JOSEPH GARIBALDI
Je sfm M à Nke le 29 joUlet 1807, non^seulem^nt ddins la mémo xnai^Qn, mais dans la chambre laérn^ où naquit Mat^éna* L'illustre jaoarôchal était, 4^a(nme on I9 aait^ Sis ct'^ffl boulanger. Le rez-decbdiiiiçeée i(W h maison est ^encore aujourd'hui une boutangcrie,
Maja» avant de pa^er de moi, que Ton me perme^tte de ^i^e «n mot de o^^e^ exeellenU parcuu, dont le caractère honorable et la profond^e tendresse ,ç^i^at ;tant d'iAfluence mr mon éducaUo9 et sur Q^es di$>(^o^ti9.n$ ph^sçictues.
Mon pè^e Don^iniq^e Garibaldi, né à Gbiav^^ri, était fil$ dç maria et j^uaTio lui-même; $es ^^eux
dbyGoogk
en s'ouvraut virent la mer, sur laquelle il devait passer à peu près toute sa vie. Certes, il était loin d'avoir les connaissances qui sont Tapanage de quelques hommes de son état, et surtout des hommes de notre époque. Il avait fait son éducation maritime, non dans une école spéciale, mais sur les bâtiments de mon grand-père. Plus tard, il avait commandé un bâtiment à lui, et s'était toujours tiré honorablement d'affaire. Sa fortune avait subi nombre d'accidents, les uns heureux, les autres malheureux, et souvent j'ai entendu dire qu'il eût pu nous laisser plus riches qu'il ne l'a fait.
Mais, quant à cela, peu importe. Il était bien libre, * pauvre père, de dépenser |comme il l'entendait un argent si laborieusement gagné, et je ne lui en suis pas moins reconnaissant du peu qu'il m'a laissé. Au reste, il y a une chose qui ne fait aucun doute dans mon esprit, c'est que, de tout l'argent qu'il a jeté au vent, celui qui a glissé de ses mains avec le plus de plaisir est celui qu'il a employé à mon éducation, quoique cette éducation fût une lourde charge pour l'état de sa fortune.
Que l'on n'aille pas croire cependant que mon éducation fut le moins du monde aristocratique. Non, mon père ne me fit apprendre ni la gymnastique, ni les armes, ni l'équitation. J'appris la gym-
dbyGoogk
DE i. 6ARIBALDI 29
nastique en grimpant dans les haubans et en me laissant glisser le long des cordages; Fescrime, en défendant ma tête, et en essayant de fendre de mon mieux la tête des autres; et Téquitation, en prenant exemple des premiers cavaliers du mondei c'est-àdire des Gatichos,
Le seul exercice de ma jeunesse — et pou? celuilà non plus je n'eus pas de maître — fut la natation. Quand et comment appris-je à nager, je ne m'en souviens pas; il me semble que je l'ai toujours su, et que je suis né amphibie.— Aussi, malgré le peu d'entraînement que tous ceux qui me connaissent savent que j'ai à faire mon éloge, je dirai tout simplement, sans que je croie qu'il y ait à se vanter de cela, que je suis un des plus rudes nageurs qui existent. Il ne faut donc me savoir aucun gré, étant connue la confiance que j'ai en moi, de n'avoir jamais hésité de me jeter à l'eau pour sauver la vie d'un de mes semblables.
Au reste, si mon père ne me fit pas apprendre tous ces exercices, ce fut plutôt la faute des temps que la sienne. A cette triste époque, les prêtres étaient les maîtres absolus du Piémont, et leurs constants efforts, leur travail assidu tendaient plutôt à faire, des jeunes gens, des moines inutiles et fainéants, que des citoyens aptes à servir notre malu t.
^0 MËM0IRE9 '
heureux pays. En outre, Tai^o^r profoud que ivous portait inou pauvre père lui faisait çedQuter jusqu'à TQiQbre de toute étude pouya,^t d€i¥emr plus tard un danger pour uqus.
Qvi^ut à ma mère, Rosa Ragiundo, je le déclare avec orgueil, c'était le modèle des tCtPUneç. Çerteg» tçyj fil? doit dire de sa mèi;e ce Qi^e je rtjs.de la mieQp^ ; ipfais nul ue le dira avçc plu3 4^ ço^viotion que moi.
Une des amertumes de ma vie, e^ ce n'e^t p^s 1^ moindre, a été et serji ^e i;i'a,vQir pas pu l^ rQqdre heureuse ; igiais, tout ^u contraire, d'aypir atti;isté et €[ndolpri le^ derniers jours ^e son existence ! Dieu ^eul peut saypir les angoisses que lui a dq^qées mo^ aventureuse carrière, car pieu seul sait Timmensité de la tendresse quelle avait pour moi. S'U y a qvielque. bon sentiment dans mon ^me, j'avQ^e h^ut^ment que c'est d'elle que je le tiens. Son Angélique caractère ne pouvait faire aut^emei^ qpe d'avoir son reflet en moi. N'est-f^e pj^s k sa pitié pour le pilleur, à sa compassion po]|ir 1^3 spufiraiices que je dois ce grand amour, je dirai plus, cette profonde charité pour la pa^ie ; charité qui m'a valu T^ilfeçr tion et la sympathie de m^s inalb<3urepx co|ici« toyens. Je ne suis certes pa^ super^miçiisc; Qisipea* dant j'affirmerai çeci| c'est <1H^» dapa.jieg cirçon*
dbyGoogk
D£ ^ GARiBALDI 31
stances les plus terribles de ma vie, quand l'Océan rugissait sous la carène et contre les flancs de mon vaisseau, (ju'il soulevait comme un liège; quand les boulets sifflaient à mes oreilles comme le vent de la tempête; quand les balles pleuvaient autour de moi comme la grôle, je la voyais constamment agenouillée, ensevelie dans sa prière, courbée aux pieds du Très-Haut, et moi, ce qui me donnait ce eeiuage dont on s'est étoaué pacfoi», c!«st.^ convietkm qu'il ne pouvait m'acriver aucun malbeur, quand vm si saipte femme» ^^uand m p^r^il 9^^ portail [^ur moi*
dbyGoogk
llfiS PREMIÈRES ANNÉES
Je passai les premières années de ma jeunesse comme les passent tous les enfants, au milieu des rires et des pleurs, plus ami du plaisir que du tra* vail, du divertissement que de Tétude; si bien que je ne profitai pas, comme j'eusse dû le faire si j'eusse été plus sage, des sacrifices que mes parents faisaient pour moi. Rien d'extraordinaire ne m'arriva dans ma jeunesse. J'eus bon cœur. C'était' un don de Dieu et de ma mère, et les élans de ce bon cœur, je les ai toujours voluptueusement satisfaits. J'avais une profonde pitié pour tout ce qui était petit, faible et souffrant. Cette pitié s'étendait jusqu'aux animaux, ou plutôt commençait aux animaux. Je me rappelle qu'un jour je trouvai un grillon et le portai dans ma chambre; là, en jouant avec lui et en le touchant avec cette maladresse, ou plutôt av^ cette brutalité de l'enfance, je lui arrachai une patte; ma douleur fut telle, que je
dbyGoogk
DE h GÀRIBÀLDI 33
restai plusieurs heures enfermé et pleurant amèrement.
Une autre fois, allant à la chasse avec un de mes cousins, dans le Var, je m'arrêtai sur le bord d'un fossé profond où les blanchisseuses avaient coutume de laver leur linge, et où une pauvre femme lavait le sien. Je ne sais comment cela se fit, mais elle tomba à l'eau. Tout petit que j^étais, —j'avais à peine huit ans, — je me lançai à l'eau et la sauvai. Je raconte cela pour prouver combien est naturel en moi ce sentiment qui me porte à secourir mon semblable, et combien j'ai peu de mérite à y céder.
Parmi les maîtres que j'ai eus dans cette période de ma vie, je conserve une reconnaissance particulière au père Giovanni et à M. Arena.
Avec le premier, je profitai peu, étant bien plus disposé à jouer et à vagabonder, comme je l'ai déjà dit, qu'à travailler. Il m'est resté surtout le remords de n'avoir pas étudié l'anglais, comme j'aurais pu le faire, remords qui renaquit en moi dans toutes les circonstances — - et ces circonstances furent fréquentes— où je me trouvai avec des Anglais. En outre, le père Giovanni étant de la maison, et en quelque sorte de la famille, mes leçons souffraient de la trop grande familiarité que j'avais
dbyGoogk
34 MÉMpIRI^S
prise avec Ipi. Au second, excellent poiattrie^ j^e 4oxs le peu que je sais ; mais je lui dois surtout uae étemelle reconnaissance, pour m*avoir initié à ma langue maternelle par la constante lecture dQ \%^ toîre romaine.
La faute de ne pas instruire les enfants da^s la langue et dans les choses de la patrie est fréquemment comniise en Italie, et particulièrement à Nice, où le voisinage de la France influe sur réduçatioQ- Je dois donc à cette première lecture de notre histoire et à la persistance que mettait mon frère aîné Angelo à m^en recommander Tétude, ainsi que celle de notre belle langue, le peu que je suis parvenu à acquérir de science historicpe et de faciUtô à ii^'ezprimer en parlant.
Je terminerai cette première période de n^^ vie par le récit d'un fait qiji, quoique de peu d'importance^ donnera une idée de ma disposition à la vie d'aventures.
Fatigué de l'école et souffrant de mon existence sédentaire , je proposai un jour à quelques-uns de mes compagnons de nous enfuir à Gènes. A peine dite, la chose fut faite. Nous détachâmes un batea\i de pêche, et nous voilà voguant vers l'Orient. Nous étions déjà à la hauteur de Monaco, quand un cor* saire, envoyé par mon excellent père, pous captura
dbyGoogk
DE J. 6iATâALt)I 99
et nons réintégra, tout honteux, dans nos maisons respectives. Un abbé, qui nous avait vus, nous avait dénoncés : de là vient probablement mon peu de sympathie pour les abbés.
Mes compagnons d'ayenture étaient, je me le rappelle, César Patodi, RafÀéllo dé Andreis et Celestino Bermond,
dbyGoogk