‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 3 sur 17 · PREMIERE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIERE LETTRE

D'après le cours ordinaire des choses , vous sentez, mon cher monsieur Faulkinher, que jamais il n'aurait dû exister de relations entre nous, pen-

(i) Les lettres qu'on va lire ont été trouvées dans les papiers de Casanova. Celui à qui elles ont été adressées était l'intendant du comte de Waldstein , et l'ennemi du célèbre aventurier. Nous avons cru devoir transcrite ces lettres pour deux raisons : d'abord elles ont fait plus de bruit qu'elles n'en méritaient; peut-être ensuite ne lira-t-on pas sans quelque intérêt le seul écrit de Casanova qui jette quelque jour mit les derniers inomens de sa vie. (Note de F éditeur. J

dant notre commun séjour au château du comte de Waldstein , où je suis employé en qualité de bibliothécaire , vous, comme intendant des marmitons \ mais , les choses les plus extraordinaires étant devenues les plus ordinaires de nos jours, il faut bien s'y habituer. Vous avez porté trois graves atteintes à mon honneur, et, en attendant que je demande aux tribunaux la juste réparation qui m'est due , vous me permettrez de mettre nos différends sous les yeux du public. C'est un juge impartial et sévère que vous tenteriez vainement de corrompre ; d'ailleurs, la cave entière de M. le comte ne contient pas assez de vin pour vous en donner les moyens. Ainsi, c'est donc le public qui va décider si vous êtes ou non un vaurien, si vous êtes un lâche ou un homme d'honneur. Allons! mon cher mon sieur Faulkinher, un peu de courage! Mettez-vous à la besogne , s'il est possible , et répondez à mes lettres. Seulement soyez assez aimable pour me faire parvenir vos réponses en français , en italien , en espagnol ou en latin, car les miennes seront écrites dans votre langue maternelle, que vous baragouinez Dieu sait comme! Je ferai les frais d'un traducteur ; vous pouvez bien en payer un de votre côté ; croyez-moi : n'avons pas honte d'avouer notre ignorance, moi dans la langue allemande , vous dans toutes les langues du monde. Ceci n'est qu'une peccadille en comparaison de vos autres méfaits. Vous vous êtes permis de me tourner en ridicule ; c'est bien le moins que j'use de représailles. Je pourrais cer-

tainement m'en dispenser, car il est des gens dont le ridicule n'a pas besoin d être démontré ; mais j'aime la vengeance, et votre punition sera terrible, je vous en avertis. En attendant, je suis, selon la formule banale qu'on met au bas des lettres et qui ne signifie rien, votre bien dévoué , etc.

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