‹ Mémoires géologiques et paléontologiquesChapitre 45 sur 47 · SECONDÉ PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDÉ PARTIE

lE l'action aqueusb et des foaces d excavation qui ont agi sur les couches.

Je trouve dans plusieurs positions géologiques, mais surtout et généralement sur la surface des autres dépôts, de grands amas de gravier, composés de débris arrachés aux roches sous-jacentes et arrondies par leur charriage dans Veau. On rencontre aussi dans les couches ellesmêmes des ruptures et de profonds sillons, de manière que la surface terrestre est comme un marbre taillé grossièrement. M. Lyell pense que les eaux courantes actuelles ont pu former toutes ces vallées, pourvu qu'on accorde pour cette opération des milliards d'années. Je crois au contraire qu'en supposant même un temps infini, les causes assignées sont insuffisantes pour rendre compte des résultats, et qu'on ne peut les expliquer que par des courans violens et des masses d'eau très étendues. Si la première opinion est la théorie flti" vtatile ou atmosphérique, la seconde peut être appelée la théorie diluvienne, expression que j'emploie sans prétendre pour cela que le diluvium ait été produit par le déluge mosaïque.

La grande masse de nos continens a été formée sous la mer, et en est sortie plus tard ; or ces soulèvemens répétés ont dû être accompagnés de courans violens. De même des vastes lacs n'ont pu rompre leurs digues et s'écouler sans produire des effets analogues. De plus, de grands bouleversemens ont eu lieu après l'émersion d'une partie des continens actuels ; ainsi dans l'île de Wight et sur une étendue de côtes de 60 milles les couches ont été redressées; il est clair que le mouvement produit dans la mer par ces perturbations a du occasioner de grands déluges sur les terres hors de l'eau. On peut donc dire que dans toute théorie il est nécessaire d'admettre des courans d'eau.

Art. 1 . Les roches aggrégées et les couches de graviers dans les formations indiquent de nombreuses époques d^actiondi" luvienne violente, dont la dernière a été plus récente que le dépôt de toutes les couches régulières , et paraît former la

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limite entre l* époque actuelle et celles qui lui sont antérieur res. Dans tous les cas la distribution et la disposition des matières charriées par l'eau sont incoinpatibles avec la théorie de leur origine fluviatile.

En Angleterre on observe surtout quatre dépôts de galets ou de charriage, savoir: dans le vieux grès rouge, dans les couches inférieures du grès bigarré , sur la craie à la base du sol tertiaire, et dans le dépôt superficiel. Il est vrai que la grauwaclfe offre aussi des agglomérats , mais ils ne sont ni étendus ni bien distincts; car il est quelquefois difficile de distinguer les cailloux d'avec les fragmens de roches et les noyaux au milieu d'une pâte(i).

Dans le grès rouge ancien les poudingues occupent xine grande étendue, et leurs cailloux sont surtout composés de quarz^ minéral abondant dans les dépôts inférieurs. Il y a aussi ..des fragmens de variétés plus siliceuses ou endurcies de schiste , de jaspe , de ^runsiein, etc. : on devrait rechercher le gîte de ces dernières roches. La disposition de ces cailloux fait soupçonner qu'ils ont été déposés par les vagues d'un océan comme le gravier sur les rivages actuels ; car les rivières ne peuvent charrier du gravier que le long de leurs bords ou sur les plaines exposées à leurs inondations. Ainsi, lorsque nous trouvons de grandes plaines couvertes de gravier, nous ne pouvons pas expliquer ces dépôts sans avoir recours aux vagues de rOcéan. En comparant le niveau de ces lits avec ceux des roches antérieures de formation sous-marine, autant que le permettent les dislocations et les dérangemçns, nous trouvons en général ces masses de gravier déposées sous ce qui paraît avoir été le niveau de la mer à l'époque de leur dépôt. Les partisans de la théorie fluviatile pourront répondre que la mer a distribué ce gravier, niais que les rivières le lui ont

(i) Notre savant ou])!in (pic plus le sol observe est ancien, plus \cs pentes qu'ont patronrn les cMilIoux onl «In être eourles, par consé- ; quent moins on doli y o])S(rv('r do cailloux hien arrondis et de variétés parmi eux. D'après celte idée, je pense que la grauwacke, le quarz en roche, les roches qnarzo-lalqueuscs, et même le gneis, olfrent heaucoup (i'agij'^loinerats formés comme ceux des dépdts plus récens* (A. B.)

EN RAPPORT AYSC ÛS IDEES tSBORIQUES. ()§

ibumi. Cela a du arriver en partie , comme on Tobserve «bh :ore; mais dans les deux cas on doit surtout attribuer ce dépôt 1 l'agent le plus puissant ou à la mer. Dans les périodes zïk^ ciennes, ou a des raisons plausibles pour croire que les courans de TOcéan étaient beaucoup plusviolens quactaellement, d autant plus que la dislocation des couches a dû produire des mouvemens très impétueux et des courans diluviens.

L'aggloDaérat quairzeux du Millsùone'grU sur te c^lcaîro< carbonifère se trouve sous des circonstances exactement' lêmblables, et il en est de même des poudîfigués daiis Impartie inférieure du grès bigarré. Les matières de oe deraîd^ sont dérivées des chaînes anciennes voisines^ mais varient d un district à Vautre : ainsi lorsque le grés bigarré touche les chaînes de grauwacke, comme dans le Devonshire^ les caillouic ftont du quarz, du schiste dur, du porphyre,^ etc., corotne; dans l'agglomérat de Heavitree; au contraire ^pràs des chaînes calcaires, près desMendiphills, le long de l'Avon, sur le bord •ud du bassin houiller du pays de Galle» mériicfional ^lesoail» loux sont calcaires.

Dans ce cas les blocs empâtés sont quelquefois fort gros , comme entre CliftonDowns et Santt-Vinoenr, où ik pèsent çàetlà plitsieurs tonneaux. Ces cailloux offrent les fossiles des vom ehes dont ils provienn^fit. Cet aggrégat a donc dû se former au pied des chaînes comme le gravier au pied des escarpe* mens des côtes actuelles ; ces couches sont ârassi plus pnvs-^ santés près des montagnes, et décroissent à mesure qu'etle& s'en éloignent : ainsi Tagglomérat calcaire couvrant le terrain houiller près des ililendiphills a ;i5 toises d'épaisseur, et à

»o milles delà seulement i à *i t., et plus loin il disparait. D'après ces dépôts, la base des couches presque horizontales ou de celles dont le niveau relatif a été le moins changé ,on peut déduire d^i niveau supérieur du lias, des oolites, etc., que ces couches de graviers ont été formées sous la mer, et la dislocation extrême des roches carbonifères rend assez compte des courans diluviens de l'Océan de ce temps-là. En examinant le contact de ces agglomérats avec les roches anciennes , je trouve les extrémités de ces dernières tronquées et émous- ^s^ et leur sur&ce souvrat irrégulièrement excavéCy^acci-

34ô PHENOMENES DB GÀ>LOGnS

dent de nature à n'avoir pu être produit que par des coarans.' Le grès rouge secondaire des Allemands est du même âge et dans la même position que nos poudingues.

Jusqua la base du sol tertiaire^ il ny a plus de grands amas de cailloux dans les couches d'Angleterre ; néanmoins il y en a des traces dans le calcareouS'grtt et le sable ferrugineux, mais ils n'offrent que de petits cailloux, tels que ceux qu'on peut supposer distribués sur tout le fond de l'Océan. Cette absence de grands cailloux pendant certaines périodes me semble fournir les données nécessaires pour une théorie véritable de leur origine, car, sans cela, on pourrait dire que Faction ordinaire de la mer est suffisante pour expliquer ces dépôts sans avoir besoin de courans diluviens. Comme il a dû y avoir des rivages battus par la mer dans toutes les périodes, et que Faction ordinaire sur ces côtes a dû. être constante et uniforme , on devrait donc trouver ces poudingues dans tous les aggrégats s'ils ne dérivaient que de cette dernière; au contraire, on ne les trouve qu'au milieu des produits des époques qui ont été, d'après la dislocation des CQUches, des périodes de bouleversemens ; or ces derniers n'ont pu avoir lieu sans produire des oscillations dans le ni* veau de l'Océan, et par conséquent des courans diluviens. Aiosi pendant la formation des oolites et de la craie, où il y a peu d'indices de dislocations, nous observons aussi peu ou point de vestiges de courans diluviens ; mais dans la période tertiaire les couches de l'île de Wight et du Dorsetshire et celles des Alpes ont été redressées ; or, on peut s'imaginer les conséquences que de pareils bouleversemens répétés ont dû produire sur le niveau des eaux. Supposant un moment une île de 800 pieds de haut sortant de la mer sur la côte du Lin* colnshire, et 60 milles de côtes fracturées et leurs couches redressées, il est évident que l'eau de la mer en serait fort agitée, qu'elle inonderait les rivages, et même passerait sur la chaîne voisine des Woldhills en excavant des vallées et réduisant des couchés en graviers.

Le gravier tertiaire sur la craie est surtout composé de silex ; on peut bien l'étudier près de Londres sous les hauteurs

de la plaing de Blackbeathi et dans les puits de Woolwicb| de

SSr RAPPORT ÂTSCLES ID^ES taioRIQTTSS. Z^ï

<3iarlton, de Chislehurst et de Bexley. Ses coquilles le dis* linguent des graviers superficiels. La surface de la craie a été excavée par les courans qui ont produit ces cailloux.

Les graviers d'alluvion indiquent , comme M. Brongniart le dit fort bien, une grande différence dans la forme et Téléva* tion de la surface du globe, ainsi que dans la masse et la force des courans d'eau comparativement à ce qui se voit actuelornent. Les cailloux sont souvent dans des positions très élevées où aucun cours d*eau ne parvient à présent, et leur volume et leur nature les distinguent essentiellement des matériaux de transport des rivières actuelles , derniers débris provenant tous de roches peu distantes. Enfin on y voit des ossemens d'animaux perdus , et aucun reste de Thomme et aucun produit des arts*

Les personnes qui ne veulent voir dans Torigine de ces alluvions que des effets des causes actuellement agissantes , ne paraissent pas avoir une idée précise des faits en question. Ainsi la grande plaine du Lunebourg et du nord de TAUemagne est couverte de gravier en partie siliceux et crétacé , et dérivé de falaises crayeuses démantelées ou enfouies sous ces dépôts ; de plus ces débris sont mêlés de blocs énormes granitoïdes et provenant de la Scandinavie. D*après la théorie fluviatile les rivières auraient dû changer très souvent de cours pour distribuer ce gravier sur toute cette étendue de pays; elles auraient dii détruire aussi toutes les masses trop proéminentes de la craie; elles auraient charrié sur un espace de plusieurs centaines de milles des blocs considérables; elles auraient dû transporter ces derniers à rebours de leur cours actuel, propositions toutes plus absurdes les unes que les autres.

La grande plaine de Londres a été couverte de graviers siliceux dérivés de la craie du Hertfordshire , et elle offre des luttes comme celles de Highgate, de Harrow, etc., qui sont aussi couvertes d'alluvions du même genre. Donc il faudrait supposer que la surface de la plaine a été jadis à la hauteur delà cime de ces dernières éminences, et pendant cet état des choses la Tamise aurait dû changer assez souvent de lit four porter le gravier sur tous les points où il est actuelle-

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ment; enfin la rivière aurait excavé petit à petit son lit jm« ^'à 4 i 5oo pieds de profondeur et sur une étendue de pliu sieurs milliers de milles carres ; enfin elle aurait couvert cette dernière surface de gravier. Néanmoins depuis dix-huit siècles on n'observe pas de changenjent dans le lit de la rivière et ses bords ; de plus les cailloux diluviens dérivent en partie ! de districts dont les eaux coulent maintenant dans une direction opposée à celle de la Tamise.

Art. 2. Lrt configuration dts vallées q ut paraît raient résulter (f excavations , surtout les vallées transversa les coupant Itt vallées longitudinales continues , et offrant des canaux miturels d'écoulement , sont des faits contraires à t action iro* sive dés eaux atmosphériques.

Je proposerai dabord de classer les vallées d'Angleterre d'après la différence apparente de leur origine. Quoîquen général et probablement Taction érosive de Teau les ait altfr rées matériellement, il serait évidemment contraire aux phénomènes observés d'attribuer leur origine à cette seule cause. Les forces perturbatrices qui ont agi sur la surface terrestre ont souvent disloqué les couches en soulevant les unes et abaissant les autres , depuis le niveau auquel elles ont été déposées ; elles ont aussi contourné et replié les couches en îigzag. Dans le premier cas les lignes d'affaissement , dans le second cas les angles rentrans concaves auront formé naturellement des vallées ; ce sont alors des vallées de dislocntien, ou bien d*abaissem,ent ou de contour nem,ent. D'autre part, ces causes n*ont pas pu produire les vallées traversant des rfitrîcts à couches presque horizontales, et sans aucune dislocation notable ; dans ce cas si de bonnes raisons prouvent que les couches y étaient continues, nous devons supposer queh les vallées qui les coupent actuellement ont été excavées. Cette supposition est un corollaire des phénomènes du gravier dérivé de fragmens roulés et arrachés aux couches, car l'existence de ces cailloux suppose des destructions par* tielles.

Ces derniers districts sont occupés par des couches dW horizontalité presque parfaite, dont elles ne dévient gue(b 5 à 6^ tout au plus; leurs affleiu'emens sous les roches sup^

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