‹ MémoiresChapitre 2 sur 40 · Giuseppe la Farina, Sioria dltaUa · texte numérisé non relu

Giuseppe la Farina, Sioria dltaUa

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DE J. GAniBÂLDI b

avait, vers la fin du mois de juillet de Tannée 1800, approuvé parédit la constitution de la grande loge de Berlin. Le prince de Galles ne cessa de gouverner l'ordre, en Angleterre, que lorsqu'en 1813 il fut nommé régent. Enfin, dans le mois de février de Tannée 1814^ le roi de Hollande, Frédéric-Guillaume, se déclara protecteur de Tordre, et permit que le prince royal, son fils, acceptât le titre de vénérable honoraire de la loge de William-Frédéric d'Amsterdam.

Lors du retour des Bourbons en France, le maréchal Bournonville pria le roi Louis XVni de mettre Tordre sous la protection d'un membre de sa famille ; mais Louis XVIQ était homme de bonne mémoire, il n'avait pas oublié la part qu'avait eue la maçonnerie à la catastrophe de 1793; en conséquence, il répondit qu'il ne permettrait jamais à un membre de sa famille de faire partie d'une société secrète, quelle qu'elle fût.

En Italie, la maçonnerie tomba avec la domination française; mais en ses lieu et place commença d'ap* paraître le carbonarisme, qui semblait reprendre la tâche où la maçonnerie l'avait abandonnée, pour la continuer dans son sens libérateur.

Deux autres sectes pointaient à côté de celle-là :

L'une qui s'appelait la Congrégation catholique, apostolique et romaine;

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L'autre, la Consistoriale.

Les membres delà Congrégation avaient, pour signe de reconnaissance, un cordon de soie jaun^ paille avec cinq i^œuds. Les affiliés aux ordres inférieurs ne parlaient que d'actes de piété et de }>ie^f{iisance ; quant aux secrets de la secte, connus seulement des hauts grades, on n'en pouvait parler que lorsqu'on était deux ; un troisième, survenant, faisait cesser ^ l'instant même la conversation; le mot de passe des congréganistes était Eleuteria, c'est-à-dire liberté; la parole secrète était Ode^ c'est-à-dire Indépfindc^nce,

Cette secte, née en France parmi les néocatholiques, et dont furent plusieurs de nos meilleurs et de nos plus constants républicains, avait franchi les Alpes, était passée en Piémont, et de là en Lombardie; mais, une fois là, elle eut peu d'adeptes, ^i ne tarda point à s'éteindre, les agents secrets de l'Autric^xe étant parvenus à se procurer, à Gênes, les patentes que l'on délivrait aux initiés, ainsi que les statuts et les signes de reconnaissance.

La Consistoriale était principalement dirigée contre les Autrichiens; à sa tête se trouvaient les princes d'Italie qui n'appartenaient point à la maison de Hapsbourg; elle était présidée par le cardinal Gonsalvi; le seul prince qui n'en fût pas exclu était le duc de Modène. De là, lorsque cette ligue fut

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connue, les terribles persécutions de ce prince contre les patriotes : il avait à se faire pardonner sa dé- «NTtion par l'Aatricbe^ et il ne fallut pas moins que le sang de MeBOtti, sen compagnon de conspiration, pour le racconmoder avee elle.

Les consisloviaUfites avaient peur but d'armcher ritalie à François II et de se la partager* Outre RomeellaRoniagiie qu'il gavdatt, le fêçe acquérait la Toscane. L'tle d'Elbe et les Marches passaient ai» roi de IDiplee; Parme, Plaisance et une pavtie de la Lombardie, avec le titre de roi, au duc de Modène; Massa, Garare, Lucques, au roi de Sardaigne; enâ»^ rempiH*eiir de Russie Alexandre» qui, par aversion pour rAutriche, &v(Hrisait ces secrets desseins, avait soit Ancône, soit Civitta-Vecchia, soit Gènes, pour s'y faire un établissement dans la Méditerranée.

Ainsi, vous le vogres, sans consulter les peuples m les délimitations territoriales naturelles, cette der«« mère ligue se partageait les âmes comme font, après une razzia, les Arabes d'un troupeau conquis; et ce droit, qulai) la dernière eréailure née sur le sol européen, de se choisir son mettre etds n'entrer comme domestique que chea celui qui lui convient, oe droit était refusé aux nations*

Par bonheur, un seul de tous ces projets, celui que se promettaient les carbonari, était selon, te

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s MÉMOIRES

cœur de Dieu; aussi celui-là ast*ii en train de s'accomplir 1

Le carbonarisme, qui seul était appelé à donner des fruits, croissait cependant vigoureusement dans les Romagnes : il «'était réuni à la secte des guelfes, qui avait fait son siège à AncOne, et s^appuyait au bonapartisme.

Lucien était élevé au grade de grande lumière; dans les réunions secrètes, on démontrait la nécessité d'arracher le pouvoir des mains des prêtres, on invoquait le nom.de Brutus, et Ton préparait les esprits à la république.

Bans la nuit du24 juin 1819, le mouvement éclata : il eut l'issue funeste qu'ont d'habitude les premières tentatives de ce genre; toute religion qui doit avoir des apôtres, commence par avoir des martyrs. Cinq carbonari furent fusillés, les autres condamnés aux galères perpétuelles; quelques-uns, jugés moins coupables, furent enfermés pour dix ans dans une forteresse.

Alors la secte, devenue plus prudente, changea de nom et s'appela la Société latine.

Dans le môme moment, la même société conspirait en Lombardie, et étendait ses ramifications dans les autres provinces d'Italie. Au milieu d'un bal donné à Rovigo par le comte Porgia, le gouverne-

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ment autrichien fit arrêter plusieurs personnes, et, le lendemain, déclara coupable de haute trahison toute personne qui se ferait affilier au carbonarisme. Mais là où le mouvement fut le plus violent, ce fut à Naples. C!oletta affirme, dans son histoire, que les affiliés du royaume montaient au chiffre énorme de six cent quarante-deux mille; et, selon un document de la chancellerie aulique de Vienne, il serait resté au-dessous delà vérité. « Le nombre des carbonari, dit ce document, monte à plus de huit cent mille dans le royaume des Deux-Siciles, et il n'y a ni police, ni vigilance qui puisse arrêter un tel débordement; il serait donc insensé de demander qu'on l'anéantit K

En même temps que se faisait le mouvement de Naples,'Riego, autre martyr qui a laissé un chant de mort devenu depuis un chant de victoire, levait, le 1*' janvier 1820, la bannière de la liberté, et un décret de Ferdinand VII annonçait que la volonté du peuple s'étant manifestée, le roi s'était décidé à jurer la constitution proclamée par les cortès générales et extraordinaires en 1812.

Les prisons, en s'ouvrant, donnèrent un ministère à l'Espagne.

i. Sloria d^tiaUat -^ la Farina.

Ferdioand P' de Naples, en sa qutilité ^'ioSant d'Espagne, dut, t^i ex^ testant souverain absolu, ju^er obéissance à la cQ^stitution^ fispc^l^ole, Ce fut alors cojiune un tremhleinent de te?jçe ia^% ta Cal^T bre, dai^s la Gapitanate et à Sakroe. ie gouverne* ment papolitaûpi, f^flAe, inoertain, soupoonnei»!;, dérr cEéta quelques rtforme^ in^uffisimtes, qui n'empAcbèrent point le généri^l P«pe de fftire de son e6t6 sa révolution. Naples eut, comme en 1798» ^n KûM^r-* nement provisoire et sa cbambre de roprésentants*,

Ce fut quelque temps après qu'ôcl^^ta à so«^. tour la révolution piémontai$e. Le Qo^atin iu, iQ mars, le capitaine comte Palma faisait pi^endre le$ armes au régiment de Gênes et poussait ce cri : (( Le roi et la constitution espagnole! » Le lendiem^in, «n gouvernement provisoire était éta,bli au nom du royaume d'Italie; il déclarait la guerre à l'Mtriebe«

Ainsi la révolution, partie d'Anf^One) avait g^néi r^aplei; Qt pétait revenue k Turin» Troi^ vo)caw s'éti^ient ouverts en .^^Ue, s$ms. oo^ipji^r celnû d'Espagne, et \aLoipb^rdle. s'agit^ 4»ns m tl^mgle de feu.

Le roi V^ctpr-^{ll|»nwiuel I**, on £ie le rappelle, avait engagé à la Sainte-Alliance sa parole de ne faire au peuple aucune concession.

Le surlendemain^ pour rester Adèle à s^prom^sspi

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DE I; OÀRiBALDI M

I» voi VieliHvSmmaiittel abdiquait en faveur de son frère CarlO'Pelice, alora à Modem) et nommait r^Dt le prince de Carignan^ qui fbt depuis le roi Charie»*Albcvt

C'élail on grand mdheiir pour les patriotes que cette adidteatîon d^un prince au oosur italien, eo £iveur d'un prince tout dévoué à ^Autriche*

Aussi^ Santa-Rosa, l'un des preaneis promoteurs du mouv^nent, s'écriait-il :

« 0 nuit du 13 mats 18il, nmt fatale à ma pairie, qui nou& as découragés tous, qui ae abaissé tant dopées levées pour la défense de la patrie, qui ae brisé tant de chères eapéraiiees I Avec le roi Victop- Etomanuel, la nationalité du Piémont l'emportait; la patrie était dans le roi, elle se personnifiait dans ce ccMir loyal, et nous avions fait cette révolution en criant : «Gouragel il nous pardonnera peutrétre » UAjoiirde l'avoir ftitroi dasixmmionsdltaUeas,» .

Mais il n'en était point ainsi avec Carle^Feliee'; on retomlnit souale joug de l'Autriebe, et tout âtût: à recommencer*

Cependant tout espoir ne Uà point po^o^ ki' 14 mars, le prince de Gari|paan, comme régent^ parai au baiera ; et au milieu des immenses aecla^. nialieas dape«ple, iljMroelamala^eonstitiitionâ'fle^.

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Comme ce fait devait» dans l'avenir» avoir un immense retentissement ; comme le roi Charles-Albert devait un jour démentir le prince de Carignan, citons, non-seulement le £aiit de la constitution proclamée de vive voix, mais encore le texte môme de rafûche qui fut appliquée sur les murs de Turin.

En voici la traduction littérale :

« Dans le moment difticile où nous nous trouvons, il nous est impossible de nous renfermer dans les étroites limites de notre rôle de régent; notre respect et notre soumission à Sa Majesté Charles- Félix, auquel est dévolu le trône, aurait dû nous conseiller de nous abstenir d'apporter aucun changement aux lois fondamentales du royaume, ou de temporiser, du moins, jusqu'à ce que nous connussions les intentions de notre nouveau souverain; mais, comme l'impériosité des circonstances est manifeste, et comme, d'un autre côté, nous tenons à rendre au nouveau roi un peuple sain, sauf et heureux, et non pas déjà brisé par les factions de la guerre civile, nous avons, en conséquence, toute chose sagement pesée, décidé, sur l'avis de notre conseil, et dans l'espérance que Sa Majesté, poussée par les mêmes considérations, revêtira notre délibération de son approbation souveraine, nous avons décidé, disons-nous, que la constitution de TSspa-

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DE J. 6ARIBALDI 13

gne serait reconnue comme loi de l'État, sous les modifications que, d'accord, y apporteraient le roi et la représentation nationale. »

Cinq ans après son établissement en Italie, voilà donc ce que la charbonnerie avait obtenu : une constitution en Espagne, une constitution à Naples, une constitution en Piémont.

Hais celle-ci, la dernière née, devait être la première étouffée.

Au lieu de revenir à Gônës ou à Milan, au lieu d'approuver et de consolider les libertés données par le prince de Carignan, le roi Cario-Felice rendait, le 3 avril suivant, l'édit que Ton va lire :

ce Le devoir de tout sujet fidèle étant de se soumettre de bon cœur à l'ordre de choses qu'il trouve établi par Dieu et par l'exercice de la souveraine au* torité, je déclare que, relevant de Dieu seul, c'est à nous de choisir les moyens que nous jugerons les plus convenables pour arriver au bien, et que nous ne regarderons plus, en conséquence, comme d'un sujet fidèle de murmurer des mesures que nous croyons nécessaire de prendre; nous publions donc, comme règle de la conduite de chacun, que nous ne reconnaîtrons comme fidèles sujets que ceux qui se soumettront immédiatement, subordonnant à cette souQiission notre retour dans nos États, »

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14 IIÉMOIRfiS

Bt en môme temps que le roi Ohartes-Feliz ren* dait cet édit, modèle d'aveuglement, de sottise et d'entêtement, il nommait une commission militaire chargée d'avoir à connaître des délits de trahison, d^ rébellion et d'insubordination qui avaient été commis* Par bonheur, les principaux oriminek, c'est-à-dire ceux dont les noms sont aujourd'hui les nonis glorieux du Piémont, étaient déjà en fuite^

La commission nommée par Carlo-Felice ne p«> dit pas de temps. On a vu les rois manquer de bourreaux» jamais déjuges : le tribunal, en cinq mois, jugea cent soixante-dix-huit personnes; il en coQr damna soixante-treizQ à la mort et à la eonfisca* tion, et les autres à la prison et aux galères.

Des condamnés à mort, soixante étaient conio* maces, et furent pendus en effigie.

Nommons quelques-uns de ces heaumes, pour que l'on voie bien quels étaient ceux que frappait ce pouvoir stupidement absolu, qui, depuis Tarquin, n'a jamais su abattre que les tôtes les plus hautes el les plus intelligentes.

C'étaient : le lieutenant Pavia, le lieutenant An** saldi, le médecin Ratazzi,^ l'ingénieur Appiani, Pavocat Dosséna, l'avocat Luzzi, le capitaine Baronis, le comte Bianco, le colonel Régis, te major Santa« Bosai le ciq^taine Lesio, le colonel Gasaf^ioi le ma»

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BK I. GARîBALDI 15

jor CoIIegno, le capitaine Radice, le colonel Morozzo, le prince Délia Gisterna, le capitaine Ferraso, le capitaine Pachiarotti, l'ayocat Maro^etti, le sous-lieutenant Anszanst, l'avocal B^Tina.

En tout, six officiers supérieurs, trente officàers secon^ires, cinq médecins, dix ayoeats, un prince; tous illustres par les doi^i^ 4e riAtoUigwce, tous remarquables par les qualités du çodur-

Deux avaient été arrêtés et furent exécutés; c'é^ taient le lieuteiiapt de cara))inier$ Jean-Baptiste Lanari, le capitaine Gi^çon^p QareUi. L'exécution eut lieu, pour Tun, le â juillet, pour Tautre, le â& apipit.

Un des principaux coui^bl^ était saiis contredit Charles-Albeft. U ^vait proclam la oonstitHtion, non pas, comme Tout d|t $es p^tisausts«uf Tauproi baiion c(e Carlo-Feliçe^ mais dans €ie$ t^rioe^ qui sont loin d'admettre la réserve :

<x Nella f^y^çia^ ch^ Sm Ma^e^ta il n nwso (i'«< Mt^m conHderqximif SA&f rsi^ i^vestibp qmr^ dêiib^r^ zione délia sw^ sovram ^ipprovas^ianfi • te coeiHin;iiom. di Sgagffft s^j^ nffmu&A'n ftOfiss&vATà cou jubosb

Auss), ai^ r^u de la lettre qui lui notifiait le re<* fus du roi Garlo-Felice, le prince de Cadgnan cou<! îut^il ^ l||[Q4àpe) mm Iç rQi retoa de le recevolTi

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et le duc lui fit intimer Tordre 9e quitter ses États. Le prince de Garignâo se retira à Florence, près du grand-duc de Toscane; il ne s'agissait point pour Charles-Albert d'un simple exil ou d'une disgrftce momentanée, il s'agissait de la perte du trône du Piémont. Lq bruit se répandit que Cbarles- Félix léguerait lacouronne au duc de Modène, et que celui-ci, qui avait manqué le trône dans la conspirations des princes italiens contre l'Autriche, cette fois, atteindrait le but de ses incessants désirs.

Le prince de Garignan confia sa position au comte de la Maisonfort, notre ministre à Florence. Le comte de la Maisonfort écrivit aussitôt à Louis XVin.

Voici un fragment de la lettre de notre ministre :

« Pour déposséder le prince de Garignan de son héritage, il est question d'appeler au trône la duchesse de Hodène, fille atnée du roi Victor. Cette facilité à écarter la maison de Savoie d'un trône qu'elle a fondé, cette ingratitude, cachet du siècle où nous vivons, ne peut être partagée ni soutenue par le chef d'une maison dix-huit fois alliée avec elle, et cette politique ne peut être celle [du gouvernement français, qui a au moins le droit d'exiger l'entière indépendance du souverain qui tient la clef de l'Italie, y»

Louis XVin fut de l'avis de son ministre; il écrivit

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au prince de Garignan qu'il lui offrait un refuge à la cour de France. C'était lui dire : « VouÎJ n'avez rien à craindre, je prends vos intérêts entre mes mains, je ne permettrai pas qu'un autre que vous soit roi du Piémont. »

En effet, le roi qui avait octroyé la charte à son peuple, ne pouvait faire un crime à un prince d'avoir promis au sien une constitution qui n'avait pas été reconnue.

Mais il fallait que le prince de Carignan ftt ^ amende honorable aux yeux de la Sainte-Alliance.

Des trois constitutions nées du carbonarisme, l'une, celle du Piémont, avait été étouffée à sa naissance, des propres mains du roi Carlo-Felice; l'autre, celle de Naples, avait été anéantie par l'invasion autrichienne; la troisième, la seule survivante, celle d'Espagne, allait être mise à néant par l'intervention française.

n s'agissait pour le prince de Carignan, qui avait proclamé la constitution d'Espagne à Turin, d'aller combattre à Madrid la constitution d'Espagne.

Le breuvage était amer à avaler; mais, si Paris valait bien une messe, le Piémont valait bien Une médecine.

Le prince de Carignan cacha sa rougeur sous les longs poils d'un bonnet de grenadier, fit la campagne

iB MËMOIRBS

d'Espagne, eiftit nii des vainqueurs du Trocadiéro; de sorte que, quand Garlo-Felice mourat, le â7 avril 1831, le prince de Garignan monta sans trop de difficulté sur le trône, sous le uobei de Charles-Albert.

L'Autriche, qui eût préféré voir là son archiduc de Modène, jeta les hauts cris ; elle présenta aux rois Charles- Albert comme un carbonaro; et, aux carbonarî Charles-Albert comme un traître.

Elle mentait doublement.

Gharles-Albert n'était point un carbonaro ; la proclamation par laquelle il donnait la constitution démontrait qu'il donnait cette proclamation comme contraint et forcé.

Charles-Albert n'était point un traître, n'ayant pas pris d'engagement personnel ; o^était tout simple- Q^nt un prince qui avait Tambitioa de devenir roi.

La honte d'aller abolir à l'autre bout de l'Europe la constitution qu'il avait proclamée à Turin était effacée par le courage du grenadier; le soldat avait absous le prince.

Del Poz20 lui écrivait de son exil à Londres : files moyens termes et les maures incomplètes na servent à rien et n'avancent rien en pMtique; lA HSMOiiT veut

UN EOI CONSTITUTIONNEL. »

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Un autre patriote, qui gardait ranonyme, lui écrivait:

<c Mettex-'Vom à la têieUe la nationt écrivez mr votre bannière : union, liberté, indépendance. Dédavêir vous k tmgeuar el VitUêrprite du dr&U pofmlaùre. IntiîuleZ'Vom te régénérateur de F Italie; délvere>la des barbares^ bâtissez V avenir y donnez un nom à unsiècle^ ^fondez une ère qui date de vous. Soyez le Napoléon de la liberté italienne. Jetez à rA.ut;Bii^lie, avec votre gant, le nom de l'Italie: ce vieux nom fera des prodiges; appelez-en à tout ce qu'il y a de grand et de généreux dans la Pénin^ul^, Une j^wessa ardente» courageuse, sollicitée p^ l^s deux passions qui Sont les héros, la haine et la gloire, vit depuis longteipps dans un sçul peuser, et ne soupire qu'après le moment de le mettre en action ; appelex-la aux armes, mettez les villes et les fort^esses sous la garde des citoyens; et, lihre ainsi de tout autre soin que celui de vaincre, donnez-lui l'impulsion. Réunissez à vous tous ceux que la renommée a {proclamés griuids d'intelligence, fort» de courage , purs d'avarice, exempts de bass^a ambitions, In&pirez, enfin, la confiance à la multitude, en effaçant tous doutes sur vos intentions et en invoquant l'aide de tous les hommes libres, Sire, je voua dis la vérité : les hommes libres attendent votre réponse par des actions;

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mais, quelles qu'elles soient, tenez pour certain que la postérité proclamera en vous le premier des hommes ou le dernier des tyrans italiens. Choisissez ! »

Ce qui fait véritablement des rois les élus du Seigneur, c'est qu'ils soient ceux à qui Ton écrit de pareilles lettres ; si le roi Charles-Albert eût suivi les avis de son correspondant anonyme, il eut, à coup sûr, commencé par Goïto, — - mais il est probable qu'il n'eût point fini par Novare.

Charles»Albert jeta la lettre au feu et, au lieu de marcher dans le large chemin qui lui était ouvert, s'engagea dans l'étroit sentier d'une tortueuse politique.

A partir de ce moment, divorce fut prononcé entre le roi de Sardaigne et la Jeune Italie.

Lk jEums Italie I C'est vers cette époque que furent, pour la première fois, prononcés ces trois mots.

De quoi se composait-elle, alors? De Joseph Mazzini, l'infatigable promoteur de l'unité italienne, sur la tête duquel l'Italie a mis d'abord la couronne de lauriers de la victoire, et met aujourd'hui la couronne d'épines de l'ingratitude. Joseph Mazzini, à peine connu à cette époque par quelques publications patriotiques, tourmenté par la police de Milan,

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DE h 6ÀRIBALDI SI

s'était réfugié à Marseille, où jl posait les premières pierres de Tœuyre immense entreprise par lui, en envoyant avec mille difficultés en Piémont les numéros de sa Jeune Italie.

Les nobles et les prêtres piémontais, qui s'étaient emparés de l'esprit de Charles-Albert, tremblèrent en entendant sonner le tocsin de la pensée. Depuis deux ans qu'ils avaient pris racine à la cour, ils avaient pu déjà mesurer leur puissance; et cependant ils connaissaient le roi Charles-Albert, son immense soif de popularité et, bien qu'il fraternis&t ostensiblement avec l'Autriche, ils avaient peur qu'un jour ne se réveillât en lui, nous ne dirons pas quelque levain de libéralisme, mais quelque éclair d'ambition.

On savait que Charles-Albert, dans ses nuits fiévreuses, comme en ont les rois, rêvait le trône d'Italie. Or, ce trône, il n'y pouvait monter qu'en donnant la main à la Révolution; le trône dltalie était à la nomination non des rois, mais des peuples.

Il fallait donc mettre une barrière entre lui et les patriotes.

Un jour, un assassin en bonnet de juge se leva et dits

— Il est temps de lui faire goûter le sang.

Le même jour, le roi Charles-Albert fut prévenu

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2s minoiREd

qaNin grand éûmplot se tramait contre Itii dans Tarmée; oe ^mplot, lui dit'on, atait pour but de le détrôner.

Les faits farent dénaturés» les périls exagérés; on attaqua toutes les fibres de Thomme et du prince pour lui donner ces ressentiments mortels, d^t avaient besoin ees hommes qui s'intitulent les sauveurs des monarchies.

On dénonça, on mentit, on calomnia, et la soit du sang M habilement éveillée dans le gosier royàP.

Une commission criminelle extraordinaire ftit créée à Turin, pour diriger par une impulsion unique tous les supplices du Piémont.

La première violation du code pénal fut cette décision de la commission, que tous les accusés, militaines ou non» seraient justiciables d'un conseil de guerre.

G'est alors que lût faite la i^ponse mémorable que Ton va lire.

Un officier, qui siégeait comme Juge dans le con* seil d'enquôte, interrogeait un Jurisconsulte sur quelques principes de droit criminel. Le Juriscon* suite lui répondit que la première base de toute loique la première règle de tout code était celle-ci :

i. Brofferio, Histoire du Piémon»^

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DE h «ARIVâLDI SI

c Un eonseîl d'enquâte militaire doit se déclarer incompéieut 4 juger des citoyens. »

— - Gela ne nous est pas possible» répondit Toffi* cier; le gimérol a çfdomi de nom dédanr ponvr

El, pour cette fois, Tordre du gépéral Ait ia base de la loi, la règle du code.

Is preaûer qui«taeba de son sang la pourpre du DOUT^iiU roi, fut le caporal Tambarelli ; ilfutftisillé par derrière, pour avoir commis le crime de lire à ses soldats le J$um Italie.

Le {second lut le Ueut^aot Toile» coupable d'avoir eu entre les mains des livres séditieuse, et, connaissant le complot, de ne Tavoir pas dénonce.

Gomme Tambarelli, il fut fusillé par derrière.

G'était une ingénieuse invention de la magistratui^ piémontaîse, pour assimiler le supplice de la fusillade à celui de la potence.

Ge n'était point assez de tuer, il fallait essayer de déshpnç^r, Le 16 juin, on fusillait, toujours jMir derrière^ le sergent Miglio, Qiuseppe Biglia et An» tonio Gai^oUi.

Tous ce3 bomn^es-là moururent avec un courage admirable» Jacopo Rufflni était enfermé dans les prisons de la tour de Gênes. On cherchait à lui enlevai: len fQ?ee$ par tous les moyçna : défaut de

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14 MËMOniES

nourriture, défaut de sommeil. Il sentit qu'il s'affaiblissait, Qon-seulement physiquement, mais moralement. Il résolut de ne point attendre qu'on le plaçât entre la mort et la honte. Craignant de n*a*. voir point la force de choisir la mort le jour où la chose arriverait, il détacha une lame de fer de la porte de sa prison, Taiguisa, et s'en coupa la gorge.

Dans les spasmes de son agonie, il eut le temps d'écrire du bout de son doigt, et avec son sang, sur la muraille :

ce Je lègue par testament ma vengeance à lltalie.»

Lorsqu'on entra le matin dans sa chambre, on le trouva mort.

A Gênes, furent fusillés :

Luciano, Piacenza et Louis TurfPsw

A Alexandrie :

Domenico Ferrari, Giuseppe Menardi, Giuseppe Bigano, Amandi Costa, Giovanni Marini.

Puis vînt le tour d'Andréa Vochieri.

Comme à Jacopo Ruffini, consacrons à André Vochieri quelques lignes*

Un condamné d'Alexandrie, qui survécut aux longues tortures de Fenestrelle, a laissé dans ses Mémoires le récit de l'agonie d'Andréa Vochieri.

aD'abord, dit-il en parlant de lui-môme, on m'enleva mes livres, qui se composaient d'une Bible» d'un

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DE J. 6ARIBALDI 25

recueil de prières chrétiennes, et d'une Histoire ia capuewM Ulustres du Piémont; puis on me mit les fers aux pieds, et on me conduisit dans un autre cachot plus humide, plus noir, plus sordide que le premier, avec fenêtres à doubles barreaux et portes à doubles cadenas : ce cachot attenait à celui du pauvre Vochieri; quelques gerçures mal réparées permettaient que je plongeasse la vue de ma prison dans la sienne, et une faible lumière, filtrant chez lui, me permettait de l'entrevoir. Il était couché sur un misérable banc avec les fers aux pieds; deux gardes se tenaient à ses côtés, le sabre nu ; un factionnaire, armé d'un fusil, gardait la porte. Il se faisait, dans ce sombre cachot, un terrible silence : les soldats semblaient, plus consternés que le prisonnier lui-même ; de temps en temps, deux capucins venaient le voir et l'exhorter. Je l'eus ainsi devant les yeux, ne pouvant m'empêcher de le regarder, quelque douleur que j'éprouvasse de le voir ainsi pendant une semaine entière. Enfin, un jour, on l'emmena : on le conduisait à la mort. i>

Mais ce que ne raconte pas le prisonnier, car il ne pouvait pas le savoir, c'est que Vochieri fut conduit à la mort par le chemin le plus long; il est vrai que ce chemin passait devant sa maison, et que sa maison était habitée par sa sœur, sa femme I. 2

n MËMOIfttft 98 I. GARttiÀLDI

et set éewk eafonts. On espéfàit qu*è !» ¥ti6 dèf ïttA ce qii-il aimait au monde^ le eotiFaige dtt Mtidfttttlié faiblirait et cpi'il ferait des Révélation».

Mais lui^ souriant trietèment }

-^ Il9 ont oublié, dit-il^ qu'il y «fait quelque chose au monde que j'aimais mieux que sifiUr, femme et eufents : c'est l'Italie. Vive lltuliél

Puisi se tWFuant vers les gardeMàioui^niès qui allaient le fuiiller au lieu de suldats, il dit oe Mul mot : « Marchons I »

Un quart d'beuie «près, il totnbail jj^r^eé de tàt balles^

Maintenent» CbarleS'Albert était de la famille des rois de la Sainte* Alliance, comme lepape, comme le roi de Naples» comme François IV et comme Ferdinand vn : il avait les mains rotiges/du sang de sou peuple.

Il y av$iit alors, à Nicoi un jeune homme qui regardait couler tout ce sang, en se faisant à lui' même 1$ serment de consacrer sa vie au culte de cette libei^té, ppur laquelle tombaient tant de martyrs.

Ce jeune liomme, alors A§é de vingt-six ans, était Josepb Garibaldî.

Laissonsrle parler et raconter lui*même les mer^ veilleux événements de son aventureuse existence^

AUEX. DUKâS,

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MÉMOIBES

DS

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