TROISIEME PARTIE
Il s'agît maintenant de voir s'il vaut mieux abandonner les déterminations géologiques pour s'appuyer uniquement sur la zoologie fossile, ou si l'on doit poursuivre la route suivie jusqu'ici , c'est-à-dire étudier les détails paléontholagiques après le classement géognostique , ou bien si la première méthode ne paraît faite que pour certains terrains ou certainies localités. Pour la résolution de ces questions, il feut comparer isolément les deux méthodes , ainsi que les résultats obtenus jusqu'ici par l'une ou par l'autre, et voir celle des deux qui est la plus facile à appliquer et conduit plus vite au but, ou celle qui a produit le plus d'erremens. On va peut-être me faire l'objection que relever les er-
reurs même de ses contemporains^ c'est médire, ou aumoii
1^ !flt
Btl
dénigrer le mérite intrinsèque des personnes. Loin de moi de pareilles idées; mais je pense seulement que toute idée tout classement publié, est, pour cela même, soumis an jugement du public , et qu'il n y a rien de plus fâcheux pour l'avancement de la science que des erreurs qui se propagent faute d'être relevées , qui , même reconnues par leurs auteurs, sont cachées au public par des motifs d'égard ou de respeâ envers ces derniers. Notre but unique doit être l'avancement de la science , et non de complaire à tel ou tel ami qui croirait sa réputation attachée à telle ou telle opiniou, d'autant plus qu'il formerait un faux jugement. Comme je suis le premier à reconnaître mes erreurs , et que je livre mes idées à toute critique bien faite et mesurée , et que je la provoque même, puisqu'il vaut bien mieux pouvoir répondre en personne que L d'attendre l'attaque dans le tombeau, de même je crois pou- L voir m'arroger le même droit sur les opinions des autres ^ quand les preuves semblent pour moi. Si, après cela, ma manière de voir blesse des susceptibilités , je déplore les faiblesses humaines ; s'il y a des gens qui n'aiment pas la controverse , j'en suis fâché pour eux, car j'y crois voir le triomphe des saines doctrines. Je me flatte que personne ne me fera le déshonneur de me supposer de mauvaises intentions; n'éprouvant que le dernier dégoût pour l'intrigue , je me contente d'aller droit au but.
Je suppose un instant un jeune liomme bien versé dans la connaissance de toutes les branches de la zoologie et de la botanique fossile, et je le conduis d'abord au milieu d'un terrain d'alluvions. Si je lui demandais alors de m'en classer les divers dépôts , il est évident pour tout géologue voyageur qu'il ne pourrait me répondre , parce que -ces divers animaux et même ces coquillages , dont la forme lui est bien connue , ne s'y présentent pas comme dans le cabinet qui recèle toutes les raretés pareilles. Ainsi , lorsque, dans un cours ou un traité , on parle aux élèves des débris fossiles , surtout de mammifères , on ne veut ni doit leur offrir ces données comme des caractères propres à faire reconnaître partout les terrains en question; ce serait une absurdité: mais comme
DB LA PALÉONTHOLOGIE. 1 1 3
histoire des créations des époques quon leur décrit. ^Pour *école allemande et pour nous , tous les caractères distincdfs des formations doivent être faciles à saisir, et se retrouver partout ; or^ il n^j a rien de plus accidentel dans les touches terrestres que des mammifères , des amphibies, des poissons , et même souvent des mollasques. Non , la géologie , science éminemment d'application, ne repose pas heureusement sur des. bases si difficiles à étudier, et la connaissance des ossemens ne constitue pas un géologue.
Si je suppose ensuite notre zoologue au milieu des dépôts
secondaires ou intermédiaires , plus le terrain sera ancien ,
moins il y aura de chances de trouver des fossiles , et plus
flon embarras augmentera , jusqu'à ce qu*enfin il avoue que,
^ns les observations de superposition et de continuité , il
n'est pas raisonnablement possible de faire de la géologie ;
Tautre méthode seule exigerait du moins un temps immense
pour arrivera un résultat qu on aurait pu obtenir en quelques
heures ou en quelques jours.
Je comparerai un moment les divisions géologiques de la croûte terrestre aux compartimens d*une bibliothèque, dans laquelle les volumes seraient classés par ordre de matières , «t une couleur particulière de la couverture serait propre à chaque division. Les volumes représenteraient les divers dépôts du globe; l'arrangement par ordre de matières, la classification purement géognostique des terrains; et la couleur des couvertures, les caractères paléonthologiques de ces derniers. Maintenant, il est clair que tout volume tiré de cette bibliothèque y serait facilement replacé dans sa case , vu la teinte diverse de la reliure ; mais on serait fort embarrassé si on voulait mettre ce même volume dans une autre bibliothèque, distribuée de la même manière, mais mal éclairée , vu la difficulté de distinguer les couleurs des couvertures ; il ne resterait plus dans ce cas que le moyen de revoir le titre et le contenu du livre. De même en géologie , je le répète, la paléonthologie bien étudiée dans un pays ou dans un bassin, d'après les dotmées géologiques, pourra guider ensuite , et même dispenser des recherches géologiques ; mais pour peu qu'on pousse ce genre de conclusions trop
]l4 ESSAI SUR LES AVANTAGES
oin ouqixonvôuilUappliquerleêrègles obtenuespaar une loealitéà un autre pays éloigné ou d'un bassin à l'autre^ mais surtout d'une zone à une autre, l'on peut tomber dans Us erreurs les plus graves , puisque nos connaissances sur la distribution des fossiles sont encore dans C enfance , relative ment à toute C étendue de la surface terrestre, et menu seulement de l'Europe.
Je ne doute pas qu'on arrive un jour à assigner à chaque dépôt de chaque bassin ou de cliaque grand continent des caractères paléonthologiques particuliers ; mais ce moment est encore loin de nous ; et lors même que nous y serions déjà arrivés , dans le plus grand nombre de cas les déterminations géognostiques seront encore préférées^ comme plus expéditives , comme plus à la portée de tout le momie, et surtout comme seules applicables à la plus grande masse des terrains.
Si les conchiliologistes trouvent les géologues peu enclins à leur céder le pas dans la première détermination de Tàge des dépôts, quelques zoologistes ne cessent de les harceler de leurs objections contre le nombre reconnu des espèces fossiles , sur V établissement de tant de nouveaux genres^ et sur Vim^possîbilité d'étudier des tests sans les animaux. Il est bon de dire que les géologues n'ont rien à démêler dans cette controverse , et que la science géognostique proprement dite ne ferait pas un pas de plus , de quelque côté qu^ se déclare la victoire. L'histoire seule des créations successives se trouverait plus ou moins exacte. Les géologues ne demandent aux conchiliologistes que des noms pour les objets , et un genre dût-il être partagé en vingt , ou une espèce en cent, contre toutes les régies zoologiques, si les caractères essentiels ou artiGciels de ces subdivisions établies sont des choses constantes dans chaque dépôt, le but du géologue est rempli, et il trouve ainsi une règle de plus à appliquer dans ses déterminations géologiques. Ce n'est donc que les divisions à caractères très variables qui sont tout-à fait nuisibles à la géologie, tandis que la zoologie proprement dite peut se montrer bien plus exigeante.
En examinant les résultats purement géognostiques, on
DE^LA PALÉONTHOtOGIE. I I &
trouve que les changemens survenus daiis les classifications de ce genre ont surtout eu lieu pour des dépôts non coquilliers, ou pouif les roches ignées, et surtout dans les comparaisons que les géologues ont voulu établir entre les dépôts de divers pays que, le plus souvent, ils n'avaient pas visités , ou qu'ils n'avaient pas examinés assez long-temps. Dans ces derniers cas sont le classement des calcaires secondaires des Alpes et des Pyrénées , les premiers parallèles établis par les Anglais entre leurs dépôts et ceux du continent , la confusion faite de la grauwacke avec le grès carpathique et apennin, et par suite du calcaire apennin avec le calcaire intermédiaire.
Les plus grandes erreurs que la géognosic ait produites , c*e8t le classement confus de tous les dépôts secondaires récens, le lias confondu avec le zechstein , le grès bigarré avec le keuper, le grès vert avec du lias , etc. Or , j'ai déjà démontré que ce chaos, produit par le peu d'intérêt que l'école de Wemer attachait au sol secondaire récent^ a été postérieurement débrouillé par l'observation simple des superpositions géologiques , et de la continuité géométrique des couches»
D'un autre côté, la géognosie proprement dite, ou le classement de la succession des dépôts , n'a été considérablement améliorée depuis ce siècle que par rapport aux roches non stratifiées ou ignées. Or, dans ce cas, la paléonthologie ne pouvait être d'aucime utilité immédiate ; pour cette partie; de la gëcdogie, les théories géogéniques avaient besoin d'un# réforme analogue à celle de l'ancien système chimique.
Voyons à présent les nombreuses erreurs produites par la paUcnikûlûgie et son uiiliU.
En cmnmençant par la classe des mammifères^ je vois des hommes très instruits , des géologues éminens , arriver par les ossemens fossiles à des idées absurdes sur les alluvions anciennes; telles sont celles d'un diluTÎum mosaïque universeL Je ferai de cette démonstration l'objet (Vun mémoire séparé.
Je vois un savant aussi distingué que M. Constant Prévost se refuser presque de reeonnaitre , contre C opinion una^
Il6 ESSAI ^ SUR LES AVANTAGES
ntme de tous les géologues anglais, que le schiste calcaire de Stonesfield puisse être jurassique (i). Hésitant même à admettre la possibilité que ce soit une dépendance du grès vert, ce dépôt serait donc à reporter dans le sol tertiaire. M. Cuvier n a pu jusqu'ici se procurer des ossemens de mammifères que des terrains postérieurs à la craie. Malheureusement dans les contrées jusqu'ici explorées la nature n a pas conservé , pour le plaisir des zoologues , les ossemens des quadrupèdes qui ont vécu pendant l'époque secondaire; cependant, sans être sûrs de ce fait important , ils déclarent purement et simplement que ces animaux n'ont pas pu vivre dans cette période. Ce caractère leur paraît si précieux dans leur système que nous voyons encore dernièrement M. Woodward(5ynop<Mîa/ table of british organic remains) oublier que quelques os de deux espèces de Didelphes ont trouvé pourtant moyen de se conserver à Stonesfield. Or si nous trouvons des ossemens de mammifères dans un dépôt pélagique ou semipélagique, n est-il pas plus naturel de supposer que les continens devaient déjà receler beaucoup de quadrupèdes , que de se représenter le sol découvert foulé par une seule espèce ou un seul genre de petits mammifères ? Ne serait-il pas du dernier ridicule de vouloir que la nature nous ait conservé toutes ses créations complètes dans le sein de la terre comme dans un herbier ?
Parce qu'on n a pas découvert des débris de quadrupèdes dans les dépôts qui ont précédé la formation du sol tertiaire, de la craie ou du calcaire jurassique^ est-ce une raison pour regarder l'existence de ces animaux comme impossible à ces époques ?
Le charriage des quadrupèdes dans la mer actuelle est encore une chose très rare , à plus forte raison il a dû l'être bien davantage dans les temps reculés, où la terre était peut-être moins peuplée , et où les dépôts arénacés étaient plus abondans et plus propres qu'à présent à détruire tout-à-£iit les resles des animaux enlevés aux continens.
(i) Voyez Annal, des Sciences natur. vol. IV, et la re'ponse que les Anglais lui ont faite dans le Quarterly Review^ sept. 1826, page 55o.
DE LA PALEONTHOLOGIE. ll^
Les débris de niammiières sont plus abondans dans le sol tertiaire , parce qu'à cette époque il y avait plus de continens , de plus grandes îles, davantage d'espèces animales et d'individus, et parce que l'enfouissement des os des animaux dans les dépôts était facilité par des circonstances locales , qui n'existaient pas auparavant.
Si mes adversaires trouvent absurde de vouloir déduire des conséquences de ce qu'il leur plaît d'appeler une pure exception à la règle, je leur réponds que, dans ce cas, l'exception démontre «la fausseté de la prétendue règle , puisque cette dernière est uniquement appuyée , non sur des faits positifs ^ niais sur des faits négatifs.
D'une autre part, M. Prévost a saisi avec beaucoup de justesse les rapports que la composition du schiste de Stonesfield a avec celle des roches de Tilgate ; mais ces dernières sont reconnues par tout le monde pour un dépôt d^ embouchure de rivières; les roches de Stonesfield ont été formées très probablement sous des circonstances semblables : voilà toute lanomalie expliquée. En effet, n'est-il pas évident que de pareils aggrégats fluviatiles et marins ne doivent produire que des dépôts locaux, et que, dans les formations, ils n'ont jamais pu constituer autre chose que des amas plus ou moins considérables, tandis que les roches formées sur les plages marines ont dû conserver sur d'immenses étendues ime grande similitude de composition.
Des considérations purement théoriques sur la distribution géologique des insectes, des amphibies et des crustacées ont engagé M. Buckland à proposer de classer le schiste calcaire de Solenhofen dans le terrain tertiaire, tandis que divers géologues du continent savaient parfaitement et avaient même publié que ce dépôt était secondaire, et s'était produit dans une baie près d'un continent.
Passant à la classe des mollusques , je suis fâché de poU' voir étayer ma proposition par les erremens dans lesquels est tombé, même celui qui appuie le plus souvent sur la valeur géologique des fossiles , et qui est pour ainsi dire , si ce n'est l'inventeur, du moins le rénovateur et le puissant promoteur de cette nouvelle manière de faire de la géologie.
]l8 BS8AI SUR LES AVAlfTAGES
Je remarquerai encore que les fautes que je vais signaler, et qui sont déjà reconnues plus ou moins publiquement, oui été commises dans le classement des dépôts tertiaires, et même de ceux les mieux observés. Or, ces derniers sembleraienty de tous, se plier le plus aux déterminations purement zoologiques, d*après le nombre et la conservation de leurs fossiles.
Avant d*aller plus loin , je crois bon de dire que les conclusions auxquelles ont cru pouvoir arriver les auteurs de la géologie parisienne , ont eu de tous temps des contradicteurs ou des incrédules. Il est fâcheux pour les progrès de b science, que ces doutes n'aient pas été soumis aussitôt au public, pour contrebalancer des assertions présentées avec autant de talent que de soi-disant preuves.
D'abord, l'auteur de la description minéralogique du bassin de Paris reconnaît maintenant s'être trompé sur le classement de la plus grande partie de ce qu'il a appelé Yargile plastique. Ces caractères zoologiques, attribués à ce dépôt, étaient faux ; ils ne contient point de fossiles ; les argiles à lignites et à coquilles d'eau douce sont plus récentes que l'argile plastique, et sont subordonnées au calcaire tertiaire. £lles constitueraient, d'après ce savant, un terrain mamocharbonneux particulier ; classification dont je chercherai à montrer la faiblesse.
On voit de suite quelle influence cette erreur a eue sur le classement d'immenses dépôts en Europe , car l'aveu de l'erreur faite à Paris détruit d'un trait tous ces rapprochemens faits entre l'argile plastique et les argiles à lignites de pays très divers ; tout cet échafaudage de comparaison reposait sur la présence de quelques fossiles d'eau douce , au milieu d'une masse charbonneuse tertiaire ; dépôt qui , d'après les nouvelles observations, a au moins trois à cinq grands horizons géologiques.
Si M. Brongniart avait procédé seulement géognostiquement au classement des assises du bassin de Paris , il aurait peut être évité ces fautes , car il n'aurait jamais fait de l'argile plastique une formation. En effet, en prenant même la définition que M. Brongniart donne du mot fortnatiant
DE -LA. PALB0NTH0L06IE«. ] 1 9
je ne pense pas qu*ii serait Tenu dans la tête d*aucun géologue, proprement dit, d'appliquer ce terme à ce qui n*est qu'une assise , une couche ou un lit sous le calcaire tertiaire, et à ce qui s'y lie par alternance , de l'aveu même de l'auteur de la description des environs de Paris. Géologiquement, on n'y aurait vu qu'un grand dépôt calcaire avec des lits argileux, dont le plus inférieur a une qualité plastique^ propre à des usages divers^ et dont les autres sont plus ou moins mé* langés de parties calcaires. Dans cette manière de procéder, il o'y avait plus guère moyen de se tromper, car si Ton ne pouvait voir la position exacte des argiles à lignites et à co-*^ quilles d'eau douce d'Epernay, de Soissons, etc., on se serait contenté de les subordonner au calcaire tertiaire, et l'on n'aurait pas fait violence à la nature pour satisfaire à un système , et les faire passer sous tout le calcaii*e grossier.
La séparation du gyps^ de Montmartre d^avec le calcaire tertiaire , a été aussi établi d'après des caractères paléontliologiques ; or, depuis l'époque des observations de M. Prévost et de celles où j'ai subordonné le gypse au calcaire , hérésie contre laquelle M. Brongniart a bien voulu protester ( Tableau des terrains, p. 200); depuis cette époque, dis-je,.les découvertes des ossemens des animaux du gypse, dans le calcaire grossier, sont venus confirmer mes idées et non celles de M. Brongniart. Géologiquement parlant, l'on ne pouvait pas arriver à une autre conclusion , d'après les alternances observées entre le gypse et les couches calcaires ou marneuses. Je âais bien que , zoologiquement , l'on s'appuie sur les marnes à Bulimes de Saint-Ouen , sur le Cyclostome de la même localité et les Lymnées de certains points du gypse ; mais à ces objections , je réponds que , d'après ce principe, il faudrait classer dans les terrains d'eau douce tous les dépôts que M. Brongniart reconnaît' lui - même être des alluvions formées dans dès embouchures de rivières ou par le concours des eaux douces et des eaux marines.
Nous avons de plus un cas tout-à-fait analogue à Saint- Ouen, dans le calcaire tertiaire deJMayence et de^rancfortsur-le-Mein, pétri de Bulimes, et même peut-être démoules d'eau douce. Néanmoins les géologues les plus :ve^ftés.. dans
130 ESSAI SUR LBS ATAlfTAGES
la connaissance de cette localité n'hésitent pas à y recoff* naître un dépôt marin, ou d'une eau saumàtFe, à cause d une foule d'autres coquilles associées avec celles que j'ai mentionnées.
n y a encore dans le bassin de Paris un dépôt particulier, le calcaire siliceux , sur lequel je pense que M. Bron» I gniart n'a présenté des classemens divers que parce qu'il n'a pas examiné le fait géologiquement , mais purement zoologiquement.
Pour abréger , je suis obligé de renvoyer la discussion ultérieure sur les classemens proposés par M. Brongniart sur les dépôts parisiens au Mémoire qui fait suite à celui-ci.
Sortant du bassin de Paris, je ne puis pas éviter de parler de la singulière clarification de quelques couches tertiaires du bassin de Bordeaux, M. Jouannet découvre à Terre-Nègre , dans Bordeaux même, au milieu d'une marnière qui n'avait que quelques pieds de profondeur , un lit de marne couvert d'un mince lit de sable et d'argile marneuse ou noire , et plein de fossiles , soit déjà connus dans les faluns du voisinage , soit nouveaux. Ces derniers offraient des Nummulites , des Térébratules , des Delphinules , des Cranies. M. Brongniart se fiant à ses déductions sur la distribution géologique des fossiles, déclare publiquement qu't7 soupçonne dans cette localité, ou plutôt dans cette carrière, trois formations j savoir : la craie ^ C argile plastique, et le calcaire grossier, (Annal, des Se, nat.j 1826, vol. IX, p. 190). Je sais bien que, plus tard, il s'est trouvé que cette Cranie n'était pas celte de la craie , mais le fait n'en reste pas moins que quelques minces couches de faluns ont été transformées en deux , ou , si l'on veut , en trois terrains , par suite de déductions zoologiques.
En voulant débrouiller zoologiquement la géologie des Alpes, M. Brongniart a été conduit à une erreur non moins évidente. En 1827, M. Studer lui soumet une suite de fossiles du Stockhorn et de la vallée du Simmenthal, et il lui envoie un mémoire explicatif où cet habile géologue lui détaille bieusla position respective des diverses masses de ces montagnes.r M. Brongniart conclut des fossiles que le flyscli
DE LA PALBONTHOLOGIE. 121
DU le groupe arénacé supérieur est un dépôt à placer entre la craieet les oolites supérieures; mais les couches charbonneuses qui sont sous ce terrain lui paraissent, d'après les coquilles littorales, un sédiment supérieur. {Ann. des Se, nat. ^ juillet a8«7, pag. 276, 276, 280.) Poursuivant ses idées théoriques ^ après lesquelles Us caraetères zoologiques sont de première waUur pour les déterminations géologiques j M. Brongniart ose y avoir plus de confiance qu aux observations de superposition ; et sa persuasion est si grande qu'il fait dire à Ifl. Studer, que rien ne recouvre son dépôt charbonneux (page 276), tandis que ce dernier s^ efforce de prouver qu^ il est intercallé entre le flisch et le calcaire du Stockhom.
La coupe, jointe au manuscrit, et non publiée, aurait au moins dû dessiller les yeux j car, pour quiconqye connaît les localités , le fait est trop clair pour être sujet à discussion. Dernièrement AL Yoltz a conclu des fossiles charbonneux de Boltigen que c'était peut-être un dépôt sur C horizon géolopque de l'argile de Kim^m^eridge. Voilà donc deux classemens bien difFérens appuyés sur les mêmes pièces.
L'étude des ossemens fossiles devait conduire naturellement, comme dit M. Cuvier, à moins d'erreurs, parce que les quadrupèdes et les amphibies caractérisent d^une m>anière plus nette que les coquillages les révolutions qui les ont affectés; parce que l'action de ces révolutions a dû être plus complète sur ces êtres , et que leur nombre mieux connu et plus restreint fait que cette action est plus facile à saisir, {Théorie de la terre, édit. in-4% pag. 3i.)"
D'abord quelques zoologues ont élevé des doutes sur certaines déterminations de M. Cuvier , quoiqu'il ait à sa disposition la collection la plus considérable d'ossemens fossiles. Je me contente d'énoncer le fait , c'est aux personnes qui s'occupent de zoologie à l'appuyer ou le contester; ce qui , du reste , pour la plupart d'entre eux , n'est pas chose facile, puisque les pièces du procès ne se trouvent souvent qu'à Paris. Je crois avoir d'autant plus de droit à parler ainsi que M. Cuvier reconnaît lui-même « qu'il y a quelques es-
• pèces douteuses qui altéreront, plus ou moins, la certitude
• des résultats aussi long-temps qu'on ne sera arrivé à des
» distinctions nettes à leur égard; ainsi les chevaux^ les » fles qu'on trouve avec les éléphans , n'ont point encore » caractères spécifiques particuliers, et Us géologues pow »en tirer, dit-il , pencfan^ bien des années, un argw » d'autant plus commode que c'est dans mon livre qu'Us U\ éprendront, » ( Edit. in-4'*, pag. 58. )
De plus, il semblerait bien que certaines dépouilles fos«^ siles ont été attribuées trop exclusivement par M. Cuvier à; répoque des alluvions anciennes , tandis qu'elles ne se trou* irent que dans les alluvions modernes, ou qu'elles apparu tiennent aux deux époques. Dans ce cas sont celles de l'Elan d'Irlande, quelques espèces au moins de Mastodonte, le Mammouth ; nous pensons que les observations subséquentes feront découvrir encore d'autres erreurs de ce genre.
Si les chefs de cette secte de géologues paléonthologiques, c( qui croient cependant connaître toutes les difficultés et • toutes les causes de déception» (^Ann, des Mines, iSsi, pag. 545), ont pu tomber dans de pareilles erreurs par suite (le leurs systèmes basés encore sur tropjpeu des données, à plus forte raison leurs disciples, moins savans en géologie et en zoologie p ont dû s'engager dans de fausses voies. Sans parler de cette idée des commençans de- vouloir trouver dans chaque carrière plusieurs formations , je ne puis mieux démontrer les résultats de l'école géologico-zoologique qu'en rappelant le m>émoire de M. Bertrand GesUn sur le bassin d'Aix en Provence. Certes, avant lui, personne n'avait songé à y voir trois ou quatre^ terrains, puisqu'il prouve lui -même que ce n'est , du haut en^bas , géologiquement et zoologiquement , qu'une seule masse. Maintenant plus instruit , il reconnaît son erreur, et en accuse simplement son éducation géologique.
Pour achever de démontrer que la géologie proprement dite est plus à la portée'de^tous que la zoologie géologique, je dois aussi parler des détertninations géologiques qui ont été basées en tout ou en partie sur des observations zooUh giquesplus ou moins mal /at7e5. Je commencerai- par jeter une bonne dose de ridicule sur certains mémoires que j'ai composés dans des niomens de velléité pour la géologie zoolo-
DE LA PALEONTHOLOGIE. 122^
Linsi jai proposé, en i8a4^ de retrouver dans les : Muschelkalk , parce que certains calcaires alpins su- ; offraient des Avicules très voisines de VÂvicula y et des Goniatites voisines de V Ammonites nodosus» mées avec des aperçus minéralogiques, et des posiîognostiques vraies, m*ont amené à un classement )le. 11 est vrai que je pourrais avancer comme excuse taquais les Alpes ^ cette espèce de géologie particu- ) VËurope; qu'avant moi diverses personnes avaient leurs noms illustres à de pareilles erreurs, et je s me consoler en voyant* tout dernièrement, à ma surprise , M. Murchison , très porté pour le système bologîque , revenir à quelques unes des classifications (eudant ou aux miennes sur Tâge des marnes salifères ; n*admets nullement ces excuses, je me suis grossière" ompé. Personne n'étant ici-bas infaillible, il s agit seud'avouer hautement sa faute, ainsi que la justesse des s publiques dé notre ami M. Keferstein. Un pareil il peut jeter du ridicule sur celui qui le fait, montre le foi, tandis qu'on peut interpréter autrement le
it cependant être juste , et j'ajoute ceci surtout , non oi , mais pour ne pas déprécier outre mesure la géo- »ologique. Dans mon mémoire sur les Alpes , les fos- L grès vert m'ayant permis d'être aisément plus exact s déterminations zoologiques, j'ai déduit presque uniit de ces caractères qu'il y avait dans les Alpes de îhe des dépôts de cette espèce, fait ignoré jusqu'alors, 'd M. Keferstein s'est aussi habilement servi des mêmes pour prouver que le terrain de Gosau était crayeux :ertiaire. Ainsi apparaît la grande utilité de la zoologie >our le classement des lambeaux épars de dépôts, dont 'ifications ont été étudiées avec soin dans des contrées s.
826, ayant de nouveau étudié les calcaires des Alpes, rquant les Orthocères, et y trouvant aussi tous les res géologiques et minéralogiques qui y avaient déjà mciennemeiit croire au sol intermédiaire, je me suist
hasardé à renverser mon premier classement pour en un autre dans lequel on trouve, je Fespère, au moins loi géologique véritable de la plupart des grands dépôts alpi Les détails sont venus plus tard. Mes conclusions furent le calcaire des Alpes était ou du calcaire jurassique ou calcaire intermédiaire, et que si Ton pouvait se fier axiomes de la zoologie géologique , la dernière opinion ai vrait être la véritable, puisqu'il y avait des Orthocères, même des espèces identifiées par M. de Schlotheim ai d autres de la Scandinavie intermédiaire. De plus, le m^ savant y citait aussi deux ou trois nutres fossiles de transitioi Voilà pour mes bévues qui prouvent deux choses , que paUonthologie géologique peut être très utile dans C étude Alpes , témoin la valeur attachée aux Bélemnites , tam qu on ne peut malheureusement pas s y fier entièrement, puti que fies dépôts probablement jurassiques et même crayeux,^ suivant d'autres, y contiennent des Orthocères et des d tites, et que les plantes du terrain houilUry acconipai certains dépôts de lias.
Je pourrais encore citer beaucoup d'erreurs grossières' produites par l'application mal faite des préceptes de la zoo*' logie géologique. Je me contente de rappeler que M. Steininger a classé des calcaires jurassiques dans le sol tertiaire à^ cause des Nummulites, que les fossiles d'OEningen mal ob-^ serves en ont fait un dépôt alluvial; que les Bulimes de^ Màyence ont fait transformer le calcaire marin de ce pays en^ un dépôt d'eau douce; que le Keuper a été mentionné è^ cause de ses végétaux et de ses amphibies comme un dépôt ^ d'eau douce ; tandis qu'il paraîtrait , çà et là , comme en < Wurtemberg, un véritable dépôt de Delta ou fluviatile; que^ MM. Marcel de Serres et Tournai ont varié dans le clas-< sèment des dépôts tertiaires du Languedoc ; que M. Boubée ^ est en désaccord avec les géologues sur l'âge du sol de < Toulouse ; que la méthode géologico-zoologique a fait commettre à M. Catullo une foule d'erreurs; qu'on a classé, par des raisons analogues, mal à propos dans le lias, le" dépôt de Gosau, et même tout le grès des Garpathes, etc. L'on voudrait probablement rejeter toutes ces erreurs sur k
• DS LA PALÉONTHOLOGIE. IsS
ipte du peu de savoir en zoologie de ces divers savans ; 5 heureusement je crois avoir démontré par le cas de re-Nègre , et surtout par le bassin de Paris , que même a[éologues les plus habiles en zoologie sont aptes à s enir dans de fausses routes en suivant purement la méthode ogico-zoologiqu e.
nfin M. Deshàjes lui-même , qui a le plus étudié les fosi tertiaires^ vient d'arriver par la comparaison de ces lies entre eux, et avec leurs analogues vivans, à un syse particulier et en partie contraire aux idées reçues des logues. Suivant ce savant , les bassins tertiaires seraient ttant plus récens ^ que leurs fossiles offriraient davantage lalogues vivans. Je remarquerai qu'il place le terrain A Superga au-dessus de tous les dépôts parisiens, tandis
M. Brongniart le classe dans le sol tertiaire inférieur : à donc deux classemens zooTbgiques différens pour la ne masse. M. Deshajes sépare aussi le calcaire tertiaire Blaye de celui de Bordeaux ; or tous deux m'avaient paru érieurs aux molasses qui sont les argiles subapennines, ame le prouve leur prolongement de la Gascogne dans janguedoc. Dans ces derniers temps des travaux de forage
fait penser à M. Jouannet qu'il y avait véritablement s la molasse du calcaire tertiaire; et M. Dufrénoy, ayant si des raisons pour être de cet avis, je dois me rendre, et mer gain de cause à M, Deshayes. On doit attendre avec latience les observations de M. Dufrénoy, qui complè'tet notre connaissance du sud-ouest de la France^ dont il a k fait ressortir avec son talent ordinaire des particularités i intéressantes. D'une autre part les mêmes considérations (logiques conduisent M. Deshayes à placer le dépôt des iles de Vienne avec les faluns de Bordeaux , de Dax et de Douraine , sous les argiles subapennines , position qu'aucun ^logue ne lui accordera. En effet, il est impossible de oonnaître dans les argiles de Vienne les marnes subapenles, comme M. C. Prévost l'a si bien exposé. Or si ces iix dépôts offrent des dissemblances entre leurs fossiles, A
it-on pour cela en faire deux terrains d'âges différens, ou it-on négliger leurs pétrifications et les mettre géologique-
1^6 BSSAI SUR LES ATANTAGES
ment en parallèle, sans vouloir dire pour ceU qu'ils même âge chronologique ^ ou en les attribuant au cont à la même époque ? Telles sont les questions à résoudre,^ dont la solution contribuera à relever Texcellence de lai thode géologique ou de celle qui s'appuie sur la zool C'est le cas de voir si l'on ne peut être induit en en suivant strictement le précejpte de M. Brongniart, tes caractères tirés de la superposition sont en opj avec ceux déduits de la présence des corps organisés ces derniers doivent avoir la préférence. [Ann. des Mil 1821, pag. 54a.)
Si l'idée de M. Deshayes se trouvait être la véritabif, faudrait nécessairement répondre à la difficulté élevée core dernièrement par M. Reboul, c'est-à-dire, décider 1 qui s'est déposé dans le bassin de la Gironde et de Yk lorsque les dépôts parisiens se formèrent, et récipi ment , quel dépôt avait lieu dans le bassin médita lorsque ceux de la Gironde et de Vienne se coml Dire qu'il ne se formait rien dans un bassin, tandis qued*^ normes dépôts se faisaient ailleurs , c'est éloigner la culte par une fin de non-recevoir , car si Ton peut s'inu qu'un dépôt comme le calcaire grossier de Paris ou le Ion de Montpellier soit seulement un accident local, od voit pas comment et pourquoi on devrait accorder que dant l'époque tertiaire différentes parties de l'Europe seules offert les conditions nécessaires à la formation d'i sises aussi considérables que sont celles composant tooti bassin tertiaire. Les masses principales du sol tertiaire des alluvions et des calcaires; or, en parcourant l'Ei nous voyons partout les cours d'eau et la mer occupécii former des matières alluviales , des êtres marins laisser dépouilles sur toutes les côtes, les eaux douces pliu< moins peuplées d'êtres , et çà et là des sources déposer calcaire. Si l'on observe des lieux où aucune de ces stances se rencontre et où il ne se forme rien, ce sonti exceptions locales , mais nullement comparables à la si sition de grands dépôts cessant tout à coup dans deux trois bassins ou golfes pour commencer dans deux ou
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litres. D'ailleurs une conséquence nécessaire de ce système larûculier de AL Deshayes serait d attribuer à la formation lu sol tertiaire un laps de temps bien plus grand qu'on ne 'a supposé jusqu'ici ; et si Ton voulait poursuivre cette supposition dans les terrains antérieurs ^ on arriverait pour la Eormation de la croûte terrestre à un laps de temps immense. D*un autre côté , je pense que M. Deshayes n*a pas besoin pour le soutien de sa théorie de croire que les diverses parties de TËurope ont été successivement couvertes de dépôts classés jusqu'ici par les géologues dans la même époque. Dans ce cas je verrais plus de probabilité dans la supposition émise il y a long-temps par M. de Raumer , que les formations dites géologiques^ ou les coupures artificielles établies parmi les couches , n'ont pas été toujours générales y mais qu'il y a eu des momens , surtout à la fin de la période secondaire et pendant l'époque tertiaire , où une formation avait déjà lieu dans un pays , tandis que dans un autre les circonstances climatoriales ne favorisaient pas encore la production de dépôts semblables, déjà géognostiquement plus anciens pour la première contrée. Ainsi la craie pouvait se déposer avec ses fossiles caractéristiques en Angleterre et en France , tandis que dans le sud de l'Europe ou ailleurs il se formait encore du calcaire jurassique supérieur aussi avec ses fossiles caractéristiques. Poursuivant ce raisonnement lorsque le bassin parisien se comblait de dépôts , il serait alors possible qu'il se formait encore sur les bords de la Méditerranée et des îles alpines un terrain crayeux , supposition qui expliquerait alors les caractères particuliers de cette dernière craie , savoir ses assises arénacées , son grand système à Nummulites et Hippurites , et ses fossiles de genres et même d'espèces tertiaires. De cette manière il se serait toujours formé dans toute l'Europe des dé- • pots, comme l'existence de tout temps d'iles et de contiaens le rend probable. C'est aux zoologues à dire si une pareille hypothèse est soutenable ; néanmoins avant de l'é- ^er ou de la renverser , il faut mettre d'accord les déduc- ^ns zoologiques avec les faits de superposition. On a dit souvent que les généraii&ns des corps organisés
ifui ont successivement habité la surface de ta terre d'autant plus différentes de la génération actuelle ; mais répétant cet axiome M. Brongniart s'est hâté d'ajouter qa fallait savoir distinguer et évaluer l'influence des distança horizontales ou des climats sur les différences spécifiquet. ( Ann. des Mines, 1821 « p. 545.) Voilà lobjection principale à laquelle M. Deshayes ne peut répondre et dont les ob&er* vations géognostiques semblent tendre à prouver la justesse,? En effet , en Sicile et en Barbarie , les géologues sont d ao < cord de reconnaître le terrain subapennin. Mais si les fos* siles de ces dépôts leur offrent en Italie plus de 5o pour cent d'analogues , plus près de l'équateur les roches déposées à la même époque ne présenteront guère que des espèces vivantes encore dans les mers qui baignent les côtçs de ces derniers pays.
Il faut mainftenant parler des conséquences que la géologis^ paléonthologique a eues sur les classifications proposées par des géologues anglais, relativement à divers dép^ européens.
Ces sa vans, bien au fait de la succession de leurs nombreuses assises secondaires et tertiaires et. des fossiles contenus dans chacune d'elles, sont partis, comme Werner, de l'idée que tout le monde devait être bâti comme la Grande-Bretagne, tandis qu'avant 181 4 leur ignorance de la nature de l'Europe continentale leur semblait faire croire tout l'opposé.
Cette manière de procéder nous a valu les classifications de MM. Buckland, Conybeare et de la Bêche; travaux qui ont chacun avancé la science , mais qui chacun renferment des erreurs notables. Ainsi le calcaire jurassique de Gracovie j figure comme de la craie , etc.
Plus tard nous voyons MM. Sedgtvick et Murchison vouloir étendre les sous-divisions du sol secondaire d* Angleterre à l'Ecosse ; or si personne ne leur contestera qu'il y a dans les Hébrides du grès bigarré, du lias et des roches jurassiques , puisqu'ils ne font que confirmer M. MaccuUoch et . d'autres géologues , d'un autre côté l'on doit désirer que 1 leurs découvertes sur certaines sous-divisions jurassiques sur
DE LA PÀLBONTBOLOGIE. iSp
la côte nord-est de TËcosse soit vérifiée par d*autres obser« valeurs , car si la plus grande partie de leurs conclusions peut et doit être juste, il est possible quil y en ait d'autres qui soient fausses y puisque le parallélisme des dépôts n'est guère établi que sur des rapprochemens minéralogiques et sur quelques fossiles.
Si je suis obligé de faire cette remarque sur des travaux qui ont l'air conciencieux et qui sont dus à des gens zélés et de talent, je dois à fortiori opposer mes humbles doutes sur cette série de dépôts intermédiaires et secondaires que ^ guidés par quelques fossiles , nos savans ont cru pouvoir reconnaître dans les grès rouges de l'île à'Arran.
Gomme dans le cas précédent, je ne veux pas nier la possibilité que toutes leurs déductions ne soient j ustes , mais je ttouve leur travail un beau résultat à vérifier.
D'abord MM. d'OEynhausen et Dechen ayant examiné les mêmes lieux, dans le même temps, n'ont pas osé être aussi hardis que nos savans anglais. Ensuite les fossiles du calcaire de montagne et du Zechstein ont un tel rapport que M. le comte Munster ne peut presque pas se décider à les séparer. Enfin le nombre des pétrifications d'Arran est trop restreint, et la. connaissance que j'ai des localités me suggère ces doutes, qui sont loin de préjuger l'exactitude de ce travail difficile. Certes, s'il est cx)mplètement vrai, ce sera un des résultats les plus curieux de la zoologie géologique ; or l'Angleterre n'est pas si loin de l'Ecosse que la chance des probabilités soit très forte contre la vérité des conclusions de nos estimables confrères.
Le calcaire de la montagne de Saint-Pierre a fourni à plusieurs géologues anglais une occasion de faire l'application des règles de la zoologie géologique puisées dans.la connaissance des terrains d'Angleterre. Ils ont proposé les premiers d'y distinguer entre la roche crayeuse fondamentale et le vrai calcaire tertiaire un dépôt anormal à caractères particuliers, ou, autrement dit, à fossiles, qu'ils n'avaient pas rencontrés dans la craie d'Angleterre. C'est encore une de ces idées ingénieuses qui est à vérifier et dont la confirmation donnera une nouvelle valeur à la méthode zoologique. Pour
l8o iBssÀi niE Lsa AVAirrÀGss
moi y je vois des probabilités pour croire que la rodie dei •outerrains de Maestricht est un dépôt tertiaire supérieur
Un de ces savans , M. Fitton , a en même temps classé di* verses roches des mêmes contrées, et a placé dans le grès vert, à cause des fossiles , les roches arénacicM tertiaires et eth quiUières du Grafenberg près de Diisseldorf, erreur qus M* Bronn vient de relever. On a donc dans le même pays deux exemples de classement faux ou du moins anormal, basé simplement sur l'idée qu'il y a ou doit y avoir partout une différence notable entre tous les fossiles de la craie et du sol tertiaire , position qui me paraît à priori d*une improbabilité très grande.
Poursuivant le même mode d'investigation y MM« Murchi- •on et Sedgwick se sont hasardés à classer les dépâts dei Alpes et des plaines de C Autriche, de la Styrie et de la Ba» vière, d'après les fossiles, ou plus exactement^ uniquement d'après les espèces déterminées par M. Sowerby. Ils en ont conclu que dans les Alpes de vastes lambeaux tertiaires sont séparés du calcaire jurassique par un dépôt non classé et situé entre la craie et le sol secondaire ; ce terrain offrirait un mélange d'espèces reconnues uniquement par M. Sowerby^ pour secondaires et tertiaires. De plus ils ont publié que parmi les dépâts crayeux ferrifères de la Bavière^ il y en avait qui étaient tertiaires à cause de leurs fossiles indiqua par M. le comte Munster. Enfin ils ont déclaré que les go* quilles de la base du terrain tertiaire des plaines y démontraient la présence non seulement du sol subapennin , mail encore celle de l'argile de Londres.
Voilà donc trois nouvelles opinions géologiques qui reposent sur des comparaisons de fossiles , et dont MM. Sowerby et le comte Munster sont pour ainsi dire les garans ^ puisque la détermination des fossiles est leur ouvrage. Il s'agit donc« d'un côté , de vérifier ces déterminations , et de l'autre de voir si la marche géologique est d'accord avec les conclusions paléonthologiques. Malheureusement il ne paraît point que de soit le cas ; et de plus M. Deshayes , comme maître en eonchiliologie, s'oppose aux résultats de M. Sowerby. Pour la première conclusion^ ces messieurs font tellement
0S LA PÂLÉONTHOIiOGIB. iSl
TÎolence à la nature , qu'ils n ont pas même Tapprobation d'aucun conchiliologiste du continent; et pour les géologues connaissant les Alpes / ils n osent croire qu on puisse raisonnablement appeler molasse des massifs arénacés divers | associés au grand système à Nummulites, qui forme la bas^ du sol crayeux des Alpes. Je le répète , dire qu*il y a dantt le système crayeux du pied de TUntersberg ou à Gosau plusieurs terrains se suivant dune manière conforme, cela noui paraît une erreur toute semblable à celle par laquelle on a Toulu partager le dépôt d'Aix en plusieurs formations j bref^ c est faire , si j'ose le dire y de la géologie de carrières , et non (le la géologie alpine.
Mes objections sont encore bien plus fortes contre leur classement des minerais de fer crayeux, et ont été consi* gnées dans le second volume du Journal de géologie, vol. III^ p. 45 , Quant à leur argile de Londres , existant en Autriche , j'ai aussi manifesté mes doutes à cet égard.
Lors même que ces messieurs auraient parfaitement raison sur tous ces points divers^ ce que je ne crois pas , Texposë actuel de leurs résultats reste maintenant une des meilleures preuves de mon connaissance bornée sur la distribution géologique des fossiles^ et de l'impossibilité de classer les terrains uniquement d'après leur paléontologie. Si les observations subséquentes^ faites dans ces pays et ailleurs^ prouvent que le tort était de notre côté , M. Brongniart aura aussi raison d'avoir soupçonné que les Diableretê offraient da calcaire tertiaire, sans pourtant avoir visité ces lieux* Ainsi, on serait déjà arrivé à faire de la géologie comparative dans les Alpes de la manière la plus aisée et la plus commode.
Cette dernière opinion de M. Brongniart aideiajii^-;|— ^ samment à débrouiller la géologie compliquée des Alpes septentrionales; elle a séduit au premier abord plus d'un géologue; mais sur place , on ne voit qu'à regret^ quelle n'est guère admissible jusqu'à présent.
Après avoir donné les exemples précédens des erreurs géologiques , dans lesquelles peut conduire la méthode zoologico^géologique ^ il ne me reste plus qu'à faire ebsef«
ESSAI SOR tES AVANTAGES
Ter que M.[Woodward, dans son Tableau des fossiles d Angleterre, a pousse la doctrine en question aussi loin qu'on pouvait le désirer, puisque , d'après lui , chaque pétrification ne se trouverait que dans une seule formation, et inèmG que dans une seule assise d'un terrain. Or, je le demande, si cette manière d'envisager les fossiles est soutenable , dans les sous -divisions nombreuses des calcaires înteriuédiaires , du musehelkalk , du calcaire jurassique , dit grès vert et du sol tertiaire? N'y a-t-il pas, au contraire, plusieurs petrl- Ënations qui sont reconnues traverser toutes les formations, ou au moins être communes à quelques unes d'entre elles?
Lesconclusionsdecettelongue dissertation sur lesmeritesel les désavantages de la méthode patéontologique, appliquée à la détermination des terrains, sont donc que , généralement parlant, ce mode d'investigation ne nous a fait connaitre laposition géognostiqUÉ d'aucun terrain. S'il jades exceptions à celle règle , ce sont les géologues eux-mêmes qui les ont faites en abandonnant la voie purement géognostiijue, pour suivre (es comparaisons des a7iimaux et des végétaux fossiles.
Les erreurs produites par les deux, méthodes no sont pas en rapport numérique les unes avec les autres; l'aTamage me paraît décidément pour les investigations purement géognostiques. Mais les recherches paléontologiques nen retient pas moins précieuses, puisqu'elles seules nous ont fourni une foule de rensetgnemens curieux et nécessaira sur l'état ancien du globe , et sur la manière dont les dépâU
De plus, les recherches de zoologie géologique ont iti très utiles dans le classement de dépôts ou d'assises isolées, lorsqu'on n'est pas sorti d'un pays ou d'un bassin. Il est même arrivé que les caractères zoologiques ont suffi pour reconnaître certains dépôts tels que te grès vert, ou divers calcaires tertiaires dans des pays très éloignés , mais situit^ comme les États-Unis et l'Europe , sous la même zone. Probablement cette déduction n'aurait pas été si facile a faire; si on Avait eu à comparer des fossiles de terrains placés soui des zones ou des latitudes différentes.
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Sans la paléontologie , le classement véritable d*une par* tie des Alpes ou des terrains, très récemment modifiés^ aurait été, sinon impossible , du moins rendu si difficile , qu'il aurait fallu bien plus de temps pour arriver aux mêmes conclusions. Néanmoins ces résultats ont été obtenus jusqu ici, non pas tant par des déterminations minutieuses d espèces, que par la comparaison générale des genres. On comprend que j ai surtout en vue ici les classifications" des dépôts dans les Alpes occidentales. Enfin, l'observation de la continuité géométrique des couches, lorsquelle est possible , reste j comme Ca si bien affirmé M, de Beaunnont , toujours le plus sûr guide y m,éme dans les Alpes ^ puisque leur paléontologie parait avoir une distribution particulière et anormale.