‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 5 sur 17 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

Si j'ai bonne mémoire, mon cher monsieur Faulkinher, voilà cinq grandes années que vous arrivâtes a Dux. Aussitôt vous vous ingérâtes de fourrer votre nez partout ; intendant de la cuisine, vous vous figurâtes que la bibliothèque était de votre compétence, et, apprenant que j'avais 1,000 florins de traitement, vous voilà en campagne pour me faire congédier. Ignorant ce que c'est qu'une bibliothèque, il n'est pas surprenant qu'un bibliothécaire fût pour vous un être imaginaire, qu'il était fort inutile de loger, de nourrir et de payer. Vous exposâtes donc vos idées à M. le comte, qui vous renvoya à votre cuisine. Alors, changement de batteries : tous vos marmitons furent lâchés à mes trousses, et vous me fîtes une véritable guerre de casseroles ; c'est tout ce que vous pouviez faire. Pendant deux années, vos mauvais procédés me trouvèrent impassible. Le comte étant absent, je mangeais à mes frais ; mais depuis mon désastre deLeipsig, quand le libraire IL... m'eut enlevé 4?000 florins, obligé de renoncer à la moitié de mon traitement, je dus partager

la table des officiers du comte. C'est là que vous m'attendiez, et que je dus en avaler de terribles. Malgré votre sottise, vous avez Fart de colorer la pilule, et vous savez vous revêtir à propos de la peau de brebis , et vous donner pour un tout autre animal que vous n'êtes ; mais votre grognement vous trahit, et votre queue est visible. Sachez donc que jamais je ne fus votre dupe , et qu'au contraire vous avez été la mienne. Vous avez toujours cru que je vous estimais , et pour votre courage ! bref, que j'avais peur de vous. Mais, boue Deus ! pouvez-vous ignorer que, si je ne vous ai pas demandé satisfaction l'épée eu le pistolet au poing , c'est que, sans parler du dégoût que j'éprouverais à me battre avec un personnage tel que vous, votre poltronnerie notoire m'en ôtait la faculté. Gela, d'ailleurs, pouvait vous donner l'idée de vous débarrasser de moi , et votre cher ami1 iderol n'eût probablement pas reculé devant pareille commission. Toutes les méchancetés dont vous vous êtes rendu coupable depuis le mois de septembre 1790 m'autorisent à le penser. À propos de ce Vidsrol , voulez-vous savoir ce que tout le monde en pense , et de quel oeil on voit les relations intimes qui vous unissent? On sait que cet individu , à la mine patibulaire et niaise , fut garçon d'écurie jusqu'à vingt ans, et qu'il reçut en cette qualité plus d'un coup de fouet qui n'était pas destiné aux chevaux. A son retour d'Angleterre, M. le comte en fît son courrier, et l'autorisa à manger iivec ses officiers. Ce fripon , gêné-

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ralement méprisé, comme bien vous savez, s'avisa de séduire ma cuisinière , fort peu séduisante d'ailleurs, et lui donna la v....e, que cette vilaine femme communiqua ensuite à notre respectable inspecteur des forets, qui en mourut. Ce n'est pas tout : on sait encore qu'il a en sa possession un passe-partout au moyen duquel il pénétra mainte fois dans les appartenons du château, et notamment dans ma bibliothèque , d'où il a emporté tous les livres qui y manquent. Voilà ce qui se dit, et si le monde se trompe, si Yiderol est innocent, vous, vous ne sauriez l'être. La figure du drôle dit assez qu'il estY exécutant, etvous le conseille/'. Cachez donc mieux votre jeu.

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