‹ MémoiresChapitre 5 sur 40 · MON INITIATION · texte numérisé non relu

MON INITIATION

Pendant quelque temps, je fis le cabotage avec mon père; puis j'allai à Gaglîari, sur lebrigantin VEnea^ capitaine Joseph Gervino.

Pendant ce voyage, je fus témoin d'un effroyable sinistre, qui laissera dans ma vie un éternel souvenir. Kq revenant de Cagliari, à la hauteur du cap de iMé, nous marchions en compagnie de quelques bâtiments, parmi lesquels se trouvait une charmante felouque catalane. Après deux ou trois jours de beau temps, nous sentîmes quelques bouffées de ce vent que nos marins ont appelé le libienOy . parce que avant d'arriver à la Méditerranée, il a passé sur le désert Libyen. Sous son haleine, la mer ne tarda pas à grossir, et lui-môme se mit à i souffler bientôt si furieusement, qu'il nous poussa invinciblement sur Vado. La felouque catalane

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dont j'ai déjà parlé, commença par se comporter admirablement, et je n'hésiterai point à dire qu'il n'était pas un de nous qui, voyant le temps qu'il allait faire par celui qu'il faisait déjà, n'eût pré" féré être à bord de cette felouque que d'être sur le sien. Mais le pauvre bâtiment était appelé à nous offrir promptement un bien douloureux spectacle ; une vague terrible le chavira, et nous ne vîmes bientôt plus sur la pente de son pont que quelques malheureux nous tendant les mains, mais qui bientôt furent emportés par une vague pluis terrible encore que la première. — - La catastrophe avail lieu vers notre jardin de droite^ et il nous était matériellement impossible de secourir les malheureux naufragés. Les autres barques qui nous suivaient se trouvèrent dans la même impossibilité. Neuf individus de la même famille périrent donc misérablement à notre vue/ Quelques larmes tombèreht des yeux les plus endurcis, mais furent bientôt sé^ chées par le sentiment de notre propre péril. Mais, comme si les divinités mauvaises eussent été apaisées par ce sacrifice humain, les autres barques arrivèrent sans accident à Vado.

De Vado, je partis pour Gènes, et, de Gênes, je revins à Nice.

Alors je commençai une série de voyages dans le

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Levant, et pendant le cours desquels nous fûmes trois pris et dépouillés par les mêmes pirates. La chose arriva deux fois dans le môme voyage, ce qui rendit les seconds pirates furieux, attendu qu'ils ne trouvaient plus rien à nous prendre. Ce fut dans ces attaques que je commençai à me familiariser avec le danger* et à m'apercôvoîr que, sans être Nelson, Dieu merci I je pouvais, comme lui» demander : « Qu'est-ce que la peur? »

Pendant un de ces voyages sur le brigantin la Cortese^ capitaine Barlasemeria, je restai malade à Gonstantînople. Le bâtiment fut forcé de mettre à la voile, et, la maladie se prolongeant plus que je n'avais cru, je me trouvai fort resserré à l'endroit de l'argent. Dans quelque situation désastreuse ot\ je me sois trouvé, de quelque perte que j'aie été menlicé, je me suis toujours assez peu préoccupé de ma détresse, car j'ai toujours eu la bonne fortune de rencontreï* quelque âme charitable qui s'intéressait à mon sort.

Parmi ces âmes charitables, il y en a une que je n'oublierai jamais : c'est la bonne madame Louise Sauvaigo, de Nice, bonne créature qui m'a convaincu que les deux femmes les plus parfaites du monde étaient ma mère et elle. Elle faisait le bonheur d'un mari, excellent homme, et, avec une ad-

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mirable intelligence, réducation de toute la petite iamille.

A quel propos ai-je parlé d'elle ici? Je n'en sais rien. Si fait, je le sais ; c'est que, écrivant pour satisfaire au besoin de mon cœur, mon cœur m'a dicté ce que je viens d'écrire.

La guerre alors déclarée entre la . Porte et la Russie contribua à prolonger mon séjour dans la capitale de l'empire turc. Pendant cette période, et au moment où je ne savais comment je vivrais le lendemain, j'entrai comme précepteur dans la maison de la veuve Tenioni. Cet emploi m'avait été octroyé sur la recommandation de M. Diego, docteur en médecine, que je remercie ici du service qu'il m'a rendu. J'y restai plusieurs mois, après lesquels je me remis à naviguer, en m'embarquant sur le brigantin Notre-Dame de Grâce, capitaine Casabona.

Ce fut le premier bâtiment où je commandai comme capitaine.

Je ne m'appesantirai point sur mes autres voyages; je dirai seulement que, toujours tourmenté d'un profond instinct de patriotisme, dan^ aucune circonstance de ma vie je ne cessai de demander, soit des hommes, soit des événements, soit même des livres qui m'initiassent aux mystères de la ré-

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siirrection de l'Italie ; mais, jusqu'à l'àge de vingt* quatre ans, cette recherche futyaine, et je me fatiguai inutilement.

Enfin, dans un voyage à Tangarog, je trouvai sur mon bord un patriote italien qui, le premier, me donna quelque notion de la façon dont marchaient les choses en Italie.

Il y avait une lueur pour notre malheureux pays.

Je le déclare hautement, Christophe Colomb ne fut pas plus heureux lorsque, perdu au milieu de l'Atlantique, menacé par ses compagnons, auxquels il avait demandé trois jours, il entendit, vers la fin delà troisième journée, crier : «Terre ! i» que je ne le fus, moi, en entendant prononcer le mot pairie^ et en voyant à l'horizon s'allumer le premier phare par la révolution française de 1830.

Il y avait donc des hommes qui s'occupaient de la rédemption de lltalie.

Lors d'un autre voyage que je ^s ^ bord de la Clofiniey ce bâtiment transportait à Cônstantinople une section dessaint-simoniens, conduits par Emile Barrault.

J'avais peu entendu parler de la secte de Saint- Simon; seulement, je savais que ces hommes étaient les apôtres persécutés d'une religion nouvelle. Je u 3«

me rapprochai dateur chef et m'ouvris à hûà comme patriote italien.

Alors, pendant ces nuits transparentes de rOrieM^ qui, ainsi que le dit Chateaubriand, ne sont pas les ténèbres, mais seulement l'absence du jour, soud ce ciel tout constellé d'étoiles, sur eetle mer dont l'âpre brise semble pleine d'aspirations généreuse»» nous discutâmes» non-seulement tes étroites questions de nationalité dans lesquelles s'était jusqu'alors enfermé mon patriotisme, -^ questions restreintes à l'Italie, à des discussions de province à province, •^ mais^ encore la grande question de i'humanilé.

D'abord l'apôtre me prouva que l'homme qui dé-* fend sa patrie ou qui attaque la patrie des autres, n'est qu.'ua soldat pieiis dans la première hypo** alèse, — injuste dans la seconde ;— «mais que l'homme qui, se faisant cosmopolite, adopte la secoode posir patrie, et va offrir son épée et son sang à to^ peuple qui lutte contre la tyrannie^ est plus qu'un soléat : c'est un héros.

Il se £t alors dans mon esprit des iueliBs étranges, à la clarté descelles je vis, dans ua navire, non plus le véhicule chargé d'échanger les produits d'un pays contre ceux d'un autre, mais le messager ailé portant la parole du Seigneur et i'épéè de l'ar* Qfaange« J^étais. parti avide d'émotions, curieux de

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choses nouvelles^ et me demandant si cette vocation irrésistible que j'avais cru tout simplement d'abord être celle d'un capitaine au long cours, n'avait pas pour moi des horizons encore inaperçus. Ces horizons, je les entrevoyais à travers le vague et lointain brouillard de l'avenir.

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LBS ÉVÉNBllElITS DE 8Al!IT-i1ILIB!l

Le bâtiment sur lequel je revins cette fois d'Orient avait poar^ destination le port de Marseille.

En arrivant à Marseille, j'y appris la révolution avortée du Piémont et les fusillades de Chambéry, d'Alexandrie et de Gênes.

A Marseille, je me liai avec un nommé Cové. ,-— Cové me mena chez Mazzini.

J'étais loin de me douter alors de la longue communauté de principes qui m'unirait un jour à ce dernier. Nul ne connaissait encore le persistant, l'obstiné penseur à qui l'Italie nouvelle doit sa laborieuse régénération, et que rien ne décourage dans l'œuvre sainte qu'il a entreprise, pas môme l'ingratitude.

Ce n'est point à moi à formuler une opinion sur Mazzini; mais qu'il me soit permis de dire qu'après lui avoir posé sur la tête la couronne de laurier qu'il méritait, on lui enfonce sur la tête une couronne d'épines qu'il ne mérite pas«

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A là chute d'Andréa Vaccbieri, Hazzini avait poussé un véritable cri de guerre.

U avait écrit dans (a Jeune Italie :

« Italiens ! le jour est venu, si nous voulons rester dignes de notre nom, de mêler notre sang à celui des martyrs piémontais. »

On ne criait pas impunément ces choses-là en France en 1833. Quelque temps après que je lui eus été présenté et que je lui eus dit qu'il pouvait compter sur moi,Mazziai, l'éternel proscrit, avaitété obligé de quitter la France et de se retirer à Genève.

En effet, à ce moment*là, le parti républicain paraissait complètement anéanti en France. C'était un an à peine après le 5 juin, quelques mois après le procès des combattants du cloître Saint-Merri.

Mazzini, cet homme de conviction pour lequel les obstacles n'existent pas, avait choisi ce moment pour risquer une nouvelle tentative.

Les patriotes avaient répondu qu'ils étaient prêts, mais ils demandaient un chef.

On pensa à Ramorino, tout resplendissant encore de ses luttes en Pologne.

» Mazzini n'approuvait pas ce choix; son esprit, à la fois actif et profond, le mettait en garde contre le prestige des grands noms; mais la majorité voulait Hamorino : Mazzini céda«

Appelé à Genève, Ramorino accepta le commandement de l'expédition. Dans la première conférence avec Mazzini, il fut convenu que deux colonnes républicaines se porteraient sur le Piémont, Tune par la Savoie, l'autre par Genève»

Ramorino reçut quarante mille francs pour subvenir aux frais de l'expédition, et partit avec un secrétaire de Mazzini, qui avait mission de veiller sur le générale Tout cela se passait en septembre 1833; Texpédition devait avoir lieu en octobre.

Mais Ramorino fit traîner les choses tellement en longueur, qu'il ne fut prôt qu'en janvier 1634.

Mazzini, malgré toutes les tergiversations du général polonais, avait tenu ferme.

Enfin» le 31 janvier, Ramorino, mis en demeure par Mazzini, se réunissait à lui à Genève, avec deux autres généraux et un aide de camp.

La conférence fut triste et troublée par de sombres augures. — Mazzini proposa d'occuper militairement le village de Saint-Julien, où se trouvaient réunis les patriotes savoyards et les républicains français, qui restaient ralliés au mouvement.

i. Ces évéaemente» qui se passaient sur an poiot où n'était pas Garibaldi, et qui ne sont rapportés ici que comme expHcâticmB hiatorlqâeâ , iront empruntés à Touvrage d'Angelo Brofferio sur le Piémont*

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C'était de là qu'on lèverait Tétendard de l'insurrection.

RajsQorino consentit à la proposition de MazrinL Les deux colonnes se mettraient en marche le môme jour : l'une partirait de Garange» l'autre de Nyons; la dernière traverserait le lac pour se joindre b la première sur la route de San Juliano.

Rsunorino gardait le commandement de la première colonne; la seconde était donnée au Polonais Grabsky.

Le gouvernement genevois, craignant de se brooil* 1er d'un côté avec la France, de l'autre avec le Piémonti voyait de mauvais onl ce mouvement. ^ tl voulut s'opposer au départ de ia colonne de Carange» que commandait Ratnorino ; mais le peuple se soo« leva, et force fut au gouvernement de laisser la colonne se mettre en coote«

n n'en fut point de môme avec celle qui partait de Njons.

Deux barques mirent à la voile, portait, l'une des hommes^ l'autre des armés.

Un bateau à vapeur du gonvememetit, lancé à leur poursuite, séquestra les armes et arrêta les hommes.

Ràmorino, ne voyaM pas arriver ia colonne qui devait se joindre à Ini, au lieu de poursuivre sa marche sur San-^Juliano^ se mit à cèioyef le lac*

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8!S MÉMOIBES

Longtemps on marcha sans savoir où Ton allait : nul ne connaissait les desseins du général ; le froid était intense, les chemins étaient déplorables.

A part quelques Polonais, la colonne était composée de volontaires italiens, impatients de combattre, mais se lassant facilement de la longueur et des difficultés du chemin.

Le drapeau italien traversait quelques pauvres villages; aucune voix amie ne le saluait; on ne rencontrait sur la route que des curieux ou des indifférents.

Fatigué de ses longs travaux, Mazzini, qui avait .déposé la plume pour le fusil, suivait la colonne; brûlé d'une fièvre ardente, à demi mort, il se trai* nait par l'âpre chemin, la douleur écrite au front.

Déjà plusieurs fois il avait demandé à Ramorino quelles étaient ses intentions, et quelle route il suivait.

Et à chaque fois les réponses du général Tavaieut mal satisfait.

On arriva à Carra, et l'on s'y arrêta pour passer la nuit; Mazzini et Ramorino étaient tous deux dans la môme chambre.

Ramorino était près du feu, enveloppé dans son manteau ; Mazzini fixait sur lui son regard sombre et soupçonneux*

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Tout à coup, de sa voix sonore, rendue plus vibrante encore par la fièvre :

— Ce n'est peint en suivant ce chemin que nous avons l'espérance de rencontrer Tennemi, dit-il, Nous devons aller où nous avons^nos preuves à faire. Si la victoire est impossible, prouvons au moins à l'Italie que nous savons mourir.

— > Le temps ni l'occasion ne nous manqueront jamais, répondit le général, pour affronter des risques inutiles, et je regarderais comme un crime d'exposer inutilement la fleur de la jeunesse italienne.

— Il n'y a pas de religion sans martyrs, répliqua Mazzini; fondons la nôtre, fût-ce avec notre sang.

Mazzini achevait à peine ces paroles, que le bruit de la fusillade retentit.

Ramorino bondit sur ses pieds. Mazzini saisit une carabine, en remerciant Dieu de leur avoir enfin fait rencontrer l'ennemi.

Mais c'était le dernier effort de son énergie : la fièvre le dévorait; ses compagnons, courant dans la ni^t, lui apparaissaient comme des fantômes; ses tempes bourdonnaient; ja terre tournait sous ses pieds; il tomba évanoui.

Lorsqu'il revint à lui, il était en Suisse, où à grand'peine ses compagnons l'avaient rapporté : la fusillade de Carra était une fausse alerte.

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Ramorino dès lors déclara que tout était perdu, refusa d'aller plus loin, et ordonna la retraite.

Pendant ce temps, une colonne de cent hommes, de laquelle faisaient partie un certain nombre de républicains fratiçais, partait de Grenoble et traversait les frontières de la Savoie.

Mais le préfet français avertit les autorités sardes; les républicains furent attaqués la nuit, à Timproviste, près des grottes des Échelles, et dispersés après un combat d'une heure.

Dans ce combat, les soldats sardes jBrent deux prisonniers : Angelo Volontieri et Joseph Borrel. Conduits volontairement à Chambéry et condamnés h mort, ils furent fusillés sur le même soi où fumait encore le sang d'Effico Tolla.

Ce fut ainsi çue se termina cette malheureuse expédition, qui fut appelée en France i'échauffourée de Saint-Julien.

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DE i. GIRIBÀLDI ' 85

LB DIEU DBS B01I1IB8 6BNS

J'avais reçu ma tâche à accomplir dans le mouvement qui devait avoir lieu, et je l'avais acceptée, sans la discuter.

J'étais entré au service de l'État, comme matelot de première classe, sur la frégate VEurydke. — Ma mission était d'y faire des prosélytes à la Révolution, et je m'en étais acquitté de mon mieux.

Dans le cas où le mouvement réussirait, je devais, moi et mes compagnons, m'emparer de la frégate et la mettre à la disposition des républicains. Mais je n'avais pas voulu, dans l'ardeur que je ^ ressentais, me prêter à ce rôle. — J'avais entendu dire qu'un mouvement devait s'opérer à Gênes, et que, dans ce mouvement, on devait s'emparer de la caserne des gendarmes, située sur la place de Sarzana. Je laissai à mes compagnons le soin de s'emparer du bâtiment, et à l'heure où devait éclater le mouvement à Gênes, je mis un canot à la mer, et

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me fis discendre à la Douane. De là, en deux bonds, je fus sur la place de Sarzana, où, comme je Taî dit, était située la caserne.

Là, j'attendis une^heure à peu près; mais aucun rassemblement ne se forma. — Bientôt on entendit dire que l'affaire avait échoué, et que les républicains étaient en fuite.

On ajoutait que des arrestations venaient d'être faites.

Comme je ne m'étais engagé dans la marine sarde que pour servir le mouvement républicain qui se préparait, je jugeai inutile de retourner à bord de VEurydice^ et je songeai à la fuite.

Au moment où je faisais ces réflexions, des troupes, prévenues sans doute du projet qu'avaient les républicains de s'emparer de la caserne de gendarmerie, commencèrent à cerner la place.

Je compris qu'il n'y avait pas de temps à perdre. Je me réfugiai chez une fruitière, et lui avouai la situation dans laquelle je me trouvais.

L'excellente femme n'hésita point : elle me cacha dans son arrière-boutique, me procura un déguisement d'homme de la campagne, et le soir, vers huit heures, du même pas dont j'aurais été à la promenade, je sortis de Gênes par la porte de la Lanterne, commençant ainsi cette vie d'exil, de lutte et de

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DC h 6ARIBALDI K7

persécution que je n'ai, selon tonte probabilité, pas encore entièrement parcourue.

C'était le 6 février 1834.

Sans suivre aucune route, je me dirigeai vers la montagne. J'avais force jardins à traverser, force murs à franchir. Par bonheur, j'étais familier avec ces sortes d'exercices, et, après une heure de gymnastique, j'étais hors du dernier jardin, de rauU^e côté du dernier nmr.

Me guidant sur Cacciopée, je gagnai les montagnes de Sestri. Au bout de dix jours ou plutôt de dix nuits, j'arrivai à Nice, où j'allai droit à la maison de ma tante, place de la Victoire, désirant faire prévenir ma mère, afin de ne pas trop l'efTrayer.

Là, je me reposai un jour, et, la nuit suivante, je me remis en route, accompagné de deux amis, Jo* seph Janu et Ange Gustavini.

Arrivés au Var, nous le trouvâmes grossi par les pluies ; mais, pour un nageur comme moi, ce n'était point un obstacle. Je le traversai moitié à pied, moitié à la nage.

Mes deux amis étaient restés de l'autre côté du fleuve. Je leur fis un signe d'adieu.

J'étais sauvé, ou à peu près, comme on va le voir.

Dans cette confiance, j'allai droit à un corps de

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tiê MJtMOlREft

garde de douaniers. Je leur dis qiii J'étais, et pourquoi j'avais quitté Gônes.

Les douaniers me déclarèrent que j'étais leur prisonnier jusqu'à nouvel ordre, et que, cet ordre, fls allaient le demander à Paris.

Pensant que je trouverais bientôt une occasion de m'éohapper, je ne fls aucune résistance. Je me laiMai conduire à Grasse et de Orasse à Dra^fgnan.

A Draguignan, on me mit dans une chambre du premier étage, dont la fenêtre ouverte donnait sur un jardin«

Je m'approchai de la fenêtre comme pour regarderie paysage; — de la fenêtre au sol, il n'y avait qu'une quinzaine de pieds.— Je m'élançai, et tandis que le» douaniers, moins lestes ou tenant pins à leurs jambes que moi, faisaient le grand tour par l'escalier, je gagnai le chemin, et du chemin je me jetai dans la montagne.

Je ne connaissais pas la route; mais j'étais marin. Si la terre me manquait^ il me restait Je ciel, ce grand livre où j'étais habitué à lire mon chemin^ Je m'orientai à l'aide des étoiles, et me dirigeai sur Marseille.

Le lendemain au soir, j ^arrivai dans un village dont je n'ai jamais su le nom, ayant eu autrd chose à faire que^de le demander,

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DE J. GABIDALDI fi9

J'entrai daqs une auberge. Un jeune homme et une jeune femme se chauffaienl près 4e la table, qui n'attendait plus que le souper.

Je demandai quelque chose à manger; depuis la veille, je n'avais rien pris.

Le souper était bon^— le vin du pays agréable,— le feu récbauQant. Je ressentis un de ces moments de bien-être comme on en éprouve après un péril passé, et quand on croit n'avoir plus rien à craindre.

Mon hôte me félicita sur mon bon appétit et mon visage joyeux.

Je lui dis que mon appétit n'avait rien d'étonnant, car je n'avais pas mangé depuis dix-huit heures. Quant à mon visage joyeux, l'explication n'en était pas ^ moins simple: — dans^mon pays, je venais d'échapper probablement h la mort, — en France, à la prison.

5J*étant avancé jusque-là, je ne pouvais pas faire un secret du reste. — Mon hôte parjiissait si franq, sa femme paraissait si bonne, que je leur racontai tout.

Alors, à mon grand étonnement, je vis la figure de mon hôte s'assombrir.

— Eh bien, lui demandai-je, qu'avex-vous?

— J'ai qu'après l'aveu que vous venez de me faire,

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me répondit-il, je me crois, en bonne conscience, obligé de vous arrêter.

Je me mis à rire, ne voulant pas avoir Tair de prendre l'ouverture au sérieux. D'ailleurs, un contre un, il n'y avait pas homme au monde que je craignisse.

— Bon! lui dis-je, m'arrôter; il sera toujours temps de m'arrôter au dessert. Laissez-moi achever mon souper,— quitte à vous le payer double,— j'ai encore faim.

Et je continuai de manger sans paraître autrement inquiet. ' •

Mais bientôt je m'aperçus que, si mon hôte avait besoin d'aide pour accomplir le projet qu'il m'avait manifesté, l'aide ne lui manquerait pas.

Son auberge était le rendez-vous de la jeunesse du village ; chaque soir, on y venait boire, fumer, chercher des nouvelles, parler politique.

La société accoutumée se réunit peu à . peu, et bientôt il y eut dans l'auberge une dizaine de jeunes gens;— leâ jeunes gens jouaient aux cartes.

L'hôte ne parlait plus de m'arrôter, mais cependant ne me jperdait pas de vue.

Il est vrai que, n'ayant pas le moindre petit pa-, quet, ma garde-robe ne pouvait pas répondre de mon écot.

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DE h 6ARIB11DI 61

J'avais quelques écus dans ma poche, je les fis sonner; leur cliquetis parut quelque peu tran« quilliser l'aubergiste.

Je choisis le moment où l'un des buveurs venait d'achever, au milieu des bravos, une chanson qui avait eu le plus grand succès, "— et, un verre à la main:

— A mon tour, dis-je.

Et je me mis à entonner 1$ Dieu de$ bonnes gem.

Si je n'avais pas eu une autre vocation, j'eusse pu me flaire chanteur; j'ai une voix de ténor qui, si elle eût été travaillée, eût pu acquérir une ceiw taine étendue.

Les ver^ de Béranger, la franchise avec laquelle ils étaient chantés, la fraternité du refrain, la popularité du poète enlevèrent tous les auditeurs.

On me fit répéter deux ou trois couplets, on m'embrassa au dernier, on cria : « Vive Béranger I vive la France 1 vive l'Italie ! »

Après un pareil succès, il ne pouvait plus être question de m'arréter; mon hôte n'en souffla plus mot, de sorte que je n'ai jamais su s'il avait parlé sérieusement ou fait une plaisanterie.

On passa la nuit à chanter, à jouer, à boire; puis le lendemain, au point du jour, toute la bande joyeuse s'offrit pour me faire la conduite, honneur I. 4

«9 MIMOUSS

que î'accepUh bie» eD&enilu; noua m non» 9ép$r

râoie$ qu'au ho\k\ de sii^ m\\e%^

Certes, Béranger est mort sans l^ifQÎt i0 serviee qu'il (p'avait rçindui

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l*filltltfi A9 «SHTICB t)E LA RÉPtJBLIQUB f^E itIO*<ÎRAIIDI.

J'amvaî à Marseille éaas accident, «ne vingtewe

de jours après avoir quitté Gênes.

Je me trompe, ^^^un accident m^ét^t arrifé, que je lus sur h Pe^e souwrain.

J'étais condamné à mort.

C'était la première fois que j'avais i'bo&near de voir mon nom imprimé dans un journai.

Comme dès lors il était dangereux de le garder, je le changeai contre celui de Pane.

Je restai quelques mois îooecupô à Marseille, lisant de Tbospitalitéi que ibe donnait un de mes amis, nommé Joseph Paris.

Enfin, je parvins h trouver à m'employer comme second à bord de VUnion^ capitaine Gaza.

Le difiM^fae suivant, me trouvant vers cinq beur^^s du soir à la fenêtre de rariiôrc avec le capitainerie suivais des jeux^ au-dessous du quai Saiate-

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Anne, un collégien en vacances, qui s'amusait à sauter d'une barque dans l'autre, lorsque tout à coup le pied lui manque. Il pousse un cri et tombe à la mer.

J'étais tout endimanché; mais à la vue de l'acci* dent, aux cris poussés par l'enfant, en le voyant disparaître, je m'élançai tout habillé et tout botté dans le bassin du port. Deux fois je plongeai vai-nement; à la troisième, j'eus la chance de saisir mon collégien par-dessous le bras et de le ramener à la surface de l'eau.

Une fois là, je n'eus pas grand'peine à le pousser jusqu'au quai; — une immense population 'y était déjà assemblée et m'accueillit de ses applaudisse- *ments et de ses bravos.

C'était un jeune homme de quatorze ans, qui se nommait Joseph Rambaud. Les larmes de joie et les bénédictions de sa mère me payèrent largement du bain que j'avais pris.

Comme je lui sauvai la vie sous le nom de Joseph Pane, il est probable que, s'il vit toujours, il n'a jamais su le véritable nom de celui qui lui a sauvé la vie.

Je fis, à bord de l'Union^ mon troisième voyage à Odessa; puis, à mon retour, je m'embarquai sur une frégate du bey de Tunis. Je la laissai dans le

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port de la Goulette, et je revins avec un brick turc, et en revenant, je trouvai Marseille à peu près dans le môme état où la vit M. de Belzunce, lors de la peste noire de 1720.

On était en pleine recrudescence de choléra.

Tout le monde, excepté les médecins et les sœurs de charité, avait déserté Marseille. — Chacun était à sa bastide; — la ville avait l'aspect d'un vaste cimetière.

Les médecins demandaient des bénieoles. -*- On sait que c'est ce nom qu'on donne, dans les hôpitaux, aux aides de bonne volonté.

Je m'offris en même temps qu'un Triestain, qui revenait de Tunis avec moi. Nous nous établîmes à demeure àrhôpital,et nous partageâmes les veillées.

Ce servicQ dura quinze jours.

Au bout de quinze jours, comme le choléra di-« minuait d'intensité et que je trouvais une occasion de me placer, et en me plaçant de voir de nouveaux pays, je m'engageai comme second à bord du brick le Nauffmnier^ de Nantes, capitaine Beau* regard, en partance pour Rio-Janeiro.

Beaucoup de mes amis m'ont dit que j'étais un poète avant tout.

Si l'on n'est poète qu'à la condition de faire tiliade ou la Dùùie ComiUii les Médiiations de

Lamartine ou fes Orieimki de Victor Hugo, je ne suis pas poète ; mais si Ton est poète pour passer ties heures à chercher dans les eaux azurées et profondes les mystères des végétations sous-marines ; si Toa est poète pour rester en extase devant la baie de Rio^Janeiro, de Naples ou dé €onstantînophî; si Ton est poôte pour rêver de tendresse filiale, de souvenirs enfentins ou d*amour juvénite, au milieu des balles et des boulets, sans songer que VDlro rôte peut finir par une tête cassée ou un bras emporté) --* je suis po^ie.

Je me rappelle qu'un jour, dans la dernière guerre^ brisé de ftitigue> n'ayant pas dormi depuis deux nuits, étant à peine descendu de cheval depuis daix . jours, côtoyant Urban et ses douze mille hommes, avec mes quârajite bersagUeri, mes quarante cavaliers et un millier d'hommes, armés tant bien que mal, suivant un petit sentier de l'autre cété du mont Or£aûo, aVQc le colonel Turr et cinq ojhm. hommes, je m'arrêtai tout à coup, oubliant faligue et danger, pour écouter chanter un rossi<« gnoL C'était la nuit, au clair de lune, par un temps splencliide^; l'oiseau égrenait au vent son chapelet de notes harmonieuses, et il me semblait, à écouter ce petit ami de mes jeunes aillées, que je sentais pleuvoir sur xaoi une leo^ée bienfaisante et rég^né-

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ratrice. Ceux qui m'entouraient croyaient ou que j'hésitais sur le chemin à suivre, ou que j'écoutais quelque bruit lointain de canon mugissant, ou de pas de chevaux retentissant sur le grand chemia. Non, J'écoutais chanter le rossignol, que je n'avais pas entendu ehant'Cr depuis dix ans peutêtre, et Pextase dura non pas jusqu'à ce que ceux qui m'entouraient m'eussent deux ou trois fois répété : •^«ëénéral, voilà l'ennraai! ]i<^ mais jusqu'à ce que rennemi, disant lui-même : -^«Me voilà I » — -en ti« rant sur nous, eut feîl envoler te nocturne charmeur.

Donc, lorsque, après avoir longé les rochers g«H nitiques qui dérobent si bien le port à tous leë yeux, que les Indiens, duns teur langage expressif, l'ont appelé Nelhero hy, c'est-à-dire eau cachée ; lorsque^ après avoir franchi la pa^se qui conduit dans eaa baie calme comme ua tac; lorsque, sur le bopé efceîdefital de cette baie, Je vis s^étever k ville doB^Sbée paf te Puo (PAnaear^ immense rocher co«- Bîque qui sert nra pas de phare, mais de jalon au navigateur; lorsque }e vis s'élever autour de moi cette nature luxuriante dont l'Afrique et FAsie n'avaient pu me donner qu'une faible idée» je restai véritablement émerveillé du spectacle qui se déroulait devant moi.

Entré dans )e port de ftioNjaneiro, ma bonne

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cbance fit que je ne tardai pas à y rencontrer la chose la plus rare qu'il y ait en ce monde, un ami.

Celui-là, je n'eus pas besoin de le chercher, nous n'eûmes pas besoin de nous étudier pour nous connaître : nous nous croisâmes, nous échangeâmes un regard et tout fût dit; après un sourire, après un serrement de main, nous étions, Rossetti et moi, frères pour la vie.

Plus tard, j'aurai occasion de dire ce que c'était que cette âme d'élite ; et cependant moi son ami, moi son frère, moi si longtemps son inséparable, je mourrai peut-être sans avoir cette joie de planter une croix sur ce point ignoré de la terre américaine où reposent les os de ce généreux et de ce vaillant.

Après avoir passé quelques mois dans l'oisiveté, Rossetti et moi, — j 'appelleoifitTetdfaire un commerce pour lequel ni Tun ni l'autre nous n'étions nés, •— le hasard fit que nous arrivâmes à nous mettre en relation avec Zambecarri, secrétaire de Bento Gonzales, président de la république de Rio-6rande, en guerre avec le Brésil. Tous deux étaient prisonniers de guerre à Santa Cruz, forteresse qui s'élève à la droite de l'entrée du port, et d'où Ton hôle lef navires. Zambecarri qui, disons4e en passant, étai le fils du fameux aéronaute perdu dans un voyage

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en Syrie, et dont on n'a jamais entenda reparler, me fit faire la connaissance du président, qui me donna des lettres de marque pour faire la course contre le Brésil.

Quelque temps après, Bento Gonzales et Zambe-* carri s'échappèrent à ia nage et regagnèrent heureusement Rio-Grande.

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GORSAIRB

Nous armâmes en guerre fe Mazzini, petit bùtîment cl*une trentainef de tonneaux, sur lequel nous faisions le cabotage ; nous nous lançâmes à la mer avec seize compagnons d'aventures. Nous étions donc enfîn libres, nous naviguions donc sous un drapeau républicain, nous étions donc corsaires !

Avec seize hommes d'équipage et une barque, nous déclarions la guerre à un empire.

En sortant du port, je gouvernai droit sur les îles Marica, situées à cinq ou six milles de Temboucbure de la rade, en appuyant sur notre gauche ; nos armes et nos munitions étaient cachées sous des viandes boucanées avec le manioc, seule nourriture des nègres. Je m'avançai vers la plus grande de ces îles, qui possède un mouillage; j'y jetai l'ancre, je sautai à terre, et gravis jusqu'au point le plus élevé.

Là, j'étendis les deux bras avec un sentiment de

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bien^tes at ^ fiert^i et J^ je|?à w cri pareil à celui que jette V^àf^t pla^aut w plu» biiut de» air&.

L^OctaB i\9t\i k moi, et je prenais pQ«3Q$iioQ de mon empire.

yoccasioii ne tarda point d'y exercer mon pou- Toir.

Pendant que j'étais, comme on oiseau de mer, perché an baut de mon observatoire, j 'aperçus une goélette naviguant sous le pavillon brésilien.

Je fis signe de tout préparer pour nous remettre à la mer, et descendis 3ur la plage*

Nous orientâmes droif sur la goélette, qui ne ^ doutait pa^ qu'elle courut un pareil danger à deu3^ ou trois milles^ de la passe de Rio-Janeiro.

En l'accostant, nous nous ftpnes connaître, qt nous la sommâmes de se rendre; elle ne fit, il £aut lui reudre cette justice, aucune résistance* Nous montâmes k bgrd, et nous uovis emparânie^ d'eUe.

Je vis alQr? venir k moi un paqvre diable de passager portugais, tenant ^ la main nue carpette. Il l'ouvrit : elle était pleine de diafflauta; il me Tcffrail pour la rançon de sa vie.

Je rabattis le cpuverc}e de la boite et la lui ren* dis, en lui disant que sa vie ue cpurait aucun dau*

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ger ; que, par conséquent, il pouvait garder ses diamants pour une meilleure occasion.

Seulement, il n'y avait pas de temps à perdre; on était en quelque sorte sous le feu des batteries du port. On transporta les armes et les vivres du Maxxmi surjla goélette, et Ton coula ^Ifajsmt, qui, vous le voyez, eut comme corsaire une glorieuse mais courte existence.

La goélette appartenait à un riche Autrichien habitant Tile Grande, située à di^oite en sortant du port, à quinze milles à peu près de la terre; elle était chargée de café, qu'il envoyait en Europe.

Le navire était donc pour moi doublement de bonne prise, puisqu'il appartenait à un Autrichien à qui j'avais fait la guerre en Europe, et à un négociant domicilié au Brésil, auquel je faisais la guerre en Amérique.

Je donnai à la goélette le nom AeScarro pUla, dérivatif de Farrapos, gens en lambeaux^ nom que Tempire du Brésil donnait aux habitants des jeunes républiques de l'Amérique du Sud, comme Philippe n donnait celui de gumm de terre et de mer aux révoltés des Pays-Bas. Jusque-là, la goélette s'était appelée la Louise.

Ce nom, au reste, nous allait assez bien. Tous met^ compagnons n'étaient pas des Rossetti, et je

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dois avouer que la figure de bon nombre d'entre eux n'était pas tout à fait rassurante; cela explique la prompte reddition de la goélette et la terreur du Portugais qui m'offrait ses diamants.

Au surplus, pendant tout le temps que je fis le métier de corsaire, mes hommes eurent l'ordre de respecter la vie, l'honneur et la fortune des passagers. .. j'allais dire sous peine de mort; mais j'eusse eu tort de dire cela, puisque personne n'ayant jamais enfreint mes ordres, je n'eus jamais personne à punir.

Aussitôt les premiers arrangements faits à bord, nous mimes le cap sur Rio de la Plata; et, pour donner l'exemple du respect que je voulais que l'on eût, à l'avenir, pour la vie, la liberté, les biens de nos prisonniers, en arrivant à la hauteur de l'tle Sainte- Catherine, un peu au-dessus du cap Itapocoroya, je fis mettre à la mer la yole du bâtiment capturé, j 'y fis descendre avec les passagers tout ce qui leur appartenait, je leur fis donner desTvivres, et, leur faisant cadeau de la yole, je les laissai libres d'aller où ils voudraient.

Cinq nègres, esclaves à bord de la goélette, et auxquels je rendis la liberté, s'engagèrent à mon bord comme matelots; après quoi nous continuâmes notre route pour Rio de la Plata.

Nous allâmes jeter l'ancre à Maldonato, état cte la république orientale de l'Uruguay.

74 M^MOIltBS

Iîp«s tàmf »4m}rablemeQt toqv» par 1« popnl»tio», et mâipe pftr l§$ ^utpritég 4e Mal4(MtA|o, C9 Qpi nous pvut «l'w Bjfppljpat wgitf^, Rps?#tti p^^rtit, en conséqaenç#, traBipiUpmeBt poqp Wps^yi^eq, 9fi0 d'y r^plpp Qpi; petites Jjfl^irçg, p'es},ft,d!PB ppur

îîp»a r§?uwf i i, M^idoijfttP, ç'6pHt(jiwi 4 CftntNe 4e c« ffl^gniftq^P fleuve, qui, à soq Qm))oya}tarfi mfiv «ure trpute imes dç Urgf. pend^pt l»BJt jo»i«, m

^ p^çèrf si ejf fête§ çontinu§lles, I^§gu^}leR ^Ijyent pe tprffliupir é'uije ftçpp trftgiqpe, Qfi^, gai, ^ s(t tnialj^ de eUpf 4p la f épubUqqp 4p JUJoRleyidi^o, q^ fecQuqajgs^il pa,§ |es ^utre^ r$publiqqç§, ^o^Q» l'ordre ftiaeljef politique dç MaldpQaJo de w'Wéi^F fit de s'fiWPSre» de b»^ Jjsfielgîtfi. Par bonheur, le cbef po}it:ique dP Mdldoq^tfl étSflX un br^y^ bp9?me

qui, ap îjpu d'eî^puter rprdre rpçR, pp qui ^'p(>t w? é*A ëfàçiit), Yn )» peu dp dé,lanpe gnej'w?, lof

flf Pf^YSWr ^^Ifelr ^ ««ittep »H pÎHS Yitp papngwuilT JSêfP, et de p^Ftif ppuf 9)1 dÇstJR^rtpB, §| j'en RV»i? pqç ,

^p m'engageai ^ pftpM? le PîêJBp epl?; Bftlsj'Mwf

auparavant, moi ah^s), d$ ^op «fijé, an petit comptp ^ figter. J'avais vendu k B« «égooiaut de Montevidea,

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quelques balles de caM, distraites de nôtre cargaison, et quelques bijouteries appartenant à mon Autrichien, pour acheter des vivres. Or, soit que mou acheleup iûl mauvaise paye, soit <pi*il eût entendu dire que Je courais risque d*6tre arrêté, îl m'avait été jusque-là impossible 4e refitrer dans mou argent. Of^ Mmme J^étalt toveé de partir le soir, Je n'avais plus de temps à perdre, et il était urgent pour moi de rentrer dans mon argent avant de quitter Maldonato, vu qu'il m'eût été encore plus difficile de me faire payer absent que présent.

En conséquence, vers neuf heures du soir, j'ordonnai d'appareiller, et, passant des pistolets à ma ceinture, je jetai mon manteau sur mes épaules et m'acheminai tranquillement vers la demeure de mon négociant.

Il faisait un clair de lune.magniflque, de sorte que je voyais de loin mon homme, prenant le frais sur le seuil de sa porte; lui aussi me vit, me reconnut et me fit signe de la main de m'éloigaer, m'indiquant par ce signe que je courais un danger.

Je fis semblant de ne rien voir, j'allai droit à lui, et pour toute explication lui mettant le pistolet sur la gorge :

— Mon argent ! lui dis*je.

Il voulut entrer en explication; mais, à la troisième

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fois que je lui eus répété ces deux mots : mon argent, il me fit entrer et me compta les deux mille patagons qu'il me devait.

Je remis mon pistolet à la ceinture, je pris mon sac sous mon bras, et revins à la goélette sans avoir étéle moins du monde inquiété.

A onze heures du soir, nous levâmes l'ancre pour remonter la Plata.

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