‹ MémoiresChapitre 131 sur 168 · A FEU M. DE THOU · texte numérisé non relu

A FEU M. DE THOU

LETTRE LXVIIL

Je vous envoie les deux boîtes que vous m'avez demandées, et je vous proteste que je n'ai point balancé pour la petite, et que, jugeant que vous pourrez profiter du présent que je vous fais en rendant les lettres à cette illustre personne pour qui l'on vous accuse de soupirer-, je n'ai aucun regret de me priver de la satisfaction que j'aurois eue lui remettant ce qui vient d'elle entre les mains, dans la pensée que je vous rends en cette occasion un service assez considérable; mais je vous avoue que vous ne m'êtes pas peu obligé de vous avoir envoyé la grande, et que je sentois quelque plaisir à me voir entre les mains un portrait de cette importance, avec toutes les lettres et les bijoux que vous voulez lui reporter. Je sais que vous lui témoignerez qu'elle m'en a l'obligation, je veux croire même que cette généreuse et libérale personne me fera peut-être quelque présent pour un si signalé service ; toutefois, avec ces raisons , je ne saurois nier que je me suis fait assez de vio-

I. La princesse de Guiméné. Nous avons dit précédemment qu'il y avoit une liaison entre elle et le comte de Soissons. Les deux boîtes s'étoient trouvées dans le logis du prince après sa mort.

d'Alex, de Campion. 377

lence, et vous devez être persuadé qu'il n'y a que vous à qui je voulusse confier un trésor si important, n'étant pas assez désintéressé pour me défaire de quelque chose qui me plaît sous prétexte d'une récompense; et puis, lui reportant un jour, j'en aurois reçu un accueil que je préférerois à tous les intérêts du monde. Mais, Monsieur, après vous avoir déclaré mon sentiment avec ingénuité , pour vous faire voir que je ne m'en défais pas sottement sans en connoître le prix, je vous proteste que c'est sans regret, puisque par là je vous fais connoître ma confiance et la véritable amitié qu'a pour vous votre.

A Vert, ce 5 janvier 1642.

AU MEME

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