur résister, mais encore pour les yj^incre. Les lignes d'Arras, glorieusement forcées par ses troupes, en furent de glorieuses preuves-, et ce graud projet, exécuté le-aS août avec beaucoup de feravoure , fut une des plus belles actions qui se soient; faites pendant la guerre. On y perdit le duc de Joyeuse , qui fut infiniment regretté de toute la cour. Chaque campagne enfia a produit de grandes ou de petites victoires. Ces roses ont été quelquefois accQmpagnéps d'épines ; mais ces épines n'étoieut pas si fîicheu^es que les fleurs en étoient agréables k cueillir.
Le parlement, qui n'étoit humilié que parce qu'il n'jivoit pu résister à la puiss^upe royale , fai^soit de temps ^n temps quelques e(forti5 ppur reprendre des forces, et mêiue il y eut des occasions pu la police et le service du lloi les obligèrent à youlpir s'sissembler; mais ces î^ssemblées ayant été trop fuue^tes à la France, et ce niot seul^ient étant çu horreur au ministre , le
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J^)i s'y pp|)QjS|2^ , ^t vint une foî» du bois 4e Vincennè» au pailementçn grosses boites Içur défendre de s'asseuiibl^r.
Ije ^s^rde des sceau:^ ^ qui sous le iippi d^ fqreâiier président avoit joué un si grand rôl^ pendant lés guerre^ , étoit mort , et Je chef de cette compagnie et oit alors le présidei^t de Bel^èvre, Ç'étoit un homoie habile, que les courtisans r^véroient non-seulement par. plusieurs bonnes qualités qui étoient en lui? mais eiicore p^arçe que ses auiis étoie|it des gçns à faire c^'pire qu'U pensoit à autrq chose qu'à prononcer des arrêts. Madame de Çhevreusç, tiaigues, et beaucoup d'?iutres qui n'étoient pas ^mis du rainistire, étoient ces plus çqqfidens : ^t \\ sei^bloit qu'çn lui se put rassçuibler le reste de la Froide ^ niis^is ne voulant pas se brouiller à ]a cour qi^l à p^Qpos , lés finesses du jftinistre et 3^ douceur souyent j^rtifiçieuse mehoient ce magistrat à peu près à ce <pi'il VQtJoit 5 et de mâme le premier président firoit J^ spu tpur une partie de ce qu'il lui demaudoit eu fiiv^uF du public.
. Après ces déf^u^es fsfites au parlement , cette comp^guie fit des remontr?iuççs au Roi sur ce sujet; et le ^nini^tre, qui étoit sstge , se crut obligé de faire de grands radoucissemens au premier président , et de conseiller Je Rpi d'époutpr leurs raisons avec la bonté d'up père qui sait pardouper et punir équitablement» \Jï\e ^utre fois, le parlement ayant* résisté aux yolôn-* ^és du Roi sur quelque règlement qui regardoit la monnaie , le cardinal Mazarin , qui ne vouloit point souffrir que cette cpmp^gnie reprît des forces sur ^u^çun qjiapitre, se réspjùt d'en exiler quelquep-uns. On leur envoya commander de se rétirer chacun au
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lieu qui leur, fut ordonné. La Reine n'étoit pas fâchée d'avoir un prétexté de mortifier un peu ceux du parlement qui lui avoient donné de si mauvaises heures et de si mauvaises années. En entrant ce même jour-là dans sa chambre, elle me fit l'honneur, en me voyant, de s'approcher de moi , et de me dire tout bas avec un visage riant : « Madame , il y en a dix d'exilés ou « de prisonniers. » Je lui répondis de même en riant: « Votre Majesté est donc bien aise ! —Je le suis en « vérité , nie dit-elle, mais pas tout-à-fait : car je vou- « lois qu'on les mît tous à la Bastille -, et, par la dou- <c ceur ordinaire de M. le cardinal , il n'y en a qu'un. » Ensuite elle ajouta que si le premier président faisoit le méchant, on le traiteroit de la même sorte. Le maréchal de Villeroy arriva là-dessus 5 et la Reinç, élevant sa voix , se mit à parler de ces mêmes choses tout haut , et des Ireux où ces conseillers avoient eu ordre d'aller. Un d'eux fit pitié à toute la compagnie, à cause qu'il alloit à Quimper-Corentin en basse Bretagne ; parce que les choses qui ne se connoissent point sont, pour l'ordinaire, jugées ou plus mauvaises ou meilleures qu'dles ne le sont. Au retour du Louvre, avant que de me retirer en mon appartement du Palais-Royal, j'allai «rendre mes devoirs à la reine d'Angleterre. Je lui contai l'histoire du jour. Elle me fit l'honneur de me dire, en se moquant de moi, que Quimper-Côrentin étoit le plus agréable séjour du monde. Elle y avoît passé en venant d'Angleterre en France, et m'en fit une si belle description, tant de sa situation que de la bonne compagnie qu'elle y avoit vue , qu'elle me fit quasi estimer heureuse la destinée de l'exilé 5 ce qui me fit conclure avec le poète italien :
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i3lCa valent* huomo C^) ognipaese epatria.
Le parlement fit de grandes instances au ministre en faveur de ses exilés. Les avocats prirent des robes courtes^ les procureurs, et toute cette nation étrangère du Palais , bien différente , ce me semble , du monde que les autres gens habitent , se révoltèrent et cessèrent de travailler . Les présidons prirent de là un prétexte fort spécieux de presser le ministre dç leur accorder le retour de leurs confrères : ce, qui se fit bientôt après , et toutes choses furent apaisées.
D'autres intrigues se fomentèrent encore par ceux qui étoient atta^^hés aux intérêts du prince de Condé pour perdre le cardinal Mazarin. Madame de Châtillon fut accusée d'avoir voulu attaquer sa vie par d'autres armes que par celles de ses yeux. 11 y eut des hommes roués pour avoir été convaincus de ce dessein : il parut qu elle y avoit eu quelque petite part 5 et l'heureuse destinée du cardinal le sauva de tous ces maux. L'intrigue a fait nommer cette dame en plusieurs occasions., mais comme sa gloire se trouveroit un peu flétrie par cette narration, je n'en parle point, non plus que de mille autres particularités dont je ne puis me bien souvenir, parce que la paresse, qui quelquefois l'emporte sur mon activité, a fait que je n'ai pas été assez exacte à les écrire. Il suffit de dire que cette dame étoit belle, galante et ambitieuse , autant que hardie à entreprendre et à tout hasarder pour satisfaire ses passions ^ artificieuse poiir. cacher les mauvaises aventures qui lui arrivoient ,
(i) Ch'a valent' huomo , etc. ; L'honnête liomme trouve en tout pays f»a patrie.
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autant qu'elle étoit habile à se parer de celles qui étoient à son avantage. Sans la douceur du ministre , elle auroit sans doute succombé dahs tjuélques-uiiès 5 mais par ces mêmes voies elle trouvoit toujours le moyen de se faire valoir auprès de Ittî , et d'en tirer des grâces qui souvent ont fait murmurer contre lui celles de notre sexe qui étwent plus modérées. Le don de la beauté et dé Fagréitiènt, qu'elle possédoit au souverain degré , la rendaient aifnâble aux yeux de tous : il étoit même difficile aux particuliers d^échapper aux charmes de ses flatteries ; car elle isâl^oît obliger dé bonne grâce, et joindre au nom de Môhliùorency une civilité extrême qui l'àuroit rendue digne d'une estime tout extraordiniaire , si oh avôit pu ne pas voir en toutes ses paroles, ses sentimehs et ses actions , un caractère de déguisement et des façons affectées , qui déplaisent toujours aux personnes qui aiment la sincérité.
Après avoir écrit ponctuellement lès choses qui sont arrivées depuis la majorité jusqu'à ce tétnps-ci, il faut à l'avenir donner une grande partie de toes applications à la personne dû Rôi, à ses sentiiùéns et à ses actions , qui ont été comtne lés premiers traits du portrait que de plus savans peihtres que moi auront ïa gloire d'achevet*. L'amour que l'a Reine sa nîère avoitpour lui occupoit tendrement soii cœut; Il etoit l'objet des désirs du catdinar Mazarin , et tous ses soins dès lors étoient de chercher les riloyetis de lui plaire. Il commençoit aussi d'attirer à Itii les écëurs et les yeux de ses sujets ; niais comme les hdAmes n'aiment et ne cherchent dans la perisonne des rois que ce qui peut convenir à leurs intérêts particuliers,
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è£ qtie tous étôîent persuadés que la faveur du miniàtrè dureroit autant que sa vie, qu'ils jugeoient devoir être encore longue , ils regàrdoient l'entière domination du Roi par des vues si éloignées, que sa véritable puissance n'en étoit pas alors ni plus célébrée ni plus suivie.
Depuis la paix et son glorieux retour à Paris , il étoit augmenté en toutes choses : sa belle iaille et Isa bonne mine se faisoient admirer, et il portoit dans les yeux et dans l'air de toute sa personne le caractère de la majesté, ^lii par sa couronne étoit essentiellement en lui. Aussitôt que la tranquillité publique eut rétabli les plaisirs dans la cour , ce prince , qui voyoit les ûièces du cardinal Mazârin plus souvent que les autres, s'attacha non à la plus belle , mais à mademoiselle de Mâncîîii, sœur de toâdame de Mercosur, qui n'a voit guère inôins d'années qu elle. Selon la description que j'en ai faite quaiid elle arriva ^'Italie , il sembloit que tous les efforts de la nature et de la jeunesse ne pourr oient pas i'émbellir. Elle avoit les yeux pleins de fteu -, et malgré les défauts de son visage , l'âge de dix-huit ànis fit en elle son effet : par l'embonpoint elle deviiit blanche , elle eut lé teint beau et lé visage moins Ibng; ses joues eurent des fossettes qui lui dotinoient un grand agrément, et sa bouche dçvint plus petite 5 elle eut de beaux bras et de belles mains, et la faveur avec le grand ajustement donnèrent du brillàiit à cette médiocre beauté. Enfin elle parut ailîlablë aux yeux du Roi , et assez jolie à tous les indîtferens. 11 la voyoit souvent , et cet amusement fit presque craindre que cette passion, quoique légère, Ile îé portât k vouloir lui faire plus d'honneur qu'elle
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n'en méritoit. La Reine , qui savoît la sagesse du Roi et celle de mademoiselle de Màncini , ne se fâchoit point de cet attachement , parce qu'elle le croyoit innocent 5 mais elle ne pouvoit souffrir, pas même en riant, qu'on parlât de cette amitié comme d'une chose qjki pourroit tirer au légitime. La grandeur de son ame avoit de l'horreur pour ce rabaissement^ et, daps le vrai , il a paru que le Roi n'eut jamais cette pensée. Mademoiselle de Mancini elle-miême, qui sentoit qu'elle n'étoit pas destinée à être reine , songeoit à ses affaires , et vouloit devenir princesse comme ses sœurs. Déjà on l'avoit offerte au grandmaître , fils du maréchal de La Meilleraye ; mais il l'avoit refusée. Ce refus ne lui fit pas de peur : elle vit que mademoiseUe de Martinozzi sa cousine germaine, qui avoit été pareillement négligée par le duc de Candale , avoit épousé le prince de Conti. Elle aspiroit à quelque bonheur semblable ou approchant; mais comme elle n'en étoit pas encore assurée, elle fut au désespoir de la grandeur de mademoiselle de Martinozzi sa cousine , et son dépit éclata publiquement par mille marques qu'elle en donna la veille et le jour de ce mariage. La beauté et la modestie de mad^noiselle de Martinozzi lui avoîent attiré en cette occasion l'honneiîr de la préférence ^ car on avoit donné le choix au prince de Conti , d'elle et de sa cousine mademoiselle de Mancini : si bien qu'efle avoit été forcée pour cette fois de se contenter des belles apparences de sa faveur, et des fabuleuses flatteries que ses amis lui faisoient sur la couronne fermée, le Roi demeura quelque temps dans cet état, qui, dans le vrai, paroissôit plus un sentiment qui le portoità
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se plaire avec cette fille, qu'une grande passion. L'inclination qu'il avoit pour elle lui donnoit néanmoins ^ en Tabsence de Mademoiselle et de madame de Lon-* gue ville, les honneurs et les avantages de la cour. Le Roi ]a menoit toujours danser : elle paroissoit la première dans toutes les préférences que les dignités et k faveur peuvent donner , et il sembloit que les h^s , les divertisseméns ^t les plaisirs n'étoient faits que pour elle* Madame de Mercœur en avoit sa part , à cause de sa qualité. Le Roi la menoit quelquefois danser la première *, mais elle étoit obligée d'être souvent à l'hôtel de Vendôme : et comme elle eut des enfans aussitôt après être mariée, elle n'étoit pas toujours en état d'en profiter.
L'année i655, il se fit plusieurs petits bals, et le Roi alloit souvent en masque. U y eut une grande fête chez le chancelier Seguier , et les plaisirs furent fréquens parpii toute la belle jeunesse. La Reine ayant un jour prié la reine d'Angleterre de venir voir danser le Roi un soir en particulier, elle s'y accorda ^ et la Reine ayant mis une cornette et un habit de nuit pour marquer quelle gardoit la chambre, reçut la reine d'Angleterre de cette manière, et ne voulut, pour composer ce petit bal, que de ses filles et quelques jeunes dames et duchesses , femmes des o0iciers de la couronne. Il n'étoit fait que pour admirer le Roi ^ et pour divertir la princesse d'Angleterre , qui commençoit à sortir de l'enfance et à faire voir qu'elle alloit devenir aimable. La Reine mit tous ses soins à faire que la compagnie , quoique petite , fût belle , et qu'elle fût digne des personnes royales qui la composoient. Le Roi, trop accoutumé à rendre tous les T. Sg. ^4
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honneurs aux nièces du cardinal, quand il voulut commencer le branle alla prendre madame de Mercœur. La Reine , surprise de cette faute , se leva brusquement de sa chaise, lui alla arracher madame de Mercœur , et lui dit tout bas d'aller prendre la princesse d'Angleterre. La reine d'Angleterre, qui s'aperçut de la colère de la Reine , courut après elle , et lui dit tout bas qu'elle la prioit de ne point contraindre le Roi : que sa fille avoit mal au pied, et qu elle ne pouvoit danser. La Reine lui dit que si la princesse ne dansoit , le Roi ne danseroit point du tout. Ainsi la reine d'Angleterre, pour ne point faire de désordre, laissa danser la princesse sa fille , et dans son ame fat mal satisfaite du Roi. Il fut encore grondé le soir en particulier par la Reine sa mère ^ mais il lui répondit qu'il n'aimoit point les petites filles. Cependant la princesse d'Angleterre avoit alors onze ans , et loi seize venant à dix-sept: de sorte qu'il ny avoit pas entre eux une grande disproportion 5 mais il est vrai que le Roi paroissoit en avoir vingt. La Reine , devant le monde, vivoit avec lui d'une manière tendre et respectueuse -, mais quand il faisoit quelque petite faute , elle en usoit en mère : et pour cette fois sa colère avoit été juste. Mais elle ne laissa pas de dire le soir devant plusieurs personnes qu'elle avoit été nu peu trop prompte pour un aussi bon fils que le Roi , et qu'elle en seroit honteuse si l'occasion eût été moindre : avouant qu'elle avoit été si étonnée de le voir manquer à la civilité qu'il devoit à la princesse d'Angleterre , qu'eUe n'avoit pu se retenir.
[i656] L'année d'après, le Roi continuant d'aimer mademoiselle de Mancini , quelquefois plus et d'au-
Dis MADAME JWE MOTTETHLE. [l656] 3;!
très fois moins, voulut, pour se divertia:, fakeune eelèbre course de bague qui eût quelque rapport à l'ancienne cheTalerie. Il sépara toute la bçUe cour en trois bandes de huit chevaliers chacune» Il étoit le chef de la première , le duc |de Guise de la seconde ^ et le due de Caudale de la troisième. La livrée de celle du\^oi étoit incarnat et blanc, la seconde bleu et blanc , et la troisième vert et blanc. Us avoient tous des habits en broderie d'or et d'argent , faits à la, romaine , avec de petits casques en tête couverts de quantité de plumes , et chacun une aigrette à la tête. Leurs chevaux étoient ornés de même; sorte, et tous étoient
chargés de quantité de rubans. Ils firent cette course entre le jardin du Palais-Royal et le logis où logeoit alors la reine d'Angleterre. Le Roi vint s'habiller dans le palais Brion , qui est un petit bâtiment que le duc de Dam ville, autrefois appelé Brion , avoit fait bâtir dans le jardin du Palais-Royal quand il y avoit logé , et qui avoit servi au Roi, quand il logeoit dans cette maison, à faire des repas et des «collations familières. Tous montèrent à cheval dans le jardin, d'où ils sortirent après pour se venir montrer aux dames qui oceupoient les balcons et les fenêtres du Palais-Royal. Chacune des troupes avoit son maréchal de camp : si bien qu^ils s'étoient assemblés en ordre sous chacune des allées du jardin, et leur sortie en cet équipage étoit fort agréable à voir. L*éclat de leurs couleurs , le brillant de leurs habits, leur bonne mine et la beauté de leurs chevaux fit ressouvenir avec plaisir d'avoir lu dans les romans, et particulièrement dans les Âmadis, quelque chose de pareil.
A la tête de la troupe du* Roi parurent quatorze
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pages vêtHS de toile d'argent, avec des rubans incarnat et argent. Ils portoient les lances et les devises des chevaliers. Après eux alloient six trompettes -, ensuite de ces trompettes alloit le premier écuyer du Roi , habiUë de même manière. Il étoit suivi de douze pages du Roi , bien montés , richement habillés , et chargés de plumes et de rubans , dont les deux derniers portoient , l'un la lance du Roi et l'autre Técu , où il y avoit un soleil avec ces mots :
Nepiu (0 , ne pari.
Le maréchal de camp alloit après , qui étoit habillé richement , mais selon l'usage ordinaire , et n'avoit point de masque. Le Roi paroissoit après lui, suivi des autres chevaliers , tous masqués et tous richement et galanunent ornés \ mais le Roi les surpassoit autant par sa bonne mi^e, sa grâce et son adresse, que par sa qualité de souverain et de maître.
La trotte bleue et blanche suivoit ceUe du Roi dans le même ordre, qui parut agréable aux yeux par la douceur de ses couleurs et la bonne mine du duc de Gtiise , dont le génie romanesque s'accomraodoit aux tournois. Il étoit suivi d'un cheval qui paroissoit de voir servir à quelque Âbencerfage ou quelque Zégri ; car il étoit mené par deux Maures, qui le faisoient suivre la troupe à pas lents et pompeux. Son ëcu avoit pour devise un bûcher sur lequel étoit un phénix, et un sdkil au-dessus qui lui redonnoit la vie , avec ces iiH>ts :
Çu'imp0rta (3) que maton , siresucitan?
(i) iVe piu , etc. : Ni un plus grand , ni un pareil. — (9} Qu^mporta, ete, : QuMmporte qu^il tue , s'il restuscite?
DE MADAME QE «lOTTEYtLLB. [l656] S^S
Le duc de Candale parut ensuite , qui ne fut pa» moins admiré ^ et le vert , For et Targent parurent avec éclat en sa troupe , et surtout sa belle taille et sa bette tête blonde reçurent les louanges qu'il méritoit. Son écu.avoit pour devise une massue et ces mots :
£Ue peut même me placer parmi les astr^.
Uété venu , le Roi et la Reine allèrent à Çompiègne, selon leur coutume , penser aux affaires de la guerre» je demeurai cette année quelque temps à Fresnes , avec madame Du Plessis, mon amie. Elle avoit un grand mérite , beaucoup d'esprit et de bonté pour ses ami^ , et on goûtoit avec elle le véritable plaisir de la société agréable et vertueuse. J'en partis le 26 août pour aller trouver la Reine. En arrivant à Gompiègne, il mepa-^ rUt que cette princesse vouloit paroUre fort consolée de ia perte de Valenciennes et de Condé , que les Espagnols avoient pris. Les ennemis avoient eu ces avaptages sur nous , et il sembloit que les partisans de M. le prince s'imaginoient déjà qu'on le rechercheroit^ et que , pour le tirer des pays étrangers , on lui offriroit de grandes choses ; mais la Reine n'étoit pas aisiée à étonner , et le cardinal Mazarin étoit trop habile pour laisser long-temps à ce prince quelque sujet d'espérer ce qu'il n auroit pas été raisonnable de faire, La Reine me fit l'honneur de me dire en riant, sur le chapitre de Valenciennes , qu'il y avoit de la présompr tion à croire qu'il n'y eût des victoires que pour UQUS ^ que les prières des Espagnols dévoient quelquefois obtenir des grâces du ciel , telles qu'il lui plaisoit de les distribuer tantôt aux uns et tantôt aux autres j et
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qu'il ne falléit pas s'étonner de ces événeiiiens. Ils furent cause néanmoins quelle parlement , qui ne manquoit guère de se prévaloir àe toutes les occasions, donna un arrêt qui attaquoit le conseil. Il ordonnoit que les maîtres des requêtes seroient à l'avenir obligés de leur rendre compte des arrêls du conseil , et qu'ils seroient mandés par eux. pour leur en aller rendre raison. Les maîtres des requêtes députèrent aussitôt Quelques-uns de leur compagnie pour en aller faire des plaintes au Roi. Le 29 d'août, Gaumin lui fît sur ce sujet une harangue qui fut trouvée belle, parce^ qu'elle fut hardie. Il attaqua le parlement avec vigueur et grande liberté : il cita un de nos voisins, ministre d'Espagne , qui avoit dit autrefois que jamais la France ne seroit dans une entière puissance que les princes ne fussent sans pouvoir, les huguenots sans places , et les parlemens sans droit de faire des remontrances. 11 exagéra ses entreprises, et dit qu'il aiiéantissoit tant qu'il pouvoit l'autorité du Roi. La Reine écouta ce discours aveô plaisir , par la liiàuvaisrf impression que les révoltes du parlement avoieiit laissée dans son esprit. On fit de grands raisonnemens dans le cabinet sur ces matières , et plusieurs personnes dîsbient aussi qu'il étoit vrai qu'alors il y àvoitdes désordres au conseil. Je ne sais s'ils avoient fort ou raison ^ mais tous concl noient que le ministre auroît bien fait s'il se fût appliqué au remède dç ces maladies intestines qui perdoient l'Etat, et qui pouvpient continuellement donner un juste prétexte aux brouillons de crier contre lui.
Nous vîmes alors arriver à Compiègne la reine de Suéde , dont on avoit ouï conter des choses extraor-
DE MADAME D«.k MOTTE VILLE. [l656] ij5
dinaires. Cette printcesse, qui ayoit quitté son royaume, sembloit ravoir fait par un généreux dédain de la couronne , et pour ne pas forcer son inclination en faveur de son plus proche parent , que ses sujets avoient sou^ haité qu'elle épousât. Elle avoit embrassé notre religion , et avoit renoncé à l'hérésie entre les mains du Pape. Quelques-uns çstimoient infiniment cette action, et croyoient que cette princesse , en quittant la couronne de Suède, méritoit celle du monde entier. D^autres l'avoient accusée d'avoir quitté son royaume par force ou par légèreté , et d'avoir aimé tendrement en Suède et en Flandre un Espagnol nommé Pimentel, qui avoit été dans sa cour de la part du Roi son maître. On Tavoit beaucoup louée et infiniment blân^ée. Elle passoit pour une personne illustre : les plumes des plus fameux auteura, tant sur la louange que sur la satire , n'étoient employées qu'à parler de ses vertus héroïques ou bien de ses défauts. En quittant la Suède, jelle avoît été en Flandre, puis à Rome«. Ensuite, de ses voyages, elle voulut voir la France aussi bien que l'Italie \ et cette grande réputation qu'elle avoit acquise fit que la Reine fut assez aise de la voir. Le roi de Suède , à qui cette reine du Nord avoit laisse son royaume , étoit un prince belliqueux : il se faisoit craindre et considérer. Il avoit demandé au cardinal que cette princesse fût bien traitée en France : et le ministre, par ses. propres sentimens, l'estimoit. Elle y fut reçue de la même manière que le fut autrefois Charles-Quint , quand il passa par la France pour aller en Flandre. Le Roi lui envoya le duc de Guise poiir la recevoir à. son entrée sur ses Etats, et pour la. complimenter de sa part.. La Reine lui envoya Comminges,.