‹ MémoiresChapitre 4 sur 40 · MES PREMIERS VOYAGES · texte numérisé non relu

MES PREMIERS VOYAGES

«0 printemps, Jeanesse de Tannée! 6 jeunesse, printemps de la vie !» a dit Métastase ; j'ajouterai : Comme tout s'embellit au soleil de la jeunesse et du printemps !

C'est éclairée par ce magique soleil que tu m'apparus, ô belle Costanxa^ premier navire sur lequel je sillonnai la mer. Tes robustes flancs, ta mâture élevée et légère, ton pont spacieux, tout, jusqu'au buste de femme qui s'allongeait à ton avant, restera à jamais gravé dans ma mémoire avec l'ineffaçable burin de ma jeune imagination! Comme tes matelots, belle et cbère Costanza, s'inclinaient gracieusement sur leurs rames, véritables types de nos intrépides Liguriens! Avec quelle joie je me hasardais sur le balcon pour écouter leurs chants populaires et leurs chœurs harmonieux ! Ils chantaient des chants d'amour; nul ne leur en enseignait d'autres alors : si insignifiants qu'ils fussent, ils m'at-

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tendrissaient, ils m'enivraient. Oh! si ces chants eussent été ponr la patrie, ils m'eussent exalté, ils m'eussent rendu fou! Mais qui donc leur eût dit alors qu'il y avait une Italie? qui leur eût appris qu« nous avions une patrie à venger ou à a£franchir? Non, non! nous fûmes élevés et nous grandîmes comme des juifs, dans cette croyance que la vie n'avait qu'un but : faire fortune.

Et pendant ce temps, où je regardais, joyeux, de la rue, le bâtiment sur lequel j'allais m'embarquer, ma mère préparait en pleurant mon trousseau de voyage.

Mais c'était ma vocation que de courir les mers ; mon père s'y était opposé tant qu'il avait pu» Le désir de cet excellent homme eût été que je suivisse une carrière paisible et sans dangers, que je me fisse prêtre, avocat ou médecin; mais ma persistance l'emporta; son amour fléchit devant ma juvénile obstination, et je m'embarquai sur le bri* gantin la Costanza^ capitaine Angelo Pesante, le plus hardi chef de mer que j'aie jamais connu. Si notre marine avait pris l'accroissement que l'on pouvait espérer, le capitaine Pesante aurait eu droit au commandement d'un de nos premiers bâtiments de guerre, et nul n'aurait été plus ferme capitaine que lui. Pesante n'a jamais commandé une flotte ; mais I. 3

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qu'on s'en rapporte à lui, il en aura bientôt créé une, depuia lei barques jusqu'aux vaiiseaux è trois ponts; que la chose arrive jamais^ qu'il obtienne alors cette mission, et il y aura, j^en réponds, profit et gloire pour la patrie.

Je fls mon premier voyage à Odessa ; ees yoyage9, depuis, sont devenus si communs et si faciles, qu'il est inutile d'en faire le récit.

Mou second voyage fut à Borne, mais, cette fois, avec mon père; il avait eu de telles inquiétudes pendant ma première abseuce» qu'il levait décidé, puisque je voulais absolument voyager, que je voyagerais avec lui. ^

Nous montions sa propre tartane : la Santa Aeparata.

A Rome I quelle joie d'aller à Bome ! J'ai dit comment, par les conseils de mon frère et par les soins de mon digne professeur, mes études s'étaient tournées de ce côté. Romel qu'était-ce pour moi, fervent adepte de l'antiquité, sinon la capitale du monde? Reine détrônée I mais ses ruines immenses, gigantesques, sublimes, desquelles sort, spectre lumineux, la mémoire de tout ce qui fut grand dans le passé.

Non-seulement la capitale du monde, mais le berceau de cette religion ^inte qui a brisé les chat-

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DE h GARIBALDl «If

nés des eaclaves» qui a enqobii l'homani^, jasqu*à elle foulée aux pied» ; de eette religion dont les premiers, doodtlea vrais apôtres, ont été les instituteurs des nations, les émancipateurs des peuples, mais dont les successeurs dégénérés, abâtardis, trafiquants, véritables fléaux de l'Italie, ont vendu leur mère, mieux que cela, notre mère à tous, à l'étranger; non ! noni la Rome que je voyais dans ma jeunesse n'était pas seulement la Rome du passé, c'était aussi la Rome de l'avenir, portant dans son sein l'idée régénératrice d'un peuple poursuivi par la jalousie des puissances, parce qu'il est né grand, parce qu'il a marché à la tête des nations, guidées par lui à la civilisation.

Rome ! Oh I quand je pensais à son malheur, à son abaissement, à son martyre, elle me devenait sainte et chère au-dessus de toutes choses. Je l'aimais de toutes les ferveurs de mon âme , non-seulement dans les combats superbes de sa grandeur, pendant tant de siècles, mais encore dans les plus petits événements, que je recueillais dans mon cçBur comme un précieux dépôt.

Et loin de s'amoindrir, mon amour pour Rome s'est accru par l'éloignement et par l'exil. Souvent, bien souvent, de l'autre côté des mers, à trois mille lieues d'elle, je demandais au Tout^Puissant de la

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revoir. Enfin, Rome étail pour moi Iltalie, parce que je ne vois Tltalie qne dans la réunion de ses membres épars, et que Rome est pour moi le seul et unique symbole de Tunité italienne.

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