LIVRE QUATRIESME
Le cours de cinq mois, pendant lesquels^ledict sieur de Tavannes et les gens de guerre pour le roy Henry troisiesoie en Bourgongne avoient tenu la campagne , s'estans escoulez, au premier d'aoust iSSq^ jour qu'on peut nommer malheureux , auquel ^ au milieu de trente ou quarante mille hommes de guerre qui assiegeoient la ville de Paris, Sa Ma) esté fut traitreusement meurtrie à Sainct-Cloud d'un coup de couteau poussé de la main d'un jacobin (0, par l'artifice des chefs et prescheurs rebelles de la Ligue , poussé des fureurs i]:\fernalles^ nos péchez contre Dieu ayant excité son courroux à permettre ce desastre ; Henry quatriesmo, de la lignée de Bourbon, descendu de sainct Louys, comme le plus proche parent du defiiinct, fut recognu roy de France et de Navarre, et la prise de la ville de Paris, quiesloit infaillible sans cet accident survenu, fut sursise.
Incontinent après, le duc de Mayenne et le président Jannin , l'un de ses principaux conseillers , envoyèrent le sieur de Toire, delà maison de Chamesson, avec plusieurs lettres, lors que les troupes de Bourgongne estoient ensemble à Mulison, quatre lieues de la ville de Flavigny , aux sieurs de Tavannes , de Ragny, marquis de Nesle, Gipierre, barons de Lux, de
{^) Delà main d'un jacobin. Les détails se trouvent dans riutrodoction aux Mémoires sur les guerres de religion, tome zx, pages lai et suivantes , première série.
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Socicey y de CUantal ^ et autres chefs , pour les inciter à prendre le party dudict duc, quMls estimoient estre de l'Union et de l'Eglise catholique; mais tant s'en faut qu'ils y voulussent entendre ^ qu'au contraire ledict sieur de Ta vannes , les ayant tous assemblez, leur fit prester le serment de fidélité au roy Henry iv, et les fit jurer tous de s'employer à venger la mort du Roy decedé : et fut si bien pourveu par luy , qu'aucuns qui seu vouloient esloigner se rendirent après des plus fermes à y satisfaire. Le parlement qui estoit à la ville (le Flavigny fit le mesme serment y à l'instance du président Fremioty qui estoit présent à celuy de la noblesse. Dès lors lesdictes troupes s'acheminent avec ledict sieur de Tavannes du costé de la rivière de Saône y refusent la trêve demandée par le baron du Brouillars de la part des ennemis , et faillent de bien peu à prendre la ville de Nuys, passent la rivière, et celle du Doux, prennent les villes de Verdun, Louan, repassent la rivière de Saône entre les villes de Ghalon et Tornus, rebelles, se saisissent des villes de CharoUes et Paret, les unes par assaut, les autres par intelligence, èsqueUes fut mis garnison. Les ennemis qui vindrent en leurs mains furent passez au fil de l'espée sans rémission, tant la vengeance de la mort de leur prince les avoit justement animez.
. Ces choses ainsi vaillamment exécutées, les gens de guerre qui s'y estoient employez retournèrent es garnisons des villes et places réduites aux bailliages d'Auxois. Le conseil des rebelles estal)ly à la ville de Dijon fit acheminer le sieur de Guionvelle, avec quelque cavalerie et pièces de campagne, qui allèrent, ftvec ce qu'ils peurent mettre ensemble, attaquer la
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susdicte ville de Verdun , où le baron Yiteàux , après avoir pris le party du Boy , avoit esté laissé gouverneur avec deux cens arquebuziers et sa compagnie de gens de cheval. Ils s'en saisirent en trois jours, à cause de l'absence dudict baron, qui estoit allé en sa maison, et l'esloignement des gens de guerre susdicts : les ennemis y laissèrent bonne garnison. Ils y furent si promptement qu'ils ne donnèrent pas le temps de la fortifier; mais ce gouverneur s'oublia grandement; l'abandon* nant si tost, au lieu de s'y tenir et y faire travailler aux fortifications : aussi il en fut blasmé. Le comte de Grusille, qui n'avoit pas voulu se joindre avec le sieup de Tavannes, fut deffaict avec son régiment de gens de pied par le sieur de Guionvelle au bourg de Couche; loyer à la vérité digne de sa présomption.
En ce temps là messieurs du parlement de Bourgongne s'acheminèrent de Flavigny à la ville de Semur, capitalle du bailliage d'AuxoiS; qui estoit plus commode pour leur logement. Le sieur de Tavannes, comme gouverneur de la province, suivant les patentes du Roy, y tint les états des trois ordres d'icelle, où se trouvèrent quantité de noblesse, plusieurs de l'Eglise et du tiers-estat; et y fut proposé et résolu ce qui estoit nécessaire pour le service de Sa Majesté et bien de la province, et pourveu à l'entretenement des garnisons et forces de la .campagne. Il y excita un chacun à l'anipokosité qu'ils dévoient avoir contre les ennemis de Sa Majesté et de la patrie. Or une partie des forces du pays s'en allèrent depuis à l'armée du Boy. Le sieur de Tavannes prit avec celles qui restoient les chasteaux de l'Edauré et Julli, lesquels incommodoient la ville de Semur, assistez qu'ils estoient des garnisons des
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ennemis qui estoient au chasteau et bourg fermé deViteaux. Il nût garnison au chasteau de Grignon^ pour s'opposer à celles de la ville de Montbart^ et empescher les courses qui se faisoient du costé de Flavigny et au chasteau de Blesi^ à quatre lieues de Dijon. Après, rhyver commença, et les compagnies se retirèrent aux garnisons pour y avoir quelque repos.
Au commencement de janvier de Tannée iSgo, le sieur de Tavannes s'achemina, avec son ttain seulement, pour aller trouver le Boy à Laval en Bretagne CO, recevoir ses commandemens, et luy faire entendre le progrès au bien de son service que le travail et la diligence de ses serviteurs avoient produit en Bourgongne en huict ou neuf n^ois, ayant pris sept ou huict villes et plusieurs chasteaux, defaict à diverses fois de^ troupes ennemies : et outre ce , il luy proposa les moyens qu'il sembloit devoir estre tenus pour réduire entière-* ment ceste province à son obéissance , soit en fatiguant les grandes villes, logeant des garnisons es places voisines d'icelles, et en attaquant quelque&^ines ; aussi se fortifier avec les forces du pays de quelques estrai^ers pour tenir la campagne, ou troupes que le Boy envoyeroit avec artillerie sous un prince ou mareschal de France.
Pendant son absence du pays, le légat Caietan, envoyé du Pape, s'achen^ina à Dijon, et l'armée de Lorraine s'approcha de luy pour favoriser son passage, allant à Paris ; qui fut cause que le Boy renvoya, pour y apporter empeschement, ledict sieur de Tavannes, après luy avoir fait bon accueil, et prpmis assistance en ce qu'il desiroit, au plustost que la commodité s'of-
(0 Lat^al en Bretagne : Layal dans le Maine.
friroity et l'avoir ouy particulièrement en son conseil. A son retour il passa entre Orléans et Bourges ^ où les garnisons de cavallarie qui estoient dans ces places couroient ordinairement la campagne. En allant il avoit passe, à la suitte des victoires du Boy, es villes de Vendosme et au Mans, qui avoient esté nagueres prises, bien marry à son retour d'entendre que ce légat estoit jà bien avance en Champagne.
Le printemps venu de ladicte année iSgo, les garnisons de party et d'autre alloient à la guerre sans grand fruict : une entreprise sur la viUe de Montbart par ceux du party du Boy faillie, fut assemble le conseil à Semur, en nombre de vingt hommes et plus, tant de messieurs du parleihent que des chefs des gens de guerre, pour résoudre ce qui seroit à faire; où fat advisé que, suivant l'advis que Ton en avoitj eu qu'en une forte et grosse tour proche la ville de Marsigny, nommée Milamperle, qui estoit pleine de sel, y avoit garnison des rebelles de la ville de Lyon, qui le debvoient en 'bref conduire à ladicte ville de Lyon, que les troupes du Boy y allant le pourroient enlever pour les payer, et employer les deniers aux urgentes nécessitez, et, de plus, oster ceste commodité aux rebelles ; à quoi les che& se disposèrent, excepté les ba* rons de Lux et de Viteaux, qui naguère avoient pris le party du Boy, ausquels le sieur de Tavannes dit que puis qu'ils ne vouloient s'acheminer à ceste entreprise*, que leurs compagnies estoient au Boy, et qu'avec Tauthorité qu'il avoit il les meneroit avec luy, comme il fit ; et ces barons demeurèrent en leurs maisons.
Ainsi , avec deux cens maistres de gens de cheval et mille hommes de pied, il passa proche Nuys, oh le mar-
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qaisde Mird^eaa le vint joindre avec vingt-cinq maistres de sa troupe y lequel vouloit aller faire guerre à part du costé de Langres^ mais, s'estant rapporté à ses com«pag^nons s'il devoit estre de la partie ^ ledict sieur de Tayannes les persuada d*aller avec luy, et le marquis mesme s'y accorda. Il eust aussi-tost la charge dé mener les coureurs ) où, il s'avança tellement , sans attendre les troupes, qui ne vouloient point laisser leurs bagages derrière , que le sieur de Bissj, qui estoit avec cinquante chevaux dans la ville de Beaune, Feu voyant approcher, le chargea, et luy tua deux gentilshommes de coups de lances : que si ledict sieur de Tavannes ne fiist arrivé avec ce qui le suivoit pour le soustenir, la troupe dudict marquis eust esté deffaicte.
Ledict de Bissy se rétira à Beaune, et les troupe3 arrivées proche la ville de Marcigny, la tour du sel, nommée Milamperle, flanquée de guérites et bien fossoyée, fut attaquée par le commandement du sieur de Tavannes, qui fit appocher quelques mousquetaires^ à la faveur de certains chariots de foin , avec dessein de venir de là à la sape. Après quelques arquebusades tirées, trente soldats qui estoient dedans, douteux si Tartillerie venoit après, ignorans en avoir, voyant &ire ces approches, se rendirent. Le mesme en fit la ville, laquelle avoit faict difficulté d'ouvrir les portes. Aussi -tost il establit au sel, pour en £iire distribution ^elon ses ordonnances , des receveurs et contrôleurs, afin d^en tenir bon compte. Les compagnies de cavalerie et régiment de gens de pied en furent payez , lesquels avoient esté long-temps sans faire monstre : plusieurs gentilshommes volontaires en eurent aussi leur part. Or, comme il y alloit une grande longueur 35. a4
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à cette distribution^ et que leur logement estoit escarte y à cause qu'en ce païs-là les paroisses, sont de plusieurs villages, et en chacun quatre ou cinq. maisons seulement, ledict sieur de Tavannes faisoit ordinairement battre l'estrade en deux troupes, et solliciloit les gentilshommes voisins de luy. donner advis des ennemis, afin qu'il ne fut surpris à l'improviste.
Ayant eu nouvelles qu'ils venoient à luy, au nombre de trois cens chevaux, sous la charge du sieur de La Yarenne, gouverneur de la ville de Mascon, il donna rendez-vous proche de Marcigny à toutes les troupes ; et, après en avoir faict la reveuë, à laquelle le sieur de Gipierre, qui avoit desjà sa compagnie d'ordonnance sur le lieu, arriva avec vingt maistres, venant du bailliage d'Auxois, qui luy dit que sur le bruit -que les ennemis venoient à luy il l'estoit venu trouver, ledict sieur de Tavannes leur ordonna de se trouver une heure avant le jour au lieu de ceste reveuë, ayant sceu que les ennemis n'estoient plus qu'à six lieues de là : à quoy fut satisfaict, iceux ennemis n'estant plus qaa quatre lieues, comme a voit esté rapporté le matin.
Ledict sieur de Tavannes s'achemina au. devant d'eux , ayant laissé ses gens de pied à Marcigny, avec Tordre suivant : le marquis de Mirebeau avec sa troupe de cavalerie menoit les coureurs, une compagnie d'arquebuziers à cheval à sa droite ; après, pour le soustenir, le sieur de Gipierre avec sa compagnie de cavalerie et une d'arquebuziers à cheyal; le sieur de Tavannes suivant^ menoit le gros des troupes. Comme ils ''urent faict deux lieues, les paysans les advertirent qup les ennemis se retiroient devant eux à demye lieue: ce qui les fit avancer, partie au pas, partie au trot.
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sans rompre leurs ordres. Enfin sur Tentrée de la nuict, ayant faict six lieues^ ils arrivèrent à Lespinace^ où les ennemis^ pour la pluspart^ estoient logez^ et n*avoient encore posé aucune sentinelle. Lors le sieur de Tavannes ordonna au sieur marquis de Mirebeau de charger dans le village ^ et fit mettre les arquebuziers à cheval pied à terre , et le feu dans une maison pour donner clarté, et qu'il demeureroit avec le reste de la cavalerie aux advenues du village , attendant les ennemis qui monteroient à cheval. Ledict sieur marquis s'en acquitta bien. Là furent pris plusieurs prisopni^rs et butin y et quelques-uns demeurèrent sur la^place, mesmement de ceux qui sortirent à cheval du village , et trouvèrent la cavalerie en teste^
Ledict sieur de Tavannes vouloit encore aller charger la compagnie de cavalerie du sieur de Bissy, logée à une petite lieue de là; mais les capitaines qui estoient avec luy n'en furent pas d'advis, se contentant de cet effet, après lequel il se retira la nuict avec eux audict Marcigny, ayant faict quatorze lieues, oh. ils employèrent le reste du temps nécessaire pour la distribution du sel. De là ils s^acheminerent du costé du bailliage d'Auxois, où tost après fut résolu que les forces de Champagne, conduites par le sieur de Tinteville, qui en estoit gouverneur pour le Boy, et celles de Bourgongne par le sieur de Tavinnes, gouverneur audict païs pour Sa Majesté, se joindroient ensemble , accompagnez de quatre cornettes de reitres da sieur Dammartin, et quelques lansquenets qu'ils avoient esté recevoir sur la frontière, afin d'assaillir quelques places au bailliage d'Auxois, qui incommodoient le party de Sa Majesté ; et ce avec deux canons
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et une coulevrine qu'ils âvoient tiré de la ville de Langrès : et furent pris les chasteaux de Duesme et Tisi , proche celuy de Monreal^ après quelques canonnades tirées. Ce Monreal avoit esté peu auparavant surpris sur les ennemis par l'intelligence de madame de Ragny.
La ville et chasteau de Montbart furent aussi attaquez, les fauxbourgSy fermez de muraiUes et de tours, forent pris, la ville battue , et un faux assaut donne pour recognoistre la bresche et travail qu'on avoit Êiict au dedans d'une tour rompue de l'artillerie. Les lansquenets . dévoient pendant iceluy faire bresche, avec des pionniers, à la sape, à une muraille où il n'y avoit aucun terrain, où ledict sieur de Tavannes les avoit menez : à quoy ils manquèrent, s'excusant que les capitaines de gens de pied du régiment de Champagne, qu'il leur avoit donné pour marcher à leur teste, les avoient abandonnez. Dans ladicte tour fiit tué le capitaine Bandeville, gentilhomme de Champagne, qui combattoit avec les ennemis, et sans estre suivy de ses soldats. Le sieur de Beau}eu, valeureux gentilhomme, qui avoit esté enseigne de la compagnie de l'admirai de Chastillon, fut aussi porté mort d'une arquebuzade aux approches du pont de la ville, lors que l'on dressoit sur iceluy des barricades en biaysant pour approcher la porte. On fut contrainct d'attendre des poudres, que le sieur de La Ferté Imbaut faisoit venir du, chasteau de Grancey. Cet effort commencé, et les gardes posées la nuict, tant de cavalerie que d'infanterie, pour éviter les surprises des ennemis, pendant ce temps le sieur de Tinteville ayant eu coDimandement du Boy de laisser là toutes occasions, et mener les reistres et lansquenets avec les forces de
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Champagne^ pour estre à la bataille d'Ivry, il s'y voulut acheminer, et neantmoins y arriva trop. tard , et ramena les canons à LjEingres : cela fit lever ce siège.
Le sieur de Tavannes ramena la coulevrine à Fiavigny, et les compagnies aux garnisons; partie desquelles (de celles de gens de cheval) allèrent à l'armée du Roy : ce qui donna sujet au sieur de Senessey , chef des rebelles y de battre et prendre le chasteau d^Argili/ à trois lieues de Dijon , en trois jours. Ce temps si bref empescha le sieur de Tavannes de le pouvoir secourir, quoy qu'il se fut mis en chemin à cet effect avec sa compagnie de cavallerie et celle du marquis de Mirebeau. De là le mesme sieur de Senessey alla du costé de Lyon avec quelques forces vers le sieur de Sainct*Serlin, frère du duc de Nemours, où à une escarmouche lut pris le colonel Âlfonse, depuis mareschal d'Ornano, que ledict sieur de Senessey emmena à la ville d'Auxonne, où il estoit gouverneur, au desceu du sieur de Sainct-Serlin. La rançon de ce prisonnier fut de vingt mille escus, payée des deniers dont les sieurs de Tavannes, Chevigny et président Fremiot s'obligèrent pour luy. Il fut ainsi mis en liberté.
En la suitte de ce fascheux événement en vint un autre. D'un mauvais accident le récit en est triste et douloureux : dans ce travail , les honmies généreux se laissent souvent porter à des desseins téméraires. L'ambition les aveuglarft leur oste la bonne conduite qui se doit observer aux entreprises hazardeuses; la promptitude par laquelle ils s'y précipitent affbiblit leur jugement; comme il advint au sieur Despeuille, gouverneur de la ville de Sainct- Jean dte Laosne, lequel , ayant fait des intelligences avec quelques soldats de la
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ville de S^urre^ qui estoit rebelle/ ne considéra pas beaucoup combien telles entreprises doubles sont subjectes à faillir : aussi comme il s'y estoit porté, il tomba mort d'une arquebuzade sur le pont de ladicte ville de Seurre, assez proche de la porte, où estoient les soldats de dedans qui faisoient semblant de se battre , et tirer Fun contre l'autre pour le faire avancer* Il fut après remporté par les siens, qui se retirèrent voyant ce malheur.
Certes, cette promptitude ne doit point empescher que la valeur de ce gentilhomme en plusieurs lieux ne soit à jamais recommandable. Le sieur de Tavdnnes, en ayant eu advis à Flavigny, distant de Sainct-Jean de Laosne de dix-«ept lieues, s'y achemina en un jour pour y mettre l'ordre nécessaire. Il y arriva si à propos, que les ennemis assembloient desjà des forces pour l'aller attaquer, lesquels par ce moyen en furent divertis. Son arrivée y servit, à deux mois de là, à réduire la ville de Verdun sur la Saône, ensemble le sieur de Bissi, qui en estoit gouverneur, en l'obeyssance du Roy, par les négociations qu'il fit avec luy , comme aussi les chasteaux de Chaussin , La Perrière et Les Maillis. U deffit partie de la garnison de la cavallerie et infanterie de Dijon, conduite par le sieur de Pradine, qui vouloient &ire escorte à quelques marchandises qu'on . menoit dans la ville.
Il fît aussi une entreprise sur le ch^steau d' Auxonne, par le moyen d'un homme d'armes de sa compagnie d'ordonnance, nommé le sieur de Bougemont, et un autre qui en estoit, lesquels avoient intelligence avec un caporal de la garnison dudict chasteau, auquel on bailla quelque argent, et des promesses d'en avoir bien
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davantage s'il y servoit bien le Boy. Il avoit promis de faire descendre sa femme par, une esehelle de corde au bas d'une tour dndict chasteau pour servir d^osti^; mais un de ceux qui estoiént employez à ce dessein par le sieur de Tavahnes voulut incontinent monter à Teschelle. Comme il fut au dessus^ le sieur de Senéssey, qui les y attendoit avec sa garnison , craignant, s'il y entroit, que d'autres le pourroient suivre, dit qu'il ne hazardoit pas ainsi son estât, et fit couper l'escfaeUe de corde, dont celuy qui estoit monté, nommé le capitaine Valet, tomba tout armé du haut en bas', et en fut malade six mois. Les flancs des autres tours tiroient cependant dans les fossez; neantmoins il y en eut peu de blessez des nostres.
Environ ce temps les ennemis rebelles s'estant mis en campagne et pris quelques chasteaux, le conseil assemblé à Semur d'aucuns de messieurs du parlement, des capitaines et principaux gentilshommes de la province, à sçavoir, des sieurs de Bagny, Cipierre, les fflarquis de Mirebeaii, de Nesle, baron de Soucey, et autres qui estoiént lors près le sieur de Tavannes, les barons de Lux et de Yiteaux s'estant remis au party contraire à Sa Majesté, ce conseil, dis-je, advisa de s'assembler pour charger ces troupes ennemies , et reprendre les places qu'ils tenoient entre la ville de Flavigny et celle de Langres ; qui empeschoient les intetr ligerices qui estoiént pour le service de Sa Majesté entre les provinces de Champagne et de Bourgongne ; et à cet effet, pendant que les troupes se rendoient à un rendez-vous donné, le sieur de Tavannes envoya^ des espions, reoognoistre les ennemis. Ils rapportèrent qu'ils assiegeoient le chameau de Trichastean, où in^
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continent il s'achemina avec ses troupes , après avoir ptis en chemin leurs espions. Il trouva le sieur de FraiH ceche, capitaine du chasteau de Dijon ^ avec quelques gens de cheval qui invf^stissoient le clrasteau du Fossé, ayant laissé audict Trichasteau le sieur de Senessey avec les troupes ennemies qui avoient pris le chasteau, lequel se retira dudict fossé , et , se voyant pressé des coureurs, s*en alla à Trichasteau, où leur in&nterie ayant fait de bonnes barricades les consei^va. Celles dudict sieur de Tavannes a*estoient pas encores armées; aussi c'estoit sur l'entrée de la nuict : ce qui fut cause que ledict sieur de Tavannes, avec ceux qui Tas* sistoienty s'alla loger demye lieue de là au boarg[ dTssurtille.
Le sieur de Senessey et les siens ayant pris Tespouvante, se retirèrent toute la nuict à Dijon avec un ca« non qu'ils avoient^ laissant la campagne libre audict sieur de Tavannes^ lequel incontinent alla assiéger le chasteau de Trichasteau. Il le fit sommer par un trompette , auquel celuy qui commandoit dedans ^ nommé le capitaine La Verdure , pour response fit tirer deux arquebuzades. Aussi-tost le sieur de Tavannes fit mettre en batterie deux pièces portans boulet de la grosseur du poing, qui avoient esté empruntées du chasteau de Grancey, pour abbatre des garites qui flanquoi^it la courtine: ce qu'estant faict^ fîit envoyé à icelle nn capitaine de gens de pied avec ses soldats et quelques paysans à la sape. Nous avions logé des mousquetaires sur la contrescarpe pour tirer ceux qui paroissoient an dessus de la courtine, laquelle se trouvant espoisse de six ou sept pieds , il feUut du temps pour y faire brèche; neantmoins l'ouverture estant de cinq ou six pieds de
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largeur^ comme Ton estoit prest à y entrer, ce La Vei^ dure se rendit avec la place à discrétion, lequel méritant la corde fotaussitost pendu. Le sieur baron d'Aix, depuis comted'EscarSy fut mis dans ladicte place , de laquelle il estoit seigneur.
Deux rebelles qui commandoient au chasteau de Saline qui n'estoit point tenable, ayant laisse tirer les pieôes, furent aussi pendus. Ils avoient esté ravis au prevost par les soldats d'un régiment de gens de pied qui commençoit à marcher hors du logis; mais le sieur de Tavannes l'ayant fait mettre en ordre, les crimi'^ nels furent recogneus dans les rangs , ayant chacun unepseque, et incontinent furent exécutez. Après cela les chasteaux de Meix, de Mignot et Gratedos furent pris. Ce dernier est situé à quatfe lieues de Langres^ où ily avoit trente arquebuziers à cheval sous la charge d*un gentilhomme nommé du Mets, qui couroit tout le pais, et tenoit prisonnier le seigneur et la dame du lieu, lesquels furent délivrez sans payer rançon. Deux compagnies d'Albanois en estans proches lors que Ton vouloit charger, se retirèrent de bonne heure.
[iSgi] Ces expéditions achevées, Thyver estoit des)à f(Ht rude; et les gardes qu'il falloit faire la nuict, où d'ordinaire y avoit deux ou trois compagnies de cavallerie, ayant fatigué les troupes, elles se retirèrent aux garnisons jusques au moisdemay, quelesieurdeGuitry qui estoit k Langres, se voulant acheminer avec queK ques gens de guerre qu'il conduisoit à Genève contre le duc de Savoye, oii il deffit les troupes de Senàs^ fut prié par le sieur de Tavannes, en y allant, de luy accorder un séjour de trois jours proche la ville de Sainct Jean de Laosne, pendant lesquels, avec la garnison
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quUl y avoit, il pourroit prendre les chasteaux de Rouvre et Bonencontre sur les advenues de Dijon, Beaune et Seurre : ce qu'il luy accorda. Ces lieux furent assiégez avec deux pièces moyennes et un canon que mena le sieur de Tavannes^ où ayant pris les basses cours desdicts chasteaux et place, ceux qui estoient dedans se rendirent. Il mit bonne garnison dans celuy de Bonencontre, qui estoit d'importance pour estre basty tout de brique, avec quatre grands pavillons à machécoulis, les murailles de i^esme, espaisses de sept ou huict pieds , avec de grands pilliers de pierre du haut en bas, et situé sur la rivière de Saône, qui fiit depuis fortifié par ledict sieur de Tavannes de -quatre boulevars et doubles fossez, estant proche les villes de Seurre et Nuys que les ennemis tenoient : aussi cette place luy appartienoit.
Les troupes retirées à leurs garnisons, les rebelles de la Ligue qui estoient sous la charge du baron de Seiiessey , lieutenant du duc de Mayenne ènBourgoi^e, attaquèrent, sous la conduitte dû sieur de Gkiionvelle, quiavoit amené des troupes de Champagne, avec deux coulevrines sorties de Dijon, le chasteau de Mirebeau, qu'ils prindrent en deux jours sans faire batterie, par ce que le sieur de Brion, qui en estoit seigneur, voulant 'secrettement en sortir, fut pris par le capitaine La Gauche, et mené prisonnier par le sieur de Gnionvelle en la ville de Chaumont en Bassigny, dont il estoit gouverneur, oh il paya rançon. Le sieur de Tavannes n'eut pas le loisir, en si peu de temps, d'assembler les troupes pour le secourir.
Peu avant, le marquis de Mirebeau son fils, et le baron d'Aix, allans avec leurs compagnies du costé de
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Bassigny et Langres san3 commandement ^ furent pris et menez prisonniers en Lorraine par les troupes de Lorraine^ conduictes par le sieur de Mesley. Le chas* teau de. Gilli , à trois lieues de la ville de Dijon , sur le chemin de celle de Beaune, ayant esté pris par ledict sieur de Tavannes, fut depuis repris par le duc de Ne? mours allant à Lyon, qui l'assiégea lors que ledict sieur de Tavannes estoit allé avec les forces de Bourgongne vers le mareschal d'Âumont, du costé de Chasteau^^ Chlnon , proche le Nivernois^ pour s'employer avec icelles près de luy à faire laguerre au duché de Bourgongne , suivant le commandement qu'il en avoit du Roy.
Alors ceste ville de Ghasteau-Ghinon fut réduite : c'est toute la conqueite que ledict mareschal fit audict païs y avec le chasteau de La Motte , qu'il fit battre de quatre pièces d'artillerie , quoy que le sieur du lieu le luy vouloit rendre : il y vouloit entrer par une brèche, et l'avoir à discrétion; ce qui luy fut aisé, car ceux de dedans ne faisoient aucune defiense , et nonobstant cela il fit pendre une partie des soldats qui estoient dedans. Ledict duc de Nemours fit aussi pendre le capir taine Joannes, qui commandoit pour les rebelles à la ville de Nuys, pour avoir conféré avec le sieur de Tavannes au milieu d'une campagne seul à seul, entre la ville de Sainct Jean de Laosne et le chasteau de Solon.
Le mareschal d'Âumont s'estant acheminé plus avant dans le duché de Bourgongne, proche des villes de Flavigny , Semur etSaulieu, réduites avant son arrivée à l'obeïssance du Roy, et où il y avoit de bonnes garnisons establies, il mit en délibération quel dessein il devoit premièrement tenter avec deux ou trois canons
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qu'il avoit eu du duc de Nevers, deux que le sieur de Tavannes avoit fait faire à Sainct Jean de Laosue^et une coulevrine qui estoit à Flavigny^ que ceux de Langres avoient prestée audict sieur de Tavannes; lesquelles pièces il luy amena^ car il n'avoit aux exploits qui se presentoient autres forces que celles de la province ^ une compagnie de cavallerie du sieur de Cbanlivauty celle du vidame de Chartres, qu'il avoit amenéei et celle du sieur de Guitry , gentilhomme de valeur et de conduite , le régiment de gens de pied du sieur de Milleron Briquemaut, et trois ou quatre compagnies de Suisses, qui peu d^ temps après arrivèrent.
L'advis du sieur de Tavannes et des principaux de ladicte province, et du sieur de Guitry, estoit que la ville d'Autun, grande et peu forte , n^estant point la pluspart des murailles remparées de terrain , et flanquées seulement de tours, devoit estre attaquée et prise avant que battre le chasteau nommé Benaut, lequel après pourroit venir plus facilement à composition. Il mesprisa tous ces advis; et, suivant le sien seul, avec celuy d'un homme de robbe longue nommé Lubert, nullement usité au fait des armes, il se résolut de faire une mine sous un terrain de ladicte ville, nommé la Jambe de bois , laquelle ne retîssit point. Après il fit battre le chasteau, dont il en arriva de mesme, ainsi que Ton pourra voir par le discours suivant. Le sieur de Guitry disoit aussi souvent du mareschal d'Aumont qu'il se conseilloit en latin, et seroit battu en François. Les raisons proposées par les susdicts, pour lesquelles l'on devoit assiéger ceste grande ville, estoient la foiblesse du lieu , le peu d'hommes employez à la garde d'icelle, n'estant en tout que deux regimens de gens de
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pied commandez par le sieur de Batilly de Charolois et de La Castilliere, avec les habitans; la commodité des deniers , à cause des grandes décimes qui s'y lèvent, comme y estant estably une eveschë, qu'on en tireroit lutilité pour sa situation et sa conjonction des forces de Bourbonnois et Nivernois avec celles de Bourgongne : et fortifiant le bourg de Renë le Duc, toutes lesdictes villes d'Auxois seront jointes avec celle d'Âutun, ensemble le chasteau de Montcenis, forte place, et celuy de Bourbon avec la ville; ceste estenduë estant depuis l'Auxerrois jusqués à la rivière de Loyre, du costé de Moulins.
Au mois de juin doncques de Tannée iSgi , Ton commença à faire les approches de celle d'Autun, où une partie du fauxbourg , du costé du chasteau , fut brusiée ; en l'autre le régiment de Milleron Briquemaut s y logea, et là auprès depuis logèrent les Suisses, et es deux portes de ladicte ville quelques gens de pied. Aussi fut mis deux compagnies d'infanterie en garde du long d'une grande muraille qui faisoit autrefois le circuit de la ville, où l'on estoit à couvert jusques sur le bord du fossé, qui n'estoit en cet endroit large qu'environ vingt-cinq pieds , dans lequel y avoit un terrain qui faisoit courtine et flanc à la ville , nommé la Jambe de bois ; auquel, par le moyen d'une galerie de bois dans le fossé, l'on faisoit une liiine. Outre cela on avoit dressé en un lieu haut derrière la muraille une gabionnade, où estoient logez quelques mousquetaires, pour incommoder ceux qui paroistroient sur ce terrain , principalement lors que la mine auroit joué, et que Tassant se donneroit en ceste part là ; duquel temps le sieur de Guitry devoit faire tirer quelques pie«es
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moyennes près d^une pyramide, placées de là le vallon commandant audict terrain.
Ces premières attaques commencées, le sieur deTavannes, suivant l'advis du conseil, s'achemina à Alerey, proche la ville de Verdun sur la Saône, avec sa compagnie de gensdarmes, et partie de celle du sieur de Soucey, jusqueis au nombre de six vingts maistres, pour amener quatre compagnies de Suisses, et des poudres qui estoient à Verdun, trois lieues de la ville de Chalon, où estoit la cavallerie ennemie, commandée par les barons de Lux et de Tiange. Il ne fut plustotà Alerey et mis pied à terre, qu'il sceut par ceux qu'il avoit envoyé bsittre l'estrade que les ennemis venoient à luy : ce qui le fit incontinent remonter à cheval pour les aller recevoir. Les premiers qu'il trouva fureut quarante chevaux coureurs des ennemis, qui furent si vivement chargez de vingt des siens, soustenus de sa troupe, qu'après un léger combat ils furent defiaits, et vingt gentilshommes des leurs faits prisonniers. Les troupes des ennemis estoient demeurées à un quart de lieue de là; ce qui leur donna loisir de se retirer il Chalon , après avoir esté suivis en ordre, partie au trot, partie au galop, près de deux lieues. Le sieur de Bissi, gouverneur de Verdun , qui avoit passé l'eau seul, s'y trouva , auquel le sieur de Tavannes presta un coursier : les sieurs de Bubigny et Gonforgien, qui estoiest venus^ de Verdun , y furent aussi.
Pendant cet exploit les Suisses passèrent la rivière, et arrivez qu'ils furent à Âlerey, en sortirent un quart de lieue hors au devant du sieur de Tavannes pour le favoriser : il les trouva bien ordonnez, et en bonne volonté de hien faire. Le lendemain il les mena à Âutuo,
SEIGNEUE DE TAVANHES. [iSQi] 383
OÙ il ne fut pas sitost arrivé qu'il retourna à la ville de Sainct Jean de Laosne, pour mener les deux canons qu'il y avoit fait fondre au mesme Autun. Il les y conduict seurement^ les ayant fait charger sur des chariots, et leurs affûts et balles, pour aller plus diligemment. Aussitost qu'il fut arrivé, le mareschal d'Aumont s'achemina à M oulinot, une de ses maisons, pour conférer avec le sieur de Senessey, lieutenant au païs pour le duc de Mayenne, et quelques autres chefs rebelles de la Ligue, pour les attirer au party du Roy; et en son absence luy donna charge 'de faire jouer la mine , et y aller à l'assaut; ce qui fut fait. Le régiment d'infanterie d'Escarousel y alla le premier avec peu d'effort: en estant retourné, un autre fut commandé d'y aller, dont partie estoient arrivez sur le haut du terrain. Ceux qui le'deOendoient commençoient à fuyr dans la ville, sans le desordre qu'apportoient parmy les gens de pied aucuns gentilshommes de qualité volontaires, qui se retirèrent incontinent, et lesquels ledict sieur de Tavanues ne peut dissuader d'y aller. Le mareschal , de retour, ne voulut point faire batterie contre la ville de cinq canons et deux coulevrines qu'il avoit, suivant les meilleurs advis des chefs : ce qui eust apporté un' grand advantage à son dessein. Il les employa à battre le chasteau, et les logea en un lieu si bas, que la plus grande partie des coups donnoient à la conti*escarpe. Les deux coulevrines furent mises sur un haut, où. le sieur de Tavannes eut charge de les placer, pour donner à un flanc qui deffendoit la brèche; mais, sans attendre qu'il fut levé, le mesme jour le sieur d'Aumont voulut qu'on allast à l'assaut : ce que voyant, le sieur de Tavannes fit mettre pied à terre à trente de sa com-
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pagnie de gensdarmés ( le sieur de Soussey estoit près de luy )y et avec iceux alla trouver le mareschal poar recevoir ordre de luy en quel rang' il devoit aller à Tassaut; mais luy , voyant que le régiment de Milleron Briquemaut n'y avoit peu subsister, que le mesme Milleron y estoit demeuré mort, ne voulut point que le sieur de Bissi et ses deux fils, qu*il avoit ordonné avec quelques gens de pied pour soustenir le susdict regimenty ny le sieur deTavannesy allassent. Il s*y tira sept ou huict cens canonnades. Deux jours après, le sieur mareschal d*Aumont leva le siège, pendant lequel furent faites quelques sorties, et une enseigne de gens de pied emportée en la ville. Le sieur du Val, nonobstant les gardes de gens de cheval et de pied, y entra la nnict, et y mena six vingts hommes : un si grand circuit estoit bien difficile à garder.
Mais le partemenl dudict sieur mareschal de devant ceste place fut, à ce qu'il disoit, pour aller charger trois cens chevaux conduits par le marquis de La Chambre, qui estoient passez près la ville de Beaune, «ept lieues de là, pour aller trouver Tarmée du duc de Mayenne : et neantmoins il s'achemina avec les troupes à la ville de Semur en TÂuxois, qui estoit un chemin bien esloigné de son dire : duquel lieu ledit sieur de Tavannes , avec sa permission, s'en retourna k la ville de Sainct Jean de Laosne, où, par intelligence, il pratiqua , moyennant la somme de six mille escus qu'il emprunta pour bailler au capitaine Bailly, gouverneur du chasteau deVergy, la reddition de ceste place, une des plus fortes de tout le païs, assise sur un rocher. Il Alt auparavant conférer de nuict avec luy, avec deux hommes de cheval seulement proche d'icelle.En estant
SEIGNEUR DE TA9ANJNES. [iSQi] 385
après le maistre il y mit bonne garnison , laquelle in<^ commoda grandement les ennemis du Boy, car ceste place estoit située sur l'advenue de Dijon à Beaune, et autres villes au chemin de Lyon: En icelle furent menez depuis prisonniers les sieurs de Claveson et Bar* bisi (0, président au parlement de Dijon y pris avec les instructions du duc de Mayenne pour le duc de NemourSy concernant la ville de Seurre et autre» affaires importantes. Ils payèrent trois mille escus de rançon. Douze gensdarmes de la compagnie du sieur de Tavannes les osterent au capitaine Nicolas, gouverneur de la ville de Nuys, qui avoit vingt-cinq chevaux avec luy y et desjà estoit arrivé près des portes de ladite ville , où il les conduisoit.
Le mareschal d'Aumont, pendant le siège d'Autun, contre Tadvis des sieurs de Tavannes et de Guitry, fit une entreprise sur la citadelle de Chalon, que le sieur de Lartusie, qui en estoit gouverneur, luy avoit promis de mettre en main moyennant dix mille escus que luy devoit donner le conseiller Millet, qui, à cet effet, s'y rendit prisonnier. On envoya après luy vingt hommes d'armes de la compagnie du sieur de Gipierre, et le mareschal des logis Berge, pour y entrer par une poterne descendant dans le fossé. Ce Lartusie les y fit entrer à la vérité; mais, au lieu de leur livrer la place, il les prit prisonniers, les mit à rançon, et fit tirer quantité de mousquetades et coups de pièces aux gens de pied qui les sulvoient, n'oubliant pas pour tout cela de se faire payer de la somme de dix mille escus audict Millet.
Ce mesme Lartusie avoit voulu, auparavant la venue
(0 Barbisi : Berbisey.
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du mareschal en Bourgongne^ user du mésme stratagème envers le sieur de Tavannes, qui s'en sceut bien guarantir; et, pour cet effet , le conseil ayant esté assemblé à Sainct Jean de Laosne, fut envoyé, avec passeport de Lartusie, le sieur de Longueval en ladicte citadelle, auquel ledict Lartusie dit que si les présidents Fremiot et de Grespy vouloient, avec ses lettres de saufconduit, entrer par la mesme poterne, desguisez en habits de paysans, qu'il traicteroit, et après mettroit la citadelle et la ville au pouvoir du sieur de Tavannes, l'y iTecevant avec ses forces ; qu'il avoit tousjours conservé l'affection au service du Boy, comme son subject en Bearn. La légation du sieur de Longueval entendue à son retour, le sieur président Fremiot dit que tant s'en faut qu'il voulut entrer en habit de paysan par la poterne à la citadelle de Chalon, qu'il n'y voudroit pas entrer en habit d'evesque. De là on peut remiarquer la diversité des bons ou mauvais jugemens des honùnes aux occurrences qui s'offrent : et des eve* nemens qui s'en ensuivent, les uns sont utiles et loiiables, et les autres blasmables et dommageables. Ces dix mil escus eussent esté mieux employez en la guerre qui se faisoit pour le service de Sa Majesté et bien du païs, que d'avoir esté la proie des ruses et tromperies de ce Bearnois.
Le sieur mareschal fit depuis une entreprise sur la ville d'Avalon, où un pétard rompit la porte. Le sieur de La Ferté Imbaut, qui conduisoit la troupe, entra environ vingt pas dans la ville et y fut tué, ce qui fit retirer ceux qui le suivoient sans aucun effet. Le mesme mareschal d'Âumont ayapt eu la volonté , à sa venue au païs, d'oster le sieur de Cherisi , gouverneur de la
SEIGHEUE DE TAVÀirNES. [iSgi] 887
ville de Flavigny, de sa charge , pour y en mettre un antre à sa dévotion , Teffet luy en fiit empesché par rinstance d'aucun$ des conseillers du parlement
Ce changement empesché^ celuy de Sainct Jean de Laosne luy réussit; il en osta lé sieur de Tavannes qui en avoit le gouvernement particulier, outre sa charge de lieutenant de Roy, et y mit gouverneur le sieur de Vaugrenant, autrement nommé Baillet, qui avoit esté président aux requestes à Dijon , et qui estoit à sa devotion« Pour le faire plus aisément, il alla entre Dijon et ladite ville, où le sieur de Tavannes le vint trouver avec sa compagnie de gensdarmes et deux cornettes de reitres qu'il avoit esté recevoir sur la frontière, con* doictes par le sieur de Chombert (0, et le receut en la ville de Sainct Jean de Laosne. Quand ledit sieur d'Aumont y fut entré, il envoya la pluspart de ladite compagnie de gensdarmes et de la garnison de la ville da costé de la Bresse, pour des desseins qu*il y avoit, alla disner au logis du sîeur de Tavannes, et la nuict da mesme jour fit entrer un régiment de gens de pied en ladite ville : et le matin après, lors qu'il sceut que ledit sieur de Tavannes avoit passé la rivière de Saône pour aller mettre quelque ordre au fort de Laosne, luy fit à son retour fermer les portes , et establit le sieur de Yaugrenant en sa place : ce qui fut cause qu'il s'achemina diligemment au chasteau de Vergy, oh le mesme mareschal avoit desjà envoyé un gentilhomme pour capituler avec celuy qui y commandoit, qui es~ toit le sieur de Vesure<, lieutenant dudit sieur de Tavamies en ladite place. Geluy-là le trouva du tout esloDgné de ceste persuasion.
(') Chombert : Gaspard Schomberg.
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L'ambition des chefs qui commandent dans une province, doit estre bornée au bien du souverain, et non à celuy du particulier, qui ne peut estre appelle bien lorsquMls manquent à- leur devoir, et, par rauthorité de leurs charges, font des changemens qui ne tendent qu'à leur profit; car il a semblé à plusieurs qu'alors l'Ëstat de France se diviseroit, et qu'ils en auroient une pièce. La vanité de leurs pensées ne consideroit pas que Dieu, qui l'avoit maintenu entier plus d'onze cens ans contré lés divisions, guerres civiles et autres troubles faicts par les estrangers, le pourroit conserver encore long-temps, et que des mauvais de&eins n'en vient que de la honte à ceux qui les font, et ravissent injustement à autruy ce qui luy appartient.
Ledit sieur de Tavannes, sur ces occurrences, escrivit depuis au Boy, dont le siibject sera cy - après mentionné. Les trois compagnies de gens de pied de la garnison de Sainct-Jean de Laoine, s'estant allé rendre audit Yergy, il les y mit en garnison avec celle qui y estoit desjà, et avissi sa compagnie de gensdarmes. Ledit sieur mareschal l'ayant depuis envoyé prier d'aller avec luy pour le service dti Roy en Bresse, après qu'il eut pris la petite ville de Louan, que le sieur de Chamfourcaut qui y commandoit luy rendit sous son assearance, alla parler à luy: ce qui fut sa perte, carie mareschal luy fit trancher la teste. Ledit sieur de Tavannes; y alla doncques avec sa compagnie de gensdarmes et leÈ trois de gens de pied, tant pour le service du Roy que pour tascher à raccommoder ce qu'indisdiscrettement ledit sieur mareschal avoît fiiit à Sainct Jean de Laosne : et ayant esté avec kiy jusques auprès de Bourg eii Bresse, où le marquis de Trefibrt avoit
SBIGHEUR DE TAYAlIIfBS. [iSqi] 889
des farces , et de là par son commandetnent à la gueiTe du cosié des villes de Mascon et Pont de Vaux, avec une compagnie de reistres qu'il luy ordonna, et la sieBne^ susnommée, oùr il prit quelques prisonniers; alors ledit sieur mareschal s'en retourna du costé de la Bourgongne, et, en passant proche la ville de Cbalon, ordonna dix hommes d'armes de ^'chacune compagnie de cavallerie sous sa cornette blanche portée par le sieur de La Serrée, pour se présenter auprès, afin d'attirer la compagnie de gensdarmes du duc de Mayenne qui estoit dedans pour venir à un combat , et en donna la conduicte audit sieur de Tavannés; car pour luy il ne se voulut poinct trouver en ceste occasion.
Le sieur de Tavannés donna la première troupe à mener au sieur de Cipierre^ et mena luy-mesme la seconde pour le soustenir, ayant &ict marcher quelques coureurs devant : lesquels s'estans meslez avec ceux de ladicte compagnie du duc de Mayenne, qui estoit sortie sur eux, le sieur du Val, qui en estoit mareschal des logis, fut blessé d'un coup de pistolet au bras, et quelques prisonniers pris. Sans le temporisement dudict sieur de Gipierre avec ladicte première troupe, que ledict sieur de Tavannés eut peine de faire vavancer, ceste compagnie du duc de Mayenne, qu/e conduisoit le sieur de Thiange, eust esté deflaicte, s'estant trop avancée sans avoir mené des gens de pied pour la favoriser* Le lendemain le sieur de Tavannés, qui avpit £aict parler, par le comte de Chombert et le vidame de Chartres, au mareschal d'Âumont, pour raccommoder ce qu'il avoit faict à Sainct-Jean de Laosne, voyant qu'il*n'y estoit point disposé, s'en alla
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à Vei^y sans luy dire adieu, avec sa compagnie de gensdarmes et les trois de gens de pied qu'il ayoit emmené de là.
[i Bgiat] Le marescbal d'Aumont alla à Flavigny faire, * avec un conseil qu'il tint, quelques ordonnances, qui ne durèrent qu'autant qu'il fut dans lepaïs, son pouvoir ne s'estendant pas davantage. <Ce faict, il se mit en chemin vers la. ville de Sainct-Poursin en Bourbonnois, qu'il attaqua et ne la prit point, laissant des divisions dans la Bourgongne, sans 7 avoir apporté rien d'utile au service du Boy, après avoir pris les deniers empruntez en Suisse pour estre employez pour le service de Sa Majesté en Bourgongne , et les avoir employez à dresser sa compagnie de gensdarmes. Aussi, quand il fut trouver le Boy, Sa Majesté Iny dit qu'il feroit mieux près de luy qu'en Bourgongne ; mais la lettre que le sieur de Tavannes escrivit au Boy des deportemens du marescbal d'Aumont en Bourgongne est de telle teneur,
« Sire, ilm'a semblé, pour le d6u de ma charge, estre nécessaire vous donner advis de ce qui se passe par deçà, afin qu'il vous plaise y pourvoir. L'armée du marquis du Pont a séjourné un mois depuis la prise de Coiffy et Montigny en Champagne, sans pouvoir attenter à aucun dessein sur la ville de Langres, 01^, à l'instance de M. de TinteviUe et des babitans d'icelle, j'ay envoyé quatre-vingts chevaux, et à Chasteau-Vilain bon nombre de gens de pied, ces places s'estant trouvées munies de forces pour s'y oppposer.
<c J'ay aussi , par plusieurs despesches , mandé à M. le duc de Nevers que si les forces de Champagne
SEIGNEUR DE TÀVAIfIfBS. [iSqs] 3^1
et de ce païs estoient jointes près de luy, nous pourrions exécuter quelque effet sur ladicte armée ; j'en attends sa resolution. Si mon frère, le vicomte de Tavannes, y vient à la guerre, comme il en est le bruit, je la luy feray si ferme que mes mal-veillans n'auront point sub|ect de me blasmer. Les partialitez forgées en cedict païs au profit particulier d'aucuns, font tellement demeurer en arrière ce qui est du service de Vostre Majesté, que, cessant la guare aux ennemis, elle se faict à ses fidelles serviteurs, au mespris de son authorité, par moyens obliques, qui viendront enfin à jeu descouvert. C'est y amena: la ruine de vos affaires, commencée par le mauvais ordre qu'y a laissé M. le mareschal d'Aumont, par le conseil de Lubert. Pour à quoy obvier, il seroit utile d'envoyer par deçà un prince, mareschal de France, ou autre seigneur de qualité, et non pas ledict sieur mareschal d'Âumont;. lequel, au lieu de retenir sur tous la puissance absolue qui luy avoit esté donnée, s'est rangé avec quelquesuns qu'il faict despeudre de luy seul ; et les autres, qui ne despendoient que de vous, Sire, il leur a faict tant d'indignitez, qu'il leur a esté enfin impossible luy rendre obéissance : tellement que, s'en allant du païs, il a laissé le party de Vostre Majesté, qui estoit bien uny avant qu'il y fust venu, sur le poinct d'estre partagé en deux, pour se faire la guerre et se diminuer, à l'augmentation de celuy des ennemis.
« L'on sçait assez que ceux qui se licentient de leur devoir le font à dessein, et semble qu'ils veulent avoir leur appennage , comme des petits roys, désespérant desjà du salut public. Je proteste que ce que j'en dis n'est point pour aucun interest particulier; car le ser*
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vice de Vostredicte Majesté se faisant bien en ceste province, soit par moy ou par autre, je suis très-content. Ceste mesme province se plaint que ses privilèges, coutenans qu'il ne sera donné par la rivière de Saône aucunes traictes de grains, si elle n'est premi^ement fournie de ce qui luy est nécessaire, sont violez contre vos ordonnances et arrests de messieurs du parlement, qui doivent, estre d'autant plus conservez qu'estans rompus lés ennemis en tirent du profit, et les sieurs de Vaugrenant et Lubert, clercs d'armes seulement, en
ont le gain pour leur particulier à Sainct-Jean de Laosne , où ils commandent , et rien n'en vient au gênerai.
<c C'est pour ce subject que j'ay feict fortifier mon chasteau de Bonencontre, situé sur ladicte rivière, afin que la volonté de deux ou trois hommes fust postposée à la vostre, à celle de messieurs du parlement et à l'i^ilité du païs, et non pour en tirer aucun péage, conune ils ont voulu publier; ayant pis faict, car Guillerme, gouverneur pour le sieur de Mayenne en la ville de Seurre, a esté suscité par ledict de Vaugrenant d'employer ses munitions et gens de guerre pour attaquer ledict chasteau , qui bloque ladicte ville d'un costé et celle de Nuys de l'autre, estant entre-deux, et qu'il seroit sous main assisté de luy, ainsi qu'il m'a esté rapporté, et, de plus, qu'ils ont tenu deux conseils ensemble à la campagne. J'ay tant de fidélité en ce qui est de vostre service, qu'outre que je suis disposé d'achever d'y employer mon bien et ma vie, qui que ce sgit ne me peut fermer la bouche que je ne publie ce qui viendroit à ma cognoissance, important à vostre service. Et, en ce faisant, j'attends aussi que Vostre
SEIGNEUR DE TAVAHKES. [iSçî] ' Sgî
Majesté me fera cet honneur de me maintenir contre toutes les calomnies qui me pourroient estre opposées. En ceste vérité, je supplie le Créateur vous donner, Sire, en parfaicte santé, très-heureuse et longue vie.
« Â Vergy, ce i8 may iSga.
ff De Vostre Majesté,
« Très-humble, très-obeisstot , fidèle subject
et serviteur,
Tavawwes. »
En ce temps -là une subtilité d'esprit donna commodité an sieur de Vitray de faire réussir un dessein difficile et périlleux. 11 est vray qu'il succéda à Futilité d'autruy, et non pas à la sienne , comme il a voit prémédité, mais plustost à sa ruine, d'autant que depuis il perdit la vie voulant recouvrer sa perte , et se venger par une seconde entreprise pratiquée avec mesme moyai que la précédente. En telles occurrences l'on nesçauroit trop considérer les circonstances de l'utilité ou dommage qui en peut succéder, pour arriver à l'un et esviter l'autre. Ledict sieur de Vitray doncques, ayant attiré un soldat qu'il cognoissoit dès long-temps, qai estoU de la garnison du chasteau de Saulx-le-Duc, bonne *place à quatre lieues de Dijon, sur le chemin de Langres, possédée par les rebelles au Boy, ce soldat luy promit de tendre une fisselle par quelque planche levée en une guérite, lors qu'il seroit en sentinelle, afin de tirer une eschelle de corde par laquelle le sieur de Vitray et les siens monteroient la nuict, et ce après que la ronde auroit passé, et que la cloche auroit sonné ^ ce qui ne se faisoit que d'heure en heure. La
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ronde ne pouvoit pas regarder dans le fossé, à cause des barreaux de fër qui estoient à la fenestre de teste guérite. Cela iiit heureusement exécuté, et le capitaine de la place et quelques soldats furent tuez : ainsi le sieur de Yitray en est le maistre sans contredict. Mais le mal fut pour luy que, s'estant assisté du sieur de La Marche, qui avoit une compagnie de cavallerieen garnison au chasteau de Grancey, appartenant au sieur de Fervaques, où commandoit la dame sa femme, ledict La Marche, assisté de plusieurs des siens qui estoient près de luy, fit venir des plainctes du bourg audict sieur de Vitray, et le supplia d'y aller mettre ordre , ce qu'il fit; et à peine fut-il sorty du chasteau que la porte luy fut fermée par ledict La Marche, lequel y eut depuis sa garnison de gens de cheval et de pied entretenue par le sieur de Tavannes, gouverneur pour Sa Majesté au païs, et sei^vit à la campagne près de luy, lors qu'il le manda. La vengeance est douce; celuy qui la peut faire à main-salve sans précipitation est estimé judicieux, et non téméraire : ceste dernière qualité est périlleuse et vituperable.
Le sieur de Yitray, piqué contre ladite dame et son capitaine, voulut adoucir son déplaisir vindicatif en prenant le chasteau de Gk*ancey par l'intelligçnce d'un soldat de la garnison , avec lequel il alla conférer la nuict sur la contrescarpe du lieu, en intention de prendre heure pour faire monter ses gens avec luy audit chasteau, comme il avoit faict à Saulx-le-Duc; mais le sieur de LaBante, qui en estoit gouverneur, l'attendant avec aucuns des siens à cent pas de là, derrière des buissons, où ledit soldat le conduisoit, luy fit une salve d'arquebuzades dont il fut tué^ il fit après mettre
SBIGNEUM DE TAVÀlrKrES. [iSq^] SqS
son corps sur une charrette couverte de feuilles, et le fît mener par un chartier à Grancey , auquel il faisoit croire que c'estoit une beste fauve qu'il avoit tuëe. Ce pauvre homme le croy oit ainsi ; mais estant à Grancey aa jour, et voyant ce que c'estoit, s'enfuit, et laissa là sa charrette. Certes, la perte de ce gentilhomme estoit à regretter pour sa valeur, et pour l'affection qu'il avoit au service du Roy.
Quelques mois s'estans depuis escoulez, le vicomte de Tavannes , lieutenant en Bourgongne du duc de Mayenne pour les rebelles, charge qui luy avoit esté remise par le baron de Senessey qui en estoit pourveu auparavant , voulant faire son profit des divisions qu'avoit laissé le mareschal d'Aumont en ceste province-là ( où il n'avoit si bien faict qu'il fit après à la bataille dlvry), commença à amasser des troupes, et faire la guerre dans lepaïs, où il prit le chasteau deSommaise, proche Flavigny, fit battre la ville de Noyers, et y donna un assaut, duquel ayant esté repoussé il leva le siège. Le sieur de Bagny qui y commandoit, assisté d'autres gentilshommes de qualité, de quelque cavallerie et gens de pied, s'y estant porté valeureusement, rendit ce dessein inutile : et lors le sieur de Tavannes, gouverneur pour le Boy en Bourgongne, assembla les forces du païs pour s'opposer aux ennemis , et faire quelque dessein sur la fi*ontiere de l'Auxois et Autunois. Pour ce faire, il envoya une partie de sa compagnie de gensdarmes, conduite par le sieur de Sirot, mareschal des logis d'icelle, avec charge d'approchei les ennemis pour sçavoir des nouvelles de leurs actions. Il rapporta qu'ils avoient investy la ville de Verdun sur la Saône, et joint le marquis de Trefort, qui estait
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venu de la Bresse, de Savoye, et leur avoit amené quatre cens chevaus.
Le conseil tenu sur ces occurrences^ et les forces da sieur de Tavannes trouvées beaucoup moindres que celles desdits ennemis, fut résolu qu'elles se retireroient en leurs garnisons, et pour la pluspart en celles proches de la ville de Verdun , et de là feroient la guerre am ennemis qui Fassiegeoient; que la compagnie de cavallerie du sieur de Bissi , gouverneur d'icelle ville, j seroit renvoyée , laquelle eut peine d'y entrer , et à cet effet passa à un guey de la rivière de Saône. La compagnie de gensdarmes du sieur de Tavannes, retirée en la place de Vergy , deffit partie du regimentdasieur de Bossillon, qui alloit trouver les ennemis au siege^ où furent pris deux capitaines. Geste charge se fit dans un taillis, qui donna moyen au reste iludii régiment de se retirer à seureté. Geste Cavallerîe sortant souvent de Vergy, incommodoit grandement ceux qui alloient au siège , et mesme les convoys des vivres qui s'y menoient depuis Beaune.
Ledit sieur de Tavannes mandoit souvent au sieur de Bissi qu'il meneroit du secours à la ville, qu'il se gardast bien de parlementer^ commie l'on Iny avoit dit qu'il faisoit. Ses lettres estoient tenues parle moyen de Pontus de Tiart, sieur de Bissi, evesque de Ghalons^ oncle dudit sieur de Bissi, qui faisoit tenir leis réponses avec bonne espérance d'attendre le secours. La disposition de ce siège estoit qu'au fauxI)ourg delà la rivière de Saône , du costé de la Bresse du Boy , où il n'y avoit presque point d'eau au fossé de la ville, estoit logÀ l'infanterie avec le sieur de Lartusie, qui la comroandoit, et l'artillerie avec laquelle la batterk se faisoit) i^
SEIGNEUR DE TAVANWES. [iSga] iQ^
une courtine de terre palîssadée par le bas, et à des terrains jettez quelque peu au dehors de la courtine. La cayallerie estoit logée es villages deBragny, Alerey, et autres deçà ladite rivière , faisant ordinairement garde à cheval, ties logemens bien recognus, le sieur de Tavannes envoya à la ville de Sainct*Jean de Laosne proposer aux sieurs de Cipierre et Yaugrenant y qui y avoient leurs compagnies de gensdarmes, et au sieur de Gonforgien et autres qui estoient dedans, que s'ila l'avoient agréable il meneroit sa compagnie de gensdarmes au nombre de quatre-vingt-dix maistres et trois cens hommes de pied en trois compagnies^ passeroit à Sainct-Jean de Laosne la rivière sur le pont ; et joignant à luy rinfanterie et cavallerie qui estoit audit Sainct- Jean de Laosne , infailliblement ils defferoient l'infanterie dçs ennemis qui estoit aux fauxbourgs de Verdun delà Teau, et gaigneroit leur artillerie, la cavallerie des ennemis qui estoit de l'autre costë de la rivière ne les pouvant secourir.
L'honneur qu'eust eu le sieur de Tavannes, comme chef et autbeur de ceste entreprise, empescha ses en^ vieux de s'y porter; ce qui fut cause qu'il en fit une autre plus hasardeuse, laquelle réussit heureusement, dont luy. seul chef en eut aussi seul l'honneur. II fit lever le siège aux ennemis, leur ayant dressé un stratagème qu'ils ne prévirent point, en rendant par ce moyen l'exécution plus facile. Ce fut en cette sorte :
Il fit partir un homme d'armes de sa compagnie, et avec luy un arquebuzier à cheval, de Vergy pour re« cognoistre le passage de la rivière de Saône , tant du milieu d'ioelle où il falloit passer à nage, que l'entrée et issue qui estoit proche des portes de la ville de Ver»
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dun, les gardes que faisoient les ennemis sur ceste advenue , et leur logement : ce qu'il falloit exécuter la nuict à cause desdites gardes , et recognoistre le chemin le plus couvert , pour y mener le secours sans qu'ils Tapperceussenty et advertir le sieur de Bissi^ qui cornmençoit à capituler , qu'il l'alloit Recourir, et luy dire que, quand le secours entreroit en la rivière, l'ouferoit paroistre pour signal une escharpe blanche desployée. Leur ayant enjoint ces commandemens , ils rapportèrent tost après que la rivière se pouvoit passer à cheval en nageant la moitié ou le tiers de la largeur d'icelle; que l'entrée et issue en estoit facile, comme il l'avoit recogneu , y ayant passé à cheval la nuict; que les gardes des ennemis estoient de quarante chevaux sur le bord de la petite rivière de Saône, et de trente chevaux d'autre costé, où estoit leur cavallerie, logée pour la pluspart es villages de Bragny et Allerey, assez près desdictes gardes; qu'il y avoit deux lieues de bois proche les prez de la rivière de Saône, où l'on pouvoit aller à couvert en passant proche le chasteau de La Sale, qui appartenoit à l'evesque de Chalon, oncle du» dit sieur de Bissi.
Incontinent le sieur de Tavannes fit sonner les trompettes à cheval, mena cent cinquante maistres, tant de sa compagnie d'I^ommes d'armes que de celle du sieur de Soucey , qu'il fit marcher en trois troupes; arrivai couvert des bois près de la prairie, ayant faict six lieues de chemin depuis Vergy , fit partir quatre hommes de cheval seulement, avec le sieur de Longueval, pour recognoistre : ils amenèrent deux arquebusiers à cheval prisonniers, qui dirent ce qu'ils sçavoient. Alors le sieur de Tavannes, ayant feict demeurer cent chevaux
SEIGNEUR DE TAYAlf NES. [iSps] 899
en deux troupes en un grand chemin dans le bois, partit avec la troisiesme troupe de cinquante maistres , qu'il conduisit jusques au milieu des prez, leur enjoignant de ne s'arrester point à combattre les gardes des ennemis j mais s'ils venoient à eux qu'ils fissent un peu ferme ^ et passassent outre à Feau en suivant leurs guides y et y après y estre entrez, monstrassent le signal de l'escbarpe blanche desployée : ce qui fut si bien suivy par eux, que, nonobstant qu'une des troupes desdites gardes s'esbranla pour venir à eux , ils passèrent la rivière de Saône, partie à nage, armez de toutes pièces, sans perte d'aucuns d'eux , et furent re* ceus dans Verdun, et n'y eut qu'un honune d'armes, nommé le sieur de Chomont, qui tomba tout armé dans la rivière sans se perdre, car son cheval, qu'il avoit pris par la queue, nageant avec les autres se sauva. Incontinent après le sieur de Tavannes, oyant dans les quartiers ennemis sonner à cheval aux trompettes, se retira au pas trois lieues durant avec les deux troupes de chacune cinquante maistres ayant l'armet en teste, qu'ils osterent après qu'ils ne se virent point suivis des ennemis, et ayant faict autres trois lieues se rendirent à Vergy. Ainsi ils firent douze lieues en un jour, leur dessein ayant heureusement réussi.
Ces cinquante maistres passez à nage furent mis dans un fort de terre basty dans une isle proche ladite ville de Verdun, où depuis ils servirent à rompre le projet qu'avoient faict les ennemis, et lors à rompre du tout les capitulations de la reddition de la place qui estoient en termes d'estre signées. Ce projet des ennemis fut un bateau si bien couvert par le devant, qu'il y pouvoit entrer soixante ou quatre-vingts hommes, sans estre