‹ MémoiresChapitre 6 sur 40 · LA PLATA · texte numérisé non relu

LA PLATA

Au pomt du jour, à mon grand étonnement, je me trouvai au milieu des brisants de Piédras-Negras.

Conmient m'étaîs-je mis dans une pareille situation, moi qui n'avais pas dormi une minute, moi qui n'avais cessé de tenir mes yeux fixés sur la côte; moi qui, dans cette nuit redevenue sombre après le coucher de la lune, n'avais pas un instant cessé de consulter la boussole et de me diriger d'après ses indications?

Ce n^était pas l'heure de me faire cette question; le danger était immense': nous avions des brisants à bâbord et à tribord, à l'avant et à l'arrière; le pont était littéralement couvert d'écume. Je sautai sur la vergue de trinquette, ordonnant de lofer sur bâbord ; pendant que l'équipage accomplissait cette manœuvre, le vent emporta notre petit hunier.

Cependant de l'endroit où j'étais je dominais navire et brisants, de sorte que je pouvais indiquer le chemin qu'il fallait faire suivre à la goélette; elle,

7S MâMOlRES

de son côté, comme si elle eût été animée et eût su le danger qu'elle courait, devint aussi docile an gouvernail qu'un cheval Test à la bride; enfin, après une heure pendant laquelle nous fûmes entre la vie et la mort, et où je vis les plus vieux marins pâlir et les plus incrédules prier, nous nous trouvâmes hors de danger.

Du moment où je pus i^spirër^ Je voulus me rendre compte des causes qui m'avaient poussé au milieu de ces terribles éeueils, û bien connus des ûavigateurs) si bien indiqués sur les cartes^ et à trois milles desquels je eroyais t>asser au momeat où je me trouvais au siilieu d'eus*

Je consultai la boussole s elle eotitinuait de diva* fuer ; si je l'eusse éeoutéei J'allais dohnei^ en pleine côte.

SéAbi tout me fut evpliliuéj

Au momisnt où je quittai la go61tàtlè pour Met réclamer mes deux mille pfettagons à mon àohëtigù^ do eafé) j'avais doBtié l'iordre de monteiS eh câl d'attaque, les éabr^ et les fiisils sur le pont^ l'ordre avait été exéoutéi et l'on avait déposé les armes dans une cabiao voisine de l'habitacle.

Cette masse dé i^t avait tit*é à elle l'aiguille aimantéet On enleva les armes, et la boussole reprit sa direction normale.

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DE i. ôaribaLdi i^

Koiis èôiiiiD»àîh6§ hOtre chemin, et fiOUs arri- Vftméë à lé9tis<MaHdj qUl, Ae Faulfe côté Se Môntë* Tideô, eâf à peu prèë fa la même dietatioe que Maldoûatô;

Là^ rien de âotiteàu; di tè fi'eët qiié leé ¥iVf es noiis ôiànquèrékit^ n'ayant pas eu le tetttps de Hôuë at^provisionnër ftva&t netfé départ. 0^ àpli^t les ordres donnés, il n'y avait pas moyen de débarquer, et cependant il fallait satisfaire à la faim de douze gaillards de bon appétit.

J'ordonnai de louvoyer, mais sans nous éloigner de la côte.

Un matin je découvris, à peu près à la distance de quatre milles dans les terres, une maison qui me parut avoir l'aspect d'une ferme. J'ordonnai de mouiller le plus près possible du rivage» et comme je n'avais plus de bateau, ayant donné le mien, comme je l'ai dit, aux personnes que j'avais débarquées à l'île Sainte-Catherine, j'organisai un radeau avec une table et des tonneaux, et, armé d'une gaffe, je me risquai sur cette embarcation d'un nouveau genre'aveb un seul matelot, portant comme moi le nom de Garibaldi, sans être mon parent; son prénom était Maurice.

Le navire était affourché sur deux ancres, à cause de la violence du vent qui soufflait des pampas.

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Nous voilà donc lancés au milieu des brisants, non pas naviguant, mais tournant et dansant sur notre table, et risquant à chaque instant de chavi* rer. Enfin, après des miracles d'équilibre exercés par nous, nous parvînmes à nous échouer sur la plage; je laissai Maurice à la garde de notre radeau, et je me risquai dans Tintérieur des terres.

LES PtAlHBS ORIBJNTALES

Le spectacle qui s'offrit alors à ma vue, et sur lequel mon œil plongeait pour la première fois, aurait, pour ^tre dignement et complétenîent décrit, besoin tout ensemble de la plume d'un poète et du pinceau d'un artiste. Je voyais onduler devant moi, comme les vagues d'une mer solidifiée, les immenses horizons des plaines arimtaks, ainsi nommées parce qu'elles se trouvent sur la côte orientale du fleuve Uruguay, qui se jette dans le rio de la Plata, en face de Buenos-Ayres et au-dessus de la Golonia. C'était, je vous |e jure, un spectacle bien nouveau pour un homme venant de l'autre côté de l'Atlantique, et surtout pour un Italien qui est né et a grandi sur un sol où il est rare de trouver un arpent de terre sans une maison ou une œuvre quelconque sortie de la main de l'homme.

Là, au contraire, rien que l'œuvre de Dieu ; telle la terre est sortie de$ mains du Seigneur au jour de I II

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Si MÉMOIRES

la création, telle elle est encore aujourd'hui. C'est une vaste, une immense, une infranchissable prairie, et son aspect, qui présente celui d'un tapis de verdure et de fleurs, bosStelé de place en place, ne change que sur les bords de la rivière Arroga, où s'élèvent et se balaneestau vmI de eharmants bouquets d'arbres au feuillage luxuriant.

Les chevaux, les bœufs, les gazelles, les autruches sont, k défaut de eréatures humaines, les habitants de ces immenses solitudes^ que seul travense le gauchO) ee centaure du nouveau monde, comme pour ne pas laisser oublier à toute la troupe des animaux sauvages que Dieu leur a donné un matire^ Mais oe inaitre9 de quel œil le regardent passer les étalonsi tes taureaux, les autruches, les gazelles? C'est àqui protestera contre sa prétendue domination :réta}on par ses hennissements, te taureau par ses mu* gissements, l'autruche et la gazelle par leur fuite»

£t cette vue me rejetait en esprit vers k terre où j'étais Dé^ misérable terre où^ lorsque passe l'Autrichien qui les opprime^ les hommes, ces eréatures faites à l'image de Dieu, saluent et se courbent, n'osant donner les mêmes signes -d'iadépendaneo que donnent à la vue du gaueho 4es animaux s^u- Vttges des gaxiapasi

Bieu puissanii Dieu Aaifii, jusqu'à fuatidl pei'fiii^t*

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DE h OARIBALDI »

tr6»Y0iii Hbi a profond ayilisstmenl do yotte Ortà* tore?

Mais laiMOfis le vieux mondo, ii tfisto ol si dèa^ eepéri» et f «VeoOns au nouveau moBdOi il JeunOi si pioia d'avenir et d'espoir.

Qu'il est bèau^ l'étalon dOs plaides èrtentalosy avec ses jatrets tODdtis» ses naseaux lUmaiits^ ses lèvres frémiSsatitiro qui n'ont jamais senti le ftoid contaot de l'aoierl Gomme resplfent libîemefiti sous lés bàtteflHffiBts de sa oriniére et de sa queue, ses flânes qm n'ont jamais été pressés par les ge-i noux ni ensanglantés par l'éperon ! Gomme il Oit ÛÉt lorsqu'il ihassemblë, par ses hennissèfflents^ sa horde do juments éparseS) et que, vérikible sultaii du désert^ ^ il fuit SU les emportant à sa suite) H* pide comme un tourbillon, -^é prése&cë domltta^ trice de l'homme.

0 merveille de la nature ! miracle de la création! comment exprimer l'émotion qu'éprouvait à votre vue ce corsaire de vingt-cinq ans, qui pour la première fois tendait ses bras vers l'immensité!

Mais, comme ce corsaire était à pied, ni le taureau ni l'étalon ne le reconnaissaient pour un homme. Dans les déserts de TÀmérique, l'homme est complété par le cheval, et, sans lui, devient le dernier des animaux* D'abordi ils s'arrêtaient sttt«

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M MBHOiaSS

péfaits à ma vue; puis, bientôt, méprisant sans doute ma faiblesse, ils s'approchaient de moi jusqu'à mouiller- mon Tisage de leur baleine. Ne vous inquiétez jamais du cheval, animal noble et généreux; mais ne vous fiez pas toujours au taureau, béte sournoise et sombre. Quant aux gazdies et aux autruches, après avoir, comme le cheval et le taureau, mais d'une façon plus circonspecte, fait leur reconnaissance, elles fuyaient rapides comme des flèches; puis, arrivées au sommet d'un monticule, elles se retournaient pour regarder si elles étaient poursuivies.

. Dans ce temps-là, c'est-à-dire vers la fin de 1834 et le commencement de 1835, cette portion du sol oriental était encore vierge de toute guerre ; voilà pourquoi Ton y rencontrait une si grande quantité d'animaux sauvages.

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DE J. GÀRIBALDI 85

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