DESCRIPIION DU BASSIN DE GOSAU
Le bassin elliptique de Gosau est environné de montagnes élevées de calcaire jurassique alpin (i). Au sud, s*élèvent les crêtes sauvages du Steingebirgc , qui font suite au Tannengebirge; au nord, sont le Brettkopf, le Nieder-Callenberg et le Gross-Rossenkogl ; à l'est , le Hohe-Alpenberg, le Modereck et les montagnes à l'ouest des mines salifères de Hallstadt ; enfin , le côté occidental de notre vallée est le seul qui soit bordé de montagnes moins élevées et moins es« carpées. Les montagnes d'Aslau-Winkel , de Zv^iselberg et de Heunerberg , lient cette dernière crête avec le Steingebirgc , sans s'élever à la hauteur considérable de cette dernière chaîne , qui se présente le plus près qu'on en puisse approcher, comme une immense muraille, surmontant les sommités précédentes. Au nord du Hennerberg , la crête occidentale de Gosau s'abaisse jusqu'au col de Gs(^hitt , où elle se réunit au Bussberg.
Les eaux de la vallée de Gosau n'ont d'issue que par la profonde crevasse du Rettengraben, qui va du village inférieur de Gosau au lac de Hallstadt; mais il y a lieu de croire que jadis elles s'écoulaient par le col de Gschitt , et qu'un vaste lac occupait le bassin de Gosau et communiquait avec celui de la vallée du Lamm.
Les raisons pour cette opinion sont tirées de la formation en apparence récente de la fente actuelle d'écoulement , de fexistence de deux lacs dans la partie supérieure de la vallée, des traces de la hauteur ancienne du niveau de ces derniers;
(0 "Voyez pi. 1 1 fig* X et â.
DANS LES ALPES AUTEICHISNRES* IQJ
'.mGxiy du prolongement des dépôts récens de Gosau^ dans I^ yallée du Lamm , par le col Gschitt.
: Toutes les montagnes énumérées comme enclavant notre Inssin, sont composées de calcaire jurassique alpin inférieur, à l'exception des montagnes surmontant les mines de sel de Hallstadt. Ce calcaire est généralement compacte , blanc gri* sâtre ou blanchâtre^ gris foncé dans le Steingebirge y et çà et là rougeâtre. Les fossiles y sont surtout apparens dans le voisinage du sel.
La proximité du calcaire salifère et des dépots récens et coqpûUiers de Gosau avait fait attribuer à ces derniers un âge beaucoup trop ancien; ce sont les doutes émis à cet égard par MM. Partsch, Keferstein et Lill, qui m'engagèrent à examiner en 182g soigneusement cette contrée.
Le terrain problématique occupe des deux côtés de la yallée une suite de montagnes ou seulement de crêtes , et se voit même dans le fond de la vallée , soit dans les torrens , soit dans une petite éminence , près du village supérieur de Gosau. Sur le côté oriental, il occupe principalement le mont Ressenberg , tandis qu il forme la plus grande partie des montagnes à Touest de la vallée et le pied des crêtes calcaires qui bordent son côté septentrional.
L'examen de ces dernières me parut l'étude la plus propre à m'assurer de la position des roches de Gosau , à l'égard du calcaire alpin. Les pentes des montagnes j sont sillonnées de l'est à l'ouest par sept ravins appelés le Bembach, le /^erbergraben, le Kreutzgraben, l'Igelbach ou le Kaltenigelbach* girabcn , le Reitgraben, le JVegscktidgrabcn, appelé aussi Klausgraben ou Krigereitgraben ; enfin, le Russback.
Au haut du grand ravin appelé Kreutzgraben , Ton voit distinctement le calcaire alpin compacte gris-brunâtre , recouvert par un agglomérat grossier rougeâtre à fragmens de calcaire alpin 9 et inclinant au sud, sous 2a à do\ Dans un point , la dernière roqhe paraît avoir rempli une fente presque verticale dans le calcaire à parties spathisées. On peut suivre cet agglomérat sur les bords de ce profond ravin ; et vers le milieu de son cours , qui a peut-être, une demi-lieue , l'on remarque dans cette roche plus ou moins grossière des
igS eiSEMElVS DB FOSSILSS ^
couches de so à 5o pieds de grès marneux compacte gris ^ I' parties argileuses gris- noirâtre , et à impressions de plantes j qui me semblèrent terrestres et monocotylédones , ainsi qat des grès gris clairs à débris de coquilles. Supérieurement à ces assises , il y a dans les agglomérats des grès rougeàtres i fragmens calcaires, des marnes, et Ton y remarque , çà et là, des fragmens de polypiers , peut-être même des Numimilites, et des débris de coquillages. Toutes ces couches plongent évidemment au-dessous des assises puissantes de marne argileuse grise et coquillière , qui sont à la sortie de ce ravin. Cette dernière roche a une apparence tout-à-fait tertiaire,et ses escarpemens rappelleraient ceux de la marne subapennine, si les roches de Gosau étaient un peu plus tendres , et si Ton n'y voyait pas des nodules et des bancs de calcaire marneux endurci, ou même de marne arénacée. Les fossiles y sont Indistinctement dans les parties dures ou tendres ; les uns sont simplement calcinés; dans ce cas sont les nombreuses bivalves et univalves, tandis que les polypiers et les Hippurites sont pétrifiés (i).
Dans les autres ravins cités , Von retrouve , plus ou moins , les mêmes roches , à l'exception du premier, le Bembach, qui est coupé dans le calcaire alpin gris. Les aggrégats rouges donnent au Ferbergraben la même teinte bizarre , et conU'astante avec celle des murailles plutôt blanches du calcaire alpin contre lequel ils s'appuient. La même roche se prolonge à l'ouest du Kreutzgraben, à travers tous les autres jusqu'au Russbach , et elle forme de vastes pentes rocailleuses entre ce torrent et le col Gschitt. D'après des observations de M. Lill , il y a aussi des lambeaux de calcaire à Hippurites,! l'est du Russbach. M. Murchison , qui a vérifié ce iFait , nous l'exposera en détail dans le volume des Transactions géologiques qui va paraître.
Les marnes coquillières ne se voient pas dans le Ferbergraben , et ne sont vraiment abondantes que dans les ravins de rigelbachgraben , du Reitgraben et duKlausgraben .Elles
(i) Pour IVnumération des fossiles , voyez le Journal de Géohgiit tome ni, p. 53.
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î^ existent aussi sur les pentes du Russbach , où les eaux pluviales en enlèvent les fossiles, et les disséminent dans les ruisseaux. La sortie de rigelbachgraben est surtout très favorable à la récolte des petites coquilles; car, en général , ailleurs on est obligé trop souvent de ne recueillir que ce qui a été lavé et roulé par Teau , tandis qu ici des escarpemens Goquilliers sont mis à nu. Dans le Reitgraben, les marnes et les grès alternent avec une inclinaison au sud-ouest. Dans la proportion inférieure du Wegscheidgraben , les marnes grises précédentes sont suivies de puissantes assises de marne noirâtre à petits filons spathiques et presque sans fossiles , au moins en apparence. Ces couches sont toutes inclinées très faiblement au sud ; il devient clair que leur angle d'inclinaison diminue à mesure qu'on s'éloigne du bord nord de la vallée ; nous allons même voir que l'horizontalité presque parfaite les caractérise plus au sud.
Malheureusement les montaoïies entre le col Gschitt et le Hennerkogl sont boisées, et leurs pentes couvertes d'alluvion», de manière que , pour étudier la suite des roches, il faut se transporter de l'autre côté de la vallée dans le mont Ressenberg. Cependant un ravin , le Glasselgraben , situé entre Gosau et Ebenalm , permet de se faire une idée approximative de la nature de leur partie inférieure. On observe des alternats de marne grise et rouge , de grès marneux et de calcaire marneux compacte gris de fumée. Les lits sont horizontaux ou très faiblement inclinés au sud. Il y a aussi des grès sur la surface desquels on remarque des proéminences, qui ressemblent à de gros fucôïdes. Des alluvions occupent le Ht supérieur du ravin , dans lequel on observe un grand nombre de blocs de calcaire jurassique alpin gris à entroques, etc., de manière que ce calcaire paraîtrait se prolonger à rouest de Gosau, et sous les dépôts récens, depuis le pied occidental du col de Gschitt au mont Aslau-Winkel.
En se dirigeant obliquement vers cette dernière haute sommité , l'on trouve, çà et là , des escarpemens où l'on peut étudier les roches ; ainsi , à Moosklaus , l'on rencontre des calcaires marneux gris clair, qui , vu l'horizontalité du dépôt, et la différence du niveau des deux stations, sont bien cerlai-
tOO GTSEM£NS DB FOSSILES
nement supérieurs aux roches précédentes* Plus haut, trouve des alternats de marne grise calcaire ou blanchi ressemblant au Planerkalkj et de grès marneux fin^ dont mu fait des pierres à aiguiser. L'on remarque dans les mamei des morceaux de grands Catillus et des parties brunâtres oa noirâtres qui ont Tair de débris de poissons, et comme dans le Planerkalky il y a des flammes ou taches alongéei | grises foncées qui ressortent sur le fond clair , et qui pouN raient bien provenir dans les deux roches de plantes marihes rendues méconnaissables. Plus au sud^ et à un niveau encore plus élevé, Von trouve au pied de la sommité appelée Brunn^ Icopf des alternats horizontaux de marne grise et de grès compacte assez grossier et gris ; enfin, sur cette cime étroite et aplatie, des marnes calcaires rosâtres, rouges et grises, très faiblement inclinées au sud.
La cime la plus voisine au sud est le Hohekogt, qui est aussi composée des mêmes marnes. Ces roches plongeant légèrement au sud , doivent passer sous celles qui forment dans la même direction le mont voisin , le HennerkogL Dans ce dernier , on remarque des marnes grisâtres , des grès fins et des agglomérats calcaires fins , ces dernièresToches inclinant faiblement à Fouest.
Plus au sud, toute trace de ce dépôt disparaît , et Ton voit »*élever très près des roches mentionnées , un calcaire alpin compacte, fendillé, magnésien, ou fétide grisâtre , ou gris brunâtre. Il compose le mont Zwiselberg, par lequel on arrive jusqu'au calcaire compacte noirâtre et fétide, et au calcaire magnésien gris du Steingebirge, où les couches sont fortement inclinées au nord , et en apparence presque verticales.
Vis-à-vis du mont Ebenkogl, et à une demi-lieue du premier lac de la vallée supérieure de Gosau, la pente très rapide du Hennerkogl sert à la descente des bois et est toute nue. Sur le côté nord de cet escarpement il y a un ravin très profond, dont les bords formant deux murailles, laissent apercevoir toutes les couches de la plus grande partie du Hennerkogl. L'on a le plaisir d y revoir tous ces alternats de grès et de marne calcaire , et surtout le système marneux
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ponge et gris clair qui les recouvre. Malheureusement il est impossible d'escalader ces précipices , et il est même convenable d avertir que Tascension du Heimerkogl, par ce côté et le long de ce ravin , est dangereuse pour quiconque a des vertiges i car y outre la raideur extrême de la pente et la vue des précipices, il y a une muraille de rochers qu'il faut franchir par une petite échelle , et justement au-dessus du point le plus profond du ravin.
D'une autre part, cette course est très satisfaisante pour se faire une juste idée de la manière dont les couches horizontales du dépôt problématique viennent butter contre les assises inclinées du calcaire alpin inférieur.. Ce dernier forme de grands rochers sur le côté sud de la pente sus-mentionnée, depuis le pied des montagnes jusqu'au Zwiselberg, tandis que, arrivé au haut du ravin effroyable , l'on voit les marnes calçarifères supporter jsuccessivement des grès marneux gris , des agglomérats, des calcaires fins à débris de coraux et à Nummulites et des alternats de grès , et d'agglomérats semblables , et inclinant toujours faiblement au sud. Mais les rochers à côté ne sont que du calcaire jurassique alpin à silex.
Sur le bord oriental de la vallée de Gosau , j'ai examiné successivement toutes les montagnes pour connaître l'étendue de notre dépôt problématique. D'abord le Rehnabilg , monticule isolé au milieu de la vallée de Gosau, près du village supérieur, m'a offert la brèche à fragmens de calcaire alpin et d'Hippurites, que je décrirai sur le pied de i'Untersberg. Cette découverte , et la circonstance des Hîppurites trouvés roulés ou brisés dans les marnes coquil* lières, m'ont fait soupçonner que le calcaire à Hippurites pourrait bien exister encore en place dans quelques points le ces montagnes. Je le regarde presque comme contemporain des aggrégats rouges déjà décrits.
Entre le pied de THennerkogl et le mont Ebenkogl, Ton trouve dans le torrent quelques couches redressées de marne calcaire récente; mais le lit du torrent est déjà principalement 3ccupé par le calcaire alpin compacte blanchâtre qui forme tout l'Ebenkogl. Cette montagne rocailleuse et pénible pour le géologue, présente à son sommet deux gorges ou crevasses prin-
jtÔS GISEMENS DE FOSSILES
cipales , le grand et petit Ktamm. Sur sa pente toui contre le lac appelé Vordersee, et à plusieurs centaines pieds sur ce dernier, il y a des petits amas de boue calcab à fragmens de calcaire, détritus qui s'est consolidé au poil d'être exploité comme une craie. Tout insignifiante que su cette exploitation , la formation de ce limon blanc n en res» pas moins un fait intéressant , et il est bien possible que l'ancleA niveau élevé des eaux du lac y ait contribué. A présent ï ne se forme plus rien de semblable. Dans le même pays, M. Lill noujs a déjà décrit un dépôt alluvial analogue sous certains rapports ; il se trouve dans la gorge du Rekensbei^ graben, entre Hallein et TAch; mais ce dépôt est stratifié; les deux couches de marne calcaire y renferment des Hélices et des Lymnées , et ces marnes alternent trote fois avec de la tourbe et des lits de cailloux.
Le pied nord de TEbenkogl repose déjà sur une élévation appelée Strupfhigl , et composée de calcaire alpiti gris brunâtre.
Plus au nord se trouve le pied des hautes montagnes de Modereck. C'est entre le calcaire alpin de ces dernières et du mont Leitkopfkogl qu'est placé le mont Ressenberg. Le ravin de Schulergraben ou Janzerbach est entre la montagne de Modereck et le Ressenberg, et celui appelé FraubofgrabéU sépare ces deux dernières montagnes du Leitkopfkogl, tandis que le côté nord du Leitkopfkogl est bordé par le Rettengraben, et son côté est par le profond vallon du Brillgraben, qui monte dans les montagnes de Modereck et dans celles à l'ouest des mines de sel de Hallstadt.
Le Leitkopfkogl est composé de calcaire jurassique alpin gris blanchâtre à portions siliceuses; les cimes'très élevées, nua et sauvages du Modereck appartiennent aussi à ce système, quoiqu'il soit probable, d'après la position de ses roches, leui division en assez minces couches et leur faible inclinaison ai nord , qu'elles font déjà partie du calcaire alpin supérieur ai sel. Le mont Ressenberg est entièrement arénacé. En y mon tant par le ravin du Frauhofgraben , l'on remarque à l'en trée de la gorge des alternats de marne rouge et grise, et plu haut un grand système de marnes grises ou grises bleuâtre
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lûcIiDaiit faiblement au sud et renfermant des bancs de grès ainameux. C'est, en un mot, les mêmes roches que dans Ttgel^ èïich , et les fossiles y sont tout aussi abondans. Les Catilles , les Inocérames , les Gryphées , les Huîtres, les Trigonies, les GnCuUées, les Panopées, ont surtout été trouvées dans ce lieu, n y a au milieu de ces roches de faibles traces de lignite, et M. Partsch y cite une résine fossile. Vis-à-vis de l'escarpement coquillier situé sur la côte sud de la gorge, Ton trouve au-dessus de ces roches des couches de grès plus ou moins calcaire et endurci. Elles sont appliquées contre le calcaire de la montagne boisée du Leitkopfkogl , et elles paraissent en être séparées comme ailleurs , par des agglomé* rats rougeâtres qu'on trouve dans le ravin du Sattelgraben*
Un peu plus haut, et au sud , exactement au-dessus des ro-* che5Coquillières,sont dés carrières très considérables où Ton fabrique des pierres à aiguiser. Ces exploitations offrent de bas en haut des alternats de grès marno-calcaire gris avec de la marne gris brunâtre. Ce sont les pierres à bâtir, tandis que les pierres à aiguiser sont prises dans une vingtaine de couches de grès marneux gris à grains plus ou moins fins et Silternant avec de la marne calcaire compacte et grise. Chacun de ces lits de grès a un à un et demi ou même cinq pieds de puissance, et ils renferment des débris nombreux de végétaux peu reconnaissables. Je n'y ai pas cru observer de fiicoïdes, mais bien des plantes terrestres.
La gorge du Brillgraben se divise en deux branches; en remontant celle qui est à l'ouest l'on arrive au pied d'une haute muraille de calcaire alpin ; escarpement appartenant au Leitkopfkogl, et appelé Brillwand. Dans ce lieu on voit de la manière la plus évidente la partie supérieure du dépôt arénacé du Ressenberg reposer en couches horizontales sur le calcaire jurassique alpin incliné (i). Ce lieu n'est pas loin des carrières et surtout d'un chalet, le Schemetzcepelhûtte , m haut du ravin du Sattelgraben ; mais des précipices à pic empêchent d'examiner les points du contact.
En allant des carrières de pierres à aiguiser à Vordergruben
(i) Voyez pi, I , fig. 4-