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mine die se joindre audit Guitry^ non pas m^sme le sieur de Buy; de Êiçon qu'il fallut ressortir de la ville, n ayant plus aiicuue entrepmse ny nouvelles de nous, ny mesmes des autres rendez-vous qu'il avoit donnez, pQur sçavoir quelle quantité d'hommes s'y estoient trouvez. Il s'achemine ver^ Dreux, et prend uq logis à rentrée de la ville sur la rivière d'JEure; audit Dreux sestoit rendu le /sieur de Saint Léger avec quelque nombre de poblesse, qui, dao^ le lendemain, eussent esté plus forts que ledit Guitry, et l'eussent combattu ou contripiiQt à se séparer, ri'ayant avec luy qu'euaviron soisante gentilshommes et s\^ vingts hommes de pied. . Nous partons de gaint Germain : arrivez à Dreux, nous ordonnasmes au sieur de Saint Léger de ne rien eutreprendris; .nous sçeumes où estpient logez ceox de 1^ religion, et ^l]£L$D:^es prendre ^ostre logis à demie lieue d'eux ^ d'pù nous leui^envoya^mes un trompette du Roy, que nous avions .mené pour faire sçavoir audit de Çruitry nostre arrivée, le convier de nous venir trouver, ou l^ien nqus asjseurer de pouvoir aller là où i)s estoient^ PP. en chemin, en tel lieu que le trompette nous rapporteroit* Qui fut et bien aise et bien en isus*> pans, ce fut ledit de Guitry de me sçavoir là, estimant que je l'eçlaircirois dç Testât de^ affaires; et, en peine de conjecturer comment je vepois.en cette légation, il nous renvoyé le trompette, en nous asseurant un lieu où il ce Tendit avec environ vingt gentilshommes, et ^o^s y acheniinasmes. Le siei^r de Torsi prit la parole, et leur dit Je desplaisir qu'avoit le Roy de les sçavoir les armes à la main, estant désireux d'ester toute la méfiance à ses sujets à raison des choses passées, par les bons et favorables traitemens qu'il leur vouloit
rendre 5 qu'ils eussent à se retirer chacun chez soy et venir vers Sa Majesté , ainsi que d'obeissantS' sujets doivent faire , qu'ils en recevroient tout contentement. A cela le sieur ^ de Guitry dit n'estre seul dans la France qui avoit les armes en la main, mais qu'elles y estoient prises par toutes les provinces, que l'inobservation du traité de La Rochelle estoit commune , qu'ils ne voyoient ny n'oyoient que le renouvellemenl des persécutions, qu'ils aimoient mieux mourir les armes en la main que par les supplices rigoureux exercez contre ceux de la religion. Je pris la parole, et dià qu'avec la volonté du Iloy Monsieur m'avoil voulu envoyer vers eux, pour leur dire le desplaisir qu'il avoit d'estre en doute de la bonne grâce du Boy, et d'avoir sceu la prise de leurs armes, qu'il ne vouloit favoriser ny assister, mais bien les asseurer qu'ils se pouvoient entièrement fier à la parole du Roy ; Arbonr ville dit à peu près les mesmes choses de la part du roy de Navarre. Alors le sieur de Guitry prié M. de Torsi et moy de trouver bon de parler avec luy à part, ce qui fiit accordé. Alors je luy dis l'inconvénient arrive' à cause de sa précipitation, qui nous avoit osté le moyen de partir, et de faire jouer tous les ressorts de nos entreprises si à propos que nous eussions fait, que les princes n'estoient pas du tout prisonniers, mais tellement observez^ qu'ils n'avoient aucune action libre. Je trouvay ce gentilhomme sans conseil, ny ouverture de moyens pour se garantir d'une prochaine et honteuse ruine j et ne voyant rien pour luy et tout contre luy, ne se pouvant fier pour venir trouver le Roy, ny aussi comment se maintenir en le refusant, il me fallut luy ouvrir un moyen, qui fut de nous dire qu'il estoit
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prest d*aller trouver le Boy^ en luy donnant les seuretez nécessaires d'aller et retourner^ m'ayant esté ordonné par le Roy, sur tout en prenant congé de luy, de luy feire venir Guitry; que cependant que nous retournerions il s'avancer oit vers la Normandie, d'oii il attendoit des exécutions sur des places par le sieur de Golombieres et autres. Il approuve cela, de façon qu'après nostre communication le sieur de Torsi se trouva plus remis; et faisant cette ouverture de venir, qui contenteroit le Roy, nous nous séparons avec cette response, et vinsmes trouver le Roy, qui estoit venu loger au fauxbourg Saint Honoré, au logis du mareschai de Rets , auquel nous fismes entendre ce que nous avions fait; dequoy Sa Majesté fut contente, et nous commanda de nous tenir prests pour retourner vers ledit Guitry, et luy porter les sauf-conduits nécessaires pour venir trouver le Roy et pour s'en retourner.
Cependant il marcha, et le trouvasmes auprès de l'Aigle en Normandie, d'où nous luy fismes sçavoir nostre retour, à ce qu'il vint vers nous, ou que nous allassions vers luy, ou en lieu entre deux pour nous aboucher; ce qui fut accepté, et là nous nous trouvasmes, oh nous luy fismes voir les sauf-conduits du Roy, qu'il nous demanda pour les communiquer à ceux qui estoient avec luy. Il s'estoit renforcé dé quelque cent chevaux et deux cens hommes de pied. Il revint vers nous dès le jour m^me, disant que ses compaignans ne le vouloient laisser partir, et avec beaucoup de raisons. La méfiance estoit très- grande de l'invalidité de toutes les promesses, qui les faisoit douter de k seureté de sa personne; ils se voy oient sans chef, n'ayant point encore d'avis certains de ce qu'a voit exe-
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cutë le sieur de Golombieres, et moin^ que le comte de Montgommei^y eut mis pied à tert*e : ils sçavoient que M* de Matignon y qui depuis fut maresêhdl de Franoe^ estoit à Gaen^ où il asseihbloit deÉ fbtk^es, estant un des lieutenans du Boy eti Normandie, qui les pouvoit combattre; que se voyâns sans* le sieur de Guitry, plusieurs se desbandei'oient , conduans à y laisser aller tout autre d'entr*eu2^, mai6 point le sieur de Guitry.
A cela nous leur opposohë la promesse qu^ilavoit faite, que les sauf-conduits estans donnez sous-son nom; le Boy se tiendrôit trompé d-eux; enfin ils itië prièrent d'aller jusques en leur quartier , pour faire sçaTûir à toute la troupe nos raisons et àsseùrànces; Il faut remarquer que Monsieur elles princes m'avoient enchargrf d'enipescher leur séparation, rebâtissant* de nouveau les moyens- de sortir de la Cour; M. de Torti trouva bon que )e satisfisse à leur désir en m'en allant au quartier. Je voyois bien là continuation dies sbùpçonS que je doâuoifi^ devoir intelligence avec eiiir, que je ne pouvois parler à plusieurs en public que ce que je diroifi ne ftit scèu , que les principales raisons que j Pavois pour les faire consentir âU voyage dû siëur de Guitry, estoit l'attente de la sortie de Monsieur, la communication' qu*il pourreit avoir aVec Itiy , la seureté qu'ils auroient cependant de nfe pouvoir eslre combattus, et de pouvoir se joindre avec le sieur dteCoIombieres; raisons lesquelles sceiiesdu Roy estre venues de moy , me portolent en un fort grand danger: neantmoins mon affection au service de Monsieur, la croyance que j'avôis de ne faire fortune à la Cour, me firent prëferer les coînmandemens dé Monsieur à ce qui
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estoit de moa dôvoir, en parlant à trente ou quarante geHtilsfaomoiés ordonnée >de tous les autres à cet effet , aasquels je fis concevoir mon but, qui estoit que, sur le voyage de M. de Guitry ,. on pust. gagner lé temps nécessaire pour leur faille voir des choses qui porteroient ie grands avantages à leur party ; qtie, nous separans SenXf beaucoup de forces leur tomberoient sur les bras, qii- ils sçaurpient ceux q,ui auroient pris les armes ^ et que je ne voyois nul hazard* pour la personne dudit Guitry; que nous nous obligerions, en nostre propre noffl^ de&irè trouver bon au Rby de lé reconduire él le ramener parmy eux. Cela les &it résoudre à le con-' sentir y principalement sur la croyance qu'ils prirent enmoy que je nei voudrois estre autheur d'une perfi^ die. IlS'enVojerentvers M. de Torsi un des leurs avec moy^pour Vasseurer que lesiieur de Guitry viendroit le leadamain nous trouver pour en nostre cOiùpagnie aller trouver le Roy au boisde Vincennesj où il avoit pris son logis pour asseurer sa personne et collbs des autres^ CoâimB il fut arrivé, le Boy nousdommanda de fair^e trouver le lendemain le sieur de Guitry en sa c5hainbre, oà'iin'y auroitque là Beiné sa mère, ce que nous Gsmes. Là le Boy taScha à le pratiquer > et sçavoir de luy la vt^y^ dauie de leur^ armes, et ceux de son in» trigue,lé louant ainsi qU'iL le meritoit, et luy donnant dequoy attendre de la recompense, s'il vouloit servir le Roy en ce qu'il desiroit. PL cela il se servit des raisons générale»' qu'ils^ avoîent par les actes passés entre ceux de la religion», les nouvelles rigueurs qu'on eserçoit, qu'ils auroient estimé devoir cesser par l'absence du roy de Pologne qu'ils avoient cru y pousser le Roy, auquel ils desiroient toute prospérité, ne cherchans que
le moyen et seureté de la liberté de leur conscienqe ^ que le Boy leur doxmant celatl ne falloit douter qu'iL ne posassent les armes.
Durant six ou sept }ours que nous dejoieurasmes aa bois de Vinœnnes, le Roy sceut l'arrivée du comte de Montgommery à Garentan (0^ la prise de Saint Lô, de Valoigne et autres petites places dans le bailliage de . Costentin , de façon qu'il jugea bien qu'il falloit traiter ces affaires avec le gênerai de ceux de la religion ^ qui avoient aussi pris les armes dans la pluspart des provinces de la Loire; qui fit qu'on se résolut de renvoyer ledit Guitry et nous avec luy. Monsieur et le roy de Navarre bastissoient les moyens de leur partement; jugeans assez le péril où ils estoient;.et à cecy La Mole estoit des premiers instrumens. La faute qu'il avoit fait commettre à Monsieur à. Saint Germain , et l'estimaat plus propre à la Cour que dans les ai^mes, me faisoit méfier de luy ^ de façon que Monsieur me voulant corn- ' muniquer son dessein et m'en faire parler à La Mole ^ je le suppliay que je n'en sceusse rien , mais qu'il pouvoit s'asseurer que je ne luy manquer ois point
Nous repartons après avoir veu arriver M. de Montmorency , que j'allay trouver entre Escouan et Paris pour le détourner de son dessein, estant le jugement d'un chacun qu'il seroit arresté (0, comme il fut. Mes
C») V arrivée du comte de Montgommery à Carentan. Le 1 1 de mars i574 » le comte de Montgommery, accompagné du tomte de Loiges son , fils , et du seigneur de Galardon , dit de Refuge ,^n gendre, paiût de i Jersey pour se rendre en Normandie , où il avoit des intelligences.
(0 Qu*a seroit arresté. Le* Mémoires de Testât de Fiance, sous | Charles IX, renferment quelques particularités curieuses sur l'empri- j sonnemeut du maréchal' de Montmorency. On y lit que les premie | jours de mars le duc de Lorraine avec son épouse, et le carduiw
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persuasions ne furent rien à cette ame asseùrée Oontre ces dangers qu'il avoit preveus, et )ugë moindres que les blasmes ou les difficultez à les excuser.
Nous arrivons à Gaen, où estoit le sieur de Matignon, qai avoit fait tuer deux jours auparavant le sieur de Saint-Jenets ('), frère du comte de Montgommery , dans son chasteau, dont il portoit le nom, par un nommé de Ms^ns. Nous arrivasmes à Saint Lô, où nous trouvasmes le sieur de Colombieres avec assez bon nombre d'hommes, qui commençoit à travailler et à ruiner les boxhourgs. Il estoit neveu de M. deTorsi; il nous logea aa fauxbourg, et nous posa un bon corps de garde devant nostre logis, nous disant que toute sorte de méfiance estoit permise à ceux qu'on avoit si souvent et si meschanunent trompez, qu'ils avoient les armes à la main, esperans que Dieu les beniroit en sorte qu'ils auFoient la vengeance de tous les massacreurs. M. de Torsi plus que moy trouva estrange ceste façon de garde, et ces propos libres, lesquels il^voulut modérer; mais il arriva tout le contraire , les derniers estans plus iojarieux que les premiers, et conclud son propos di-
Lorraiue, en se rendant à la Cour, sWrêtérent cliezle maréchal, que là ils lai donnèrent des témoignages d^affecUon, que le maréclud les accompagna à Nanteuil, oii étoit le duc de Guise, et que la même cor- ^té parut régner entre eux tous. Après cette yisite, Montmorency, n^aystnt plus aucun soupçon, nliésita point à répondre aux invitations ((a Roi et de sa mère. Malgré les représentations de ses amis, il vint à Vmcennes. On Fayertit inutilement de prendre garde à lui. Gomme sa conscience, dit de Thou, ne lui reproclioit rien, il braya le danger , et il fut conduit à la Bastille, avec le maréchal de Gossé, par Ëustache de Gonflans, vicomte d^Auchjr. De Thou place le lieu de la scène au lx}Qyre, et non pas à Vincennes.
(>) Auparavant le sieur de Siùnt^enets, Nous croyons quW lieu de Saint-Jenets il faut lire Saint-Jean. Le frère de Montgommery étoit
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sant voilà ma sépulture (0^ nous monstraot une tour par où il jugeoit que la ville s^roit battue. ainsi qu'elle fut y et y mourut y ayant $es deux enfans près de luy lors. dé l'assaut, qui n'estoient âgez de plus de quatorze ans.
Nous passasmes à Carentau, où nous trouvasmes le comte de Montgommery arrivé, avec lequel nous ne traitasmes rien, et n'eusmes qu'à nous en retourner : passans à Caën, nous trouvasmes commencement de forces, et le sieur de Matignon, soudain après. nostre passage , logea quelques forces près de Saint Lô, pour empescher les courses. Arrivez au bois de Vincennes, après avoir rendu compte au Boy de Testât auquel nous avions laissé le comte de Montgommery, qui n'estoit gueres bon, tant pour la foibleçse des places que pour le peu de forces et un commencement de division que nous y recônneusmes entre lui et le sieur de Guitry, qui estoit un brave capitaine, on commença à dresser les armées de Normandie et de Poitou, celle-cy sons M. de Montpensièr> et celle-là sous le^ sieur de Mati* guon« Lors lurent créez trois régi mens d'infanterie , dont le commandement fut donné à trois jeunes gentilshommes de bonne maison, qui furent Bussi d'Am-
Tabbé de SainMean de Falaise. Il ayolt été pourvu de son abbaje en i555, etiila conseryoit quoique calviniste. Il fut assassiné dan< son église par un nommé Thomas des Planches. Il fut, selon Brantôme^ inhumainement et proditoirement massacré par la mence du marécha de Ma^gnon. L'historien de ce dernier n^en a pas parlé. Davils, àt Thou et La Fopeliniére ont également gardé le silence. L'auteur des Mémoires de FEstat de France sous Charles IX se contente de dire qu'il fut tué par des assassins apostés.
{^} Fùiid ma septdiure. Ce brave officier pressentit la destinés qni l'attendoit. Il périt sur la brèche de Saint-Ld.
DU DUC DE BOUlLLOJir. [l574] I iS
boiiCf Lavardin, qui est maintenant mareschal de France , et l'autre à Lticë : M. le comte de Soissons a esponsë sa nièce et son héritière. Je sechois sur les pieds de voir ces messieurs , qui n'estoient gueres plus vieux que moy^ lesquels avoient des charges et en moyen d'acquérir de la réputation; mais, estant liél la fortune de Monsieur, je ne pouvois sans faillir m^en séparer. Il differoit tousjours pour paortîr; et, comme je vous ay dit, je n'avois voulu me mesler avec La Mole, n'y rien sçavoir de ce qu'ils faisoient. Le Roy, au departeuient qu il fit des compagnies qui le servie roient en Poitou, y destina ma compagnie, qui fut oo* casion que je preparay mon équipage , et pris congé du' Roy et de la Reine le lundy de la semaine avant Pasqpies, et vins à Paris, où Monsieur arriva le mardy ; et là il me<;onjura tant qu'il me fit parler à La Mole, et me communiqua le dessein qu'il avoît de partir le mera^dy ou jeiidy ensuivant. Il repart et s'en re* tourne au bois deVincennes, et moy au bailliage dû palais, où. î'estois logé. Le mercredy, de bon matin, on me manda du bois de Yincennes que le Roy prenoit quelque ttiefian ce de ce que f acfaetois des chevaux , des armes, de la poudre, et autres commoditez pour la guerre, ce qui me fit envoyer le sieur de La Boissiere vers le Roy, pour m'excuser sur le commandement que j'avois d'aller trouver M. de Montpensier, qui me Êiisoit &ire provision des choses nécessaires pour la ^erre. Il revint assez tard, et me porta un nouveau commandement d'aller trouver M. le mareschal d'Anville, mon oncle, en Languedoc, qui faisoit aussi des troupes pour foire la guerre à ceux de la religioii^ et que j'eusse à partie* le lendebiain. Je renvoyé La
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Boissiere dire au Roy que fobëirois en tout et partout ]^ ses commandemenSy et avertis Monsieur que je ne coucherois qu'àJuvisy , et que s'ilpouvoit sortir je me trouver ois où il me manderoit pour tout le jeudy au* dit Juvisy; oh estant avec mon train, qui estoit de huict ou dix gentilshommes, nombre de bons chevauz, le matin du vendredy j'eus avis que Monsieur, le roy de Navarre^ les mareschaux de Montmorency et de Cessé estoient arrestez.
Je pars et m*en allay coucher à Milly, oùjesceus par un que je ne sçay avoir jamais veu ny devant ny après, lequel se rompit la jambe en me venaùt trouver, et m'envoya son homme pour me dire qu'il avoit esté donné des commandemens aux villes et aux gouverneurs par où je passerois de me prendre (0. Je ne fus pas sans peine, me voyant entre les rivières de Seine et de Loire, peu connoissant le pays, neantmoins résolu d'éviter tous mes dangers avec courage. Je pars et suis le grand chemin à moyennes journées jusques à Cône sur Loire, où je ne logeay dans la ville, mais au fauxbourg, où je laissay le plus pesant de n^on ti'ain et ce qui estoit inutile; et, feignant d'aller voirSancerre, je pars sur les quatre heures avec dix-huict chevaux, et passe la rivière de Loire, ordonnant à mon argentier d'aller le grand chemin, en disant me devoir rencontrer. Je fis une grande traite, et allay jusques sur les dix heures du lendemain repaistre à cinq lieues par delà Bourges, où je ne sejournay que peu, et al-
(0 De me prendre, L'ayis étoit véritable. On ayoit, dit de Thoo, donné Tordre de Tarréter, aussi bien que Guillaume de Montmorenc/} rieur de Tboré, Jean de Lafiu, seigneur de Beanyais, et Guillaume dt Gtand-Champ : une prompte fuite les saura.
DU DUC DE BOUILLOlf. [l574] ^ ^1
lasmes coucher bien avant dans le Bourbonnois, en uD village qui estoit en la maison de Bellenave, où je trouvay un hoste qui avoit esté à feu M. de Bellenave, qui estoit d'ordinaire avec feu mon père, qui me reconnut, et demanda aux mien^ si je n*estois pas M. le vicomte de Turenne. Il arriva une chose digne de remarque : le jour de la bataille de Saint-Quentin, oà mon père fut blessé et pris, dequoy il mourut, estant mon père mené prisonnier, le sieur de Bellenave, pris aussi, luy fut présenté^ soudain il le nomme Sagouin, nom qui luy avoit esté donné pour ce qu'il avoit la bouche petite;, il arriva si à propos qu'il s'estoit nommé de ce nom et non Bellenave, disant qu'il n'estoit qu'un valet, de façon que ceux qui le tenoient crurent cela^ et le laissèrent aller àans payer aucune rançon, qu'il eust bien payée de deux mil escus. De là je m'en allay à Joze, lieu de ma naissance,, où je n'avois esté depuis que je fus mené à Chantilly,, là où je fus fort visité de la noblesse.
Le Roy depescfaa le sieur de Maignanne, enseigne d'une des compagnies des gardes du corps, avec comr mission au sieur de Saint-Heran (i), gouverneur d'Auvergne, de lui tenir main forte pour me prendre. Ledit sieur de Saint-Heran, qui avoit esté lieutenant de la compagnie de cent hommes d'armes de M. le Connestable, et fort «affectionné à feu mon père et à toute nostre maison, repondit audit de Maignanne qu'il estoit prest à faire ce que le Boy luy avoit commandé, mais
(0 Au sieur de Saint-Heran. N. de Montmorin, seigneur de. Saint- Herem , étoit cornette de la compagnie du connétable de Montmorency à la bataille de Saint-Quentin. Il partagea le sort de son général , et il fut pris comme loi les armes à la main.
Il8 [1S74] MÉMOIRES
qu'il ne sçavoit de qui se servir dan^ la province ^oà ma 'maison estoit aymee et bonoi^ée et des villes et de la jxoblesse; qu'il falloit avoir des forces d'ailleurs, que i^estois accompagné de cinquante ou soixante gentilsbommeSy qu'il pribit ledit Maîgnannede Jie se moustrer, de crainte que dans Clermont, où ils estoient^ on ne lui fist-deplaisir. Il me donna avis de Tarrivée dudit Maignanne et do commandement qu'il avoit^ me conseillant et priant de prendre garde à mo y et de m'os-^ ter de là; je me résolus de m'en aller à.TarenncL
Je pars de José fort bien accompagné y et vins à Gfaasteaugué, où estoit M. de Fleurât; je sejonmay là trois jours^ courant la bague, et passant le temps avec plus de cent gentilshommes. Sçacbant que Maignanne observoit mes actions, et soUicitoit M. de Saint-Heran h Texecution de sa commission , j'avisay d'envoyer Le Jeune^ qui avoit le guidon de ma compagnie, à ClermoïKt, accompagné de huict gentilshommes 5 descendit au logis où estoit Maignanne, lequel, les voyant entrer, SBMkta en une chambre, où il fat suivy par ledit Le Jeune^ lequel le prenant par le bras luy dit que M^Ie vicomte de Turenne vonloit sçavoir qai il estoit : soudain l'autre descend le degré, et va k l'escurie faire apprester.ses chevaux, et alla trouver lesieordeSaint- Heran pour prendre congé de luy y reconnoissant qu'U falloit d'autres forces pour faire obéïr le Boy. Il ne hi cmpesché de ce dessein, et n'eust asseurance qu'il ne sortîst de rAuvorgne, ce qu'il fist en un jour.
Je m'acheminay vers Turenne, et estoisdans la montagne du Cantal en un lieu nommé Vie, prétendant de m^en aller le lendemain coucher à Iloqudl;)ée, maison qui estoit lors au sieur de Montai, qui m'appartcnoit
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de quelque chose. Je fus averty qu'il avoit retiré quelques hommes dans sa maison pour assassiner la plus* part de ce qui estoit avec moy, et me prendre prisonnier, trahison fortgrande^ d'autant queje l'avois obligé diverses fuis estant à la Cour, et luy m'ayant convie d- aller ches& lui^ et tous) ours asseuré d'une très-entière amitié. Cela vous doit faire connoistre combien d'infi^ délites se trouvent entre les hommes qui y par ambition ou avarice y se départent des choses honnestes pour suivre celles qui satisfont à ces deux passions. J'avois avec moy son jeune frère qui estoit chevalier de Malte, lequel 9 sans sçavoir l'infidélité de son frère, m'y servoit de guide pour la souffrir; cela, avec ce que je sceus que M. de Vantadour (0, qui avoit esponsé une des sœurs de ma mère, gouverneur du Limosin, s'en estoit allé àTurenne pour s'en saisir, me fit rebi'ousser chemin et m^en aller à Bouzols. Voilà les traverses et dangers oùj'estois, qui, pareils ou plus grands, suivent ceux qui ont leur Boy pour contraire : à Bouzols je sejournay qaelques jours, estant accompagné de cinquante ou soixante geïitilshommes; de là )e m'en vinls à Turenne, ayant sceu en chemin la mort du roy Charles, Monsieur, le roy de Navarre et les deux mareschâux tousjours prisonniers; je m'en vins, dis-je, à Turenne, où tonte la noblesse catholique me vint voir, et quelquesuns de la religion qui ne se trouvoient dans les troupes qu'aux occasions, lesquelles estans passées ilsse retiroîent chex eux. Ceux de la religion me tenoient Beaulieu, Argental et la ville de Saint-Ceré, et le sieur de Montai le chasteau; ils ne me faisoient la guerre ny
(0 M. âe f^antadbuA Gilbert de L«Vift,diic de Ventadour, atoit épousé Catherine de Montmorency^ fille du Connétable.
lao [1^74] MÉliOIRES
moi à enx. Il arriva que ceux de Gazillac , où il y avoit quelques soldats qui estoient de Turenne, firent quelque outrage à un de mes voisins , dequoy ils ne voulu* rent faire réparation , ce. qui m'occasionna d'assembler mes amiS) et les allay attaquer , et les pris. Ceux de Beaulieu. commencèrent à courre ma terre; je leur fis la guerre et les contraignis à s'accommoder avec moy ^ par Tauthorité de M. le vicomte de Gourdon, qui estoit leur, gênerai en Limosin y haute Auvergne et haut Quercy» Gela dura jusques au siège ^de Miremo'kt. En ce temps-là le Roy revenoit de Pologne ^ et estoit à Turin y où, sous la parole de feu M. de Savoye, M. le mareschal d'Anville, quiestoit dans ladite ville , ayant fait la révérence au Roy , et eu plusieurs discours qui ne l'avoicjnt contenté ^ M. de SaVoye, averty qu'on le vouloit tromper, et sur son retour le faire perdre, luy fit apprester sa galère (0 et prendre le chemin de Metz, et le rendit sain et sauve dans son gouvernement; il avoit traité avec ceux de-la religion, et fortavancé l'union entr'eux et les catholiques romains avant qu'aller à Turin, dequoy il m'avoit donné avis, m'exhortant de m'y joindre et à prendre les armes pour cet efiet: j'avois appelle bon nombre de noblesse, attendant de sçavoir dudit sieur mareschal le jour que nous nous déclarerions. Je sceus qu'il e^oit allé trouver le Roy ; cela me mit en une fort grande peine, estimant qu'il s'accommoderoit, et que j'aurois fait une levée de bouclier à ma honte, et à la ruine de ceux qui prendroient les armes avec moy.
(>; Luy fit apprester sa galère. De Thou dit positivement que Dam-^ ville» ne doatant p],u8 de la mauvaise volonté da Roi , prit la poste-, et s'en retourna en ^Languedoc.
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II. se présente une occasion pour couvrir la rraye cause de l'assemblée de mes hommes y qui fut que le sieur de Saint-Heran s'estoit obligé d'assiéger le chas* teau de Miremont en Auvergne, à la sollicitation de ceux du haut pais, mais poussé principalement par Montai, qui vouloit un grand mal à la dame à qui appartenoit la maison, estimant qu'il la feroit mourir, et ruineroit sa maison. Je fis que le sieur de Saint-Heran me convia de l'assister en ce siège, ce que j'ofiris de faire, et j menaj trois cens gentilshommes et quelque infanterie. Ces entreprises estoient faites avec les promesses de ceux du païs pour les frais qu'il falloit faire pour les levées et paye des hommes, des vivres, munitions de guerre, esquipage d'artillerie : toutes ces choses estoient fournies mal à propos et moindres qu'il ne les falloit; de façon que nous ne prismes la place, et s'y perdit nombre de gentilshommes en voulant faire un logis sur une espèce de contrescarpe , de façon que j'y eus plus de vingt gentilshommes tuez, entre lesquels fut le sieur Oudart, que j'ay dit cy-devant avoir esté envoyé à Clermont faire déloger Maignanne. Nous levasmes le siège; ceux de la religion avec lesquels j'estois entrèrent, ainsi qu'ils dévoient, en une grande méfiance de moy. Je m'en revins à Turenne, où tost après j'eus des lettres de Monsieur, qui me prioit de prendre les armes avec M. le mareschal d'Ânville, qui aussi m'avertit de son retour en Languedoc, et m'envoya les articles de l'union afin que je les signasse. Gela me fit résoudre à prendre les armes ; dequoy je donnay avis à M. de La Noiie , qui m'envoya tout ce qui estoit sorty des villes de Fontenay le Comte et Lusignan , avec les sieurs' de Montguy on et de Chouppes , qui pbuvoient
xai [^^74] MÉMOIRES
estre environ mil arquebusiers à cheval ^ et cent ou
six-vingts hommes de cheval; j'avois près de trois cens
gentilshommes catholiques^ qui prirent les armes avec
moy.
Il est à remarquer qu'estant revenu du si^e de Miremont ^ le Boy arriva à Lyon en mesme temps : j'envoyai vers luy pour luy rendre les devoirs que comme son sujet je luy de vois , luy tesmoignant estre marry des mauvaises impressions que le feu Boy son frère avoit prises de moy^ ne désirant que d'estre maintenu en ses bonnes grâces ^ et luy rendre les services que je luy devois. On fit fort peu de cas de ma recherche^ et me fit-on connoistre que je n'avois à espérer aucun avancement 2 ainsi en fit- on au gênerai de ceux de la religion , qui tous firent sentir qu'ils ne desiroient autre chose que la seureté et liberté de leur conscience, biens et personnes.
Le Boy y qui avoit esté conseillé de TËmpereur^ pasr «ant à Vienne^ du sénat de Venise et de M. de Savoye, de donner la paix à ses sujets, s'en venoit avec cette intention ; mais la Beine sa mère, le mareschal de Bellegarde (0 et quelques autres, la luy firent changer à son grand malheur et de tout son royaume, sur lequel U pouvoit régner heureux, où il a eu tousjours, jusques à la mort, des partis qui rendoient sonauthorité contestée, son peuple ruiné, la justice et les loix sans obéissance. Il s'en vint à Avignon , où il comnaença à préparer des forces, et attaqua Livron (a) : pour moy
{^) Le Tnareschal de Bellegarde. Le maréclial de Bell^arde ne s'opposoit point à la paix; aa contraire^ il fut sacrifie poor Favoir ooiisetllëe. Cadierine dt Médicis seule Tdnloit la gaerre.
(•) Altaqw^ Livron. Lç siëge de Livron comment le ai déceiobt»
DU DUC D£ BOUILLON. [l57 5] is3
je fus appelle par ceux de Montauban, qui estoûent foit pressez. Le sieur de Joyeuse^ commandant en Languedoc, et le sieur de Corn^sson à Tbolose(Oy le sieur de Clermont de Lodeve en Quercy, et le sieur de LaVa*lette, père de M. d'Ëspernon^ en Gascogne, luy avoient pris tous les forts aux environs, où ils avoient mis des garnisons pour les empescber de ne cueillir ny bleds ny vins ; les villes du Mas de Verdun , Buset et- Lau» serte, tenues par ceux de la religion dans les trois pnyvinces où commandoient ces trois messieurs dessus nommez, estoieat en telle extrémité qu'elles n'avcâent des vivres que du joui* à la journée ; les garmsons si petites qu'elles ne pou voient suffire aux gardes ordi* naires , OAoins pouvoient-elles lever leurs contributions, sur lesquelles elles prenoient leur entretenement.; ils me prient d'y aller, m'ayant , en une assemblée qu'ils avoient tenue, destiné pour commander en Guyenn» sous M. le mareschal d'Anville.
[1S75] Le premier rendez vous fut près de Tu*» renne, en un lieu appelle les Bruyères de Nazaret ; de là nous allasmes à Bergerac où commandoit le sieur Langoiran, puisné de la maison de Montferrant, laquelle est maintenant esteinte, lequel me récent bien) nutis neantmoins, trouvant ennuyeux pour luy de me reconnoistre , je passay la rivière de Dordottgne, celle du Drot, et à Clerat celle du Lot. Tous les lieutenans du Boy Êùsoient ce qu'ils pouvoient pour se faire forts et me combattre , qui estoit mon plus grand désir, ayant près de six cens chevaux et deux
i574* Henri lut oblige de le lever yen le milieu de janviet i575; ce fut là son début en arrivani au irdnc.
(0 A Toiote : à Toulouse.
mil hommes de pied , bons et bien commandez. Os me laissent faire mon chemin sans empeschement; je prends mon logis à deux lieues de Montauban, au village de Piqueros, où il y a un bon chasteau qui appartient à ceux de Montpezart, d*où ceux de Montauban recevoient beaucoup de dommage : j'estimois qu'ils me donneroient dequoy Fassieger^ mais ils estoient despourveus de tout^ leur artillerie consistoit en deux canons, l'un pesant près de sept milliers, le calibre si grand qu'il falloit des moules exprès pour y fondre des balles, l'autre estoit un 9autereau qui ne pesoitgueres plus de quatre milliers, qui n'avoit que sept pieds de longueur, de façon que le premier ne se pouvoit mener qu'avec un grand nombre de bœufs, l'autre ne pouvoit demeurer sur son aiSust, mesmement en le tirant^ à cause de sa légèreté, ny demeurer, ainsi qu'il le faut, dans les ambrazures, à cause qu'il estoit fort court, et pour l'un et pour l'autre, on ne pouvoit faire de platteforme suffisante à son recul. Il y avoit une ou deux bastardes; mais le chasteau fut jugé n'estre forçable avec cela. Je delogeay, et avec ceis pièces je pris quatre ou cinq forts, et après je m'en allay à Montauban (0, où je fus receu avec un grand applaudissement du peuple, ainsi que c'est la coustume d'aymer ceux qui les délivrent d'oppressionsj neantmoins la confiance n'y estoit pas entière, à cause que j'avois plusieurs catholiques, et moy-mesme qui l'estois, faisant dire la messe dans ma chambre, dequoy plusieurs s'offensoient: ceux de la religion, de voir cela introduit k Montauban, estimans que l'ayant chassée qu'elle n'y rciïtre-
(0 A MoïOauban, Selon Cathala-Cotare ( Hist. du Querey) w ▼^eomt« d«.Tnrenne entra dans Montauban le premier mai iS^S.
DU DUC DE BOUILLON. [l575] ia5
roit point; les catholiques, de ce qu'ils avoient si peu d'exercice et eu cachette , quoy que par le& articles de Tunion il estoit accordé aux troupes , à la campagne et dans les garnisons. Il y avoit M. de Terride (0, qui m'obeissoit un peu à regret; de façon qu'il me falloit mesnager entre toutes ces difficultez, et essayer qu'elles ne m'empeschassent à bien faire la guerre et acquérir la réputation et créance : par curiosité quelquesfois j'allay au presche, où divers catholiques me suivoient. Je ne sejournay pas à Montauban trois jours que je ne misse dehors l'artillerie, la moisson pressant, pour. les eslargir de toutes les petites garnisons ; où je fus accompagné d'heur, d'autant que nous n'avions pas pour tirer cent cinquante coups de canon; neantmoins je pris à cette sortie huict ou dix forts assez bons, et où il se trouvoit bon nombre d'hommes dedans, mais ils estoient assaillis vertement, de sorte qu'aussitost que quelque trou estoit fait, ou quelques guérites abatuè's, on y dohnoit, de sorte que nous prismes réputation , qui sert grandement à la guerre ; et au contraire les capitaines la perdirent en nous laissant exécuter ce que nous entreprenions : nous nous servions de la diligence, qui est une partie fort requise à l'homme de guerre pour exploiter beaucoup de grandes choses et pour se garder de plusieurs dangers. Je prenois le temps de mes sorties avec considération de sçavoir si les lieutenans du Roy qui ne s'accordoient gueres bien estoient ensemble, de choisir les lieux que je voulois attaquer, qu'ils fussent en assiette favorable pour prendre un bon logis, les ennemis les voulans se*
(■) M, de Terride, De Lomaigne , bi^ron. de Terrides , un des chefs des protestans dans cette province.
ia6 [(^7^1 MÉMOIRES ,
courir, de les investir, ayans quelques avis que leurs garnisons fussent foibles : il arrivoit que la garnison avoit esté battue , et, me servant de Toccasion , je les investissois. Je faisois ce que je pouvois, avec Tavis des capitaines qui estoient avec moy^ de vaincre nos nécessitez par art et par la diligence. J'avois grand'peine à maintenir mes hommes, qui, volontaires et sans payement, ne se pouvoient garder avec rigueur.
Je pris nombre de ces petites garnisons en six semaines de temps; mais le plus pesant de la besogne estoit de conserver les trois places susdites^ qui avoient faute de tout, et moy nuls magazins pour les envitail- 1er. Il me falloit lever, tantost cent sacs de bled de maison en maison, sur les plus volontaires de Montauban; • tantost je jettois partie de cela dans la ville, qui estoit au dernier morceau, par quelques soldats qui se deroboient la nuit des gardes et des forts des ennemis, et entroient dans la place ; tantost, mais rarement, je les faisois conduire par une légère escorte, estant cela fort hazardei^x que vos hommes ne soient battus, d'autant qu'ils y alloient sçachans que s'ils estoient rencontrés ils le seroient par plus fort qu'eux, ce qui les rendoit (comme en semblables occasions il avient) peureux et capables d'estre battus par beaucoup moindre nombre d'hommes qu'ils n'estoient. Bien souvent j'y allois. Le sieur de Cornusson et de Joyeuse s'assemblèrent sur l'advis qu'ils eurent que j'avois assembM toutes mes troupes, et m'en estois allé à Villemur pour mener on envTtaillement à Busèt, et prendre deux tours qui estoient à cinq cents pas dudit Villemur.
Lesdits sieurs se logèrent en un village qui s'appelle JBessinS; et quelques autres lieux au delà de la rivière
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du Tar^ (»). Le lendemain, je pars avec deux cens arquebusiers à cheval y et suc vingt chevaux, ayant ordonné le sieur de Moulins, cadet de la maison de Komes, avec autres quarante chevaux et soixante arquebusiers à cheval, de se mettre à ma teste et à son dos les chevaux ^t charrettes qui portoîent les munitions pour Buset. Comme je fus à une lieuë de Villemur, laissant les quartiei^ de l'armée presque derrière, croyant que rien ne pouvoit aller à cette escorte qu'il Devint plustost à.moy, je fis alte, et ledit de Moulins suivit son chemin. Après que j'eus fait ferme environ une heure, je fis retourner mon infanterie 5 et tost après je commençay à m'en retourner. L'espérance perdue de voir les ennemis, on commence à laisser les bras* sars, quelques-uns à s'avancer pour éviter le chaud, et de marcher en mauvais ordre ; tout soudain j'entends crier à ma queue : « Armes! » Je tourne avec ce qui se trouva près de moy, qui estoit environ soixante chevaux; La Grange et le sieur de But furent les premiers que je vis pleins de sang, ayans chacun trois coups d'ëpée, me dire: « Monsieur de Moulins et les munitions sont perdues si vous ne les secourez. »
Je n'avois qu'un courtaut les pieds assez pesans ; je n'eus pas fait cent. pas au trot, que les ennemis meslez avec les nostres, qui nous lés menoient sans leur sççu et sans là volonté des nostres; eux nous voyans ils font ferme ; je fis sonner la charge, eux tournans, au mesme temps les deux resnes de mon cheval se rompent. M. de Choupes W , qui depuis fut lieutenant de ma
(0 Du Tare : Tàni.— («) M, de Choupes. Pierre de Chouppes , genuUiomme poitevin, se distingua par sa bravoure dans le parti des protestans. Oe fut lui .qui en iSgJ, à l'assemblée de Sainte-Foi, proposa ûe récuser tous les parlemens de France.
laS [^^7^] MÉMOI&ES
compagnie^ commence à donner sur la mâchoire de mon cheval, que je laissois aller pour l'envie que j'avois de me mesler avec cette troupe, qui estoit de cinquante chevaux choisis, commandez par le sieur Saint- Martin-ColombiereSy lieutenant du sieur.de Joyeuse, qui luy a voit baillé son fils (0> estant la première fois qu'il s'estoit trouvé les armes à la main^ c'estoit celuylà qui depuis fut tant favorisé du feu Roy : ma troupe, voyant mon cheval tourner et s'arrester par- les coups du sieur de Choupes , s'arreste ^ et n'y eut que le sieur deKoiré, monté sur un cheval d'Espagne, ne prenant garde que nous nous arrestions ayant les ennemis à trente pas de nous, sort du chemin, et saute le fossé qui fermoit le chemin à nostre main droite, et s'avance pour gagner la teste des ennemis, estimant que c'estoit moy^ estant plus avancé qu'eux il ressaute le fossé, et commence à leur demander où estoit M. de Turenne: eux, à ce mot, commençans à luy donner sans s'arrester, il vint tomber sur la croupe du dernier cheval des ennemis que nous pressions, ayans racommodé ma bride, avec sept ou huict coups d'espée à son cheval et deux ou trois sur luy, mais un entr'autres qui luy coupoit autant du corps en sa rondeur, au defiaut de sa cuirasse, comme il y en avoit à couper ; les boyaux tous dehors luy furent remis, et il fut mené à Villemur, et guery depuis du plus grand coup qui se soit veu.
Les ennemis, trou vans la rivière guayable, et un logis de leur infanterie sur le bord, qui nous fit faire ferme, ayans pour nos peines eu cinq ou six des leurs tuez ou pris, retournent au logis. Je preparay.mon fait
(0 Litjr o^^oit baillé son fds, Anne, duc de Jayevse et marccbala» France \ il fut tué à la bataille de Coutras.
BU DUC Ds BouiLLoir. [i575] lag
toute la nuit pour battre le lendemain ces tours^ poa*vans loger nostre artillerie sur le bord de Teau de nostre costé, et battre lesdites tours, qui estoient sur Tautre bord, du costé où estoient les ennemis logez à une lieuë et demie. Je fis mes approches la nuit, et logeay mon artillerie, qui estoit trois canons et deux bas<* tardes : la rivière du Tare estoit guayable entre la ville et les tours; j^avois trois pontons pour passer mon in*fanterie, qui estoit d'environ quinze cens hommes ; j en passay environ mille sous la conduite d^un gentilhomme nommé La Garenne, de Poitou, qui fut fort négligent à travailler pour rehausser quelques fosses qvLÛ pouvoit rendre inaccessibles à la cavalerie, et fa-* ciles à garder contre Tinfanterie, estimant de pouvoir maintenir mon siège, encore que les ennemb me vinssent sur les bras avant que d'avoir forcé ces tours. Dès la pointe du jour j'envoyedeux troupes de cavalerie poar me tenir averty du mouvement que feroient les ennemis ; je disposay mon ordre à mon artillerie, et logeay ce qui estoit du mesme costë le long du bord de Teau^ et fis faire une bonne barricade sur le quay. De bon matin je passay de delà, où je vis la négligence du sieorde La Garenne, qui n'avoit pas donné un coup de pesle : en mesme temps Je sieur de Ver lac revint, qui avoit mené une des troupes pour prendre langue, et me monstre la poussière des ennemis, qui marchoient à nous: soudain, avec Tavis de M. de Frontrailles (0 et autres, je fais retirer La Garenne d'une teste avancée, ([u'ileutpeu garder s'il eut fait ce qu'il devoit (remarquez les inconveniens de la paresse), et le fis loger à la teste des premiers fossez qui limitoient le bord de
CO êf, de FoniraitteM, Michel d^Âstarac , baron de Fontraillefl.
i3o [^^7^] MÉMotniss
la rivière, et retiray tous les hommes du costë de la
tour qui regardoit la ville.
Dès le matin le canon tira ; les bleds estoient hauts , qui donnèrent moyen aux ennemis d^avancer leur infanterie^ de façon que je ne fus repassé Teau qu'ils commencent à attaquer nostre infanterie : s'ils avoient esté mal soigneux à travailler , ils furent aussi peu courageux à se deffendre. Après une petite salve d'arquebusadesy ils se mettent à fuir droit à la rivière , et les ennemis à les presser, de façon que plusieurs ne se servirent des ponts ny du guay, mais se noyoient. Cet effroy prit de nostre costé, y ayant beaucoup de péril sur nostre bord , la rivière estant petite et un chemin ras qui la bordoit; de façon que je vis Theure que les ennemis, poussans leur bonne fortune, eussent passé en hazard d'entrer dans la ville. A ce péril il fallut oublier le mien ; avec vingt ou vingt-cinq gentilshommes je me tins sur le quay, ralliant et asseurant ce que je pouvois. M. de- Ghoupes , des plus braves gentilshommes^ que j'aye veu, relayé de nostre arquebuserie, fait recommencer tirer nostre canon, qui cessa le {emps de deux volées: les ennemis s'arrestent, estimant avoir assez fait bruslans les tours, et se retirent, etmoy aussi après avoir mis des vivres dans Buset, où tost après les 'ennemis brassèrent une entreprise par le moyen d'un sergent qui fut pris et mené à Thoulouse, où ils le vouloient faire pendre s'il ne leur promettoit de leur donner moyen d'^treprendre sur Buset. A quoy ce sergent consentit, et promit au sieur Dnranti (0, lors advocat du Roy, de luy faire sçavoir k
(0 ^u sieur DuranU. Jean Etienne Dnranti devint plus tard premier président du parlement de Toulouse. Son séle poiu* la religion ca-
DU DUC DE BOUILLON. [l §7 5] l3 I
moyen quMl y verroit. Sur cette espérance ils le lais^ serent aller : revenu au Buset, il avertit le capitaine Pasquety qui commandoit dans la ville , de la promesse qu*il avoit faite pooi* sauver sa vie. Pasquet m^en aver* tit; je luy mande de faire que ce sergent entretint les ennemis^ et qu'il luy adjoignit quelque soldat bien asseure et fidèle , qu'il diroit avoir desjà pratiqué , mais, s'illay estoit possible, qu'il luy en falloit gagner jus* ques à trois pour se rendre maistre d'un corps de garde , les ennemis entrent en espérance de cette exécution , et demeurans en méfiance de celuy qui la bastissoit^ après plusieurs pourparlers, ce sergent les asseure avoir gagné trois soldats et luy; qu'eux quatre pouvoient se saisir d'un corps de garde qui estoit dans une tour, et kur donner moyen de planter deux eschelles.
Cela plut aux ennemis ; mais, doutans, ils requirent du sergent de faire voir cela de jour à deux hommes qu'ils lui envoyeroient ; le sergent le trouve bon, et convinrent que les deux soldats des ennemis viendroient habillez en paysans, feignans de porter du lieu d'où estoit le sergent quelques vivres pour luy : ainsi arresté, ainsi exiecuté. Le gouverneur estoit averty de tout cecy: le jour de l'exécution fut pris, etdevoit ledit sergent, le soir dont la nuit l'exécution se devoit faire, foire voir à deux soldats des ennemis Testât de la ville, et un des deux demeurer dedans, et l'autre sortir qaand on fermeroit la porte avec le sergent, qui feindroit d'aller faire quelque partie, et sur une heure
tholique lui avoit valu l'affection du peuple. En 1 589 on souleva contre hii les agens de la Ligue , et les Toulousains le massacrèrent. Ils placèrent son cadavre en face d'un portrait de Henri III, avec- cette inscrip* tion: « Tu as tant aimé ton Roi, jouis de sa vue à ton aise, et meurs « avec lui. » ( De Thou , liv. XCV.)
l3gi I'^7^] MÉMOIRES
ledit sergent avec le soldat dévoient aller trouver lesieur de Gornussôn^qui devoit estre dans une église rompue, n'y ayant que les quatre murailles avec trois cens . hommes , pour de là venir planter les eschelles an lien où les trois hommes des nostres et celuy des ennemis qui estoit demeuré avec eux estoient en garde , etoà le sergent et céluy qui estoit avec luy les avoient veut ordonnez. Les ennemis recherchoient ces seuretez dV vo^ un homme dedans la ville et un dehors qui lem* fussent asseurez; davantage ils vouloient avoir celuj qui feisoit Fentreprisé en leur puissance : neantmoins sans ce qn^il avint ils estoient tous perdus. Nous avions (ait faire sous cette église une mine et une traisnée avec des petits canaux de bois bien joints^ qui, mis sous terre, venoient repondre sur le chemin par où lé sergent devoit passer en se venant rendre à eux, et y devoit mettre lé feu. Le jour pris, il arrive que le capitaine Pasquet, allant à la guert*e, fut pris et mène à Thoulouse , où il fut condamné: pensant sauver sa vie, il leur déclare nostre dessein, qui ne le sàtiva ; mais il BOUS fît perdre cette occasion : qui vous doit avertir d'estre tous] ours douteux aux entreprises où il y aura des intelligences, estant fort difficile d'y trouvei^ de quoy s'asseurer entièrement qu'en ne se commettant à ceux de qui vous vous pensez servir pour tromper les autres.
Je contiiiuay à feire la guerre dans lé pays de Quercy jusques à ce que je tombay malade, sur la fin de l'esté, d'une fièvre continue qui me dura bien seize jours; je fus en grand danger, que je reConnoissois bien, et estois attiré à penser sérieusement à mon ame et à l'autre vie, en quoy je ne trouvois que douter,
bu DUC DE BOUILLO». [l575] l33
n'ayant le mérite 4e la mort de Jesus-Christ pour fon* dément de mon salut ; mes pe&chez et mes transgres* sions paroissoient devant moy, mes œuvres sans mérite, quoy qu on m'eust dit qu'il y en avoit qui aidaient à sauver 9 de 3orte que ma condition estoit fort misérable^ et la perturbation de mon ^me qui augmentoit oelle dii corps : Dieu eut pitié de inoy^ en faisant servir cette Oialadie pour me le faire connoistre.
La &evre commença à me laisser^ et tost après je fus bien guery, ainsi que mon naturel y a tous) ours esté portée d'avoir esté bien-tost abbatu et bien^tost remis. Durant ma maladie, mes gens de guerre se trouvans «ans estre employées, et lea villes eslargies, se laissèrent desfpurnir de leur entretenement , de façon que les troupes de Poitou 3'en allèrent, partie dès geiitils^ homn^es catholiques se retirèrent aussi en Auvergne, d*où ilstestoient ppur la pluspart, qui est àremaïquer qu'audit ^uverglie, au bas pays, ceux delà religion n'y tenoient rien. Les ordonnances du Boy portoient confiscation de .tou3 les ,bien$ de ceux de la religion, et de ceux qui avoient les armes en la main pour eux; et neantmoins ce pays-Jà pa'estoit si alFectionné, et a tousjours tant aymé nostre maison, qu'ils ne touchoient ^i;x biens d'aucun, et laissoient la liberté d'y aller et demeurer sans eiQipescUement : aussi n'ay-)ë jama^ voulu qu'on y fist courses ny autres prises. Me trouv/ant foible pour tenir la campagne, et se trouvant beaucoup de désobéissance aux commandemens et ordonnances que je faisbis dans l'étendue du gouvernement, quoy que je ne les fisse que par l'avis d'un conseil . qui m'avoit esté donné par toutes les provinces de personnes choisies , lesquelles signoient les
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résultats avec moy et le greffier de ce conseil ^ les ordonnances et mandemens en matière de^nances; neantmoins il s'en executoit fort peu : les gouverneurs, les capitaines et les consuls des villes tiroient à eux tout ce qu'ils pouvoient; de sorte que tous les deniers qui provenoient de trois natures principales de contributions, des biens ecclésiastiques et des catholiques, et du dixiesme des rançons, tout cela se depensoit en chaque lieu, sans qu'on en portast que fort peu au trésorier gênerai; je fus donc conseillé de faire un tour par le gouvernement pour m'y faire reconnoistre, avec ce, que ceux de Clerac se trouvans pressez, me prièrent d'aller à eux pour les eslargir. Je fis un tour însques à Turenne, voir ma sœur (0, qui y séjourna jusques à la paix ; je m'en revins à Montauban , d'où je partis avec près de deux cens chevaux et deux cens hommes de pied ; je m'en vins à Lauserte, où je conduisois deux moyennes pièces que j'avois fait fondre des mitrailles qu'on avoit trouvées dans les farts que j'avois pris , lesquels j'estois fort soigneux de faire serrer.
Le sieur de Vosins (^), senechal de Quercy, ayant avis de mon partement, assembla près de quatre cens chevaux et plus de douze cens arquebusiers, délibéré de me combattre faisant mon chemin. Teus avertissement par mes espions que ledit de Vosins venoit à tnoy; mes coureurs, ausquels j'avois commandé
CO Pair ma sœur, Bfadelaine de La Tour d^ Auvergne, sa goeur , atoii épousé, en i57a. Honorât de Savoie , leur cousin germain.
{*) Le sieur de Vosins, Le véritable nom de ce sénéchal du Quercy étoit Jean de Yesins, seigneur Del Rodier Charr . H fut tue, en i58o> il la prise de Caliors par le roi de Navarre.
DU DUC DE BOUILLON. [1875] l35
de )etter devant eux cinq ou si:c chevaux^ me donnoient avis qùHI paroissoit à Taisle d'un bois esloigné de mon chemin d'un bon quart de lieue : je commen* çaj à prendre mon ordre , qui fiit de faire cinq petits bataillons de]mon in&Dterie^de cent cinquante hommes chacun y faisant le front large afin défaire moins de rangs y d'autant que c'estoit tout arquebuserie , et fis quatre escadrons, trois de quaraïite chevaux chacun , et le mien de plus de soixante; je mis les deux pièces à la teste. Pendant que je Êiisois cela, un prestre qui me servoit d'aumosnier met un mouchoir au bout d'une grande perche, et rallie tous les valets, et leur fait Êdre une haye estant en bon ordre; nous nous prismes tous à rire, n'estimans pas que cela eust deu servir comme il fit. Nous commençasmes à marcher en bon ordre; M. de Reniés (0, qui menoit mes cou^ rears, dit que ce qu'ils avoient veu estoit des ennemis, qui paroissoient estre bien forts, mais qu'ils avoient changé de place et s'estaient reculez. Nous continuons nostre chemin sans allarme, s'estans lesdits ennemis séparez, nous jugeans trop forts, et cela par cette dernière troupe, dont M. l'aumosnier estoit le capitaine, Après avoir pourveu Lauserte, j'y coiAis M. de Beau-» pré avec une bonne garnison; je m'en allay à Cleraç^ ti*oavant estrange comment cette place s'estoit conser-« vëe au siège que deux ans auparavant elle avoit soustenu de toutes les forces de la Guyenne, où commandoient messieurs de Monthic, de La Valette et de Losse; n'y ayant de fossé qu'à cloche-pied, on pouvoit descendre et monter, point de^ rampart ny moyen d'y
{*) M. de Reniés. Vesins, qui étoit son ennemi, kii ayoit sauvé la vi* à la Saint B^rtliéleiByv
en faire y des murailles de briques, si mauvaises qu'avec moins dé quatre cens coups de canon on en rasa pluâde six-vingt pas, un grand Êiuxbourg oii les assie*g^ans s*estoi«nt logez d'abord, et leur artillerie, sans avoir besoin de faire aucunes approches ny tranchëes; ik avoient «qùempies forts qui les empeschdient, |e les pris : de là je partis pour aller à Gasteljaloux ( Nerac ne feisant la guerre ) 3 Je jeune Duras (^), nommé Bosan, Gommandoit audit Gasteljaloux : sçachant que j'y allois il en part; mes i^areschaux de logis y estant allez, on leur refuse la porte, disans ne la pouvoir ouvrira perabnne sans commandement du gouverneur* Cette response fiiite, je vais prendre mon logis à la maison du sieur de Malverade, et manday à ceux de Castèljalottx d'avertir ledit Bosan de mon séjour audit Malverade, pour sçavoir s'il ne vôuloit pas me reconnoistre et irecevoir dans ledit Gasteljaloux, l'asseurant que je n'y diangerois rien, comme aussi n'en.avois^je aucune intention. Après deux jours de séjour j'eus un refus; je vins à Caumont et de là à Bergerac, puis à Turenue; où: tost après j'eus des nouvelles de Monsieur, qui continuoit à chercher l'occasion de sortir de la Cour. M. de La Noue et m% ùoùs tenions en bonne intelligence, ayans le mesme avis de Tintention de Monsieur; nous avîsasmesde nous mettre ensemble, et nom donnasmes rendeK^vous près de Biberac ,:afin d'estre un bon corps pour aBer joindre Monsieur.
Le rendez- vous donne, nous ny man<piasmes, et fismes plus desix cents bons dievaux et trois mille arquebusiers; nous nous tinsmes ensemble quelquesiours pour avoir nouvelles de la sortie de Monsieur. Nous
(0 Le jeune Duras. Jean de Durfort, seigneur de Rosan.
DU DUC DB BOUlLLOtf, [167 5^ 187
sceusmes qu'il avoit estç decouveit^ le sieur deBa^gy d'Âmboise (0 fugitif; afin de donner quelque couleur à nostre conjonction , nous vinsmes attaquer une petite place cil il j avoit quatre ou cinq maisons de gentils» homnxeset la ville fermiée, où il 7 avoit assez bon nomr bre d'hommes i nonobstant nous emportasmes la ville d'emblée et deu^ chasteaux, et deux autres se i^ndi^ rent. Le sieur Langoiran, ce mescontenta^ désirant pil* 1er ces maisons et rançonner les .gentilshommes , h quoy je ne voulus consentir : il tint quelques propos qui sembloient m'ofienser ; jie les luj 6s expliquer^ d«t &çon qu'il a tous] ours demeuré jusquesà sa mort quiji ue m'aymoit guères ; aussi ne cherdiois-je pa^ son amitié pour un des plps cruels et irreligieux b^mmes de son temps. Ayans pris ces places nous nous sepa^* rasmeSç, M. de La Noue et mpy ^ et m'en retournay À Torenne^ d'où je repartis bientpst pour m'en ^er à MoQtauban.
La nourriture que j'avois prise en la religion romaine^ ces exercices et cérémonies publiques, la haine qu''.on portoità ceux de la religion, l'eloignement à tous hon^ nem*s et dignitez de la Cour, se présentèrent devant moy, qui tàschoisà satisfeire mon ame en luy faisant trouverdu repos, en se pramettant de pouvoir faire son salut sans quitter la messe, et.sans faire ouverte profèssipn.de la religion. Ainsi que j'estois 3ur cescon-^
(0 Bussjr d'Awhoùe, Brantôme et la reine Marguerite, daiu9 lei^iir^ Mémoires > varient sur quelques-unes des circonstances^qui précédèrent la retraite de Bussy d'Amboise , mais ils s'accordent sur le point essentiel Bussy, fayori dur duc d'Alençon, déplaisoitàDugnast, qui pouYott tout sur Tespirit de Henri III. Il fallut que Bus^ gédajt la place ; et«€et incident détermina Févasion du duc d'AleQçon.
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testationsy Monsieur sort de la Cour (0, et soudain depesche le sieur de Ghastelus pour m'en avertir , me priant et conjurant de Faller trouver , me promettant une continuation et augmentation de son amitié', en m'ezhortant de ne me point faire de la religion , en me déclarant qu'il ne me pourroit aymer ny se servir de moy ainsi qu'il le desiroit. Sa sortie me fut une grande joye et espérance de croistre ma condition; mais ces protestations sur le fait de la religion m'estoient un grand combat ; je redepeschay le sieur de Ghastelus avec les témoignages de ma joye de le sçavoir hors de péril et les armes en la main, que je serois bien-tost à luy avec un bon nombre de serviteurs ; que, pour ma religion, cela ne dependoit de moy, mais de Dieu, que je n'avois dessein de contenter personne au monde tant que luy W. J'eus en moins de quinze jours trois ou quatre depesches de luy, me conjurant de ne faire protestation que je ne l'eusse veu , ce que je taschois de faire.
Je sejoumay à Montauban fort peu de temps, ayant desjà fait diverses depesches par-tout pour convier un chacun à faire le voyage pour aller trouver Monsieur, qui attendoit l'armée que M. le prince de Gondé et mes oncles de Meru et de Thoré avoient négocié près M. l'électeur Frédéric, grand père de celuy qui est maintenant, aussi appelle Frédéric, laquelle estoit dq
(>) Son de la Cour, Le duc d'Alençon quitu la Cour le i6 septembre 1575. ff Comme il vit, dit Mathieu, que toutes choses estoienthon (K de soup^n, il se dérobe pour un soir, passe la muraille vers Sainte- H Geneviève, et s^en va à Dreux. » A quelque distance de Paris fl trouya des chevaux et une troupe de gentilshommes qui Fattendoient.
(■•) Tant que luy. Voir la notice sur les causes auxquelles on altribo* le changement de religion du duc de Bouillon.
DU DUC DB BOUILLOir. [1S75] iSp
sept à huict mille chevaux allemansy quatre mille Suisses et cinq cens lansquenets : le duc Jean Casimir son fils y envoyé pour la commander , ne pouvant estre si tost prest, mon onde de Thore' voulut s'avancer d*un mois avec douze cens chevaux reistres^ quelques arquebusiers à cheval y et près de trois cens chevaux françois; il fut combattu et défait près de Dormans sur la rivière de Marne (0 par feu M. de Guise , où il eut le grand coup d*escoupette au visage C^); M. de Thoré se sauva > et alla trouver Monsieur avec peu de gens et moins de réputation , auprès duquel il trouva le sieur de Bussy d'Âmboise^ qui Fempescha de prendre le crédit et authorité qu'il s'estoit promis.
Je donne mon rendez-vous à Bergerac , partant de Turenne pour m'y en venir plustost de quelques jours que je n'eusse feit, ayant esté appelé par ceux de la ville, qui avoient chassé le sieur de Langoiran (3) pour les rigueurs et cruautez qu'il y exerçoît , lequel avoît pris Perigueux quelques mois auparavant : offensé desdits de Bergerac , il les tournjentoit ; je m'y en allay, où je fis cesser la voye de fait , et remettre les faits des uns et des autres devant Monsieur. De tous costez nos troupes s'amassoient de catholiques romains et de la religion : il vint des pluyes si grandes , qu'elles me re ^ tardèrent près de trois semaines à partir plus tard que
(0 Sur la rivière de Marne, Thoré avoit beaucoup plus de troupes qne ne le dit le duc de Bouillon. On attribue sa défaite à la mutinerie des reltres^ qui retardèrent sa marche.
(*) Le grand coup é^escoupeUe au visage. Ce fut cette blessure qui loi fit donner le surnom de BaUrfré,
(') Le sieur de Langoiran, Montferrand, baron de Langoiran , quitta, en iS'JT, le parti des protestans parce qu'on lui avoit été le gouTemement de Perigueux. *
je n'eu$s6 fait, durant lesquelles iepourveus aux places et à Tordre des finances^ afin que durant mon absence rien ne se changeast^ soit par les ennemis, soit parles brouilleries qui sont ordinaires entre personnes volontaires. Je pars de Bergerac avec deux cens gentilshommes , n'y ayant cornette que la i^ûenne, sous laquelle tout cela marchoit, ayant chacun fait faire une casar que de velours noir , et une petite manche en broderie d'incarnat blanc et noir. Le retardement que j.e fis fut cause que je ne pus joindre Monsieur qu'à Moulins; ç^M^ de Limosin, laMa^rcbe, Auvergne et Bourbonnpis m'attjçpdoient y lesquels je }oignis près de Croc, où je mis mes troupes, qui estoient de, quatre cens gentil^homn^eset trois mille hommes de, pied, diesqjuelsje donnay Jle cppimandement ^u vicomte de Jiav44^ (0, et fis arborer une epseigne blanche. J'avois en ce nom^ bre de gentilshommes trois de ia maison de SainttGeniez, le vicomte de.Gourdon, de. Cabraires,, baron de B^JQpc, de Salignac, lecadet de la maison delimeail; le sieur de Bopneval,,d^ Beaupré, de ^VlontguyoU; qui tqns marchoient, ain^i que j'ay dit, sous ina cornette; ejt est ^ remai^quer que tout cela .^^ fit par la bien-veillançe qu'on me portoit, la^b^^nne opinion, qu ils avoieot de mpn merUe, et que jefearois fortuit, près de Monsieur; oe que je jugeois bi^p ^ contraire, à csin^ <p^ je m*estois fait de la. religion. Ayant sceu que j'avois créé un colonel, et arboré une enseigne blanche, il envoya me prier de ne le faire point, d'autant qu'il avoil
(0 Viœmu de Lavéâan. Brantôme, à Particle de Buasy d'Am^oùc, TappeUe le vicomte de Lavedan. Il descendoit, dit-on, d'un bâtard de la maison jde BoorboiL Q avoit été élevé par Jeanne d'AIbret, mère de Henri lY \ il mourut en 161 1 . «
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donné la charge de toute son infanterie Françoise au sieur de Bussy, qui ne pourroit souffrir de voir un autre colonel et deux drapeaux blancs ; que ce seroit apporter une grande division. Je luy remonstray qu*il y avoit un ordre parmy le party où nous estions ^ que les charges générales ne s^ donnoient que par les avis des assemblées politiques des églises ; que les troupes que )e menois partoient dfun des premiers gouvernemens de France, qui auroit du mescontentemedt de Monsieur et de moy s'il rompoit nos reglemens sans lear consentement; que je perdrois la meilleure part de cette infanterie par la honte qu'on feroit au sieui" de Lavédan , qiii y avoit du crédit, en luy ostant le commandement ^ que j'avois tous) ours aymé et honoré M. de Biissy comme mon frère, Fayant assisté en di*verses querelles qu'il avoit eues; que je croyois que, par ces raisons générales, il se départir oit de demander choses qui fussent au préjudice de Monsieur, qui avoit besoin de prendre Créance parmy ceux de la religion, en leur faisant connoistre qu'il ne vouloit pas préférer les catholiques à eux, ce qu'ils croiroient d'autant plus qne ce seroit aux troupies que je luy meine auxquelles on auroit fait cela ; un chacun estimant et croyant qu'il me faisoit ôet honneur de m'aymer, concluroient que ce seroit à cause de la religion.
[1576] Je marche droit à Mouliâs, je trouve le duc Casimir logé àBonegon, où je le saluay ; il fut bien aise de me voir, et se con jouit de la grâce que Dieu m'avoit faite de m'appeller à sa connoissance : il avoit de la méfiance de Monsieur, qui commençoit desjà de traitter avec le Boy et la Beine pour se reconcilier, et voyoit-* on que la Cour estoit bien plus plaisante à ce prince
que les armes > et dans un party où son authorité n'estoit absolue y de façon que ledit duc Casimir s'as^ seura en moy^ qui avois ce bon corps de forces qui en dependoit. Monsieur s^estoit logé à Moulins avec le gré du Boy. Ainsi que j'en fus à six lieues près, je laisse le corps des troupes , et prends ce que j*avois de plus leste^ et m'en vins faire la, révérence à Monsieur avec trois cens gentilshommes; j'en fus receu avec grand honneur, estant venu jusques au milieu de la salle au devant de moy : après avoir esté quelque pea avec luy, je m'en allay voir M. de Montmorency, que le Roy avoit fait sortir avec un arrest d'innocence; il fut fort aise de me voir, se souvenant des dangers qu* il avoit courus depuis que je l'avois voulu détourner d'aller au bois de Vincennes, et me dit que Monsieur prenoit un mauvais conseil en nourrissant de grandes méfiances à ceux de la religion, et qu'il luy tardoit fort qu'il ne fut reconcilié avec le Roy.
Je demeuray près de dix jours, durant lesquels ma maison et table fournit à tout ce qui estoit avec mojj sans ceux de la suite de Monsieur, qui venoient manger avec moy. L'armée cependant passe la rivière de Loire et s'achemine en la Beausse, en partie contre le gré de Monsieur, qui ne vouloit s'approcher si près de Paris de crainte d'ofienser le Roy, et aussi que Ton ne reconnust sa foiblesse, à ce que ceux de la religion ne se rendissent plus difficiles lors qu'on viendroit à traiter .-nonobstant, M. le prince, avec les François qui s'estoient joints à eux, et le duc Casimir, ne laissent de s'avancer, et supplient Monsieur de les aller joindre, ce qu'il retardoit de jour k autre, de sorte qu'on avoit avis que son traité s'en alloit fait. Us luy font une
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depesche par laquelle ils luy mandent les avis qu'ils avoient, et qu'ils estoient résolus que s'il ne se rendoit dans l'armée dans certains jours qu'ils luy limitoient, qu'ils aviseroient ce qu'ils aùroient à faire sans plus s'attendre à luy.
Cette nouvelle le fascha, n'ayant encore rien de résolu avec le Roy, qui sçavoit bien que s'il le voyoit seul et separë^de ceux de la religion^ qu'il ne feroit sa condition gueres avantageuse, ny mesme'gueres seure, y ayant entre ces frères une grande haine et méfiance. Monsieur attendoit des nouvelles de la Reine sa mère, à laquelle il s'est'oit obligé qu'on n'attenteroit rien , et qa'il ne partiroit de certains jours de Moulins : il ne sçavoit comment satisfaire à cela et retenir les autres. M'exposant un jour partie de ses peines, en me taisant sa promesse à la Reine, se plaignant de ce qu'on le gehennoit, qu'il ne voyoit rien à entreprendre quand il seroit dans l'armée, estant bien asseuré que le Roy n'ayant point de forces capables de les opposer aux siennes, qu'on ne faisoit que ruiner la France par les degats que faisoit l'armée, dont il s'attiroit une grande haine sur luy, qui pourroit quelque jour luy estre fort dommageable; que la maison de Guise se prevaudroit de tout Cela, qui taschoit à le supplanter ; qu'il desiroit ^ort gagner encore quelques jours, dans lesquels il verroit plus clair aux affaires du Roy, ne devans ceux de la religion entrer en doute qu'il les voulut abandonner , je luy dis qu'il me sembloit estre de sa sagesse à dissimuler les choses qu'il m'avoit dit le gehenner, que puis qu'il avoit pris les armes ensuite des mauvais traitemens qu'il avoit receus, que fort difficilement le Roy volontairement le voudroit>-il mieux traiter; qu'il fal-
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loiC asseurer sa condition en asseurant celle de ceux de la religion ; qne de penser de le faire séparément , qu'il eslûit aise à juger que ceux de la religion le feroient Iriieux sans luy que luy san^ eux, qui avoieni un party formé, une armée estrangere à leur faveur ; que luy n*avoit rien de tout cela , que quand on luy auroit promis quelque chose, qu'entrç la promesse et Texecu^ tion qu'il y falloit assess de temps pour ne rien exécuter de ce qu'ifs luy auroient promis^ leur a^ant donné cet avantagé de le voir séparé; que )e croyois que si on Tentretenoit dans des espérances qne je ne connoissois pas, que ce deust e^e l'avantage du Roy de traiter Séparément, d'autant qu'il pouvoit de beaucoup senir à modérer les conditions ausquelles ceux de la religion estoient entrez vers les AUemans, et qu'il luy estoit plus expédient de se jetter dans l'amtée. Il me monstra ne desapprouver mes raisons , mais qu'il ne pouvoit partir de quinze jours , lesquels il vouloit par tous moyens gagner. Là dessus, je m'offre à luy faire ce service, que d'aller trouver M. le prince et M. le duc Casimir, afin de les contenter et leur fiiire trouver bon ce delay . Je considerois que si Monsieur venoit à traiter, qu'il n'estoit plus expédient d'estre avec luy, mais dans le coit)s de ceux de la religion , où J'ay tous* jours voulu foire ma condition; qu'il m'estoit plus honorable de me trouver dans l'armée avec ces belles troupes, à moy qui cômmençois à monslrer de w barbe, désirant d'acquérir réputation et créance, jugeant bien que je n'avois pas à attendre beaucoup d« Monsieur. Je pars avec quinze ou vingt gentilshommes avec lettres et instructions, et charge d'asseurer ce àtr lay, et renvoyé tout ce qui estoit avec moy joindre
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mes troupes pour les faire avancer vers Pithiviers^ où se devoit rendre l'armée.
Je trouve le duc Casimir à Saint Vrin , petite ville qu'il avoit forcée : après l'avoir salué de la paît de Monsieur y et présenté la lettre qu'il luy escrivoit, qui n'estoit que créance ^ je luy dis succintement quelque chose de ce dont j'estois chargé^ le suppliant trouver bon que j'allasse rendre mes lettres à M. le prince, et le réconcilier, ie dis convier de se rendre où le duc aviseroit pour luy faire entendre ma créance. Il trouva cela bon, et convia M. le prince de venir disner le lendemain avec luy. J'allay donc rendre mes lettres et ma créance à M. le prince, que j'estendis plus que je n'avois fait au duc, d'autant que j'estimois que les considérations dudit prince seroient autres que celles du duc pour le bien de la France et celuy particulièrement des églises, quoy que ledit duc et par soy, mais aussi principalement par les commandemens et instructions que M. son père luy avoit données de ne regarder à nulle chose tant qu'à la gloire de Dieu et à Testablissement de son service, neantmoins s'agissant des affaires entre les François, j'estimois plus à propos d'en instruire mondit sieur le prince , auquel je dis ce que Monsieur m'avoit commandé i j'y ajoustai les avis de ceux qui estoient près de luy de la religion, qui estoient qu'ils dévoient empescher que le duc Casimir ne traittast pour luy, sur la méfiance qu'il avoit de Monsieur, lequel ils dévoient tascher d'attirer en l'armée, où ils dévoient essayer d'entreprendre quelque chose'sur les troupes, du Boy, afin de faire connoistre que tout ce qu'ils traitf croient avec Monsieur sans le gênerai ne seroit que peine perdue, ne pouvant rien 35. lo
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effectuer à leur préjudice. Et Ih fut résolu que le leDdemain on iroit trouver le duc Casimir^ et conduiroiton la resolution qui s'y prendroit à ces avis.
Le lendemain, la chose passa ainsi qu'elle avoit esté projettée près M. le prince, et fut depescbé le sieur du Verger, de la maison du Saillant, de Limousin^ qui estoit avec moy, pour luy porter les prières qu'on luy feroit de s'en venir, et l'asseurance qu'on luy dpnnoit de recevoir toute obéissance en l'armée* On eut avis que le sieur de Schomberg, avec quatre cornettes de reistres, et quelques arquebusiers à cheval, s'estoient a\fencez dans la Beausse. M. le prince, par l'avis de M. de La Noue, dessigna de les surprendre en leur logis. A cet effet, M. le prince prit deux mille chevaux reistres, et ti*ois à quatre cents chevaux françois; je n'avois nul équipage ny arnles. Voyant cette occasiou, je suppliay Monsieur par ledit du Verger de n'avoir désagréable que je m'y trouvasse : nous empruntasmes armes et chevaux. Au rendez-vous qui avoit esté donné à onze heures du soir, il y eut des troupes qui se firent attendre plus de quatre heures, lequel retardement fut une des principales causes de faillir nostre dessein.
Les troupes arrivées, on ordonne de l'ordre de marcher. M. le prince me commanda de me mettre à la teste, et me donna six-vingt chevaux et cent arquebusiers à cheval; il mit M. de La Noue avec deux cornettes de reistres qui faisoient six cens chevaux et quelques François, et luy se mit après le reste. Nous marchasmes droit à Briarre en Beausse (0, où il y a u^e petite rivière, qui fait un gué assez long qu'il nous falloit passer à la file, qui causa encore de la longueur.
(^) Briarre en Beausse. Briare n'est |K>mt en Beauce , mais eAG&UO^'
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Ainsi que j'eus passé le guay, je ne fis que faire peu de chemin que j'entendis les trompettes des ennemis à Testendart -y j'en donne avis à M. le prince, et luy mande que je m'avançois pour le tenir mieux averty, que s'il lay plaisoit de me fournir davantage, afin que si c'estoit le gros du sieur de Schomberg, je peusse l'amuser et Tempescher de se retirer. M. de La Noue s'en vint me trouver seul et me dire qu'il falloit attendre que M. le prince eut passé : en faisant ce qu'il me disoit, je ne laissois pas de contester que l'occasion se perdroit, en donnant aux ennemis le loisir de faire leur retraitte^ qa'ils ne deslogeoient que sur l'avis qu'ils avoient de nous, que l'heure qu'il estoit nous en devoit rendre certains, n'estant que la pointe du jour; je persiste qu'au moins devoit-on ordonner quelques troupes pour voir ce que c' estoit, et nous tenir avertis des mouvemens et chemins desdits ennemis. Bien de cela ne pleut audit sieur de La Noue, ayant cru qu'il y avoit un peu de jalousie de ce que c'estoit à moy, qui avois la teste, à exécuter ses desseins. Ce gentilhomme, plein de courage, a esté remarqué souvent d'avoir eu des jalousies, M. le prince passé, le jour estant grand, on se met en ordre et en délibération de marcher en gros, sans qu'on s'avançast que fort peu devant M. le prince. Comme nous eusmes fait près de demie lieue, nous arrivasmes d'où ils estoient deslogés ; il n'y eut moyen de les rejoindre. Je suppliay M. le prince de trouver bon que je m'avançasse pour voir s'il n'y auroit point quelques autres troupes, ce qu'il fit. Je me sépare, et se mirent avec moy environ deux cents chevaux; M. le prince alla loger : comme j'eus fait deux lieues, j'eus avis par de^ païsans qu'il y avoit une compagnie du
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jeune Joliame, de chevaux légers et quelques arquebusiers à cheval, qui ne faisoient que de desloger et s'en alloient vers Estampes, où le Roy avoit jette le capitaine Sainte Colombe avec deux mille hommes de pied. Je me mets sur leur piste, enfin nous les abordasmes sans aucun combat; il fut desfait, nou^repeusmes en quelques métairies, et sur le soir allasmes trouver M. le prince et luy dire nostre course; et sur l'avis que nous luy donnasiùes que des forces estoient entre'es dans Estampes, il résolut de les aller voir; le lendemain nous marchasmes en mesme ordre que le jour précèdent. Le sieur de La Vergne, qui venoit joindre l'armée avec quinze ou dix-huit chevaux, sans commandement s'avance et donne dans le fauxbourg d'Estampes, sans sçavoir ce qui estoit dedans, et trouva de l'infanterie logée qui le rechassa bien viste, ayans des harquébusades. Je m'avance et ne voulus loger ni descendre dans le fauxbourg, pour l'avantage qu'avoit Tinfanterie dans le fauxbourg, plein de maisons et d'arbres et dans un valon ; je m'avance sur le haut, et void ledit de La Vergne s'en venir à toutes brides accompagné d'arquebusiers, je le recueille et fismes arrester ce qui le suivoit. M. le prince, voyant ne pouvoir rien faire , alla loger, et le lendemain eut des nouvelles de Monsieur, quis'envenoit joindre l'armée, et moy,du lieu où estoient mes troupes, que je m'en allay joindre afin d'entrer avec elles dans le corps de l'armée.
Monsieur vint prendre son logis à l'abbaye de Ferrieres, et moy au chasteau de Boulé; je vins trouver Monsieur, et sceus qu'il auroit agréable de voir mes troupes le lendemain, où j'avois mon colonel et mon drapeau blanc. Le sieur de Bussy supportoil cela avec
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randci peine, de faire partie qui fust asses forte pour moy; il ne pouvoit endurer cela; son courage et son ambition ne le pouvoiënt supporter. Le lendemain venu, je vais me mettre en bataille à mille pas de Ferrieres, où j'allay avec une bonne troupe trouver Monsieur qui monta à cheval ^ et Bussy non : mes troupes furent trouvées très-belles, comme elles estbient; ayant receu le bon soir de Monsieur,, nousacheminans vers DOS quartiers, qui estoient à Salut--Mathurin et à La Chapelle la Reine, j'eus avis que Bussy vouloit monter achevai, et tascher de faire quelque surprise à nostre infanterie en logeant. Je fis alte, et rebroussai chemin quelque espace; n*ayant trouvé ni veu personne, je m'en allay loger. Alors on^ commença le pourparler de la paix ouvertement; la Heine demandant un lieu pour voir Monsieur, Farmée commença à s'approcher de la vallée d'Aillan. Après quelques allées et venues on convint du lieu deChastenay pour se trouver, la Reine et Monsieur, qui est une maison seule dans une belle campagne, pour estre bor$ de moyen de faire une surprise.
La Reine mère, le jour pris, se rendit là première à Chastenay, ainsi qu^on a accoustumé^ que, deux grands venans à se voir, celuy auquel on- défère l'honneur est le premier au lieu designé. Ce jour se passa en complimens et à entretenir les dames; le lendemain on commença à traitter; le traitté en trois ou quatre jours fut fort avancé, le Roy et la Reine ne voulans que retirer Monsieur, congédier lès reistres, et tost après rompre le traitté qui donnait générale liberté pour Texercice de la.religioa, et autres conditions fort avantageuses; à Monsieur un grand appanage, auquel je
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me presentay pour avoir en gouvernement TÂnjou et le Berry. Il me fît une fort froide réponse, qui me fit bien juger que je n'avois rien à attendre à cause de ma religion (0; ayant fait quatre ou cinq logis sans aller en son quartier, tenant tousjours quelqu'un près de luy pour connoistre si la resolution seroit du tout arrestée à ne me donner contentement, luy faisant sçavoir que quand il me commettroit quelque chose entre mains, qu'il n'en seroit jamais desservy, et que le voulant retirer qu'il le pourroit, ayant eu tousjours ceste maxime, que de ce qu'un autre s'est fié de vousi que pour raisons publiques ny particulières on ne les en doit frustrer, mais les remettre où elles estoient devant que vous estime commises.
Tout cela ne fit rien, me faisant sonder si je voulois changer dereligion. Moins eclairci de la vraye cause de ma défaveur, laquelle les obligeoit et asseuroit de moj, je fîis conseillé de prendre im adieu par un manifeste mescontentement. En ce temps là, les divisions des frères, du roy de Navarre, de ceux de Guise, de ceux de la religion, faisoient suivre une liberté de se mescontenter facilement ^ ayant facilité un chacun de re-
couvrer un maistre lors qu'on en perdoit un , et aussitost qu'on voyoit quelqu'un mal content, il ne manquoil d'estre recherché d^autre part. Cela, mais principalement de donner à ceux de la religion preuve de ma constance, par le refus de tous honneurs au préjudice
(>) A cause de ma religion. Cette réponse du du6 d'Alençon ne doit pas surprendre, si le mot que lui attribue d^Aubigné {^Hist. univers. liv. III, chap. IV.) est vrai. Ce prince disoit « qu'il ne falloit que con- « noitre les huguenots pour les haJir, et qu'il n'avoit jamaiB trouve « parmi eux qu'un seul homme de bien, qui étoit La Noue. »
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de ma religion, me fit aller trouver Monsieur en son quartier avec trois ou quatre cens gentilshommes on capitaines. Après qu'il fut levé de table je luy fis une grande révérence , le suppliant d'avoir agréable que je luy fisse souvenir du temps qu'il y avoit que je l'avois servy , comme, durant ce temps, je u'avois respecté ce que je de vois à mon roy, à ma vie, ny à mon bien, que je ne m'en fusse departy pour le servir, ce qui m'avoit éloigné des bonnes grâces du Roy, mis plusieurs fois ma vie en péril, mon bien en diminution, pour n'avoir jamais receu aucun bienfait de luy; qu'à ceste heure que je l'avois servy , et que tant de seigneurs et gentilshommes qu'il voyoit là, m'ayant accompagné, que nous fussions les seuls qui auroient eu plus de part en sa mauvaise fortune > et point du tout en sa bonne , que malaisément cela se considereroit sans y remarquer plus d'ingratitude que de manquement de mérite en nous, qui servirions d'exemple à plusieurs, et de preuve à ceux de la religion qu'ils n'a voient rien à espérer de luy , estant aisé à juger que la profession que j'en avois fiiite estoit le seul obstacle de la distribution de ses honneurs en ma personne, que je sçavois estre reconnue de tout autre mérite et qualité envers luy que quelqu'un de ceux que je voyois près de luy, à qui il destinoit des recompenses plus qu'ils n'en meritoient (voulant dessigner M. de Saint-Sulpice); que j'aymois mieux me plaindre de mon malheur en sa me-^connoissance, que si je luy avois fait la moindre faute ; que je venois prendre congé de luy pour me retirer en Guyenne avec tout ce qu'il voyoit là, qui temoignoient combien ils jugeoient mon mescontentement juste, et leurs espérances mal fondées au service qu'ils luy
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avoient vouié. A cela tout ce qui estoit avec moy monstra un consentement ^ et plusieurs qui estoient avec Monsieur y qui me dit estre fort marry de mon départ^ que je prenois ce mescontentcment volontairement ^ qu'il m'avoit tousjours aymé et m*aymeroit ; que ceux qu'il vouloit gr£|tifier s'estimoient dignes de ses bonnes grâces. Sur quoy je rçpars, luy disant que si hors de 3a présence ils me faisoient çoqnoistre qu'ils eussent pensé eh rien s'égaler à moy, que je le ferois mourir. Je m'avance et luy fais une révérence, et commencée sortir. M. de Bonneval fut des premiers à me suivre, et luy dit : « Voicy que vou§ perdez en perdant M. de Turenne, »
Tout ce qui estoit venu avec moy lùe suit; Saint- Sulpice descend le degré^ et me demande si î'avois entendu parler de luy ; je luy dis qu'ouy, et, sans le respect de Monsieur, que je l'outrager ois de sor|e qu'il se souviendroit toute sa vie de m'avoir demande l'explication de quelque chose, et qu'il remont^st le degré; ce qu'il fit oyant quelques-uns qui me disoient : « Monsieur, il le faut tuer. » 11 remonta fort viste. Je montay à cheval, et me separay dès ce jour là de l'armée. Le lendemain, le duc Casimir et M. le prince envoyèrent vers moy me. prier de vouloir patienter quelques jours , dans lesquels on verroit la condition du traité. Je leur manday que je le ferois, n'ayant autre dessein que servir au public de la religion, estimant que le mescontentement que j'avois de Monsieur serviroit à faire connoistre combien il pouvoit peu sur ceux de la religion , et que les avantages qu'on luy feroit ne serviroient à contenter le corps de ceux de la religion. J'avois dès mon enfance servy Monsieur avec fidélité et amour;
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et) sans se souvenir de cela, ses affaires ne luy permettant de se servir de cenx de la religion, luy firent oublier à me bien faire (0. Exemple qui vous doit convier à ne prendre autre chemin pour vostre grandeur que le plus )uste, et en celuy-là y faire tant de bonnes et vertueuses actions, que vous y ti^ouviez vostre place dans les honneurs; et où la profession de la religion s'y opposeroit; ainsi que lors elle le fit à moy , prenez cela avec plaisir, d'autant que chacun vous louera, et vostre esprit vous donnera repos, sçachant que vos mérites surpasseront vostre reconnoissance.
Il y avoit environ deux mois que le roy de Navarre estoit sorty de la Cour et estoit à Saumur, qui aussi fit profession de la religion en abjurant la romaine , qu'il avoit prise par force à la Saint- Barthélémy : la paix se conclud; je m'en revins droit à Turenne, d'oîi je me sépare ^'avec la plus grande part de mes forces, tous ceux qui avoient fait le voyage m*ayans voulu accompagner îusques chez moy; ma sœur s'en alla bien-tost en Auvergne à Joze. Le roy de Navarre, la paix faite , s'en vint en Xaintonge et Perigueux, où je l'allay trouver avec un bon nombre de noblesse, plus grand qu'il n'en avoit, où j'en receus tout l'honneur et carresse que je pouvois désirer, et de madame sa sœur (2), qui lui avoit esté renvoyée du Roy après le despart dudit Roy son frère. M. le prince arriva à Perigueux, ayant
(<) A me hien faire, Marsollier prétend que dès lors le duc de Bouil- W aspiroit à devenir le chef du parti protestant. Il prévoyoit aisément ({u^on se fieroit plutôt à lui qu'aux princes du sang. Sully, dans ses Mémoires, Paccuse d'avoir formé ce plan à Pépoque dont nous parlons.
(^) Madame sa sœur. La princesse Catherine, qui depuis épousa Henri de Lorraine, duc de Bar. Son irére, le roi de Navarre, Payant demandée quelque temps après son évasion , on la lui renvoya.
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deslogé d*auprès de Monsieur le jour qu'il vouloit faire son entrée à Bourges ^ sur l'opinion qu'il eut qu'on luy vouloit faire un mauvais tour^ et estime qu'il ne prit cette allarme sans sujet. Le roj de Navarre part de Perigueux , s'en va à Agen^ qui lui avoit esté donné pour sa demeure par le traité , et moy à Turenne, avec promesse de le retourner trouver dans fort peu de jours. Ainsi que j'ay dit^ le Roy avoit donné tout ce qu'on avoit demandé pour retirer son frère avec de l'argent d'avec les estrangers, et rompre l'union des catholiques romains avec ceux de la religion : il commence de traiter avec Monsieur, qui s'en alla en An[ou , de son retour à la Cour, et des moyens de le séparer d'avec ceux de la religion, qui, aux infractions et exécution des choses promises par l'edit, s'adressoient à luy comme garant du traité. Le roy de Navai^re, de la religion, prenoit créance dans le party, et diminuoit celle de Monsieur autant qu'il pouvoit. Le mareschal d'Anville entre en quelque mauvais ménage avec lesdits de la religion, pour l'observation et interprétation de certains articles de l'union que chacun tiroit à son avan« tage , et aussi qu'il commença à ouyr les propositions du Boy, et à se rendre suspect à ceux de la religion, qui avoient M. de Chastillon (0, fils de l'Admirai > jeune, bouillant et ambitieux, qui taschoit à lui diminuer sa croyance.
M. de Tboré, la paix faite, se retira près de son
(<> df. de Chastillon. François de Coiigny, fils de rAmiral, désigné dans les écrits du temps sous le nom de Chastillon , étoit à la tête des protestans du Languedoc malgré sa jeunesse , puisquHl n'ayoit pas encore dix-neuf ans. En 1^7 5, rassemblée générale de Nîmes avoit autorisé le maréchal de Damyille à lui payer six mille livres tournois par an, tant (pi'il seroit destitué de ses biens.
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frère , sans avoir eu aucune gratification de Monsieur. Je me joints avec le roy de Navarre, qui commence à traitter dans le party des moyens que nous avions de parer Torage qui s'apprestoit en nous afibiblissant des catholiques romains , et reconnoissant que le Boy vou* loit renouveller la guerre pour rompre cet edit, afin de faire ces choses avec plus de lustre, et garantir Mon* siem:*, autant qu'il se pouvoit, d'estre blasmé. Le Roy Ëdt une espèce de convocation d'estats à Blois (0> le mareschal d'Anville tenoit tousjours correspondance avec le roy de Navarre, qui le convia de s'aboucher afin de mieux résoudre ce que l'on devoit faire, et aussi pour vuider la prétention qu'avoit ledit mareschal que la comté de Foix estoit de son gouverne-* ment; ce que le roy de Navarre nia, mais dit que comme son patrimoine est païs presque souverain, qu'il ne devoit avoir autre gouverneur que luy : il fut donc arresté qu'on se trouveroit à Âunila , petite ville d'Armagkiac (?), En cette assemblée , où il y eut peu de personnes appeliez au conseil , fut résolu qu'on en* voyeroit aux estats à Saumur (3) des députée du corps de ceux de la religion, du roy de Navarre et du mares* chai; que les catholiques unis parleroient par la bouche
(0 Une espèce de convocation d*estats à Blois, G'ëtoit une véritable conyocation des états-généraux. Les protestans nWoient point voulu d'abord reconnoitre cette assemblée, parce quUls en appréhendoient les résultats.
(>) Qu'on jie trouveroit à Aunila» Auyilar, petite ville de la Gascogne, dans la Lomagne. Gomme ce dernier pays ayoit appartenu aux comtes d^Armagnac, il n^est point surprenant que le duc de Bouillon ait oonfondu la Lomagne et TArmagnac.
(^) Aux estats â Saumur» Les •ptotestans assemblés à Saumur décidèrent qu^ils enverroient dee^ députés aux états-généraux.
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dudit mareschaly désirant le roy de Navarre et ceux de la religion qu'ils parlassent en commun : ce que ledit mareschal ne voulut, disant que par la paix iLestoit porté de se despartir de Tunion, et que faisant un corps, que ce. seroit monstrer que nous contreviendrions au U^aité , et donner l'avantage au Roy qu'il cherchoit de nous rendre auteurs de l'interruption du traité. Après plusieurs allégations, enfin il en fallut passer par là, ce qui nous donna une grande lumière en l!intention du mareschal, le fait de Foix demeuré indécis^ de façon que nous nous séparasmes. Le roy de Navarre s!en alla à Agen; M. de La Noue estoitlors son domestique (0> qui^sage et vertueux, n'estoit honoré ny cru ainsi qu'il l'estimoit, y ayant près du Boy les sieurs de Lavai din et Roquelaure, catholiques, qui faisoient bande à part d'avjecceux de la religion,, qui consentoient et aidoient de tout leur pouvoir aux plaisirs de ce prince ^ qui ont eu et ont encore grand pouvoir sur luy.
A quoy ledit sieur de La Noue s'opposoit, qui le rendoit moins agréable, ainsi qu'il avient ordinairement à la jeunesse de préférer ceux qui les flattent et aident à leurs passions, qu'ils ne font ceux qui aymans leur bien leur disent ce qui est bon de faire , et s'opr posent a ce qu'ils ne doivent pas faire , chérissans les flatteurs et éloignans ceux qui les ayment , coustume qui ne se perd guère dans la Cour, et parmy les Enfans de France. Avisez de n'en faire de mesme, et d'honorer ceux qui vous conseilleront de conduire vos actions par la raison, et sousmettre vos passions sous l'honnesteté, pour vous garder de commettre des fautes infinies , qui font que nous passons le meilleur de
CO Son dojhestique : attaché à la maison.
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nostre âge, et depuis dix-huict ans jusques à vingtcinq, sans jugement, jettans toute nostre conduite à Taventure, et sans avoir de but.
Je n'avois nulle obligation particulière au roy de Navarre; je ne laissois neantmoins d'y estre envié; je me rendois fort assidu aux affaires, prenois soin d*avoir des avis de par tout , de recueillir dans ma maison des gens de bien et d*esprit qui fussent en quelque croyance parmy les églises : où je trouvois des serviteurs de feu M. l'Admirai je les retirois ; j'avois un ministre ordinaire , et une église formée entre mes domestiques; je prenois plaisir, quand j*estois hors d'auprès du roy de Navarre, soit en allant par le pays ou dans ma maison, demetti*e tousjdurs quelque question en avant de théologie, de philosophie, de politique, delà guerre, de la façon de bien parler ou bien escrire, de la civilité, ayant souvent eu quelques personnes qui avoient du sçavoir: cela me gardoit des mauvaises occupations que prennent les esprits oiseux, etmedonnoitune superficie de connoissance de la pluspart des discours qu'on tient en la fréquentation du vulgaire, pour en dire bien à propos quelque chose. Je prenois grand plaisir à monter à cheval, à courre la bague, ce que je faisois des mieux, tirer des armes, danser peu, bien suivy, n'ayant jamais moins de quinze, vingt et vingt-cinq gentilsfaommies défrayez de tout, et ne s'habillans gueres que des habits que je leur doni^ois ; quantité de pages , en ayant eu jusques à vingt-quatre; je n'avois estât de personne, et neantmoins je ne faisois guère de debtes, de quoy je me suis esmervéillé, d'autant qu'à cette heure je jouis au double de biens, de beaux estats du Roy, et ne sçaurois faire une telle dépense.
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Madame, sœur du roy de Navarre , commença à me faire bon visage; c*estoit une chrestienne princesse, qui avoit lors madame de Tignonville pour gouvernante, qui estoit une femme austère , méfis^nte, qui avoit un continuel égard sur sa maistresse, et ne souffroit ni enduroit rien de mal ; le roy de Navarre aymoit sa jeune fiUe , qui s'appelloit Navarre, et maintenant a espousé le sieur de Panjas : elle saufiroit ces amours avec inipatience ; mais eUe ne pouvoit les.empescher absolument ; bien y portoit-elle toutes sortes d'empeschemens. Madame et moy parlions souvent ensemble, de façon qu'elle commença de prendre de la confiance en moy, quiThonorois fort, ayant cette princesse de fort belles qualités, estant jeune et agréable, chantant des mieux, jouant fort joliment du luth, faisant quelques rimes, de sorte que luy rendant Thonneur que je lui devois, elle me disoit Ëimilierement ses conceptions, et moy les miennes. Je ne luy parlois jamais que dans sa chambre et devant tout le monde; de sorte que n*y ayant là personne qui me précédast, il sembloit qu'elle suivist plustost la coustume d'entretenir les plus grands que par un choix elle m'entretint. Cela a duré long-temps, bien Vespace de quatre ou cinq ans, et finit ainsi que vous l'entendrez. Le Roy son frère ne désagréoit pas cela , n'y voyant rien de mal séant, et jugeant que ce m'estoit un moyen de me retenir davantage à luy que la conversation hon« neste et vertueuse de sa sœur avec moy.
Les premiers estats de Blois se tinrent, où fut délibéré la rupture de l'edit, et de faire deux armées, dont Monsieur en auroit une, et M. du Maine (0 V^n-
{"*) M, duMaine:}&Aycaù.e.
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tre;qae Monsieur assailliroit les villes de La Charité et d'Issoii^e. [1577] Les armes se prennent , le roy de Navarre et ceux de la religion se mettent sur la deffensive^ qui fut assez foible ; les villes de La Charité et dlssoire se prennent. Je sceus que le sieur de Vesins alloit joindre Tadmiral de Villars à Bordeaux , qui commandoit en Guyenne pour le Boy, avec quatre compagnies d'harquebusiers à cheval : il partit de Ca* hors; j'assemblay les garnisons ^ et manday les régimens de Saint-Maigrin, de Millac, cadet de la maison de Salagnac, et me mis après ledit de Vesins ; il passa à Bordeaux avec ce qu'il avoit de gentilshommes^ et laissa dans le lieu de Jergon, qui est dans le comté de Benauge, les susdite^ compagnies^ qui se barricadèrent dans l'église y qui estoit bonne. Je les investis là-de* dansy et commence à sapper la muraille, qui se trouva fort bonne. Voyant que cela tiroit à quelques jours de temps y je campay à l'environ, n'estant qu'à quatre lieues de Bordeaux , contre nostre coustume, qui ne logions ailleurs que dans les villages , à l'occasion que, n'estant les hommes obligez par la solde, et n'ayans ny vivres ny équipages pour les porter qui suivit nos troupes, il falloitloger dans des villages pour y trouver commoditéz : neantmoins nous nous campasmes, choisissant une place de bataille en cas d'àllarme, et continuasmes nostre siège sans artillerie : nous eusmes quelques petites allarmes ; dans quatre jours ceux de dedans se rendirent, pressez par nostre sappe^qui nous avoit fait ouverture dans le bas du temple; et les assiégez se trouvans aussi pressez de vivres et d'eau, nous les dévalisasmes, et mismes quelques-uns à rançon, et laissasmes aller le reste. Ainsi qu'ils sortoient, et que
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nos regimens battoient aux champs pour déloger, le sieur de Vesins parut avec trois cens chevaux à Taisle d'un bois ; les deux regimens de Saint-Maigrin et de Millac commencent à disputer la main droite^ les capitaines se picquenty de façon qu'il y eut quelques coups d'epées donnez , dont un capitaine de Saint^Maigrin du lieu de Jonnins^ nommé Carrière , fut blessé; les drapeaux sont pris par les enseignes^ et les testes, tournées Tune contre Fautre^ s'en alloient aux mains, n'estans à cent cinquante pas loin les uns des autres. J'estois avec ma cavalerie, qui considerois le sieur de Vesins qui faisoit mine de venir à nous, qu'on me vint dire le desordre en nostre infanterie. Je laisse la cavalerie en ordonnance au sieur de Fairas, ce quil avoit à faire les ennemis venans à luy, et m'en cours à mon infanterie, que )e trouve allans les uns aux autres avec plus d'animosité qu'ils n'en eussent eu contre les ennemis; je me mets entre deux, et arreste ceux qui aidoient davantage à cette mutinerie, entre lesquels je remarque ce capitaine Carrière , dont j'ay parlé cy-devant, qui avoit esté blessé 5 je luy porte mon epée dans l'estomac, Tasseurant que |e le tuerois s'il faisoit un pas, et je dis au sieuf dé Lestelle qui commandoit au régiment de Saint-Maigrin d'arrester, ce qu'il fit; soudain je cours à la teste du régiment de Millac, où il y avoit divers capitaines que j'y avois mis: à ma parole il s'arreste ; ce mouv^ent arresté, j'oiiis les uns et les autres, ausquels j'ordonne de se trouvera Bosan, où j'allay prendre mon logement, et que là on vuideroitla question. Ainsi j'appaisay cette mutinerie par ma diligence, et pour m'estre addressé à ceux qui aidoient à ce mal, qui est une maxime ordinaire en
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td cas qu'il y a tôusjours peu d'auteurs ^ lesquels, ar^ restaDS tout le commun qui les suit, demeurent sans conseil ny resolution, et en fait-on aisément ce que Ton veut; mais il n'y faut aller à demy, en ne faisant qa'irriter lesdits auteurs, et ne les arrestans pas. Cela fait, je m'en retourne à Perigueux, qu'on menaçoit du siège, lequel avoit faute de vivres, estant entoure de forts qui luy empeschoient la récolte ; je la fis assez abondamment: le roy de Navarre estoit à Montauban, qui eut avis par moy du siège de Broiiage. M. le prince estoit à La Rochelle, qui avisoit à la pourvoir, et de faire un armement de quelques vaisseaux, estant ledit Broiiage sur la mer, où il y a un bon havre, et sollicitoit ledit roy de Navarre d'appeller les forces du Languedoc et celles de Guyenne pour la secourir : outre l'interest public, ledit prince y avoit son particulier, ayant retire cette place des mains du sieur de Mirembeau avec assez peu de justice. Le roy de Navarre s'en vint à Bergerac, et là assemble jusques à quatre cents chevaux et deux mille hommes de pied pour s'en aller à Ponts, oïl M. le prince, avec les forces du Poitou et Xaintonge, se devoit rendre.
Estans à Montguyôn nous sceumes que Broiiage estoit rendu, et cela plustost qu'on ne l'attendoit, par la mort du sieur de Soré qui commandoit dedans, un des plus valeureux de son temps; ayant fait une sortie *et renversé ce qui estoit dans la tranchée, s'estant rendu maistre de quelques pièces , ne se contentant de ce succez, poussant sa victoire au courant de l'armée du Roy, chacun à l'allarme, ledit de Soré fut tué (0,
'0 Ledit de Soré fut tué, VaUergues, sieur de Soré, s'étpit jeté daii3 1a yille poar la défendre. Sur ses instances le gouTérneur ( Manducage }