LIVRE TROISIESME
Le sieur de Tavannes, estant en son chasteau de Gorcelles, près la ville de Semur, au bailliage d*Âuxois en Bourgongne^ eut advis certain, le premier janvier iSSg, de Texecution faicte aux estats-generaux à Blois , sur la personne du duc de Guise y le vingt-troisiesme du mois de décembre précèdent ; et après avoir eu response des sieurs de Vaugievant (0, président aux requestes à Dijon, Otbert W , et autres de cette ville-là, vers lesquels il envoya un gentilhomme des siens, nommé Ferry, pour disposer secrètement ceux de la ville affectionnez au Roy à recevoir ledit sieur de Tavannes, et les gentilshommes qu'il y pourroit mener avec lui promptement, pour blocquer le chasteau de ladicte ville de tous costez où il n'y. avoit pas vingt hommes dedans, et s'efforcer de le prendre, il monta à cheval avec quarante hommes bien armez, sur rentrée de la nuit du S janvier an susdit, au chasteau de Corcelles, et arriva, luy et le baron de Couches, et autres gentilshommes, au village d^Eu, à une lieue de Dijon, sur le matin du lendemain, où il eut advis par ledict de Ferry que les factieux, pour M. le duc de Mayenne, s'estoient rendus les plus forts en ladicte ville de Dijon, et tenoient lés portes de la ville en leur pouvoir, résolus de n'y laisser entrer le sieur de Tavannes, ny autres gentils-hommes que ceux de leur party, et
CO ^augie^tfot.'BaiJUt, sieur de Yaugreiutt. — (*) Otbert : Audeliert.
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que le sieur deVaugievant, qui avoit promis se saisir d'une porte ^ ne le pou voit point faire.
Ledict sieur de Ta vannes, qui avoit faict ceste première pointe sans commandement de Sa Majesté^ sV seurant s'en faire ad vouer, veu Testât auquel estoient les affaires, et la chaîne qu'il avoit de lieutenant en Bourgongne pour Sa Majesté, fut contrainct pour lors de se retirer au chasteau de Corcelles, attendant une occasion meilleure pour le service du Boy et bien du pays; laquelle il trouva par après, comme on vena par ce qui s'ensuit. S'en retournant de ceste cavalcade, il eut quelque conférence' avec le président Fremiot (0, qu'il trouva avoir une mesme inclination que luy, au village de Pasques , trois lieues près de Dijon, et promirent se voir à Corcelles; ce qu'ils firent incontinent après, où le sieur de Ta vannes proposa qu'il estoit résolu , avec l'authorité du Boy et l'assistance de ses amis, de faire la guerre pour ce sujet; et, pour avoir raison du duc de Mayenne, qui luy avoit osté la charge du chasteau de Dijon dès l'année 1 585, fut d'advis quil falloit aller en Cour à Blois , pour rapporter ample pouvoir de Sa Majesté. Le sieur président Fremiot dit qu'il avoit résolu ce voyage , et que son intention estoit conforme à ce discours.
Incontinent après ils partirent ensemble; et estans airivez à Blois, oii la tenue des estats-generaux se contiez) Le président Fremiot : Bénigne Frcmyot, seigneur de Roue», président an parlement de Dijon. Son fils, André Fremyot» joua uu gratad rdle sous les régnes de Henri it et de Louis xiit. \\ fut arcbeyéqae de Bourges, et Henri iy demanda pour lui un chapeau de cardinal. En 16a I , après avcûr eu une mission à Rome, il fut chargé par Ridielieu d'une négociation importante dans la Valteline.
SEIGNEUR DE TkyjLNNES. [iSSq] 333
imoity le Roy,^ ayant en son cabinet entendu le sieur de Tavannes, la volonté qu'il avoit de s'employer pour son service, l'eut très-agreable , et luy bailla. un pouvoir très-ample pour commander en Bourgongne^ nonobstant qu'il en eust desjà un pour sa charge de lieute- Dant en ce pays-là ^ luy fit distribuer plusieurs commissions pour lever des gens de guerre , et fit mettre en ses mains des patentes ; révoquant le pouvoir de gouverneur du duc de Mayenne audit païs, et le déclarant et ses adhérants criminels de leze-majesté.
Le fioy ne fit point distribuer aucuns deniers au sieur de Ta vannes , qui ne laissa pour cela de suivre son entreprise. Bien luy fit cest honneur Sa Majesté de luy discourir que le duc de Guise avoit résolu se saisir de sa personne, s'il n'eust esté prévenu par. mort; qu'il en avoit eu advis certain des parens dudict , sieur de Guise qu'il nomma. Le sieur de Tavannes ayant eu ses despesches, et entendu Içs dernières harangues des estats, s'en retourna en Bourgongne j ensemble le sieur président Fremiot.
En ce temps la citadelle de la vUle d'Orléans estoit tenue par les serviteurs du Roy, et assaillisse ceux de la ville. Le ïnareschal d'Aumont , avec trois ou .quatre mille hommes, aydoit à la conserver; et neantmoins, sur 1 advis qu'il eut de la venue du duc. de Mayenne., qui n'avoit pas deux cens chevaux, sans avoir faitrecognoistré ses forces abandonna cette citadelle, et. perdit quatre canons qui estoient en la place. Cest acte préjudiciable, et celuy de la bataille d'Ivry, où il se comporta valeureusement, nous font remarquer la variété dessuccez humains, et que les armes sont journalières.
Le duc de Mayenne , ayant passé audict temps en
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Bourgôngne, s'estoit par intelligence, pour la somme de^ix mille escus^ selon le bruit qui en coiii*oit alors, ou autrement, saisi de la citadelle de Ghalon sur la rivière de Saône, l'ayant surprise à ceux qui y commandoient pour le baron de Lux , qui en estoit lors gouverneur, de son consentement, ainsi qu'on disoit, et qu'il n'avoit distribue au parlement de Dijon les lettres du Roy dont il estoit chargé.
Aucuns des plus advisez pourroient s'enquérir par quelle industrie le sieur de Tavannes, sans de&iers royaux, sans forces royales, n'ayant de Sa Majesté qu'un pouvoir en parchemin, peïisoit faire la guerre enBonrgongneau duc de Mayenne, qui y tenoit toutes les villes en son obéissance , principalement celles de Dijon , Beaune et Ghalon, Auxonne, Chastiilon, Mascon, Authun, par le moyen des garnisons qu'il avoit à sa dévotion es citadelles et chasteaux, et que pour toute place n'y avoit à la dévotion de Sa Majesté que le chasteau de Gorcelles, près Semur en l'Auxcis, appartenant audict sieur de Tavannes : certainement ceste entreprise eStoit non-seulement téméraire, mais trèsperilleuse audit sieur de Tavannes, qui avec îcelic se mettoit en hazard de la perte de tout son bien assis en ladicte province , et de la ruine de sa famille : ce qu'il discoùroit assez en soy-^mesme ; mais ayant considéré qu'où le péril est grand la gloire en est plus grande, la justice de la cause d'assister son roy contre les rebelles^ l'authorité de Sa Majesté recogneue, avec la bienveillance des gentils^hpmmes et habilans de ceste province-là , tant en la personne du feu mareschal de Tavannes son père qu'en la sienne , l'intelttgence qu'il avoit en la ville de Plavigny en Auxois, forte d'assiette
SBI6NEUR DE TAVÀNNES. [iSSq] 335
pour y faire une bonne retraicte afin d'assembler des forces, et y jetter un fondement et principe du progrez de ses desseins , une partie des deniers d'une de ses terres qu'il avoit vendue estant entre ses mains ^ tout ce que dessus , avec l'affection qu'il avoit à la patrie, luy fit, postposant toutes difficultez, passer pardessus ces obstacles, et se jetter en tel labyrinthe, dans les destours duquel estant divinement conduit, il en sortit heureusement. La loiiange en soit à Dieu.
A.U commencement de février, en la mesme anne'e iSSq ,1e sienrHe Tavannes, ayant distribué quelque quantité de deniers au sieur de Blanchefort l'aisné et à des capitaines, avec quatre commissions du Boy qa*il leur donna pour lever un régiment de cinq ou six cens harqnebuziers hors de la Bourgongne, afin de ne descouvrir son intention qu'après s'estre saisi de la ville de Flavigny , et ayant adverty , tant par lettres de Sa Majesté qu'il envoya que par les siennes, plusieurs gentilshommes de la province de se préparer à s'employer à la deffence d'une si juste cause, il s'achemina secrettement en Champagne, afin de faire une conjonction des forces de ceste province là avec celles de Bourgongne , se saisir du bourg fermé dlssurlille, quatre lieues près la ville de Dijon, et huict lieues près la ville de Langres , de laquelle ville de Langres il pretendoit tirer quatre canons, afin que, si les serviteurs du Roy de la ville de Dijon se'pouvoient rendre les maistres dans la ville, il petrst battre le chasteau après l'avoir blocqué dehors pour empesclier tout secours.
Ainsi, estUkOÈ arrivé en la ville de Chalons en Champagne, il fit entendre ce dessein au sieur de Tinte-
ville (0; lieutenant audict pays, requérant son ayde en une si juste occasion ; mais il n'en rapporta que des espérances, et qu'il falloit depescher en Cour pour avoir sur ce commandement du Éoy.
Le sieur de Sautour (2), qui avoit assemblé cent ou six-vingts chevaux, et quelques gens de pied en sa maison, dans le païs, et avoit commencé à prendre les armes pour Sa Majesté, que le sieur de Tavannes alla aussi trouver, fit la mesme response. Nonobstant ce, et l'empeschement que luy pouvoit faire le baron de Vitaux , rodant pour le party rebelle en Bourgongne avec huict cens arquebuziers, le sieur de Tavannes résolut de commencer la guerre en ce pays là ; et ayant mi^ ensemble à la fin du mois de février les six cens arquebuziers que luy amena le sieur de Blanchefort, et assemblé cinquante gentilshommes de ses amis, les principaux desquels estoient les sieurs de Lerbigny, d'Ëspeulle, baron de Chantai, de Pizy, qui fut après marquis de Nesle, baron de Gonforgien, Chamilly, il partit de sa maison de Corcelles . avec douze chevaux seulement, et s'en alla à Flavigny, où. les serviteurs de Sa Majesté qu'il avoit pratiquez Fattendoient, et luy firent ouverture des portes ,. après qu'il eut usé de son authorité de lieutenant de Poy pour lever l'empeschement qu'aucuns vouloient faire à l'ouverture d'une barrière. Le lendemain ses troupes , qui estoient à six lieues de ladicte ville de Flavigny, vindrent loger à demie Ueue près, à un village nommé Allise, ancienne yille que
(i) De Tintet/ilie : Joachim de Jaucourt, seigneur de Dinteyille, hmr tenant de Boî en Champagne.
. (*) £e sieur de Sautour : Nicolas des Essarts de Sanltoor. Il fat sine à Troyes en iSqo par les ligueurs.
SEIGlfEOR DB TAYANIfES. [iSSq] 3^7
César assiégea, et y donna une grande bataille , où il obtint la victoire contre Vercingentorix, comme se void par ses Commentaires.
En ce lieu le sieur de Tavannes deux jours après fit la reveue de ses troupes, comme auparavant Festaiblisr sèment des affiiires du Boy au mesme Flavigny. Ayant fait assembler tous les habitans^ leur discourut les peis. nicieux desseins des rebelles, desquels il nomma les chefs, qui ne tendoient qu'à divise;* l'Ëstat pour ériger des petites principautez, h la façon d'Italie, et après charger les sujets d'insupportables imposts , et s'attribuer les biens des principaux par des moyens illicites ; que le Roy estoit puissant pour résister à telles violences, et qu'ils verroient en^ bi:ef la ruine de ces entrepreneurs; qu'il mettroit, avec l'ayde de Dieu, l'autho*rite de Sa Majesté, le secours de la noblesse, et des bons sujets du Boy, en bref à neantdans la Bourgongne la puissance des rebelles; les somme de faire entre ses mains le serment de la fidélité qu'ils dévoient au Boy, selon la teneur des patentes de Sa Majesté, qui luy donnoient tout pouVoir en Bourgongne, et anéantissoient celuy du duc de Mayenne. Elles estoiest du ^^4 janvier i589. ^^^ habitans y obeyrent après les dvoir publiquement leues. Elles furent aussi publiée^ en parlement à Flavigny, es bailliages de Bourgongne, et par les carrefours des villes de la province.
Peu de temps avant, par l'advis des serviteurs du Roy en Bourgongne, et entr'autres du président Fre-* ïûiot, fut transféré le parlement de Dijon (0 en la ville
^0 Fut transfert le parlement de Dijon, Une partie de ce parler ment resta à Dijon , et se déclara pour la ligue. Elle rendit peu de temps «prés un arrêt contre le roi de Kayarrt.
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de Fia Vigny y par lettres-patentes de Sa Majesté du mois de mars Van 1689^ données à Tours ^ et publiées en Bourgongne tost après, afin que les deux atitboritex principales, de lieutenant de roy portée par le sieur de Tavannes, et du parlement, estant jointes ensemble, les sujets de Sa Majesté fussent plus facilement attirez à luy rendre l'obéissance qu'ils dévoient, et à assister le sieur de Tavannes pour la réduction de la province. Et, à cest exemple, le parlement de Paris fut depuis transféré par le Roy à Tours.
Le sieur de Tavannes s'estant pourvcu de ceste ville de Flavigny, située en pays propre pour y faire des magazins de vivres nécessaires à Tentreteneraent des troupes qu!ilassembl'oit, et forte d'assiette, commode pour loger quantité de gens de guerre, tant de pied que de cheval, après y avoir mis garnison, pour ne demeurer inutile attendant que ses forces s'accreussent par Ceux de la noblesse de Bourgongne, ausquels il avoit fait tenir des lettres du Boy et les siennes, et des compagnies des. gens de cheval et de pied qu'aucuns capi* t^ines levoient, il s'achemina au bourg fermé d'Issurtille, situé entre Langres et Dijon, pour s'en saisir par le moyen de quelque intelligence, et y faire une conjonction des forces de Champagne et Bourgongne, tirer artillerie, munitions de guerre de la ville de Langres, et après faire quelque dessein suc la ville de Dijon avec les serviteurs du Roy qui estoient dedans îcelle , ou sur autres places : il mena avec luy ce qu'il avoit de cavallerie , qui n'estoit pour lors qve cinquante homiàes de cheval cuirassez , desquels estoient les sieurs de Lurbigny, baron de Chantai le père, le baron de Conforgien , le sieur de Pi»y , depuis inarquis
SSIGNEUa DE TAVAJrirES. [iSSq] SBq
de Nesle, et autres gentilshommes, et cent arquebuziers à pied, choisis dans ses troupes , sous la conduite du sieur de Blauchefort, maifi|;re de camp, des capitaifnes Longueval, Argolet, Ville-Franche, et des Fourneaux.
Mais lorsqu'il estoitau chemin du bourg d7ssurtille avec les gens de cheval et de pied que je viens de nommer, il eut advis que le sieur de Bussy , frère du marquis d'Urféy avoit,, avec un régiment de quatre cens arquebuziers, assiégé le sieur de Gressey , serviteur de Sa Majesté, en son chasteau de Cressey. SesW:roupe$ estoient logées es environs du chasteau, dans le village, où ils avoient fait des barricades sur les advenues. Incontinent le sieur de Tavanaes se résolut de deifaire ce régiment ; à quoy il parvint comme s'ensuit : En descendant d'une montagne proche du village, il vit que, passant la prairie, ce peu de forces qu'il avoit seroient recogneues des ennemis, qui leur donneroit plus de courage pour s'opposer à luy , et s'emparer du pont qui estoit au bout du village sur la rivière, où il falloit passer, à trente pas de Tune des barricades. Pour y obvier, il fit marcher ses cinquante chevaux deux à deux, et en mesme ordre quelques valets à cheval , et à costé du dernier rang les premiers des cent hommes de pied, marchant aussi deux à deux; en sorte que les ennemis pouvoient juger que le nombre en estoit beaucoup plus grand qu'il n'estoit; et à mesme temps il s'avança et passa le pont avec ses troupes, oit quelques arquebuzades leur furent tirées de la barricade : et, après avoir mis se6 gens de cheval en bataille, il fit attaquer le village de Cressey , sur les deux advenues où estoient les barricades, par deux troupes de gens de
(i^O [^^^9] GUILLAUME DE s AULX y
pied y chacune de .cinquante hommes, et de deux des capitaines qu'il assistoit, estant luy-mesme auprès d'eux. Ce combat dura trois heures. A Tune des barricades les ennemis furent forcez de la quitter et se retirer daos ;des maisons de pierres couvertes de lave : et comme ils -estoient vivement attaquez ; lors qu'ils ne les pou voient plus tenir ils y mirent le feu, et se logèrent dans d'autres. L'autre barricade fut longuement débattue : enfin, dix hommes de cheval y firent une charge à coups de pistolets et d'espées, où le sieur de Charnasson fut blessé de deux arquebuzades en se retirant. Après ils «commencèrent à demander capitulation; laquelle fut ielle : Qu'il seroit permis aux capitaines et soldats du régiment du sieur de Bussy prendre party pour le •service du Boy avec le sieur de Tavannes ( et d'entr'eux, de Harnay, capitaine, avec cinquante arquebuziers print ce party, et s'y comporta mal, comme nous dirons cy-après ) ; que le sieur de Bussy et les soldais qui demeureroient avec luy ne porteroient les armes de six mois, et qu'il viendroit offrir au sieur de Taivannes les armes. Ce qu'ayant faict, il leur en fut rendu une bonne partie après que le sieur de Bussy se fust présenté au sieur de Tavannes. Tous les soldats estoient bien vestus et armez de plusieurs pertuisanes dorées, mousquets et arquebuzes, ayant tenu la campagne plus de deux mois sans aucun empeschement.
Ce mesme jour, le sieur de Tavannes ayant exécute cest effet, après avoir fait sommer le capitaine Fontette, q^i estoit avec cent arquebuziers à un village demy quart de lieuë de Cressey , de capituler et rendre la place, il fit r>esponse qu il le brusleroit plustost, et soy mesme dedans^ estimant qu'en une heure de jour qui
SEIGNEUR DE T^yJLWUCES. [xSSq] i/iir
restoit il ne pourroit estre forcé. Le sieur de Tavannesr» ne voulant manquer à son dessein d'issurlille, alla coucher aux fauxbourgs. Ceux du lieu ne voulurent^ point ouvrir leurs portes de nuict : ce qu'ils promirent faire le lendemafn matin. Les gardes posées ^ le sieur deCressey dégagé des ennemis qui Tavoieut assiégé >. ayant cinq ou six chevaux reposez , fut ordonné pour partir, une heure avant jour, afin d'aller jusques auprès de Dijon, qui n'estoit qu'à quatre lieues de là, recognoistre si les ennemis avec le sieur de FervaqueSj qui avoit quelque cavalerie à Dijon, estant lieutenant pour les ennemis en la province, sur les advis qu'ils pouvaient avoir eu de ce qui s'estoit passé, se mettoient en * chemin, et avec quelles forces, pour, après le rapport du sieur de Cressey, adviser ce qui seroit à faire. Cependant dès le point du jour ceux d'Issurtille sont sollicitez d'ouvrir leurs portes, autrement qu'ils seroient assailhs. Ils promettoientd'obeïr dans quelques heures, dans lesquelles ils attendoient la venue du sieur de Fervaques, qu'ils avoient adverty secrètement. Sur les huict heures du matin le sieur de Cressey, qui n'avoit esté à une lieue loin, revint, et fit entendre qu'il n'y avoit aucunes troupes en la campagne.
. Demye heure après, comme l'on estoit à disçer afin de monter incontinent à cheval, et aller loger au bourg fermé d'Issurtille, ou s'employer à le forcer, les deux troupes de cavalerie du sieur de Fervaques furent veuës, avec un régiment du baron de Viteaux, de mille arquebuziers, qui avoient passé la Saône depuis le vicomte d'Auxonne, et estoient arrivez à Dijon le jour avant à la. nuict, sans que le sieur de Tavannes en eusL eu aucun advis. Incontinent il envoyé le 'baron de:
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Conforgien avec quatre ou cinq chevaux les recognoistre, et luy, avec quarante chevaux, s'achemine en la place de bataille qu'il avoit choisie du costé de la prairie. En passant, les ennemis le voulurent charger par le flanc en un chemin etroict où ily avoit des fossez des deux costez. Ils s'avancoient à cest effet : néantmoins il eut temps, avant qu'ils fussent à luy, de s'acheminer au pas jusques à ladicte place, où estant il alla à eux. Ainsi qu'il y alloit le baron de Conforgien se joignit à luy. A mesme temps le sieur de Pervaques, avec l'une de ses troupes de cavalerie, de soixante chevaux, ayans lances et casaques bleues, delà compagnie du sieur de Chaufourcaut , s'achemine aussi à la charge, en laquelle y eut plusieurs blessez de part et d'autre, et aucuns portez par terre, desquels fut le sieur de Cressey qui fut prisonnier, et le capitaine Lestang, qui s'estoit saisi de la cornette des ennemis, et y eut peu de morts. Le champ du combat demeura au sieur de Tavannes pour un demy quart d'heure.
S'estant le reste de la cavalerie des ennemis retirée à leur seconde troupe de cavalerie, et à leurs arquebuziers et mousquetaires qui avoient commencé à tirer, s'avançant du long des murailles des vignes, estant suivy du gros de leur régiment, cela fut cause que lédict sieur de Tavannes se retira avec la moitié de sa troupe de Cavalerie à un pont sur la rivière qui est à un bout de la prairie : l'autre moitié de sa cavalerie avoit desjà passé la rivière, auquel lieu le baron de Conforgien eut un bras rompu d'une arquebuzade. Le cheval du sieur de Tavannes avoit eu un coup de lance dedans le flanc, qui fut cause qu'il en prit un autre audictpont.
Cependant ces cent hommes de pied, et les cinquante
SEIGNEUR DE TA VANIVES. [l589] 343
qui ayoieQt avec le capîlaine Marnay pris party le jour devant,. demeuroient engagez au fauxbourg d'Issur** tille. Il proposa s'il y aaroit moyen de les tirer de là ; ce qu'estant trouvé impossible , attendu le grand nombre d'infanterie des ennemis qui avoient desjà investy lefauxbourgy il leur manda qu'ils advisassent de composer au mieux qu'ils pourroient, et s'en alla coucher à Poîseuic les Granges, à quatre lieuè's d'issurtille, pour s'en retourner à Flavigny ; en ce lieu de Poiseux il fit penser les blessez : il y avoit entr'autres six gen tilshommes qui avoîent des coups de lances dans les cuisses y qu'il (if penser.
Le lendemain il s'achemina à la ville de Flavigny , où il eut advis que les sieur de Blanchefbrt, Longueval, les capitaines Argolet, Ville-Franche et des Fourneaux, qui commandoient les gens de pied demeurez au fauxbourg d'Issurtille, après avoir tenu tout le jour et la nuict à leurs baricades, fait plusieurs soities, et pris des prisonniers, et le susdict capitaine Marnay, contre son serment, et une partie des siens s'estant allé meschamment rendre aux ennemis, ils avoient esté receus à composition du sieur de Fervaques, leurs équipages sauvez, et promesse de ne porter les armes de trois mois. Ils y satisfirent. Servit que le sieur de Tavannes faisoit faire levée de deux regimens de gens de pied des barons de Chantai et de Chigy, et assembler sa compagnie de gensdarmes. Tel fut le premier combat qu'eurent les chefs des deux partis en Bourgongne, celuy de la Ligue ayant toutes les villes de ceste province à sa devotipn, et celuy du Boy la campagne et la teule ville de Flavigny pour première conqueste, en la quelle fut envoyée une lettre de celle de Dijon, trois
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)ours après y à Brigandet^ capitaine des habitans delà Tille de Flavigny, contenant qu'il n'y avoit en icelle cent hommes de pied en garnison; qu'il eust à la rendre entre leurs mains , autrement qu'ils feroient couper la teste à son fils, qu'ils retenoient. Sa response, du tout généreuse, fut qu'il auroit plus en recommandatioD son honneur et devoir envei^s son roy et sa patrie que la vie de son fils, et qu'ils n'attendissent ceste trahison et perfidie d'un si homme de bien que luy.
Incontinent après arriva le baron de Chigy avec deux cens cinquante arquebusiers, qui furent logez aux fauxbourgs de Flavigny commodément. Le duc de Nemours, arrivant à sept lieues près à la ville d'Avalon , qui alloit à Lyon, y séjourna huict jours, attendant le sieur de Fervàques avec ses forces pour favoriser son passage, estant en alarme de ce que le sieur de Tavannés avdit esté recognoistre les siennes avec quelque cavalerie. Ces troupes ennemies se logèrent en la ville de Semur à trois lieues de Flavigny, assistées des mille arquébuziers du baron de Yiteaux, et allèrent du costé de Dijon.
Le sieur de Tavannes, ayant laissé garnison d'infanterie audict Flavigny, et après y avoir estably gouverneur le sieur de Cherizy, sage et valeureux gentilhomme, considérant n'estre raisonnable qu'il s'y enfermast, sa présence estant nécessaire à la campagne pour assembler les troupes qui se levoient , et aller Recourir Flavigny si les ennemis y avoient dessein , ou en Élire contr'eux, n'ayant lors trente hômnles de cheval, compris le sieur de Lurbignyet^Ghamilly,' voulut en passant recognoistre ces troupes ennemies, et logea une nuict demye lieue près d'eux ; prit son chemin par
les bois du Morvan Palmarou , et près Moulin en Gil-^ bert, et de)k en Charolois, ne voulant que les ennemis recogneussent le petit nombre d'hommes qui estoient près de luy.
En ce pays les sieurs de La Boutiere, enseigne de sa compagnie d'ordpnnance, et Cirot, mareschal des logis d'icelle, luy amenoient soixante hommes d'armes, et le capitaine La Beluze, cent hommes de pied de l'assemblée de ses forces > qu'on estimoit plus grandes. La ' ville de Bourbonnancy (0, ensemble. le chasteau, importants par leur situation proche la riyiere.de Loyre, et propres à joindre les forces de Bourbonnois et Bout» gongncy se remirent en l'obéissance du Boy, sur la.se-* monce qu'en fit de la part du sieur de T^vannes le sieur de La Nocle aux habitans, lesquels firent et signèrent le serment de fidélité à Sa Majesté. De là ledict sieur deTavannes s'estant logé cinq lieues près la ville de Mascon pour une entreprise, en fut empesché par l'arrivée de M. de Nemours : et de là, pour ne demeurer inutile, il se résolut d'aller attaquer la ville de Semur, capitale du bailliage d'Auxois, lorsqu'il y estoit moins attendu à cause de son esloignement, recognoissant ses forces croistrede jour à autre, mesmement le baron de Chantai luy amenant une bonne troupe de soldats en son régiment d'infanterie.
En passant à Couche, il sceut que le vicomte de Tavannes, son frère, levoit une troupe de cavalerie pour aller vers le duc de Mayenne, estant logé trois lieues près de luy. Il s'acheniine pour le charger; mais luy se retirant ne perdit que son bagage, parmy lequel se troqvèrçnt cinquante lances, armes qu'on ne pouvoit
V) Baurhonnancy : Bourbon-Lancy.
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lors tirer des villes. Ledict sieur de Tavannes défit près Beaune la compagnie du capitaine Moreau, fantassin8> et afin que ceux de la ville de Semur n'eussent advis pour empescher la délibération qu'il avoit de faire planter un pétard à la porte du chasteau d'icelle, qu'il avoit fait recognoistre pour s'en saisir, ayant donné rendez* vous à trois lieues près aux gens de pied qui estoient à Flavigny, il s'y trouva avec eux avant jour, ayant fait une grande traicte, et, en passant près Toisi, maison du sieur de Cipierre, le mena avec luy, lequel n'avoit que douze chevaux, et, estant gouverneur de Semur, en avoit esté chassé, ensemble des fâux-booi'gs, par les habitans.
A ce rendez-vous, la reveuë des forces feite, où il se trouva cent hommes de cheval et sept cens harquebu» ziers des regimens des barons de Chantai et Chigy, et l'advis demandé par ledit sieur de Tavannes au sienr de Gipierre et autres capitaines de ce qui estoitàfaire, tous ayant dit que puis que le jour estoit venu, qae Ton ne pourroit petarder les poites du chasteau de Semur, comme l'on eust p^n faire la nuict, que les ennemis en auroient advis, et qu'il se falloit retirer-, sur ce, le sieur de Tavannes leur dit qu'il ne falloit point rompre ceste entreprise, qu'il y avoit des moyens de Texecuter, n'y ayans que les habitans dans la ville et chasteau de Semur; que le donjon estant au milieu des deux, oîi y avoit peu de soldats, l'un ou l'autre pris, îïs viendroient à composition ; que les habitans y pourroient venir de crainte qu'on ne bruslast leurs grands faux-bourgs, où il estoit aisé se loger, et que Ton devoit s'acheminer diligemment. A quoy chacun se disposa, et furent veus, par les habitans le matin en
SElGKEUa DE TÀVAIflIBS. [i^Sq] 34?
deux gros, deux troupes de cavalerie et deux de gens de pied du sieur de Tavannes^ qui, à mesme temps , les envoya sommer par un gentilhomme de se rendre soas son authorité de lieutenant de Boy, et de luy obeù* en le recevant en leur ville; ce faisant qu'ils ne reœvroient aucune incommodité; y manquant les troupes iroient incontinent les assaillir; que si. leurs faux-bourgs estoient bruslez ils en seroient cause ; que s'ils vouloient envoyer quelques-uns de leur ville vers lay, il leur donneroit asseurance de son dire, et pour* roient venir et retourner seurement. Ils y envoyèrent, mais sans nulle resolution , disant qu'on leur donnait deux jours pour avertirjle frère du président Jannin à Ragny, et leur bailly , le sieur de Ragny, qui n*estoient esloignez d'eux que de cinq ou six lieues.
Le sieur de Tavannes, ayant pris cesteresponsepour refus et désobéissance, et faisant faire alte à la caval* lerie, envoyé l'un des régi mens de gens de pied, sous la charge du baron du Chantai, en l'un des faux-bourgs ; et à mesme temps il descendit de cheval, se mit avec le régiment du baron de Chigy, qu'il mena au travers des vignes dedans le grand fauxbourg, jusques à la porte du chasteau de Semur, duquel furent tirées quelques arquebuzades : et là, comme l'on vouloît planter le pétard à la porte, un capitaine de gens de pied, nommé La Baume, avec quelque eschellè, et à l'ayde de ses compagnons, monta au-dessus de la porte; ce qu'appercevant Qlanot, maire de Semur, qui commandoit au chasteau, jugeant, comme il se voyoit vivement assailly, soit par le pétard ou autrement, qu'il pourroit estre pris en peu d'heures, il demanda les biens et la vie sauve, et qu'il feroit Ouvrir la porte : ce
qui luy fut accordé. Le sieur de Cipiere, revenant de l'autre fauxbourg, trouvant que le sieur de Tavannes entroitdesjà au chasteau^ l'y accompagQa, et, à mesme temps, par le commandement dudict sieur de Tavannes, le capitaine La Plume, commandant au donjon, luy en ouvrit la porte. Lors le sieur de Tavannes y laissa le sieur de Cipierre gouverneur avec establissement de garnison, et luy dit que les gens de pied ayant travaille sejourneroient un jour aux fauxbourgs; qu'il fist faire le lendemain aux habitans le serment deu au Boy.JSt s'en alla, ce jour mesine, le sieur de Tavannes loger à une lieue de là, en son chasteau de Gorcelles, et fit loger la cavallerie au village de Gorcelles.
Il m'a semblé devoir rédiger assez au long ce discours, tant pour le bon effect qu'apporta ceste deuxîesme réduction de Semur aux serviteurs du Roy en Bourgongne^ en laquelle ville furent depuis tenus les estaisgénéraux du païs, et logé le parlement pendant la guerre, qu'aussi en l'histoire générale des guerres de la Ligue on n'a point fait mention de ce qui s'est passé en Bourgongne pendant icelles, que de ce qui est avenu à la fin desdictes guerres, nonobstant qu'il s'y soit exécuté plusieurs bons effects et stratagèmes dignes d'éternelle mémoire, avec les forces seules de la province de Bourgongne, sans autre ayde (que bien peu) ny autres deniers que de ceux que les mesmes forces levoient avec les armes, après que Timposition par les esleus du païs de Bourgongne en avoit esté faite : lesquels deniers estoient distribuez suivant les ordonnances du sieur de Tavannes, gouverneur audict païs. Et, neantmoins, lesdictes forces se rendirent si puissantes par la conduite du sieur de Tavannes, qu'elles
SEIGNEUR DE TAVANlfES. [iSSq] 349
tenoient le plus souvent la campagne. La juste querelle doit estre soustenuë par les gens de bien : le travaily la despense, les périls supportez par ledict sieur de Tavannes, les gentilshommes et capitaines de ladicte province y et par messieurs du parlement réfugiez à Flavigny et Semur, méritent, s'ils n'ont esté recognus, au moins qu'on en aye souvenance.
Les garnisons des gens de pied establies et logées au chasteau de Semur, et la compagnie d'hommes d'armes du sieur de Cipierre en la ville, parce qu'il en estoit gouverneur, comme avoient esté celles de la ville de Flavigny auparavant, le sieur de Tavannes, ne voulant perdre aucune, occasion qu'il avoit recherchée pour le service du Roy et bien du païs, s'achemina avec sa cavalerie de trois ou quatre compagnies de gensdarmes, et deux regimens de gens de pied, à l'exécution qu'il avoit pratiquée par le moyen de deux habitans de la ville de Sainct Jean de Laone, nommez Lescotetet Martene, pour se saisir de ladicte ville, afin d'avoir un passage sur la rivière de Saosne, tant pour la commodité du passage des estrangers que Sa Majesté fer oit venir en France, que pour estre à quatre lieuè's de Dijon, avoir moyen de fatiguer ceste grande ville, où les conseils des ennemis qu'ils appelloient d'Union se tenoient, et s'accroistre de quelques autres places.
Ces troupes estants arrivées, sur la fin de juin de l'année iSSg, au village de Brazey proche ceste ville de Sainct Jean de Laone, ledict sieur de Tavannes envoya dans ladicte ville quelques-uns de ceux qui estoient sous sa charge vers les habitans, qu'ils eussent à envoyer deux ou trois de leurs eschevins vers luy, pour leur faire entendre, comme lieutenant du Roy,
35o [1S89]. GUILLÀtlHB t>B SÀULXy
ce qui estoit nécessaire pour le service de Sa Majesté. Quand ils furent venus vers luy, il leur dit qu'ils eussent à le recevoir en leur ville pour le service et bien du païs. Il estoit lors avec ses troupes à demy quart de lieue d'icelle. Ils luy dirent qu'ils recognoissoient sa qualité^ et le laisseroient entrer en leur ville pour luy obeir^ à condition qu'il n'y menast que quinze hommes de cheval avec luy, et qu'il leur promist de ne leur bailler point de garnison ; qu'ils se garderoient bien eux-mesmes, que c'estoit la charge qu'ils a voient de leurs concitoyens, le suppliant de l'avoir agréable. A quoy fut respondu par le sieur de Tavannes que puis qu'ils luy vouloientobeïr, il leur promettoitde nelear bailler point de garnison Vils ne la demandoient eaxmesmes, et qu'il iroit vers eux avec le nombre de gens de cheval qu'ils desiroient.
Incontinent après, s'estant acheminé dans la ville en cet équipage, il trouva les rues bordées d'arquebuziers, mousquetaires ethallebardiers; et estant descendu dans son logis, s'en allaàla halle, où les officiers du bailliage, eschevins et habitans estoient, attendant ce qu'il avoit à leur dire là. Ayant fait lire les patentes du Roy exautorant(i) le pouvoir de M. le duc de Mayenne, et, le donnantau sieur de Tavannes en la province, illes exhortai l'obeïssance, leur proposant divers discours du bonsuccez qui leur en viendroit, et qu'en bref Sa Majesté et Iny, par son commandement, reduiroient à leur devoir, avec l'aide de la noblesse, ses ennemis en ceste province* Et, à mesme temps, leur fit faire serment au Roy : crt après ledict sieur se retira en son logis, où il pratiqua que quelques-uns des principaux de ses troupes se presen-
(■) Exautorant : annullant.
SBIGITEUIi DE TAVAJflirBS. [iSSp] 35 X
leioient avec leurs trains pour venir à la ville, afin de se fortifier, à ce que, si les habitans venoient à changer d'advis, ils ne le fissent sortir : ce qu'ils eussent peu faire, n'ayant que quinze hommes de cheval armez près de luy. Ceux qui commandoient à la porte vin* drent donc demander au sieur de Tavannes s'ils laisseroient entrer le sieur de Pizi, depuis marquis de Nesle, qui avoit douze ou quinze chevaux : il leur dit que c'estoit un seigneur de qualité, qu'ils le laissassent en-trer. Le sieur de Chantai se présentant après, en fut fait autant, ensemble du sieur de Vaugrenan, ame<nans pareilles troupes.
Pendant le soir, les deux habitans cy-devant nommez,^ avec lesquels il avoit intelligence, furent par luy man-^ dez : il leur recommanda que le lendemain matin ils ne faillissent, avec ceux qu'ils pourroient attirer à leur party, de demander garnison pour mettre à la ville, et ce en présence des eschevins et principaux habitans , qui dévoient venir parler à luy. A quoy estant satisfaict, et remonstrépar ledict sieur de Tavannes que s'ilsne recevoient garnison la Ligue leur en donneroit, et les tiaicteroit mal ; qu'il leur avoit promis de ne lear en bailler s*ils ne la demandoient, mais qu'il leur en bailleroit une puis qu'ils l'avoient agréable, ils permirent l'entrée de cent arquebuziers, avec le capitaine des Fourneaux, qui fut logé en une maison de l'abbé de Citeaux, assez forte, sur la rivière, l'establissement de leur solde dressé (s'aydant des deniers du Roy sans aucun frais à la ville) et des gardes.
Ledit sieur de Tavannes ayant finy un dessein en avoit tousjours un autre à exécuter. Il voulut tenter à surprendre la ville de Seure sur la rivière de Saône,
35a [^^89] GUILLAUME DÉ SAULX,
ayant advis qu'il y avoit une grande courtine de terre mal escarpée oii on pouvoit monter , les eaux estans lors basses; etàcest effet fit loger son infanterie au fauibourgd'icelle^ nommé Saint-George, et sa cavallerie en un village proche. Ayant fait recognoistre le fossé, il y avoit moyen de faire reiîssir ce dessein, attendu que le sieur de Fervaques, lieutenant lors en la province^ pour la Ligue, menant des forces en ladite ville de l'autre costé de ladite rivière, n'y avoit esté receu; le sieur de Tavannesyfut sans doute entré sans l'accident d'une grande pluye qui remplit ledit fossé, lequel fut trouvé non guéable par celuy qui y fut envoyé le re» cognoistre; de sorte qu'il se résolut de s'en retourner du costé de Semur en Auxois, et en passant sommer la ville de Nuys;.et à cet effet il passa la rivière de Saône par batteaux, avec ses troupes, proche le chas* teau de Bonencontre, qui estoit à luy.
Le parlement qu'il fit faire à la ville de Nuys , séjournant à trois ou quatre lieues auprès, ne servit que pour donner advis aux ennemis de son acheminement et logement, qui leur fut mandé par le capitaine Bailly, commandant au chasteau de Vergy pour là Ligue, qu'il fut contraint prendre à cause de la nuict. Les villages proches ledit logement estoient couverts de deux compagnies d'arquebuziers à cheval , avancées en deui villages, l'un du costé de Dijon, l'autre de Nuys; sa cavallerie proche de luy, de quatre-vingts maistrés, au village de Chevanes; le régiment du baron de Cbigy à une demye lieue près; celuy du baron de Chantai à Mezange, un quart de lieue près de Chevanes, auquel Chantai avoit esté ordonné de se rendre à La Grange d'Ëstain ^ deux lieues de là, le lendemain à soleil le*
SEIGNEUR DE TA VANNES. [iSSq] 353
vaut : mais, au lieu d^obeïr, il prit quartier sans département pour la pluspart de son régiment , le logeant en autre village, et se tint h celuy de Mezange, où il estoit encore le lendemain avec six vingts arquebuziers seulement y que le soleil estoit levé, et la pluspart de son régiment estoit desjà au rendez-vous à La Grange nl'Estain : ce qui donna moyen aux ennemis, le trouvant des derniers au logis, de le charger. Pour reciter plus particulièrement ce qui s'y passa, je diray que le sieur de Tavannes avoit envoyé la nuict à quatre lieues de là , proche Dijon, huit hommes de cheval battre Testrade, pour sçavoir les deportemens des ennemis, qui k cet efiect dévoient repasser proche le fauxbourg deNuys, lesquels n'en apportèrent aucunes certaines nouvelles.
Cependant le sieur deFervaques, avec une compagnie de gens de cheval, et les deux des sieurs de Guionvelle (0 et Montigny, ensemble le régiment du baron de Viteaux , oîi il y avoit mille hommes , s'estoit acheminé à Nuys , y estant arrivé trois heures devant jour. Le matin, à soleil levant, lors que la cayallerie dudict sieur de Tavannes vouloit commencer à marcher, vint un arquebuzier à cheval, de ceux du costé de Nuys , advertir qu'ils avoient esté deffaits par les ennemis au village de Villars. Â mesn\e temps le sieur de Tavannes envoya le sieur Despeuille du costé du village, avec dix chevaux, les recognoistre, et cependant fit joindre avec luy le régiment des gens de pied du baron de Chigy , et s'avança à my chemin dudict village, où ledict sieur Despeuille luy fit rapport que les ennemis ne venoient point à luy, mais tournoyoient la
CO Guionvelle : Pierre d'Anglure , seigneur de Gionville.
354 ^ [^^^9] GUILLAUME DE SAULX y
montagne, allant à Mezange, au quartier du sieur de Chantai. Au mesme temps, le sieur de Tavannes luy monstra une plaine de bleds, sur un petit haut, proche le bois, assez près du quartier du sieur de Chantai, et luy dict qu'il vouloit s'aller mettre avec ses troupes en ce lieu là, où ils recognoistroient les ennemis, et sçauroient ce qui seroit à faire; qu'il falloit repasser par Chevanes, où il avoit logé, ce qui fut fait.
En marchant ils oyoient les tambours des ennemis, et quelques arquebuzades qui se tiroient au quartier du sieur de Chantai. Comme il fut au lieu susdict, il envoya plus près des ennemis le sieur Despeuille les recognoisti'e, qui à son retour luy demanda quelle estoit son intention. Il luy dit d'aller charger les ennemis. Lors il luy représenta qu'il n'y avoit nulle apparence, et qu'il luy feroit voir, s'il s'avançoit, trois gros de cavallerie, que le moindre estoit aussi fort que le sien, et environ mille arquebuziers. Ce qu'ayant de plus près recognu ledict sieur de Tavannes, après le séjour de quelque temps, pour faire paroistre aux ennemis ses troupes il les fit marcher au pas, les gens de pied devant, du long du bois, droit à son rendez-vous de La Grange d'Estain, où il trouva la plus grande partie du régiment du sieur de Chantai, commandée par le capitaine La Beluze, qui s'y estoient trouvez comme on leur avoit ordonné ; et estoient ceux que ledict sieur de Chantai n'avt>it voulu loger près luy, les ayant envoyez en un autre village sans despartement. Cependant les ennemis le prindrent fort blessé à une barricade, où il s'estoit bien deffendu, et defErent cent ou six vingts arquebuziers près de luy. Là fut tué de Fontette, un de leurs capitaines.
SBI^HEUR DE TAVÀITNBS. [iSSq] 355
Leur cavallerie suivoit le sieur de Tavannes jusque près d'un vallon delà le village de Torrey> oh ayant advis d'eux il les attendit de l'antre costé du vallon sur le haut 9 et fit loger son infanterie deçà et delà de luy , da long des hayes et broiissaiUes. Lors les ennemis firent sonner la charge à leurs trompettes : ledict sieu^ de Tavannes tenant ferme , et les attendant , fit aussi sonner ses trompettes environ demye heure ; mais ib ne passèrent point le vallon. L'on n'en sçait pas la cause, sinon qu'ils n'avoient point avec eux leur^ gens de pied. A cause de ce temporisement, ledict sieur de Tavannes fit avancer ses gens de pied en la plaine , et après les suivit y ayant laisse sur le haut de ce vallon quelque temps douze chevaux , et arriva de jour à SaiDCt*-Thibant en Âuxois, et le lendemain à là ville de Semur. - Or, le moyen d'agrandir le party du Boy en Bour-^ gongne, estait que les forces y employées pour son ser* vice fussent souvent à la campagne, tant pour y faire joindre partie des gentilshommes demeurans en leurs maisons aux champs, mettre ensemble de l'infanterie pour d'autant afibiblir celle des ennemis, qu'aussi pour execater des entreprises sur des villes et places, afin d'eslargir les logements des garnisons, et avoir plus de créance parmy ceux de ceste province^là. Ce considéré par le sieur de Tavannes, il assembla ce qui luy fat possible de cavallerie et gens de pied , et se résolut . d'aller assiéger la ville de Saulieu, en laquelle n'y a voit . que les habitans ; ce qui estoit assez difficile, car elle estoit fossoyée, flanquée de tours es environs, et rave* Uns en deux portes , et luy n'avoit point d'artillerie : ea sorte qu'estant bien deffendue l'on ne la pouvoit prendre que par la mine ou la sape. Ainsi , s'en estant
356 [^^^9] GUILLAUME DE SAULX y
approché, il se logea, et sa cavallerie avec un régiment de gens de pied, en un grand fauxbourg qui s'estend depuis l'une des portes bien avant du long du fossé, n*y ayant que la largeur de trois ou quatre charrieres entre deux* Il fit faire des mantelets pour approcher la muraille dans les fossez , ses corps de gardes bien dressez *à Tàdvenuë des portes; et à celle qui estoit de Tautre costé de la ville fit loger le<;apitaine La Beluze, avec bon nombre d'hommes pour en attaquer le ravelin, et mit des gens au lieu oh le fossé se deschargeeit, pour rompre le terrain afin d'en faire vuider l'eau. Et avant que ledict La Beluze commençast, ayant fait trêve de demye heure avec les habitans de la ville, le siear de Tavannes, faisant marcher deux soldats devant Inj, alloit luy seul après, sous prétexte d'aller. de l'un des cartiers à l'autre, et ainsi il la recognut.
. Gela fait, et n'ayant rien obtenu de la sommation faite aux habitans, commença à faire descendre les mantelets dans le fossé, pour venir à la sape ou à la mine ; et à mesme temps La Beluze ayant gaigné moitié du ravelin qu'il attaquoit, les ennemis du dedans estoient contraints se départir en plusieurs lieux , craignans d'avoir une escalade , et n'osoient que fort peu paroisti*e aux fenestres des murailles, parce qne les arquebuziers et mousquetaires , logez dans les couverts des maisons du grand fauxbourg, les tiroîent incontinent qu'ils paro issoient : de sorte qu'un nommé Sa> vot et deux autres des principaux y furent tuez, ce qui esbranla fort les ennemis. Ainsi, se voyant vivement attaquez en plusieurs lieux, dans cinq jours après celuy de l'arrivée des troupes , ils receurent le sieur de Tayannes; lequel leur bailla le sieur des Barres pour goo-
SEIGITEUA OE TAVAirNES. [iSSq] i5j
verneur, et le sieur de Gand , capitaine de gens de pied y avec deux cents hommes payez des deniers du Boy, sans que les habitans fournissent aucune chose pour eux; et ne leur fut enjoint autre chose que de faire le serment au Boy, et rendre Tobeissance deue au sieur de Tavannes, comme à son lieutenant gênerai en la province ^ lequel dès-lors ordonna qu'unr homme par jour, de chacune maison des habitans , pour quelque temps eust à travailler à porter des terres aax remparts derrière les murailles de la ville > où il ny en avoit point. Ce mesme ordre avoit este mis aux antres villes y incertain des desseins qu^on disoit que voaloit faire le duc de Nemours pour les ennemis.
Ce doux traitement que les habitants desdites villes receurent du sieur de Tavannes, estoit pour attirer ceux de celles qui n^estoient point réduites à- leur devoir; en quoy il n^employoit pas seulement ses ti*avaux pour en faire la réduction à Tobeissance de Sa Majesté, mais aussi son bien, plusieurs sommes de deniers qu'il prenoit à constitution de rente pour le payement des gamisoas qu'il y mettoit , que pour satis&ire à l'entretenement des troupes qui Taccompagnoient à la campagne, pour la guerre qu'il faisoit aux ennemis. Ses terres qui estoient en la province luy facilitoient cet emprunt , à quoy. il estoit assisté des sieurs présidents FremiotetVaugrenant, desquels deniers il a esté depuis en partie dégagé par le Roy.
Les propositions des enti^eprises ne viennent pas souvent à la fin qu'on a projette : pourtant il n'est pas séant de n'en faire point, et de demeurer les bras croiser, quelques unes en réussissant tousjours; que si elles viennent à manquer, c'est plustôt par le deffaut
358 ' [iSSg] GUILLAUME DE fiAULX;
de ceux qui n'obéissent point que de ceux qui commandent, comme se peut juger par ce qui s'ensuit.
Le sieur de Tavannes avoit fait investir de loin la
ville de Dijon, capitale de Bourgongne, sans que Ton
s'en apperceul;, afin de s'en saisir à l'improviste, ayant
fait loger le régiment du baron de Chigy au bourg de
JPontaiUer, de quatre cens arquebuziers, quatre lieues
près celuy du sieur d'Epinart, au bourg fermé d'Issur^
tille, aussi quatre lieues près, et avancer sa cavalerie à
Sonbernon , cinq lieues de la ville de Dijon, où, laissant
le baronne Lux pour y commander en son absence,
s'achemioa en diligence, avec vingt chevaux seulement,
à la ville de Saint^Jean'-de-Laone, où, ayant joint avec
soy deux cens hommes de pied, et le sieur Despeuille,
qu'il y avoit estably gouverneur, et quelque cavalerie
y estant , et fait porter des eschelles et halebardes sur
des chariots, se trouva une heure et demye avant jour
au village de Lonvi, demye lieue de Dijon.
A mesme heure le rendez-vous de ceux qui estoient logez esdits lieux estoit donné; la cavalerie s*y rendit à mesme temps. Le r^iment du sieur d'Epinart, jeune homme peu vigilant, s'estant mis en chemin, ne ^y trouva point; celuy du baron de Chigy non plus, qui s'estoit aussi mis en chemin trop tard, pour ^esXre amusé à se faire donner quatre cens escus par les habitans de Pontailler. Le sieur de Tavannes l'ayant depuis fait mettre prisonnier, les lui fit rendre. Ainsi, sans la faute de ses maistres de camp, le boulevard de ceux de ladite vtHe de Dijon, bas de courtine et non parachevé, se pouvoit facilement escalader, et, estant dessus, avec quelques petites eschelles gaigner la muraille; l'ordre qu'on devoit tenir estant dedans si bien or-
SEIGNEUR DE TAV^WNES. [iSSg] SSg
donné, que l'exécution de l'entreprise estoit infaillible.
De là ses troupes s'acheminèrent à Issurtille, où une escalade tentée à la ville de Talan fut inutile. L'on prit du sel au dessous du chasteau de Saut-le-Duc,que . lenoient les ennemis, dans le bourg, qui accommoda aucunement les troupes. Depuis, le duc de Nemours s'estant saisi de la ville d'Autun, le sieur de Ta vannes y ayant dessein s'en estoit approché à deux lieues, vint à Dijon. Ledit sîeur de Ta vannes, s'estant présenté avec ses troupes à la campagne à demy quart de lieue de là, pour y attirer ledit sieur de Nemours, qui ne voulut point sortir, s'en retourna en Âuxois du costé de Fiavigny et Semur. Depuis, estant revenu à la ville de Saint-Jean-de-Laone, où il avoit estably gouverneur le sieur Despeuille, et n*y ayant mené que sa compagnie d'hommes d'armes, avec la garnison qui estoit dedans, il deffit le régiment de pied du sieur de Cham-Fourcaul, et depuis, à la veue de ceux de la ville d'Auxonne, la compagnie de gens de dieval du sieur de Monmoyen, gouverneur de la ville de Beaune, logée en un village proche d'Auxonne, où son lieutenant, le chevalier Simeon, et plusieurs autres, furent pris prisonniers, avec bon nombre de chevaux et butin gaigné.
Le mesme sieur de Tavannes en ce temps empesçha trois cens arquebuziers , sous la cliarge du capitaine Confiant , qui vouloient aller en garnison à Seure , ainsi qu'ils comniençoient à passer la rivière du Doux, proche le village de Longepierre, sur Fadvis qu'il eut du sieur comte de Charny, que, s'il les empèschoit d'y entrer, ceux de la ville de Seure se reduiroient sous Tobeissance du Roy, et recevroient ledit sieur comte, comme ils luy avoient fait entendre : mais après ils
itio [^^^9] GUILLAUME DE SAULX y
luy manquèrent de parole ^ car ceux qui ont desjà faussé la foy à leur Boy ne la tiennent pas volontiers aux autres.
Le reste de Tautomne i589 fut employé par ledit sieur de Tavannes à fatiguer les ennemis qui estoient en la ville de Dijon , où leur conseil d^union se tenoit^ et à prendre quelques çhasteaux^ comme ceuxde Blaisi» Gilliy Saint- Seine et Argilli, tous situez à quatre ou cinq lieues de ladite ville, et y mettre garnison : lesquels, après avoir esté ainsi munis d'hommes, ne se pouvoient prendre qu*aveç trois ou quatre canons, encores y employant du temps , pendant lequel il les pouvoit secourir. En son absence les garnisons qu'il avoit laissé à la ville de Flavigny, la plus part gens de pied des capitaines Longueval, Argolet, Ville -Franche, et les arquebuziers à dbeval du capitaine Sainct^Mathieu, déffirentau village de Goion, à quatre lieues de Dijon, la compagnie de soixante maistres du sieur de Montigny, prirent sa cornette, qui fut envoyée au Roy à Estampes.
La mesme garnison de Flavigny se saisit du chasteau de Sommese, oii furent mises, par commandement du sieur de Tavannes, quelques garnisons; lequel, ayant failly à charger des troupes qui estoient sorties de la ville .d' Auxerre avec deux pièces d'artillerie pour prendre une petite ville, il assiégea la ville de Chastillon sur Seine, où s'estant mis à pied, avec partie de son infanterie, des régiments de Blanchefort et Coublan, ayant laissé sa cavallerie près de là en bon ordre, se saisit de l'abbaye proche de ladicte ville, nonobstant la résistance des soldats et gens de cheval qui estoient dedans, et à mesme temps de l'église, sur le^bord du
SEIGNEUR DE TAVANNES. [l^So] 36l
fossé proche du chasteau que le sieur de Boche-Baron, avec le régiment de gens de pied du baron de Chantai, prit, et en chassa les soldats qui estoient dedans. Il prit aussi Feglise des Cordeliers proche les fossez de la ville, oii le capitaine La Baume se logea.
Ledict sieur de Tavannes avoit advisé, avec ceux qui sçavoient les lieux de la ville , de la forcer entre icelle et la basse ville fermée , qu'on appielle Ghaumont, en ^ forçant par la prairie un pont et la porte qui estoit foible au bout d'iceluy ; mais les longueurs qu'amenèrent aucuns maistres de camp de gens de pied, d'exécuter le commandement qu'il leur en avoit faict, rompirent ce dessein, donnant loisir au sieur de Guionvelle de mener en la ville un secours de quatre-vingts hommes de cheval bien armez : ce qui fut cause de lever le siège , n'ayant point d'artillerie , et s'aller loger au village des Bisseys, où les sieurs de Praslin et Sainct-Falle vindrent inviter le sieur de Tavannes d'aller aux fauxbourgs de la ville de Troyes, se loger avec ses troupes pour se prévaloir de quelque mutinerie qui y pourroit réussir, disoient-ils; mais, n'y ayant aucune apparence , il n'y voulut point aller, estant bien plus important d'aller recevoir sur la frontière, au comté de Bourgongne, au village du Fay, quatre lieues près de Langres, six mille Suisses qu'amenoient les sieurs de Sancy, Beau vois La Nocle et Guitry : lesquels Suisses ne vouloient point entrer en France que ledict sieur de Tavannes ne leur menast sa cavallerie et autres forces de son gouvernement de Bourgongne qui estoient près de kiy; comme il fit suivant le commandement , qu'il en avoit du Roy; et, avec les mesmes forces, les
302 [1S89] GUILLAUME DE s AtJLX,
conduisit jusques près de la ville de Troyes (0, où M. le duc de Longueville les r^ceut, et les mend avec des autres forces à Sa Majesté proche la ville de Paris , qui estoit lors assiégée^
Et depuis y ledict sieur de Tavannes accompagna de mesme le sieur Tichecbomberg, qui alloit trouver le Boy avec cinq ou six cornettes de reitres , et bon nombre de lansquenets que le sieur de Sancy avoit fait lever en Allemagne ; et ayant esté près la ville de Ghaumont pour attirer le sieur de Guionvelle^ qui y avoit nombre de cavallerie, où il n'y eut qu'une escarmouche ^ surprit la ville de Ghasteau-Vilain^ prit le chasteau de Mara^ et mena avec luy à Flavigny une coulevrine qu'il avoit eu de ceux de la ville de Langres.
On peut dire véritablement et sans vanterie que ce n'estoient pas petits services^ mais utiles à Sa Majesté, faicts par ledict sieur de Tavannes et la noblesse de Bourgongne^ de tendi^e la main à ces estrangers qui venoient à son secours , et en mesme temps faire la guerre dans le paîs^ sans autres deniers pour payer et entretenir les troupes ^ que ceux qui se levoient dans le mesme païs Tespée à la main , et sans estre assistez d'aucunes autres troupes envoyées par Sa Majesté; estans souvent ledict sieur de Tavannes , et quelques particuliers avec luy^ contraints d'emprunter de l'argent pour subvenir aux urgentes nécessitez. Aussi n'y a-t-il poinct un plus poignant aiguillon pour exciter les hommes à employer leurs biens et leurs fortunes, et coucher, comme l'on dit , de leur reste, que raffection
(*) Près de la ville de Troyes. Ces troupes ne prirent pas la rouie de Troyes : elles passèrent par Monlcreau. (Voyez la notice sur La Noue^ tome xxjliy, première série.)
SEIGNEUR DE TAV AUNES. [l589] 363
qu'ils ont au bien de leur prince souverain , de leur patrie et de leur honneur, pourj faire paroistre leur fidélité, et fournyr ce loiiable exemple aux autres, lesquels, à leur imitation, se portent à leur devoir; et, bien qu'ils n'en soyent recognus par la dépravation du siècle ou l'ingratitude des princes, du moins laloiiange leur en demeure éternelle.