LETTRE XCII
Puisque mon malheur me réduit au point d'être encore privé de l'honneur de vous voir, qui seroit toute ma joie , j'espère que vous agréerez au moins la liberté que je prends de vous écrire celle-ci, la raison qui m'en donne la hardiesse étant très-juste. J'appris hier en quels sentiments vous étiez sur les choses qui se sont passées entre *"*' et moi, et que, lui donnant tort dans le fond , vous condamniez la lettre que je lui avois écrite et la liberté avec laquelle j'en avois parlé ; ce que je ne trouve nullement étrange, vu que vous ne le savez que par ceux ou qui me sont contraires, ou qui n'en ont pas la connoissance. Mais, comme il ne me sert de rien d'être justifié partout si je ne le suis envers vous, et que je désire plus votre approbation
I . Le duc de Beaufort. Il s'agit encore de la trahison dont Alexandre de Campion étoit accusé par la maison de Vendôme.
d'Alex, de Campion. 411
que celle de tous les autres, je ne serois pas content que toute la Cour sût mon innocence et que vous seule l'ignorassiez. C'est pourquoi, Madame, j'ose vous supplier très-humblement de me vouloir accorder une heure d'audience, après laquelle , s'il vous reste le moindre scrupule contre moi, je demeurerai d'accord de mériter tous les malheurs dont la fortune m'a voulu accabler; que si vous désiriez être éclaircie encore plus nettement de tout, vous pourriez faire en sorte que je me trouvasse devant vous avec ***. En ce cas je me fais fort, aux dépens de mon honneur, si j'y manque, de vous faire ^oir non-seulement que j'ai fait ce que j'ai dû , mais même qu'il n'a pas le moindre sujet de blâmer ma conduite ; et j'ose passer plus outre, et vous assurer que la raison et la vérité le forceront d'en demeurer d'accord. Que si l'événement ne répond à mon projet, je me soumets volontairement à la privation des grâces dont vous m'avez honoré , qui seroit pour moi le dernier des supplices, puisqu'il est vrai, Madame, qu'être toujours estimé de vous est la seule ambition de votre.
A Paris, ce 7 juin 1649.
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a m. l'abbé de c. ( campion ).
LETTRE XCin.
Je fus il y a quinze jours avec M. de Longueville à Chantilly, où était la Cour; il me présenta à M. le Cardinal tout à fait obligeamment , et j'en fus si bien reçu qu'il ne s'y peut rien ajouter; de sorte qu'il voulut me présenter à la Reine, et je trouve quelque jour à rentrer près d'elle. Mais de la manière dont la Cour est composée, je ne vois pas que ceux qui sont à elle fassent aucune fortune, ni même qu'ils tirent de grands avantages ; de plus , il n'y a rien de si difficile que de faire ici sa cour, et il m'est fort fâcheux, après y avoir été en la posture où je m'y suis vu , de recommencer comme un jouvenceau. Je me suis servi de M. de Lionne' pour parler à M. le Cardinal, qui m'a reçu aussi bien à Paris qu'à Chantilly; mais, comme il m'a dit qu'il parleroit de mes intérêts à la Reine, et que toutes les civilités n'ont abouti à rien de concluant, j'ai peur de m'embarquer encore ici à une dépense pour achever de m'accabler, sans avoir aucune certitude d'un établissement solide. Je lui dirai nettement ma pensée la première fois que je pourrai l'approcher ; mais j'ai pris garde que l'on traite bien les gens d'abord , et qu'après on a peine à les regarder. M. de Lionne même, qui en avoit usé si généreusement la pre-