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les ambassadeurs polonois vinrent au camp pour luy faire sçavoir son élection et le convier d'y aller. Le roy Charles^ )aloux de l'authorité de son frère, desiroit avec passion de le voir hors du royaume, ce qui fut cause principalement qu'on se résolut de traiter avec La Rochelle. La capitulation fut faite que la ville se rendroit, mais que le roy de Pologne n'entrer oit dedans. Cela s'exécute, et le^îamp se licentie.
Le roy de Pologne et Monsieur (0 s'en retournèrent à Paris. Ce désir de remuer demeura dans l'esprit de M. le duc ; l'intelligence avec M. de La Noue continua. Icy ay-je à vous noter, d'autant que vous viendrez en une saison où il y aura quantité d'enfans de France, Dieu continuant la vie au Roy (2) et à la Reine, qui en feront encore, et gardant ceux qui sont desjà nez, que vous vous serviez de mes préceptes, qui sont que vous ayez à dépendre du Roy, de vous entretenir bien avec tous, mais faisant partis à part; tenez-vous tousjours avec vostre roy, et que rien ne vous en puisse jamais séparer, que le maintien de la liberté de vostre conscience, pour laquelle je vous convie et conjure de présenter à Dieu vos biens, vostre vie et vostre personne, et qu'il vous souvienne que les rois nous sont donnez de Dieu, et quoyque mauvais quelquefois,
(0 Le roy de Pologne et Monsieur^ Lorsque le duc d'Anjou eut été âa roi de Pologne , le duc d'Alençon prît le titre de Monsieur, que le dac de Bouillon lui donne quelquefois mal à propos avant cette époque. On a eu soin de mettre des notes pour prévenir toute confusion , eHes ne seront plus nécessaires; dans la suite de ses Mémoires fauteur ne désigne plus sous le titre de Monsieur que le duc d'AIençon, qui devint duc d'Anjou après la mort de son frère idné.
C*) Dieu continuant la vie au Roy. Ces mots prouvent que Henri IV viyoit encore lorsque le duc de Bouillon rédigeoit ses Mémoires.^
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neantmoins nous les devons servir. Encore que M. le duc eust parmy ses autres raisons de prendre les armes pour la vengeance de la Saint Barthélémy, si n^estoitil pas permis par la loy de Dieu, ny politique^ qu'il le fit, n'ayant en cela nulle vocation ; et quand Dieu eust ])eny ses desseins, c'eust esté pour punir ce qui avoit esté entrepris à la Saint-Barthelemy, mais gardant à Monsieur ce qu'il meritoit en se rendant autheur de tant de maux qu'une guerre illégitime apporte; c'estoit sans justice que nous entreprenions toutes ces nouveautez. Je vous conjure de ne tomber en pareille faute. Ces commencemens me tirèrent de la Cour, et me mirent en la mauvaise grâce du Roy, et m'oslerent le moyen de parvenir aux charges, ainsi que vous l'entendrez.
La jeunesse qui a du courage croit souvent qu'elle ne le fait paroistre en ne faisant que lés choses ordinaires, et se restraignant tousjours dans le corps de TEstat, où la puissance, l'ordre et le conseil demeure; mais que, se jettant dans les partis, ils y sont plus recherchez, leur courage y paroist mieux, d'autant qu'ils sont souvent moindres en nombre, que les charges leur sont plutost données, et qu'y estans plus nécessaires et sans obligation, ils y peuvent plustost et plus facilement s'y agrandir; ne considerans pas que Dieu ne veut pas tels desseins, que l'Estat se maintient, et les partis s'en vont tousjours en dépérissant; qu^il n'y a que confusion parmy eux, des egalitez ordinaires parmy ceux de diverses extractions, d'autant que chacun y est volo^itairement, et s'en peut retirer quand il veut, disans reconnoistre faire mal en suivant ce à quoy ilsn'estoient obligez. Il ne se trouve rien de seur en tels
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partis; et s'il arrive par hazard que quelqu'un fasse fortune, ce sont gens de peu qui n'ont rien à perdre, et ceux de maison qui ont du bien et de la qualité naturelle n'y peuvent rien gagner, et toutes les actions courageuses et braves sont blasmées par la postérité d'autant qu elles sont faites contre le bien gênerai de leur patrie.
Vous entendrez combien de peines etfascheries nous avons soustenu durant les guerres civiles qui se faisoient légitimement pour la maintenue de la liberté de nos consciences, et jouissance des edits et loix sur ce faites, qui estoient à toutes occasions enfreintes, et la persécution preste à recommencer.
Estans à Paris, chacun se prépare pour aller en Pologne. Les commandemens de Monsieur me firent réfuser le roy de Pologne d'y aller, lequel s'ennuyoit fort de partir de France pour aller commander à une nation si esloignée et si différente en mœurs et en police. Le roy Charles se trouvant desjà mal, estant jugé pulmonique par les médecins , M. de Guise et lés principaux serviteurs du roy de Pologne le convioyent à ne partir, et plustost se retirer de la Cour ; que sçachant Testât de la vie du Roy, qui ne pouvoit estre longue, que c'estoit se mettre au hazard de perdre la France, oii Monsieur ne manqueroit de faire ses menées; qu'il avoit ceux de la religion pour ennemis, qui sçavoient qu'il avoit aidé à faire résoudre l'exécution de la Saint Barthélémy, la maison de Montmorency malcontente : cela retenoit son esprit en suspens, et le fit séjourner près d'un mois à Paris après que le Roy^ en estoit party, s'estant acheminé jusques à Vitry pour accompagner son frère jusques en Lorraine. Là, il tomba
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malade (0; la Reine mère pressoit, quoy qu'à regret, le partement de son fils , se promettant, comme elle fit, la mort du Roy survenant, qu'elle conserveroit le royaume au roy de Pologne. Monsieur, le roy de Navarre et M. le prince estoient à Vitry, où ils se lièrent d'amitié plus estroitement que par le passé; et avec mauvais conseil on projettoit de remuer. Le roy de Navarre et Monsieur (3) avoient occasion de le désirer pour l'irréparable, offense receue à la Saint Barthélémy, et la contrainte en leur conscience d'aller à la messe, ayans tous] ours un vif ressentiment de la religion en leur cœur, et jugeans qu'ils demeuroient tousjours suspects au Roy et à l'Estat, pour n'avoir jamais part à aucune charge; mais les raisons de Monsieur estoient autres qui le dévoient rendre agréable au Roy, pour, par sa volonté, s'instaler dans les affaires; il inclinoit néanmoins à la prise des armes, estimant qu'elles luy feroient donner, en les posant, la lieutenance générale.
Nous avions souvent des lettres de M. de La Noue,
(i) Là il tomba malade. Dans quelques écrits du temps on attribua la maladie du Roi au }>oison. «c Feu de gens se persuaderont , dit de (t Thou , qu^il n^y eût rien de surnaturel dans cette maladie. » Brantôme et Jean de Serres s^expriment d'une manière encore plus positive. Ce dernier laisse même entrevoir qu'on imputoit le crime à Catherine de Médicis. D'après un passage de Papire-Masson , il paroitroit que le duc d'Anjou en fut également soupçonné. Dans quelques libeUes, Catherine de Médicis fut publiquement accusée d'avoir empoisonné son fils. Charles IX mourut j peu de temps après son corps fut ouvert en présence des magistrats : on n'y découvrit aucune trace de poison. D'ailleurs, tous ceux qui ont prétendu que ce prince avoit été empoisonné ne s'ac* cordent point dans leurs i^cits, et se réfutent ainsiles uns les autres.
(«) Le roy âe Navarre et Monsieur. H faut lire M. le prince de Condé j le sens du texte sufBt pour l'indiquer : c'étoit le roi de Navarre et le prince de Condé que Charles IX avoit contraints d'aUer à la messe.
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qui redressoit autant qu'il pouvoit sa créance parmy ceux de la religion , et sondoit les volontez pour reconnoistre ceux qui par la peur delà Saint Barthélémy s'estoient du tout révoltez. Les deux rois se separe|:*ent audit Vitry ; la Reine mère, Monsieur, le roy de Navarre, M. le prince et toute la Cour, partent pour conduire le roy de Pologne hors de la Lorraine. A Nancy me fut parlé du mariage de mademoiselle de Vaudemont, qui depuis a esté reine de France (i), et ce par le roy de Pologne. Je n'y voulus entendre, n'ayant lors nulle envie de me marier^ et aussi mon oncle de Thoré m*avoit dit la vouloir rechercher, je ne voulus courre sur son marché, ayant tous] ours eu cela d'avoir esté fort exact observateur de mes promesses et des amitiez que j'ay contractées, à quoy souvent plusieurs m'ont trompé. J'estimay que l'ouverture de ce mariage se faisoit pour raison d'Estat, pour me séparer et d'avec mes oncles et d'avec Monsieur, en m'alliant avec la maison de Lorraine, à ce que je n'aidasse à ce qui se pourroit brasser contre le roy de Pologne , estant hors du royaume.
Il nous pensa arriver un grand inconvénient, qui fat prévenu par une assez spirituelle prévoyance. Monsieur avoît un premier valet de chambre nommé Ferrand, qui l'avoit servy de violon estant jeune: ce valet de chambre s'estoit laissé gagner par la Reine mère pour l'avertir de tout ce que Monsieur feroît. M. de La Noue avoit escrit à Monsieur, luy rendant compte de ce qu'il negocioit, et l'asseurant qu'un bon nombre de noblesse et de villes luy tendroient les bras pour le servirl Monsieur oublia cette lettre sous le chevet de
Reine Je France, Elle épousa Henri IIÎ.
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soD.lict; Ferrandi le voyant faire le matin, prend cette .lettre y et tout soudain la porte à la Beine; par hazard î'estois allé en sa chambre; une sienne femme de chambre qui alTectionnoit Monsieur me dit en passant : (c On a une lettre que vostre maisti^e a perdue. » A l'instant je m'en vins retrouver Monsieur, et luy demanday sa lettre ; il vit qu'il ne l'avoit plus ; ce fat à délibérer ce qui estoitde faire. Monsieur avoit quelque envie de s'en aller; je m'avisay de luy donner conseil de fair^ réponse à M. de La Noue, par laquelle il luy temoignast trouver estrange qu'il le convioit à s'obliger des personnes pour son particulier^ luy qui n'avoit autre but qu'à servir le Roy et mériter ses bonnes grâces^ que luy ny ceux de la religion ne dévoient enti^er en nouvelles défiances, qu'on leur vouloit tenir ce qu'on leur avoit promis, et que pour cela il s'offroit de faire entendre au Roy ce que c estoit de leurs affaires. La lettre faite, il fut trouver la Reine sa mère, et, feignant ne sçavoir que la lettre fut perdue, luy dit avoir receu une letti^e de M. de La Noue, qu'il luy portoit avec h réponse ; cherchant dans sa poche, il ne trouve la lettre, comme il tf avoit garde, mais bien la réponse, asseure fort la Reine ladite lettre ne contenir que ce qu'elle faisoit, et à quoy il avoit-répondu.
La Reine se contenta de cela, et fit démonstration d'y ajouster foy, d'autant que le remède fut si promptement porté, qu'elle ne pouvoit s'imaginer que c'eust esté un fait aposté.
Nous partismes de Nancy et allasmes à Blamont, où. le duc Christophle Palatin, accompagné du comte Ludovic de Nassau (0, vinrent trouver le roy de Po*
(>) Ludovic de Nassau. Catherine, qui n'ayoit pu empêcher le de*
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iogne, Tasseurer de son affection^ et qu'il esperoit bièotost avoir une armée sur pied pour le servir. Cela fut -accepté, et prit-^on intelligence avec luy, qui se devoit entretenir paù: Tentremise de M. de Thoré^ auquel il avoit eu eonununication avant la Saint Bartlie* lemy, lors qull.alla à lentreprisede Mons, ayant fait ses -adieux à la* Beine, qui s'en revint par Bar-le-Duc, où elle. Yonkit chasser La Mole (<) d'auprès de Môut sieur, disant-quçic'estojt luy qui avoit -tousiours main-* tenu son maistreà n'estre pas si bien avec le roy de Pologne qu'îLdevoit estre. Monsieur empescha cela, et n'en estoit pas aussi la vraye causer mais la jalousie que le. roy de Pologne avoit prise de luy^ qu'il n'aimât madame la princesse de Condé i'^), femme de M. le prince, de la maison de Nevers, laquelle il avoit laissé avec une excessive passion, qui eut bien apporté du mal. sii la incM:*t ne L'eust prévenue. ' '
Nous trouvasmes le Boyà Beims, joyeux du pârtèment de son frère, qu'il n'avoit bien creu jusques à
part du roi de Pologne , cherchoit les moyens de le rapprocher d^elle Gaspard de Schomberg avpit négocié par.son ordre avec le prince d'Orange, pour faire donner à Henri le commandement des forces des confédérés dans les Pays-Bas; et c'éloitpar suite de ces négociations qae le comte Louis de Nassau, et le prince CHirifitophe, fils de Télecteur Palatin, yinrent s^aboucher à Blamont ayec Catherine et le roi de Po iognc. ...
(0 Chasser La Mole, «t Le Boi aToit mandé deux fois au duc d'Anjou « de fiûre étrangler La Mole. » ( Mémoires de V Etoile. )
^) Madame la princesse de Condé^ «Monsieur, qu'on nomme aujour- « d'hui roi de Pologne, portoit le portrait de cette princesse pendu à « soa col. » {Mém. de V Etoile.) Marsollier, dans son histoire dn duc de Bouillon, prétend que le duc de Guise, beau-frére de la princesse de Condé, iavorisoit cette intrigue afin de retenir le roi de Pologne en Fiance.
gS [^^7^] MÉMOIRES
nosfre retour de Seim& Nous allasmes à Soissoos. où nous vint trouver M. de Thoré i là arriva un mimstre nommé Saint Martin^, envoyé de la pai*t- de M. lè comte (0 à Monsieur : mon oncle et mo y parlasmes à luy ; sa créance estoit que Ledit comte estoît à cbeval , aved trois à quatre mil chevaux et six ou sept mil hommes de pied;. qu'il venoit pour exécuter une eotst^ prise sur Mastrichy^et qu'il attendroit de^avis de Mon* siéur pour tourmer la teste vers luy où il seroit mandé* Nousnepeusmesluy donner jour hy lieu ^iiiais que dans un mois nouB>luy ferions sçavoir de nos nouvelles. Nous donnons avis de cela à M. de La Noue^ afin qu'il avisast^queltçmps ilous poumons prendre ; M. le ùomte Ludovic (^). fut défait^ le duc Christophle et luy tuez. de façon que cette avmée ne ik>us putv servir ;, M. de La Noue aussi manda quîil n'avoit aucune chose preste. Nous allasmes à ChaMilly j là^ Monsieur conféra avec M. de Mbntmorency^.qui luy donna de tres>'bons conseils si npus les eussions sceU< suivre , à sçavoir de se tenir à la Cour^ s'insinuer dans les bonnes grâces du Boy autant qu'ail pourroit, liequel on voyôlt bien ûe pouvoir longuement vivre ; qu'il établiroit sa créance en $'autbo<:isant d»n6lQ»af&ire&(.m£»is qu& sortaot.de la Courii feroft im pareyet^ rendt'Ott' i'Estat contre
(«) in, le comte. Gatlierme de Médicis vouloit, comme on Fa dit pin» baut> meUFè lejroi dèrSplGgii»a l^têl&de^ cOnfSdérës^ olais le comte Louis de Nf^iatl lui ]^r^érait I0 due dWéQçOo/ jQmâqliielàtomtx eût pris des arrangemens avec la Reiuenîiére, il s'embarrassoit peu de remplir ses promesses : la seule chose essentielle pour lui étoit d'avoir Tardent et les troupes de la France.
(«)■ ^. 1^ oomu lAàdtk^i^ Lé ooibtÉt lAvm de Hawaii et le pi^isce Fa* latiQ péninini r^mia^ somste dans un» Ijitfiaille ^ils livrerai aàx Es" pagnols le 14 avril.
DU DUC DE BOtJILLOM. [l574] 99
Iny, qui tendroit les brasf au i*oy de Pologne plùS v6lontiers-; qu'il falloitde Ift patience; que potir luy il estoit sotis^t-viteut*, mais qii^il ne Itiy poUvôit pi^oniettiré de monter à cheval , estant officier de la couronna aih^î qu'il estoit. Là'secotnmétiça utiie brouillerié , qtiî eût sultte, de Sf. die Guise et dMn gentilhomme (Jtti Fâvoit autrefois servi ; mais, estant parent de M. de I«a Mole, queMobsiëtiï^ aymoit, il l'avoit retiré du serVice de M. de' Guîse'pour Ife mettre sttiprëi de ]Vf ohsieiiri
[1874] Nous partîsmfes de Chantilly et vinsmes à SdiQt^Oériilâin eh Laye, 6ù Ton fit séjour de trois mois. Là, Mbtisieui^ et le rby de Navarre cotiimUhil]uoient souvent ensemble, et avions sôihrènt des nouvelles de Btf. de La Nbfié. Lés (ihôseë s'acheminàns à une prise - d'ahnes , ainsi que vous Penteridiréa, M. de Montmorency vînt à Sainte-Germain. Un jour, sUr les six- heures du soir, c'estoit veri le moi^ dé ifeVrier, M. de Guise dfesciendantd'ttii degré, qui vônbit de la chanàbre de la Reine merèj dDcômpagné d'un gentilhomme et d'un page, trouve le jeune Varitabriâh : ayant eu peu de propos , M. de Giki^e met Tespéé à la' ihaîri ; Tàûti^e veut enfiler le degré; i! le ratrape' en bas, luy donné dîVers coups, l'ayant jSbrté par terré; Croyant Tavoir tué, s^en court à la chambf é- du Roy, qui gardoit le lifct, d*où il s'ap prodie avé^ une voix emeuë. Il supplia le Roy en s'abaissant, de luy pardonner sa faute d'avoir tUé Vantabrati dànfe lé chasteau, qui luy avoit dit que s'a' femme, madàihé de Gnisé, et M. de Montmorency le vouloient faire tuer; soudain M. de Montmorency repartit en suppliant le Roy d'ordonner que Yantabran pust estre oiiy, s'il lay restoit encore un peu de vie, se présentant, sous le bon plaisir du Roy^ à maintenir que luy
ny madame de Guise n'avoient jamais eu de semblables propos y ny près ny loin approchant de cela. Sur ces entrefaites La Mole entra, qui demanda justice au Boy; et tint des propos mal rangez et ass;ez audacieux, ajoustant que Dieu avoit gardé la vie à son cousin pour par sa bouche sçavoir la vérité. Yantabran est mené dans la garde-robbe, quelquesMins du conseil :ordonnez pour roiiir; cela s'assoupit sans plus avant en avoir tiré la vérité (0. L'opinion commune fut qu'on vouloit jetter. le chat aux jambes à M. de Montmorency, et si Va^tàbran eust esté tué, que cela eust servy de prétexte à ce qu'on eust pu entreprendre contre luy, s'estant remarqué que cet assassin de Montrevel s'estoit veu à Saint*Germain, ce qu'il n' avoit accoustumé; le Roy mesme n'estant bien aise de le voir près de luy, recompense ordinaire des traîstres, d'estre en soupçon mesmes à ceux qui les employejQt. Parmy toutes ces choses il y avoit des amours meslées, qui font ordinairement à la Cour la pluspart des brouilleries; et s'y passent peu ou point d'affaires que les femmes n'y ayent part, et le plus souvent sont cause d'infinis malheurs à ceux qui les ayment et qu'elles ayment. C'est pourquoy, si vous me croyez et voulez estre sage, vous vous retirerez de .la passion, et tascherez de vivre en sorte qu'elles ne croyent que vous les méprisiez ou fassiez mauvais offices, mais qu'elles vous pourront conjurera les aymer plus que vous ne ferez, vous m^*' tant toujours de tout vostre pouvoir au devant de tou-
(^) En avoir tiré la vérité. Les autres mémoires du temps ne sac- 4X>nlent pas avec le récit du duc de Bouillon ; mais on ne trouve dao^ aucun d'eux des documens assez positifs pour <pi'il soit possible de ^ former une opinion sur cet étrange éyénemeut.
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tes vos actions la gloire i^e Dieu, de n'enfraindre ses commandemens de tout vbstre possible.
M. de La. Noue résout la prise des armes au lo marsXOy avertit par tout, mesmement le sieur de Gui* try (^) Berticheres, pour avertir ceuk de delà la rivière de Loire. Monsieur en est averty et les autres princes , mais assez tard, n'y ayant pas plus de trois semaines jusques au jour. Ces princes s*assemblerent et avisèrent le moyen de se retirer et où^ il fut avisé de sçavoir de M. de Bouillon s'il vouloit les recevoir à Sedan, et à cet effet le sieur de La Boissiere est dépesché vers luy^ qui fit son voyage en huict jours , asseura la volonté deM« de Bouillon ^ non-seulement d'ouvrir les portes , mais c{^'il viendroit recevoir ces Messieurs sur la rivière de Vesle, qui passe à Reims ^ avec un bon nombre de noblesse, en luy faisant sçavoir le jour. Nous voilà donc résolus de nostre partement,. et du lieu de nostre retraitte. Le roy de Navarre va prendre son logés au village pour y coucher; M. de Thoré estoit avec nous, et M. de Montmorency s'en estoit retourné à Chantilly. Il arriva par une très-grande faute, de laquelle la vérification n'en a esté bien faite pour sçavoir d'où elle venoit, mais elle nous pensa couster la vie à tous, qui fut que M. de Guitry, au lieu de prendre le lo de mars, s'avança de dix jours,, m'ayant dit plusieurs fois
(0 Au lo mars. La Noue n^ëtoit parvenu qu^avec beaucoup de peine à décider les protestans à la guerre^ Les Rochellois surtout avoient de fortes préyentions contre lui- depuis qM. les avoit abandonnés pendant le dernier siège. Il alla dans leur yille ; son éloquence triompha de tous les obstacles, et la noblesse de la province lui déféra le oonmiandement.
{*)Le sieur de Guitry. Les traducteurs de de Thoti l'appellent Jean de Chaumont , sieur de Guitry.
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gue celuy .que M, de J^a Noue luy avoit «nvoyé luy avoit donné Va^ntce jo^r qu'il avoit pris. Mau opinion a esté que l'ambition luy avoit fait commettre cette faute, estimant que s'avançant devant M. de La Noue, qu'il attireront le» hommes à luy, et qu'il pourroit plus f^çilemeot exécuter quelque entreprise, et qu'aussi il ne ^émoigoeroit ne dépendre du commandement de M. de La Noue, raisons trèâ-foibles pour luy fivoir fait commère tant de gens ep un très-grand danger (0.
(i) £n joiprès^^rund danger. C'est atw proteAtans ea général cpie Dayila et de Thou attribuent la précipitation avec laquelle Guitry se Éonduisit. Ha vûuloient^ suivant ces deux historiens , forcer les princes à se dédarer.Nous croyons devoir citer ici un fragment curieux etpea connu qai.« été. rédigé .par un contemporain sur les Mémoires de la femme de Duj^^is -lyibma^.'^ a Gonviei^ent donc les associés de a prendre les armes le lo mars 1574) et de fait en ce temps plusieurs « places furent surprinses , tant par ceux de la religion cpie par les c partisans du duc. M. du Plessis estoit à Saint- Grcrmain-en-Laye, f pour exhorter messieurs de Thoré et de Tuien|ie qu!il n&falloitpl"' « tarder y |nais exécuter prompmneut les intelligences QUv'iis avoient, « M, de Thoré sur-tout de tenter Bouen^ dans laquelle il avoit assez « d^accès à l'aide de ceux de la religion par le vieQ palais dncpiel il « estoit gouverneur. Cependant qu'ils en délibèrent et donnent jour < à M. duf lessis, voici arriver à M. d'Alen^n, de la part de N. Cbao- « mont y se^neur de Guitry, un capitaine nopuné Çallitrope avec une «c lettre de créance qui portoit que cette mesme nuit , qui estoit ie <c 30 février , il avoit donné rendez-vous à trois cens gentilshommes et « quelque infEmterie en la plaine d'Espemon , parce qu'il avoit reçu n avis de M. de La Noue que les nostres estoient en armes eu Poitou? it qu'il (ist de mesme s'il vouloit cpnserver sa réputation \ partant , que « M. d'Alen^on regardast ce qu'il avoit à faire j que s'il ne preDoil a promptemeut les armes il seroit estonné qu'on le mettroit en prison > (( parce que ses desseius estoient descouverts... La cause de cette preci- « pitation de M. de Guitry estoit particulière. Il avoit entendu gu'un « prévost avoit charge de le prendre, dont, impatient d'attendre, u c< avoit donné le signal de prendre les arme^ à M. de La Noue, au lieu
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Nous ne fusmee avertis que sur les deux heures après midy^qu'il avoit doQné son rendetMrous pour le lende-
ce qu'il le devoit attendre de plus baut (et ainsi se précipitant les « meilleurs conseils). En cette perplexité on résout que le lendemain, « de grand matin, M. d'Alençon, le roi de Neyarre^ k prince de « Caodép ayM meslÎBau» de Thoeê^ de Ttireime, et autres q^ estoien^ tt de leur conseil, a<|a8 Ofabre d^aller ^ la diasse, .le cor ancol, vQpns- « teroient sur leurs meilleurs chevaux, et, sortans de Saint-Germain, « iroient droit à Mantes; que là ils seroient reçus par M. de Buhi , freré
< de M. du'Plessis, qui j estoit en gamisoki avec la compagnie de M. le « m a ff es e hal de Montmorency, duquel il porloit la comttle. lÀ §e de* t voi^it r«adre tovsceuxqui^uîvoiept le parti de ceux de la religip|i,ou
< deM.d'Alençon. L'affaire délibérée, on commande à M. duFlessis d'esc tre prest pour les y conduire ; mais il fut incontinent avertjr par messieurs c de Thoré et de Turenne que cet avis estoit changé, qu'on aVôit dit k « H. d'Âlençon qae«|anaii hommû sage ne donnerait un^â téittyéraire c oonseil^ que>)I. de.Gm^yluydoiUMÛtlej^t, qifi d«yoit le reion^ir « deli^, et autres telles considérations qui arresterepit M. d'Alençon^ « qu'il valoit mieux que messieurs de Buhi et du Plessis se saisissept de a liantes^ que M. de Guitry y entrast avec ses forces pour les assister j ft cela fait, tjue'M. d'Aiençon y accoorroit aussi-tôt avec les siens. Ce « couseil vint de M. de La Mole, qui pouyoit lors beaucoup auprès' de « mondit seigneur, de tant plijts au goust de M. de Thoré qu'il cherchoit
< temps de retirer dix mille escos qu'il avoit chez luy. Gomme lesjpe- « titea choses nuisent aux grandes! M. du Plessis, entendant cette ré- « sohuioA, remonstre que ce commandement de M. d'AlençoQ ruiiie- « roit son frcrçf la prise de Mantes, viUe fort peuplée, et in tout en- « neitiie, par ce^noyen seroit incer^dne et dangereuse, ^fi lieu qi^^e 1/a « présence du duc la rendroit trés-aisée s au reste, qu'au premier jour « M. d'Alençojii et eux to^ seroient mis en .la Bfistille. Gomme il vit « qu'il ne gagttottrien,iil monte.à cheval, et en trois hoi^res j^rrive ^ « Ba|d,;leur maison, paternelle, à dix lieu^ de 3aintrGermain. Là il « déc}aFe à son frère, ce d^ein^ et. bien ^u'il çust .tous les sujets du « fponde de refuser :Ce^ oçgmidssiopi j néaiiimQiiis il je persuade d^-^er K au, même instant à M«#tes, et d'occuper avec< ses .an^ 1^ pqrte de c Beausse^ q^e l^y^ avec qi^çlques .auti^es ,À.la mesme heure , se rç^i^dipit « /oiaisue de cf^Ue du P<^]L. liais VL de, Cfuit^j, q|ii devoit arriver à la c pointe du jour, ne vii^t qu'à huit heuros., «t ss^ infanterie, p^rce
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muin. de se venir saisir de Mantes , où estoit la compagnie de M. de JMpntmorency en garnison , comman* dëe par le guidon du sieur de Buy^ qui estoit de nostre intelligence. Nous, fort esbahis, nous n'avions donné jour à M. de Bouillon y et apprenions l'incertitude du sieur de Guitry des forces qu'il pouvoit faire, l'entreprise de Mantes fort incertaine, comme il a paru ; de partir incontinent nous n'avions ny lieu ny forces certaines pour nous retirer. Nous renvoyons vers Guitry, luy mandant qu'au^itost qu^il seroit à Mantes qu'U nous avertist, que nous cependant aurions le pied à Testrier dans le village, n'y ayant plus que Monsieur engagé dans le chasteau.
Sur l'entrée de la nuit, voilà l'alarme à la Cour, si chaude, que, n'en connoissans bien la cause, les perturbations estoient grandes, les bagages chargez, les cardinaux de Lorraine et de Guise à cheval pour s'enfuir à Paris,, et, à leurs exemples, plusieurs autres. Les
« qu'il ayoit plu toute la nuit. Il trouva toutesfbis la porte et le pont (c saisis , comme on avoit convenu ; mais n^ajant que quarante-cinq • chevaux, il se retira, et vit bien qu'il n'y pouvoit subsister. La cause « pour laquelle si peu de gens le suivirent, fut quand cette noblesse fut « arrivée au rendez-vous assigné , voyant que M. d'Alençon ne venoit « point , la pluspart ne voulurent passer plus avant. En ce fait pamt «t rbabileté de M. de Bubi, qui joua si bien son rôle qu'il reçut lettres de « gratification du Roy et de la Reine pour avoir, par une si grande résolu- « tion, conservé la ville. Car, voyant que l'affaire n'alloit pas bien, ilpour- « suivit M. de Guitry comme pour le choquer. Cependant, connoissant (c que la chose se sçauroit incontinent, il assembla la Maison-de-Ville, « sous ombre d'aviser à rendre compte au Roy de ce fait , et , comsae alcf lant trouver Sa Majesté , sort de la ville. M. du Flessis, ayant aussi re- « tiré les siens de la tour du pont, vint à Chantilly, où, tiouvant son « frère, il fut d'avis qu'ils se retirassent ensemble à Sedan. » (^'« ^^ Duplessis^Mornajr, rédigée par de liques, sur les Mémoires de Charlotte Arbaleste, fenune de Duplessis-Momay. )
BC DUC DE BOUILLOn. [l574] loS
tambours des Suisses, du corps et des comptgnies fran* çoises des gardes battoieuit aux champs. Les avis du rendez-vous du sieur de Guitry pour l'assemblée de ses forces se rapportoient de Normandie , de Beausse et du Vexin, où il estoit, le partement du Boy résolu à rinstant, les gardes redoublées au chasteau ; mon oncle de Thoré et moy, qui estions au village, au logis de M. le Gonnestable, prest à paitir si )e Teusse voulu croire, ce que je ne voulus, mais d'aller au chasteau aviser si nous pourrions faire ^ortir.Monsieur. Estans dans le chasteau, où le roy de Navarre avoit aussi esté mandé, je cherchay Monsieur, et entray en la chambre delà Reine, où le roy de Navarre s'approcha de moy, et me dit : « Nostre homme dit tout. » Alors je m'appro- . chay de mon oncle de Thoré, et luy dis qu'il s'en al* last, et qu'il vengeast le mauvais traitement qu'on me pourroit faire, et me crut, dont bien Idy prit; s'il fut demeuré il estoit mort, d'autant que Monsieur l'avoit fort chargé par sa confession qu'il fit à la Beine mère par la foiblesse de sa constance, et par l'induction de La Mole (0, qui, marry de n'avoir esté de tous nos conseils, pour se venger de nous, et de moy principalement, estimant que ce mauvais office qu'il faisoit à son maistre, en luy conseillant de perdre sa créance et réputation, et ses meilleurs serviteurs, qu'il s'atti-
(0 Par Pinduetion de La Mole. La Mole, présumant que la démarcbe de Guitry alloit donner Féveil à la Cour, crut se sauver par Ta- /
Tea qu'il se hâta de faire à Catherine de Médicis. Sa déclaration se réàmaott an projet d'éyasifsn du duc d'Alençon et des autres princes. Se^ ion la Mole on n'avoit pas d'autre dessein. Far malheur pour lui, le ^Qc d'Alen^n en dit beaucoup plus. D'ailleurs, Catherine de Médicis ▼oaloit que cette affaire fit de Féclat : La Mole fiit une des victimes qu'elle sacrifia.
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roit un grand gré- du Roy et del^ Reine ^ ce qui avint autrement^ aimi que vous Teutendrez.
Là Reine^ ayant jsceu ce qu'elle youloit de son iSIs; sort de son cabinet et va à là chambre du Roy^ où )e m'en allay par le grand degré, curieuâc, ainsi qu'il se peut juger, de sçavoir ce que Monsieur avoit dit. Ainsi que j'entray, je le void paillant à madame de Sauve, riant comme s'U n'y eut eu rien^ il la quitte, et me dit: «Je n'ay rien dit de vous, sinon qu'en gênerai vous m'aviez promis de &ire toi^ ce que je vous dirois, mais que votre oncle s'en aille* » lloommençoità estre jour; on vouloit envoyer vers Guitry, mais je rompis cèooup,* soudam je luy dis qu'il le devoit avoir fait , d^autant que ces gens«là croiroient qu'il les ailroit tous trompez, et que je les rendrôis o^ables d'excuser ce qu'il avoit dit , et que leur précipitation nous avoit tons perdus. J'avois aussi une autre raison,. qui estoit que le Roy s'attendant de tirer quelque service de moy durant cette entremise^ qu'on ne me feroit déplaisir, n'estant fortasseuréisi Monsieur n'avoit dit de moy que cela. Je le convîay de remettre cela en avant de m'envoyer vers Guitry, ayant songé que j'y pourrois servir. Le Roy ^e délibère que j'irois de la part de Monaeur, M. de Torsî (<) de b sienne, et un nommé Arbonviile de la part du noy de Naviarre, qui n'avoit brouillé personne. M. de Guitry donne à Mantes sur les huict heures; le sieur de Buy avoit si mal prçparé son fait (^), qu'il n'y eut u/i seul gendarme de la comp^^ie qui 6^
CO Itf. de Torsi : Jçan de Blofse^j^c^gne^r 4e Twcy.-rC»)-<^«w** nud prépara f on fait. Si Ton en croit raat€^ur4e .)a Vie deJ^yL^^eadsllocnay, le sieur de Bahi se tara tort hahUcmeat de «e pa» daag^ reux. M