‹ MémoiresChapitre 157 sur 168 · LETTRE XCI · texte numérisé non relu

LETTRE XCI

Ayant appris que vous faites dessein d'aller passer quelques jours à Dampierre, j'ai pris résolution de m'en retourner jeudi au matin chez moi, me voyant privé de l'espérance d'avoir l'honneur de vous voir, qui faisoit le seul sujet de mon séjour à Paris. J'aurois pris la liberté d'aller à l'hôtel de Chevreuse; mais mon respect est tel que je me priverois plutôt de toute satisfaction le reste de mes jours que de hasarder de vous déplaire un moment, et je suis assuré que, si ce malheur-là m'est jamais arrivé, c'est sans dessein , et même sans m'en être aperçu , vous protestant, Madame, qu'il est bien en votre pouvoir de diminuer ou de changer les bontés que vous avez eues pour moi, mais non pas d'ahérer en la moindre sorte le zèle et l'obéissance que j'ai toujours eus pour vous et que je conserverai éternellement. J'en userai avec vous tout autrement qu'avec le reste du monde; car, quand vous me croirez coupable de quelque faute, j'en demeurerai d'accord, et je n'aurai jamais ni la force ni la volonté de vous contredire, quand ce seroit tout à fait à mon désavantage. Ainsi, quand la justice seroit retranchée du nombre de vos vertus à mon égard, tant s'en faut que j'en murmurasse , qu'au contraire je prendrois mes plus innocentes actions pour des

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crimes, puisqu'elles vous auroient déplu. Ainsi, Madame, usez-en comme il vous plaira; mon respect ira plus loin que mon malheur, et je me tiendrai chez moi, d'où je serois ravi d'être tiré par une occasion qui regardât votre service.

Ce 4 avril 1649.

A LA MEME

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