‹ Mémoires géologiques et paléontologiquesChapitre 15 sur 47 · LE DÉLUGE, LE DILUVIUM · texte numérisé non relu

LE DÉLUGE, LE DILUVIUM

ET L'ÉPOQUE ALLUVIALE ANCIENNE (i).

Il y a des personnes qui pensent que les discussions sé-^ euses sur le déluge ne sont plus de notre siècle; je suis ché de, ne pouvoir pas me ranger de cet avis, puisque jd ^uvc cette idée reproduite daru la plupart des ouvragée Sol/ggiqueê , même les plus récens.

Ainsi les Anglais ayant une grande tendance vers les mé* tjitions religieuses, et beaucoup d ecclésiastiques anglais eul-> rant la géologie, on a tâché de tout temps dans leur pays, et on f efforce encore d'accorder les faits géologiques avec le récit osaïque. Sans rappeler les Essais géologiques deKirwan,les ttres de De Luc , et le Traité sur le déluge ( Treatise an the ^lugej 1 768) , par A. Gatcott , etc. , il me suffit de mentionner défense du caractère de Moïse comme historien ( Findi» itîon of the caracter of M oses as a historian) , par '. ToWnsend ; les Reliquiœ diluvianœ de M. Buckknd , tibliés en 1822, et republiés en 1824» les Relations de la réation {Records of création) y par M. Summer; l'Estima-^ on comparative des géologies scientifique et mosaïque comparative estimate ofthe geological and mosaical geology, i 4*> 1822) , par M. Granville Penn ; la Philosophie reliisase (Religiosa Philosopkica y in-8**, 1823), par M.Welchj îs Remarques sur certaines parties de l'ouvrage de M. Penn, Hemarks on certain parts ofM' Granville Penn s estimâtes 826) , par M. Ch. Pleydell Neale Willon ; la fin de Tintrouction de l'Esquisse de la Géologie de TAngleterre ( Outlic« of the Geology of England and Wales ) , par M. Conyeare; le chapitre sur le déluge dans le Traité de géologie,

(0 Un extrait de ce mëmoire a et^ lu le aS décembre à la Société ëologi^e de France^

l43 LE TiiVBGE, US X>n.t7TnTX,

D' Ure (en 1829) ; l'Explication de la connexion de la géologie avec les livres saints dans le système géologique , ck' M. MaccuUoch (inS^ i83i).

J'avoue qu'en France plusieurs des ouvrages précédens ne seraient pas réputés de bon goût : néanmoins Tidée da déluge mosaïque ou historique se retrouve dans beaucoup de publications nouvelles , telles que la Théorie de la terre, de M. Cuvier ; les Elémens de géologie , de M. d'Omalius; le Mémoire sur les soulèvemens des montagnes , par M. de Beaumont, etc. En Italie, il a paru aussi de temps à autre, surtout à Rome y des mémoires pour accorder les .observations géologiques avec les rapports de la Bible , 00 pour a combattre la prétendue incrédulité des géologues. Quant i ï Allemagne y depuis long-temps, son clergé des trois communions a sagement laissé de côté ces questions oiseuses, el les géologues qui ont adopté les mots de dilûvium, de pml^ diluvien et d'ante-diluvieny n'y ont pas attaché leur seni véritable.

En résumé, l'on voit donc qu'une dissertation sur le iir luge n'est point encore un hor$-d' œuvre ^ et Remploi dêsêo^ pressions telles que celles qui précèdent, montrent asssz » quon a l* intention d'indiquer. Nous ne sommes plus, il eit , vrai, au temps des Scheuchzer, des Woodward, des Buttner , etc. 5 Voltaire , malgré tout son esprit , ne nous ferait plus croire que des coquilles fossiles sont des objets laissés « par des pèlerins sur les grandes routes. lî

Nous voulons qu'on respecte la morale , et les préceptes religieux, comme les bases de la société; mais nous sommes encore loin d'avoir extirpé tontes les superstitions et tontes |t les fausses idées auxquelles l'ignorance de tant de th'éologiens sur les sciences physiques et naturelles a attaché une importance ridicule , et qui n'ont rien de commun avec les règles de conscience de tout honnête homme. Plus le deijé sera instruit . plus la religion s'épurera , et servira au boaheur des hommes au lieu d'avoir tourné trop souvent à soi détriment.

Les livres saints n'ont pas été écrits pour nous apprendre la structure du globe, ou les moyens qui ont été employai

fc

BT l'bpoque alluvialb anciennb. 1^7

k-|a construction. Séparons donc de la religion les sciences naturelles , qui n'y ont de rapport qu'en tant que leurs découvertes contribuent à agrandir le domaine de la nature , ît à en faire ressortir les produits si variés et si merveîleux.

Je crois d'abord devoir me laver du reproche d'incrédule. Te serais bien fâché qu'on pût me croire assez stupide pour lier qu'une inondation, ou qu une catastrophe a eu lieu dans e monde , ou plutôt dans la contrée habitée par les hommes inté-diluviens. Pour moi, ce fait me semble aussi historique [ue le règne de César à Rome. Au contraire , le reproche l'incrédulité vient s'adresser directement à mes adversaires , [ui, sans cesse le mot de diluvium à la bouche, arrivent L des conclusions contraires aux chroniques du peuple juif.

Ainsi, par exemple, l'existence annoncée d'ossemens hunàins anté-diluviens , leur fait hausser les épaules de pitié. 4. Cuvier ne dit-il pas que les pays aujourd'lmi habités et ois à sec par la dernière révolution avaient déjà été habités .uparavant » sinon par des hommes , du moins par des ani- Daux terrestres (édit. in-4**, pag. i38) ; et que « la race africaine a échappé à la grande catastrophe sur un autre point du globe que les races caucasique et altaïque, (p. 107).»

Ne soyons donc pas étonnés que des théologiens tels que !tt. Ignace Paradisi (1) taxent de pareils géologues, et M. Curier en particulier, de matérialistes et d'imposteurs.

II est vrai qu'il y a un autre passage dans lequel M. Cuvier ■ ne veut pas conclure que l'homme n'existait point du tout • avant le déluge,» (pag. 68) ; mais comme il en admet pluieuFS, cette phrase peut rester douteuse ^ surtout pour un ihéologien.

On pense généralement dans le monde que les découvertes

(1) Osservazîoni sopra il dîséorso del sîg. barone Cuvier , su le rÎToluzioni del globo; in-8'', Florence^ 1827. La traduction delà Thëorie de la terre, de M. Cuvier, avec des notes, 2 vol. in-8*, ivec des planches , Florence 1828 ^ et Riflessiom su le rivoluzioni lel globo, in-8% Rome i83o.

l48 I.& DÉLUGS, LE BILUTTOH,

géologiques tendent à confirmer cette grande inondati dont on croit retrouver des traces dans les annales ou traditions d'un grand nombre de peuples; cependant je convaincu que t'idée vulgaire (Vun déluge universel tA ronée^ et qu*ily a eu plusieurs déluges sur la terrt^ celui de Moïse est un des plus considérables^ ou un ceux qui a laissé le plus de souvenirs traditionnels. l'on même élever des doutes sur l'idée que la tradition dnndé* luge, retrouvée chez plusieurs peuples et sous des clioatt divers, puisse se rapporter avec certitude au seul et uniq^ déluge de Noé.

Des hommes célèbres ont attaché, il est vrai, leur nom à l'opinion contraire, et ont voué leurs veilles pourlaprot ver. C'était bien naturel que les théologiens , croyant sai«| dans la nature des faits semblables à ceux mentionnés leurs livres sacrés, se soient appliqués à* l'étude géologi(|nMiJ mais un bien petit nombre l'ont fait avec succès. La plu ont déraisonné de la manière la plus étrange, et presque a* cun n'a senti toute la différence qu'il y avait entre des conclusions scientifiques tirées de l'observation de la nature é celle déduites des écrits de prophètes ou de législateurs ^ s^adressaient à un peuple ou à plusieurs peuples , et qui fl* connaissaient qu'une petite portion du globe terrestre.

En effet, veut-on faire correspondre les traditions mosd» ques avec les connaissances géologiques, l'on n'a que den*^ manières logiques de le faire, il faut prendre tout aupidi^ la lettre dans la Bible, ou rCy voir toujours que desalUg^ ries dans le genre oriental; car choisir un terme mojf^ cest tomber dans C absurde, puisqu'on n'a plus de règle i* conduite. Si on veut tout interpréter allégoriquement , oa entre dans le vaste champ des hypothèses, qui peuvent seulci séduire des imaginations vives ; et si l'on s'en tient au pW de la lettre, l'on arrive insensiblement à des conséquence absurdes et même en contradiction manifeste avec les écrwj mosaïques. Un exemple frappant de ce dernier résultat not» a été fourni, il y a peu d'années, dans une curieuse broj chure d'im chambellan intime du pape, M, le comte M

ST liEPOQTTB XLLVYIAJJL iiNGIENNE. l49

tuné Zaniboni(i). Notre savant chanoine ^ et secrétaij*e racadëmie de la religion, a été amené à avancer que le ade avait été créé comme nous le voyon^, c est-à (Jire que u aurait formé en même temps dans le règne minéral les stances et les roches dans leur état parfait, décomposé et ggrégé,et dans les autres règnes non seulement des individus tous les âges, mais encore des individus malades, morts et pourriture.' [,^idéô dCun déluge universel mosaïque ou historique rCest

soutenable ; telle est lopinion de la plupart des géoloîs du continent (2), et les preuves de labsurde sont si éviites que dès long-temps le clergé luthérien a abandonné la tiej enfin dernièrement ie clergé anglais, le plus tenace touS| a rendu les armes. Il a reconnu enfin , par Torgane de 4. Sedgwick et Conybeare (3) , que s'il y a eu des déluges, n'ont pas été généraux, et que le déluge mosaïque, dût-il )ir eu lieu tel qu'il est rapporté , n'a pu en aucun cas proire les alluvions anciennes ou le prétendu diluvium. Plus d'un savant a voulu établir par des calculs faits sur masse des alluvions et la formation actuelle de ces dépôts, i'ilyavait eu un déluge universel ou historique il y a uure ou cinq mille ans. On a surtout basé de çemblaes déductions sur le limon dépesé annuellement par le JNil,

Pô ou le Rhin, sur l'ensablement de certains ports, sur Soignement où certaines villes jadis maritimes se trouvent ûntenant de la mer, et sur les débris accumulés au pied de rtains escarpemens. Supposant un moment qu'on pût cal- 1er approximativement la quantité moyenne du limon arrié annuellement par une rivière quelconque, i^omt Aé*

[i) Discours sur la nécessite de mettre en garde les gens simples atre les artifices de quelques géologues récens , qui sous le voile .leurs observations physiques osent nîer Thistoire de la citation du déluge, in-S"*, publié en italien à Rome, en 1821 , et en aile* Mid k Vienne , en i825.

[2) Voyez une notice de M. de Férussac , dans le Bulletin univ* , rier 1827.

[3) Voyez le discours de M. Sedgwick à la Société géologique de ndres pour <83x ^ et^/t/i of philos* ^ mars i83i.

|5o LE DÉLUGE, LE DILUYIT7M,

duire d'un dépôt semblable le nombre d'années nécessaires p( sa production, il faudrait que ces alluvions fussent dépos dans un -réservoir où aucune cause quelconque ne pût en minuer la masse. Or il n'en est point ainsi: le long des fleu et à leur embouchure ime foule de circonstances tendei altérer ce prétendu chronomètre du charriage fluviatile nuêl. Les matières se tassent, les parties desséchées devieni pulvérulentes , et sont enlevées par les vents ; d'autres { tions sont reprises par les eaux dans les inondations sul quentes, et portées dans la mer ou amoncelées çà et là; tai que des changeniens dans la direction des courans, soit viatiles, soit marins, dénudent des espaces jadis couverts ( lavions. L'appréciation exacte de toutes ces circoostai accessoires rend même très difficile, si ce n'est impossil tout calcul de la quantité moyenne du charriage annuel d' rivière.

Ensuite n'a-t-on pas souvent confondu les alluvions cîennes ou le diluvium avec les dépôts fluviatiles récens} lors de l'époque de la première formation, l'Europe jouii d'un climat totalera^ent difTérent, ce qui base donc tout ca sur des données très différentes. Je suis loin d'être le ' mier qui ait montré peu de foi à de semblables résultats dés en grande partie sur C interprétation de passages de dl auteurs anciens. C'est une véritable controverse d'en qui paraît loin d'être épuisée , témoin cette attaque réc de M. Letronne sur les effets exagérés des attérîssemenj Kl. {Bull, unlv,, sect. des sclenc. nat.^ juin ]83i , p. si On se rappelle aussi que la distance de la mer à la vilh Damiette a été citée, par M. Cuvier [Théorie de la td pag. 70) , comme « un chronomètre de la masse des alluv i fluviatiles produites pendant moins de six siècles. > M. Reinaud a prouvé qu'après le départ de saint Louh émirs égyptiens , voulant prévenir une nouvelle invasioi même côté , rasèrent Damiette , et fondèrent une noui ville dans l'intérieur des terres (i).

(i) Extraits des historiciis anJ^es relatifs aux guerres jà$$ en des, p. 477 et48if . , . .

ET Zi'iPOQUS ÀliLTTVIALB ÀKCISN17E. iSl

Quoique les recherches historiques sortent du cercle ordinaire de mes études, j'aurais pu citer encore d'autres exemples d'erreur , mais je m'arrête pour laisser le champ Kbre à un véritable érudit. Certains passages des anciens auteurs nous étant opposés par nos adversaires comme des preu?£s sans réplique, le lecteur apprendra avec d'autant plus de plaisir que M. Letronne a rassemblé sur toutes les questions relatives au déluge tous les documens qu'ont pu lui fournir les ouvrages et les monumens des anciens. Pendant que ces feuilles passent à l'impression , il est occupé à montrer dans ses leçons publiques, au Collège de France,' combien on avait mal interprété les traditions des peuples et les anciennes chroniques. Au lieu de déluge universel il admet plusieurs inondations locales, telles que celles r de Deucalion, de Noé, etc., dont le souvenir s'est perpétué chez les peuples voisins des lieux où elles ont eu lieu. Pins tard ces catastrophes, embellies par les poètes, ont été confondues, mal à propos, les unes avec les autres, et l'on s'est efforcé de faire concorder les fables les plus grossières ou dé ramener sans saine critique les traditions des divers peuples à une seule origine. Il est même arrivé qu'on a pris des fictions mythologiques pour des souvenirs de déluge. Enfin la vaste érudition de cet académicien lui a fourni aussi les moyens de prouver la fausseté des calculs basés sur les alluvîons des fleuves. Comme ce savant arrive par l'histoire précisément aux mêmes résultats que moi,je ne pouvais désirer un meilleur appui à mes opinions basées uniquement sur Isi géologie. Je renvoie donc le lecteur soit aux ouvrages anciens sur cette matière , tels que celui de Lenglet (Introduct. à l'Hist. ou Recherch. sur les dernières Révolutions du Globe , in 8^ 1 8 1 2) j le mémoire ^e Freret,etc., soit à celui dans lequel M. Letronne consignera ces recherches , et où l'on apprendra par les détails de géographie géodésique et d'histoire ancienne les lieux où les divers déluges locaux ont probablement eu lieu et les causes premières géologiques de ces inondation^i,

Géologiquement parlant, je crois que des aperçus fondés sur des documens historiques oii des passages do divn'tf antenrà sont Us bases les plus mauvaises pour établit un mU'

iSa L2 DÉLUGE, LE SILVVIUM ,

cul sur les alluvions fluviatUes, car l'ensablement des ports ou l'éloignenient de la nier d'une ville jadis maritime dépend encore d'une foule de circonstances soit naturelles, sott produites par l'iiomnie, or comment apprécier toutes ce* choses à leur juste \aleur? Ne voyons-nous pas les géologues en désaccord sur l'origine de pareils faits,, arrives cependant depuis moins de mille ans, comme le prouve la controverse de MM. Robberds et Taylor sur les côtes, les ports et les rivières du Norfolk? Néanmoins nous youIods nous aventurer à juger des choses qui dépendent d'accideas peut-être quelquefois très naturels, mais arrivés il y a deux, trois ou quatre mille ans.

L'augmentation des dunes, un cliangemcnt dans le lit d'une rivière, un canal creusé ou approfondi, une ville déplacée, le même nom donné à deux localités voisines, àa barques prises pour des vaisseaux, de mauvaises cartes, des fables ou des allégories mal expliquées , peuvent donner lieu aux plus grandes méprises.

S'il est avéré que les continens continuent d'Éprouver da toulévemens locaux, l'on aurait encore dans cette action une cause jusqu'ici non appréciée et bien apte à produire des changemens importans dans le contour des côtes.

Les calculs basés sur les talus de débris accumulés aa pied des escarpemens sont encore sujets à mille erreurs. Ainsi on en a fait sur les blocs qui couvrent le pied du mont Salisburj-Craig ù Edimbourg : or cette localité a été balayée par des courans marins et fluviatiles, elle est à côté d'une grande ville, elle était jadis non loin d'habitations ix>maine] ou celtiques , elle est formée par des roches se décomposant lentement, et elle est couverte maintenant de carrières. Elle ne peut donc servir que d'exemple pour le genre d'altération lente des roches dolériliques intactes. Si elle était placée sur le bord d'une eau courante , sa destruction serait tout autre. Bref, établir des calculs sur de pareilles localités me paraît aussi ridicule que d'en faire de semblables sur la butte de Montmartre sans tenir compte ou même en s'efforcant vainement de tenir compte des changemens produits par les exploitations , l'agriculture et les habitations des hommes

ET LEPOQ1ÏS ItLUYULS ÀNCIfiNKE* l55

Maintenant quon est occupé à relever géodésiquement )us les pays, et que rimprimerie enregistre journellement ne foule d'observations géologiques, ces travaux ne ponant plus se perdre , il est évident que dans un millier d*an«. ées on pourra remarquer sur la surface terrestre des déradations bien évidentes. Pour le moment actuel Ton ne •eut guère faire que des théories plus ou moins ingénieuses.

Admettant néanmoins que les faits historiques démons rent que tout est si nouveau sur la terre , cela ne prouve ios que les continens sont si récemment émergés. Il en résulerait seulement que les traditions humaines ne remontent tas au'delà d'un certain nom,bre de siècles. Le monde , les ihénomènes actuels ,1a nature animée et même l'homme, ou, i Ton veut , une race particulière ou éteinte d'êtres humains nront pu exister auparavant » sans que nous ne puissions imais espérer d'obtenir quelques renseignemens sur les oilliers d'années qui se sont écoulés avant l'époque qu*at* eint notre plus ancienne tradition. Il est même indifférent tonr le géologue que M. ChampoUion ou les Chinois aient EÛson ou tort de reculer ce demiier instant. La terre a éfé enplée d'animaux bien plus anciennement. Pouvons-nous aisonnablement décider à quelle époque l'homme a commencé à fouler le sol terrestre ?

La notion (Cun déluge se trouve , dit-on , dans Us manU" ràens ou les chroniques de beaucoup de peuples de Çancien t du- nouveau continent. Cette coïncidence d'idées n'est-elle SIS explicable par les émigrations des peuples qui paraissent ien s'être portés de l'Asie, soit vers l'Europe , soit vers cer- Uns archipels et même dans l'Amérique. Mais si ce déluge vait été universel , tous les peuples s*en souviendraient. h:, M. Cuvier lui-même croit entrevoir des nations qui *CD ont pas conservé de tradition. ( Théorie , édition in-4%

Ensuite, admettant l'idée plus rationnelle que ce déluge i*a été qu'une catastrophe ou une inondation arrivée dans Asie occidentale ou même dans l'Afrique centrale, ou jien que divers pays ont subi des inondations dont le soutenir a été rattaché postérieurement à ua déluge unirerr

1$4 U DBLU6K, I4S oïLinmiic,

sel, ne serait-il pas possible que Moïses initié à la scisncê des . Egyptiens , et entouré de tant de dépôts coq uilliers , voulu exprimer allégoriqucment que la mer avait séji jadis syir toute la terre ou du moins sur la plus grande psh tie du globe?

Plusieurs personnes ont eu cette idée , tel que M. Wik ferdin , membre de la société géologique de France , ete^; je vois que M. Letronne l'emploie aussi pour déchifi&er les origines de la notion d'un déluge.

Si Vocéan avait inondé toute la terre, ainsi que ses plus hautes montagnes , on devrait retrouver partout les alluvions ainsi produites ; or, le prétendu diluvium^ ne couvre qw (b grandes plaineSy les bords des grands fleuves et des riviirtit et quelques plateaux peu élevés; ou bien , si on le troatet des niveaux considérables , il encroûte des bassins séparés et ne s*étend point de ces lieux directement vers la mer, bien les soulèvemens sont là pour expliquer les cas excep tionnels. Dans les grandes chaînes , nous ne voyons dans les gorges et sur les pentes des montagnes que de grandes masses de débris non arrondis , dont Tâge précis est le plus souvent très difficile , si ce n'est impossible à assigner. Des amas de cailloux roulés sur les hautes m,ontagnes et hors du lit des cours d^eau est un fait qui na jamais été observé, tandis que les soulèvemens paraissent avoir produit dans plusieurs chaînes d'énormes débris , qui couvrent en frag' mens angulaires surtout les pentes des plus hautes somtni' tés. Les granités du Hartzet de Tîle d'Arran,les Pyrénées,les Alpes^ le Tatra offrent des exemples de ce genre , et quelquefois même ces masses, au lieu d'être projetées, forment, sons la forme des salbandes^ des espèces de brèches autour des matières épanchées du sein de la terre. La décomposition est venue ensuite arrondir ces fragmens, et en augmentera nombre.

Lorsque des chaînes ont été soulevées postérieurement àUnd le sol tertiaire, et que ce mouvem.ent a été fort considérabUt une imntensité de blocs ont été projetés et dispersés pat (ernoor vement imprimé auéeaux. Tout le monde sait que c'est Qj f origine dés blocs erraftiques on d'uiie partie de ces Uod^

ET li'iPOQTTE ALLUniiLB ANCIENNE. iSS

dans l'Europe septentrionale et de la Suisse, tandis que dans le nord des Etats-Unis , des fcndillemens subits ont pu produire récoulement d'immenses mers intérieures, et aussi la dispersion de blocs dans certaines directions. Or différentes cir* constances ou divers obstacles ont nécessité le dépôt de quelques uns de ces débris à des hauteurs considérables ^ vu Télévation dont ils partaient ; mais jusqu'ici aucun géologue du continent il y a cherché un argument en faveur du déluge historique.

Les géologues anglais sont les seuls savans^/ui aient voulu eomprendre dans leur dlluvium les blocs épars en Angleterre , et situés quelquefois sur des niveaux assez élevés pour ce pays. Reconnaissant souvent le lieu natal éloigné de ces pierres , ils y ont cru voir une preuve de l'élévation de l'o- Tcéan et de la force des courans qui ont balayé leur île. Or, 9 faut toujours se rappeler que les plus hautes sommités /d'Angleterre n'atteignent pas 4)000 pieds, et que leur hauteur moyenne varie de 8 à 3,ooo pieds; maintenant, ces blocs n existent pas sur les crêtes , mais ils ne nous sont indiqués que dans les plaines , sur les petits plateaux et sur quelques basses sommités. Ensuite , parmi ces masses , ils oublient d en déduire celles produites par les soulèvemens des montagnes.

Tous ces faits sont extrêmement naturels , et rentrent dans ceux que nous observons ailleurs en Europe. Les montagnes de la Grande-Bretagne ont éprouvé de grandes dégradations ; ce pays a été déchiré et séparé violemment du reste de l'Europe; des portions en ont été submergées, et d'autres soulevées récemment : voilà toute l'explication des phéno* mènes.

Le dituvium d'Angleterre n^est autre chose que les allu* vi&ns anciennes de tous les autres pays examinés jusqu'ici. M. Lyell a voulu renverser la théorie diluvienne , en prouvant que le diluvium d'Angleterre n'existe pas en Auvergne • U est tombé dans une grave erreur. Si les alluvions anciennes de ce pays , comparées à celles d'Angleterre , pré* sentent des différences , cela dépend de Ifi situation respec- ^ve des deux pay^ lors de ces dépôu et ^d^ modificattoai

l56 liB DÉLUGE, LE DILUVIUK ,

particulières de configuration extérieure et de niveau qa'ik ont éprouvés, chacun de son côté.

Von s'est beaucoup appuyé sur les restes d'êtres marint contenus dans le diluvium, pour prétendre que c'était b produit d'un déluge universel. Le raisonnement pouvait être spécieux dans les siècles passés , vu Tétat de la géologie et de la zoologie ; mais on doit s'étonner de voir de sembla* blés propositions énoncées par des savans si distingués que plusieurs géologues éminens d'Angleterre.

En effet, les fossiles marins n'existent réellement dans le diluvium que sur les bords actuels de la mer; partout ailleurs, les alluvions anciennes n'ont offert que des débris de végétaux et d'animaux terrestres. C'est, en un mot, un dépôt fluviatile ou d'eau douce, et non point un dép6t marin.

Ces dernières années , M. Gilberton a découvert dans plusieurs endroits, près de Preston , dans le Lancashire, des graviers diluviens à coquilles marines , à 3oo pieds sur la mer; une marne alluviale couvre le pays sur vme étendue de sept lieues. {Journ, de géologie, mars i83i.) Plus tard, M. Trimmer a trouvé des bancs de cailloux granitiques et crayeux avec des fossiles marins dans le Caemarvonshire sur les pentes de la vallée d'Ogwen , et même au sommet du Mont-Moel-Tryfane, à looo pieds sur la mer. {Procecdingso^ the geoL Soc, ofLondon, i83i , n. 22 p. 35 1. )

Ces faits , présentés par deux localités voisines , sont tiès curieux; il est bien prouvé que ces coquillages sont marins, et qu'ils ont leurs analogues dans le canal Saint-George; mais ils ne sont nullement une preuve du déluge de Noé , comme le voudraient quelques Anglais.

C'est un accident local, résultant probablement d'un soulèvement postérieur à ces dépôts; donc cela ne peut pas être le produit d'une inondation générale , qui devrait contenir, non seulement beaucoup des productions marines et terrestres de l'époque anté-diluvienne , mais encore des restes des races humaines, des produits des arts et de leurs habitations*

Enfin^ les espèces perdues d*anim4iux ensevelis danêlesatbh fn<m< anciennes dimatUncnt clairement et simplement pof

ET liEPOQUS ALLUVIALE ANCIENNE. iSj

k zoologie que U dtluvium n*est pas le produit du déluge mosaïques dût-il même avoir eu lieu, comme quelques personnes le conçoivent.

Si le contraire était la vérité , les ossemens du prétendu diluvium n'offriraient que les restes des animaux existans encore actuellement; plus ceux des singes el! des hommes dont on ne veut pas entendre parler. Sans cela il faudrait encore recourir à un miracle pour métamorphoser presque entièrement la ménagerie du patriarche Noé. Or voir entrer dans les salles de Tarche des mastodontes, d'énormes éléphans, des tapirs très grands, des ours d'une dimension prodigieuse, bref des races animales gigantesques , et n'en déposer sur TArarat que des miniatures ; certes c'est une féerie trop bizarre pour avoir été omise comme une des particularités les plus singulières du déluge. Faire comme certains méthodistes anglais, des suppositions paradoxales sur la quantité de nourriture des animaux enfermés dans Tarche , sur la grandeur de ce b:\timent, sur les prédilections de Noé pour certains animaux, etc.; voilà des suppositions de mauvais goût, des folies qui sembleraient n'être plus de notre siècle, et qui se publient cependant dans le pays se préten» dant le plus avancé dans la civilisation.

Après avoir ainsi débattu la question du déluge et du diluvium, on devrait croire qu'aucun homme éclairé ne se serait pas aventuré à soutenir de pareilles rêveries. Telles sont cependant tes notions singulières que n*ont cessé de propager des têtes bien organisées, tant en Angleterre qu'en France, M. Backland, homme aussi savant et ingénieux qu'estimable, a intimement lié cette idée à son beau travail sur les cavernes» qui lui a valu une des médailles d'or de la Société royale de Londres. Ce même système est un des piliers de la Théorie de la terre de M. Cuvier. Selon ce grand zoologue, « s'il y a 1 quelque chose de constaté en géologie, c'est que la surface » de notre globe a été le théâtre d'une grande et subite réivolution, dont la date ne peut remonter beaucoup au-delà 1 de cinq ou six mille ans. » ( Théorie de la terre, édit. in 4% pag. i38.) Dans un autre passage, le même savant déclare que « le déluge universel a été commun à tous les peuples i

l58 liB DELUGE, IiB DlLVVJXJMf

(pag. 86) ; et dans un troisième, il prononce lui-même condamnation en ces termes : < Le diluyium forme la preuve » la plus sensible de l'inondation immense qui a été la de^ »nière des catastrophes du globe. » (Ëdit. in-4^, pag. i4i')

M. Brongniart est plus réservé lorsqu il s'agit du déluge mosaïque, parce qu'il connaît infiniment mieux que M. Ca-. yier la géologie ; néanmoins il semble s'associer jusqu'à ui certain point à l'idée de son collègue, puisqu'il £ixe au moioi à quatre mille ans le commencement de la dernière période géognostique. ( Tableau des terrains , pag. 9. )

Supposant un moment un malheureux géologue lan dans le public un opuscule ridicule sur la zoologie , certeSi dût-il être du style le plus coulant et flatter le palais des ignorans ou des gens du monde, M. Cuyier ou les zoologues renverraient à ses carrières le malencontreux auteur. De cette certitude, il en résulte donc que M. Cuvier sortant de son anatomie ne doit donc pas s'étonner d^entendre taxer, un peu durement peut-être, sa géologie (entendons-nous bien) L aie résultat d'une promenade autour de Montmartre.! (iî^ .vue d'Edimbourg.) Ce zoologue si distingué semble si sûr de son fait, que les éditions de sa théorie se succèdent sans qu'il veuille prendre la peine de profiter des travaux des autres pour corriger ses erremens , ou au moins pour discuter les observations contradictoires. Ainsi les travaux de MM. Constant Prévost, de Buch, de Beaumont et d'autres, sont comme non avenus. Se fiant sur son autorité, il croit qu'elle subsistera toujours; mais dès que malheureusement l'étincelle de cette âme' ingénieuse se sera éteinte, les personnes qui n'osent maintenant contredire M. Cuvier, par respect, ou pour leur avantage particulier , seront les plus acharnées à se dédommager de leur long silence ou de leur obligation de le garder. Pour moi, toujours prêt à défendre le mérite calomnié des personnes, mais peu enclin à plier ma conscience aux caprices de qui que ce soit , je crois mieux servir et la science JT et un des chefs de l'école zoologico-géologique en l'attaquant l de front et pendant sa vie. Celte liberté me paraît un complément indispensable de la liberté civile.

Le savant auteur du Tableau des terrains voudrait bist

fiT L8POQUB ÂtiLtmAlB ÂNGIfiKNE. ' !&$

ttendre qiie « nous sommes entrés depuis quatre mille , au ooins , dans un état de repos qui peut avoir encore une ongue suite de siècles, et qui est constaté par ^toutes les observations et toutes les notions historiques.» {Tableau, ig. 9. ) Il prétend que c la supposition d'une formation de touches solides sous la mer actuelle est une pure hypohèse. » {dito, p. 6o. ) Je ne lui contesterai pas que ré<« »que alluviale moderne paraît moins féconde en dépots que

période alluviale ancienne ; mais je ne puis pas adopter >ur cela que cette première époque soit caractérisée par un pos absolu. M. Brongniart semble faire une pure hypothèse >ur étayer un système.

Il se forme toujours sous la mer, comme sur la terre , de^l asses d*origine ignée, et des dépôts aqueux , chimiques ou écaniques, qui ne nous paraissent, comme à M. Prévost, x*une continuation des opérations de la nature dans les temps itérieurs. Les circonstances seules ont changé , la tempéra-' ire générale du globe a baissé, les phénomènes ignés et éleciques ont diminué , et les divers dépôts ont ainsi diminué a se sont modifiés. D'ailleurs l'auteur nous énumère luikênie les formations qui ont encore lieu sous nos yeux, et

entrevoit même (page 5o) la possibilité que « toutes les parties de la terre ne sont pas devenues habitables à la fois, et que si le niveau de TOcéan n a pu changer dans un Heu sans changer dans un autre, la formation des terrains sousmarins, des élévations de continent, des subUmations, des filons métallifères, etc.», ont pu continuer dans quelques arties, tandis qu'elles avaient cessé ailleurs. D'après cela, cet tat de repos n'est- donc plus pour lui qu'un état* de tran- [uillité comparé à d'autres périodes , où il se formait infini* aent plus de dépôts. Nous sommes donc d'accord sur les ûtSy quoique nous différions sur les termes.

cMais je ne puis pas lui accorder que depuis les teknp#

historiques les plus reculés on n'a aucun exemple authenti^

que de gi'ands phénomènes géologiques, tel qu'un abaisse-

' ment de la mer , une formation de couches sous -marine jf

étendue , puissante , et qu'on ne peut citer aucune forma-»

ition d'une étendue de quelques myriamètres de porphyre^

l6o LS DÉLV6S) LE SILirVnTlf,

» de gypse , aucune couche sous-marine pu sous-lacustre » calcaire compacte renfermant des débris organiques B ment pétrifiés , c'est-à-dire 9 dont la nature chimique, 1 même la texture cristalline ait changé, etc. (p. 3o). Je que • si tout ce qu'on cite d'analogue s'est montré sur

• plus petite échelle » (p. 3i ), les résultats sont né comparables. Des abaissemens de la mer ont eu lieu nos yeux , si l'on veut entendre par là le soulèvement continens, comme par exemple sur les côtes du Chili, sondages dans les détroits et les mers étroites y ont 'm des bancs de sable, de cailloux, d'huîtres, de coquilles, (Comparez avec ce que dit M. B. à la page 60). Du s'est formé par l'action des pyrites décomposées sur du cil* Caire , en Moravie et ailleurs par d'autres causes.

M. Brongniart admet lui-même la formation de caloin marin non loin des côtes dans l'époque alluviale , pui&qol croit que le calcaire coquillier de Basse-Terre à la Guadeloupe a été formé et mis à sec pendant la période satiff' nienne (p. 91). Or , comme les fossiles sont , d'aprèf M. Brongniart; identiques avec [ceux des mers voisines, je ne vois pas ce qui nous dit que cette formation et ce délaissement datent plutôt de l'époque alluviale ancienne qufi du commencement de la période jovienne. Ensuite il pâte dans un autre passage de ce qui se fait dans le fond dei mers dans le monde actuel ( p. 201 ).

M. Brongniart nous apprend lui-même que des dépôts lacustres se sont formés de nos jours en Ecosse (p. lîg). De plus on a cité dans les tourbières des bois carbonisés, des noisettes changées en spath calcaire et en quarz (1), du boii' silicifié; des troncs d'arbres qui se métamorphosent petit il petit en masse de grès dans la Nouvelle-Hollande et en Afrique, etc. Je trouve donc avec M. Brongniart «quelef t phénomènes qui se passent sous nos yeux peuvent nous » rappeler ceux plus grands de la période précédente et sniême nous faire entrevoir leurs causes (p. 52). L'activité

• des volcans et l'action mécanique et chimique des eaux

(i) On en conserve dans le musée du Yorshire.

ET LEPOQUB ALLUYIALB ANCIBKKB. l6l

actuelles est la suite en petit des mêmes phénomènes qui ont agi plus puissamment pendant la période alluviale an- ^cienne ou saturnienne» (p. 52). Enfin je prends acte de :et aveu que «les minéraux, les roches et les terrains de la > période jovienne n'offrent souvent aucune chronologie cer- »taine» (p. 33) , et je l'applique à l'impossibilité de séparer cette période des alluvions anciennes ; fait que le savant au« leur m'accorde presque , puisqu'il avoue l'extrême difficulté c d^établir cette ligne de démarcation qui résulte uniquement 9 de l'époque de leur formation» et qu'il ajoute que malgré les règles qu'il croit avoir été solidement établies par M. Sedgvtrick, il 7 a des cas où la distinction devient impossible; car dire que t dans le plus grand nombre de cas ces moyens • sont sûrs pour distinguer ces dépôts» (p. 34) j c'est re* connaître qu'il y a cependant des circonstances où ils ne sont pas suffisans. Enfin il admet qu'il y a «mélange des deux 1 dépôts dans quelques lieux » (p. 4o); et il dit que les calcaires formés aux deux époques sont impossibles à séparer, et que ceux de l'époque alluviale moderne peuvent même contenir des animaux éteints. Certes si chacun de ces terrains d'alluvion ancienne et moderne offrait partout des couches à ossemens ou coquillages ou à débris de l'espèce humaine , ou de ses arts, etc. , ce serait la véritable pagination , si je puis m'exprimer ainsi, de la série des dépôts. Mais ces accidens auxquels nous cherchons à toute force à rattacher notre classification, sont des raretés, et le plus souvent des amas immenses de cailloux, de sables et de marnes forment les deux sols en question , et la nature des débris ou leur grosseur pépohaire^ ou ovulaire^ ou bien miliairey ne décide fréquemment rien : on n'a plus que la ressource de l'observation des stratifications contrastantes. Lorsque tous ces étémena manquent , trouver les limites de pareils dépôts reS'* Ufmble à des recherches telles que celle du mouvevnent perpétuel ou de la cadrature du cercle. Je le répète, cette fonction n'est rigoureusement possible que dans des cas particuliers, et c'est à ces derniers que sont applicables les règles posées par M. Sedgwick.

^l63 t.B DÉLUGE , LE HILtrWtOM,

La nature des roches ne peut pas guider dans la elassi fication des dépôts d*alluvions et je ne puis même admettre avec M. Brongniart que le travertin compacte et solide indique sa formation pendant Tëpoque alluviale ancienne ou au commencement de celle où nous sommes (p. 45).

Quant à cette idée déplacer le commencement de lapértodc moderne alluviale à quatre mille ans , o^est une hypothèse leproduite, comme nous Tavons vu, sans le moindre fondement, et même tout-à-fait contraire aux idées adoptées par Fauteur et en particulier à celles sur le diluvium.

De plus M. Brongniaft admet la possibilité que la période j alluviale moderne ou jovienne ait commencé plus tôt dans certaines parties de la terre que dans d'autres : donc la fixation du commencement de cette époque à quatre mille ans ne s'appliquerait qu'à une partie du globe et non à toute sa surface.

Enfin, com,nie les dépôts tertiaires supérieurs ou quaternaires sont liés aux alluvions anciennes^ celles-ci passent aux sédimens plus modernes de la manière la plus évidente, lorsque les circonstances sont favorables y et l'on voit ainsi que les mêmes forces motrices et productrices existent encore , mais que leur puissance , et par suite leurs effets , ont seuls été modifiés par divers changemens climatoriaux et ^autres. D'une autre part, lorsqu'un lac ou une mer de l'époque alluviale ancienne s'est écoulé par suite d'un fendillement volcanique ou du creusement d'un canal d'écoulement, il est évident que les alluvions modernes y occupent un niveau plus bas qui les distingue alors de la plupart des autres dépôts semblables, mais placés sur des plans plus élevés. C'est aussi ce caractère que M. Brongniart met en avant pour séparer les travertins anciens et modernes (p. 44)-

Lorsque le soulèvement d'une chaîne a donné une forte impulsion à une masse d'eau située dans son voisinage ou vomie de la terre, connue le supposent dans quelques cas MM. Brongniart et Rozet {Tabl. deterr. p. 123), il est possible que les alluvions de pareilles débâcles occupent des niveaux fort supérieurs à ceux des rivières actuelles» Tout

ET L'ipOQUX UXUVIAL^ ANCnSNlfB. 1 63

soulèvement doit naturellement déverser sur la terre des torrens d'eau, puisque ce liquide y remplit de grands réservoirs et existe partout.

De plus , il est fort probable que d'énormes torrens dVaii acidulé sont sortis du globe k la suite des phénomènes ignés et des soulèvemens. Les érosions observées siur les rochers et les sources minérales encore existantes appuient cette idée ; mais lorsque M. Brongniart croit reconnaître dans les baies profondes , les fjords , les fentes qui ont laissé échapper ces torrens (p. laS), il me semblé qu'on ne doit pas aller si loin et que ces vallées ne sont que des effets de déchiremens. Dans tous ces modes deiormation des matières alluviales, ces dernières ayant pu, pendant les différentes périodes, être arrivées des mêqies localités , il sera encore impossible , çà et là , de tracer la limite entre des dépôts dont les matériaux seront identiques, et qui n'offriront qu exceptionellement des caractères zoologiques. M. Sedgwick lui-même après avoir cru trouver des distinctions paléontologiques , a reconnu encore récemment les difficultés énumérées. (Voyez son discours à la Soc. géolog. de Londres, en février i83i . )

M. Brongniart esquive d'une manière particulière toutes ces difficultés ou plutôt il nie nettement le déluge mosaïque, «en plaçant le commencement de l'époque jovienne à la «naissance du genre humain» (p. 28 ), et en regardant le diluvium, non comme le produit du 'déluge historique, mais comme un autre état des continens. Or , d'après le même savant , il est clair que ce dernier cataclysme aurait eu lieu dans l'époque jovienne, puisque des hommes ont existé avant que Noé entrât dans son arche ; mais il n'en parle pas parmi les phénomènes de cette époque, donc il nie le déluge de Moïse, et est en parfait désaccord avec les théologiens-géologues d'Angleterre.

Mes conclusions sont donc que , i ^ $t beaucoup dû parties de ta terre ont été sujettes à des inondations , jusqu'ici on na pas découvert de preuves d'un déluge universel tel qu'il est indiqué par Moïse etadoptépar beaucoup desavansi

^^ Que lesalluvions anciennes, ou le diluvium , au mimé

l64 us niLVGBf jLB DILUVIflMy STC.

êeulement des portian$ de ces dépôts ne peuvent provenir du prétendu déluge historique; enfin , 3® que, vu la connexion in» time entre les alluvions modernes et les alluvions anciennes et entre celles-ci et les dépôts plus anciens, les phénomènes géologiques actuels ne sont qu*une suite de ceux qui ont eu lieu autrefois.

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