DONNEZ AU ROY SUR LES AFFAIRES DE SON TEMPS
Ad\^is après la paix faictc à Sainct Germain en l'année 1571.
Il y a apparence que la paix durera pour Tenvie et nécessité qu^en a l'an et l'autre des partis; et néantmoins il faut confesser que si l'un voit une occasion bien seure pour mettre fin entière à la chose de question, qu'il la prendra, comme l'expérience l'a desjà assez de fois monstre; car de demeurer pour jamais. en Testât où l'on est, personne, de si mauvais jugement soit-il, ne le peut ny le doit espérer : et n'y en a point de si approchant la victoire entière que de prendre les personnes, carde prendre un royaume tout à un coup cela ne se peut; de surprendre aussi ce qu'ils tiennent, réduire leur religion , rompre tout à une fois les alliances qui la soustiénnent , il est impossible. Ainsi il n'y a moyen que de prendre les chefs tout à la fois , comme dit est, pour y mettre une fin; chose dont ils se sçauront fort bien garder : et ne se faut point tromper ; car si Leurs Majestez et messieurs ses frères continuent à se garder si mal qu'ils font, l'occasion est
. (0 Voyez page 3o2.
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tousjours présente, n*y ayant endroit dans le royaume^ signamment près de Paris, d*où ils ne se treavent en vingt-quatre heures sept ou huict cens chevaux, sans ce qui sera dans la Cour et dans Paris, ti^ouppe bastante pour une telle exécution. Les personnes saisies, Ton sçait où cela peut aller, et comme ils feront la loy.
S*il y a apparence à ce que dessus , que les gardes retenues soient establies en sorte qu*elles puissent servir ; que le ^régiment de Caussenis loge tousjours au plus prochain village de là où sera le Boy ; et si Sa Majesté est dans une ville, il logera dans un fauxbourg. Les arohers de la garde qui sont en quartier peuvent avoir la cuirace ; et s'ils ne la portent ordinairement pour éviter la deffiance, à tout le moins qu'ils Fayent à leur bagage pour s'en servir s'il en est besoin, ne fust-ce qu'à donner la force à la justice à l'endroict des mal-vivants, ou désobéissances qui se font à la veuë du Boy, tant à l'observation de fedict qu'autres délits.
Sa Majesté, outre tout cela, peut avoir un nombre de jeunes hommes qui feront tousjours porter leurs armes, et mener un bon cheval. Les compagnies des gensd'armes qui doivent tenir garnison dans les gouvernemens des provinces les plus près de Paris, comme risle de France, Picardie, Normandie, Champagne et autres plus prochaines, que les garnisons en soient establies si près qu'elles puissent venir à toutes heures estans mandées.
Quand le Boy aura estably ce peu d'ordre, et qu'il vueille tousjours se loger en lieu seur, cela gardera d'entreprendre une telle exécution avec petit nombre. La faisant avec plus grand, il est mal-aisé que l'on n'en soit adverty -, bref que les' choses sont en bon train pour
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venir au dessus des àflaires, pourveu que Ton ne se laisse attrapper. Et leur faut tenir la parolle, pour ne leur donner occasion de prendre les armes ense gardant, de façon que Sa Majesté aye temps de les lever premièrement ; car si Sa Majesté a ce loisir, c*est chose seure qu^ils seront tousjours batus. Et n'y a que ceste seule difficulté que tout n'aille bien; qui est de n'estre prévenu en un mauvais logis ou aux champs tout à la fois 'y car ce seroit le dernier coup, dont, par les moyens cy-dessus , il y a apparence de se garder.
Autre adv is en Van 1571.
Vous avez si bien traicté et festoyé vos serviteurs , qu'estans enyvrez ils necognoissent plus d'où est venu et d'où peut venir le bien. Ils le prennent d'eux-mesmes," attendu qu'ils ont tout ce qu'ils veulent, ju'sques à vostre substance, par menaces, braveries, ou du moins par prières superbes, en temps qu'ils vous cuident en nécessité, se tenans forts des paitys et hommes qu'ils ont faicts à vos despens, et de ceux qu'ils entretiennent à vostre solde, encore que tout vienne de vous. Peu des moindres, qui sont le plus grand nombre, se sentent obligez ayans ce qu'ils ont et ce. qu'ils veulent de vous par la main d'autruy. Tous les honneurs qui souloient attirer les cœurs des hommes, sont dénigrez pour estre trop communs et mis entre gens indignes : c'estoit la gloire des braves , qui les menoit à la mort pour maintenir Vos Hautesses, qui pai* ce moyen est faillie. De là s'engendre le mespris et licence effrénée dont l'on
use en vostre endroit (0^ de sorte qu'il ne reste qu'à accorder la ligue de ces grands si enrichis de biens et de serviteurs à vos despens, comme dit est, que, non-seulement vostre Estât, mais vos personnes ne courent fortune très-perilleuse.
Or, pour remédier à cecy, quant aux braveries et demandes superbes qui se font des biens de la couronne Wf cela se doit remettre en un autre temps, comme chose indigne d'un serviteur de demander à son maistre souverain en temps de nécessité une vieille querelle mal fondée; remettant à celuy qui la demande, qu'après avoir respiré et prins haleine parmy tant d'affaires l'on y advisera par conseil , et ce, avec visage de douceur, et neantmoins magistral, sur toat à l'endroit desdits grands, en refrénant les dons qu'ils ont accoustumé de demander, afin de diminuer ces grandes richesses dont ils peuvent faire mal. Leur faut pareillement oster ce qu'ils demandent pour autmy, et que tout se donne par la main du maistre à ceux qui s'addresseront à luy, ou par la prière de la Royne ou de Messieurs, afin d'obliger un chacun : et si ce sont gens qui suivent autre que Sa Majesté, Boine, ou mesdicts Sieurs, cela doit estre rebuté; et pour l'exécuter plus dextrement sans le faire cognoistre, aussi pour avoir moyen de faire du bien à ceux que Sa Majesté voudra, semble que tous les dons qui se demanderont doivent estre mis par bi*evets, que Sa Majesté recevra
(0 Dont Von use en vostre endroit : prévoyance du sieur mareschal de Tavannes de ce qui est arrivé depuis.
(') Qui se font des biens de la couronne. Le duc de Lorraine demandoit la souveraineté de la duché de Bar. Il avoit quelque prétention en Provence,
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en les mettant dans sa poche , sans les bailler aux se« ci*etaires^ ni les accorder sur le champ; ains dira qu'il en fera responce, et icetix brevets mis en une boite au coffre de la chambre, pour, au bout de quinze jours, ou tanty les voir secrettement hors de la |»*es^nce des grands , et les accorder ou refuser à ceux qui les au-roiit demandez, ou bien en retrancher aucuns pour faire bien à plus de gens. Gela s'appellera le jour d€ la libéralité , ^sevont alors bailtea aux secrétaires poup les depescher.
Voilà un moyen pour attirer les cœurs de ceux qui ne font plus de cas des honneurs et estats, que Finjure du temps a ainsi déshonorez. Mais voicy le principal pour y remédier : Que Sa Majesté révoque toutes les reserves données des bénéfices; qu'il n'en soit donné un seul, petit ny grand, que de quatre ou six mois en six mois, et que cependant on y establisse un œconome pour lever et garder les fruicts des vacquans. Au bout du susdict terme donnera et bénéfice et fruicts à celuy ou à ceux qui luy feront service, et plus aux absents qui sont à leurs charges que aux présents, et ce, pour chasser la foule des capitaines, leur donnant occasion de se tenir à leur susdicte charge, et s'oster la presse des importuns : surtout s'il y a guerre, en avoir tous** jours de reserve pour donner à ceux qui seront en voyage, et luy feront les services les plus signalez. Quoy faisant, les bien -faicts suppléront aux susdicts honneurs, et enfin tout despendra de Sa Majesté, à la diminution des partys. Cecy se veut exécuter sans monstrer pourquoy l'on le faict, et dire que Ton veut d'oresnavant employer les bien - faicts à l'endroit de ceux qui font service. Par ce moyen Sa Majesté obli-
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géra, tout en renforçant sa part petit à petit, à la diminution des autres aussi petit à petit , qui ne doivent et ne peuvent eâtre defiaicts tout à un coup.
Celuy des })enefices se peut faire par edit, et le causer sur les surprinses qui se font ordinairement par les demandeurs, tant par les importuns qu^autres voyesj de sorte que le plus du temps les gens de peu de sçavoir et mal conditionnez sont pourveus, tant aux eveschez, abbayes que autres bénéfices , bien souvent à la dévotion de ceux qui ont faict le moins de senice; et que, pour désormais y remédier, Sa Majesté ne se veut haster de conférer lesdicts bénéfices , ains ks garder quelque temps , pour plus facilement choisir gens idoines pour les exercer. Parquoy sera mande aux bailli& et seneschaux, quand il viendra à vacquer quelques bénéfices dans leur ressort, quils advertisseot soudain, et cependant facent saisir ledict bénéfice, et mesnager les fruicts par un œconome solvable qui en respondra, et fera continuer le service de DieuàlV glise, comme de coustume : lequel edit il fera publier par sondict ressort, à ce que personne ne se mette en peine et despence de courir lesdicts bénéfices.
Quant à l'autre point, des dons qui se demandent ordinairement, attendu Fedict des offices il ne s'en peut gueres demander, sinon que les deniers recelez, larcins , ou abus commis aux offices, et autres choses pareilles qui ne sont en évidence; en cela seroit raisonnable d'en donner à Tadvertisseui* une quiCtriesme partie, ou telle portion qui sera advisée, poui^eu que ce ne fiist sur gens comptables qui auroient encores à compter; autrement plusieurs choses demenreroient cachées^, qui se descouvrent par les demandeurs en
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espérance d'en avoir ledict quart. A eux la susdicte portion^ et le surplus pour la libéralité et espargne du Boy. Tant y a que ces dons ne se doivent donner si soudain, ains de huict en quinze jours du mouvement de Sa Majesté y ou par le moyen de la Boy ne ou de Messieurs, et non d'autres , à ce que d'oresnavant tout despende de sa seule part.
Autre advis de Vannée 1572,
Les gueux de Flandres (0 se promettent qu'avec leurs alliez, tant d'Angleterre, protestans, François huguenots, qu'autres, leurs forces seront de dix mil chevaux, et grand nombre de gens de pied à l'équipoUent, tant arquebuziers allemands qu'anglois, artillerie, par le moyen desdits Anglois , les plus forts pour la mer, les Pays-Bas mal contens, plusieurs villes prestes à se rebeller, et que tout cela s'offre estre à la dévotion du Boy, luy donnent advis qu'il doit déclarer la guerre au roy d'Espagne ouvertement, d'autant que si ceste belle occasion se p^rd, i]i9.^aisément se pourra recouvrer; outre, ce qui est à présumer, qu'estant ledict roy d'Espagne et le duc d'Albe en soupçon de Sa Majesté, comme ils sont à cause du voyage de Strossi, encore que pour ceste heure ils tiennent fort beau lan* ^ge, que, venant à estre victorieux avec la grande armée qu'il aura, il ne donne à la France, en grand •danger, la trouvant despourveue, d^y faire un grand eschec.
(<) Lts gueux de Flandres. Les gueux sont les huguenots rebelles en Tlandres; nom qu'ils se sont eux-mesmes donnez , comme se yoid en rHistoire.
A la vérité il y a quelque apparence en ce dire-là à qui ne considereroit en quel estât est le Boy et son royaume, et celuy du susdict roy d'Espagne, les affaires duquel sont allées jusques icy comme chacun sç^it. Par ainsi sans se tromper, faut considérer que le duc d'Albe n'a pas si mal pourveuàson faict, qu'il n'ait bientost une des plus grandes armées qui ait esté il y a long-temps ensemble. Et ores qu'elle n'excède point les susdictes forces de ses ennemis, la différence y est grande, d'autant qu'il est sur la deffensive, et a l'argent pour continuer la guerre et mettre les choses à la longue; tient le pays de quoy il vivra, les autres en danger d'y mourir de faim. Et n'aura que trois mois pour temporiser que l'on sera en l'hiver, durant lequel ne se peut tenir la campagne en Flandres à cause des marescages et humiditez dudict pays. Et n'est vraysemblable qu'il puisse estre contrainct, luy qui est sage capitaine,. ayant accoustumé d'aller retenu, si ce n'est au grand desadvantage et hazard de ceux qui l'iront assaillir.
Et quant à ce peuple rebelle, sa puissance, suffisance et bonne conduicte est jà monstrée par ceux qui sont descouverts. Le reste, encore qu'ils eussent bonne volonté d'user de rébellion , ne la sçauroient ny oseroient descouvrir (l'exemple y est, ayant veu le prince d'Orange avec une si grande armée en leur pays), sinon que Ton eust contrainct ledict duc d'Albe à la bataille, et qu'il l'eust perdue. Aussi s'il la gaigne^ ayant les forces du Boy joinctes avec celles desdicts huguenots, voilà le royaume en grand brfnle, et est le mettre sur le tablier au hazard contre la Flandres, mesmes y ayant si grand nombre du peuple en cedict royaume de Tan-