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accompagné d'un grand nombre de gentilshommes , et l'estime consolida une liaison que l'intérêt seul avoit d'abord formée.
Cependant les états-généraux étoient convoqués à. Blois. Henri m avoit espéré qu'il pourroit les opposejr à la Ligue, et faire approuver les édits rendus en faveujr des protestans^ mais les Guisé avoient dirigé les élections, les édits furent révoqués, et l'exercice public de la religion protestante interdit. La guerre éclata aussitôt , et Turenne s'y montra , comme dans les guerres précédentes, soldat intrépide et capitaine expérimenté; il fut blessé dangereusement, et n'étoit pas encore rétabli lorsque la paix fut signée au mois de septembre 1577. Il assista, au nom du roi de Navarre, en 1578 , au synode de Sainte-Foi, dans lequel il fut décidé qu'on enverroit des députés à l'assemblée générale des protesta ns de Francfort, qui avoit pour objet de réunir les calvinistes et les luthériens. Les protestans de France espéroient que si l'on parvenoit à opérer cette réunion, ils pourroient, avec l'aide des protestans des états voisins, former une république indépendante dans le royaume. Turenne fut un des députés; mais les luthériens rejetèrent les propositions des calvinistes , et à son retour en France il essaya d'autres moyens pour assurer l'indépendance des protestans ; le roi de Navarre fit échouer ses tentatives. Cette différence d'opinion ne détruisit pas la bonne intelligence qui régnoit entre eux, et la Cour fit de vains efforts pour la rompre. Le vicomte étoit lieutenant-général du roi de Navarre en Guienne : ce prince lui offrît le gouvernement du haut Languedoc ; il accepta avec joiej son ambition étoit flattée de commander seul, et de n'avoir plus à
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partager avec personne la gloire qu'il pourroit àcqué> rir. A peine fut-il arrivé dans son gouvernement , que les hostilités commencèrent; mais le duc d* Anjou ^ qui étoit appelé à la souveraineté des Pays-Bas par les étatsgénéraux de Hollande, et qui avoit besoin de troupes, négocia lapaix[i58i].C(JknmeBussy d' Amboise n'existoit plus, Turenne, espérant reprendre son ancien ascendant sur ce prince, se réconcilia avec lui, et promit de servir copme volontaire dans son ai^mée. Il s'y rendit, accompagné de cinquante gentilshommes qu'il équipa magnifiquement à ses frais, et qui portoient ses couleurs.
Dès Touverture de la campagne il voulut se signaler par quelque action extraordinaire : il entreprit d'entrer dans Cambrai , que le duc de Parme assiégeoit, et fut fait prisonnier. Pendant sa captivité il éprouva les plus durs traitemens , et ne recouvra sa liberté qu'au mois de juin i584*
A son retour en France il alla à la Cour, et eut, suivant son expression, toutes les bonnes chères du Roi qu'il pouifoit désirer. Le duc d'Anjou étoit mort; Henri m, fatigué de la tyrannie des Guise et des entreprises de la Ligue, désiroit traiter avec le roi de Navarre, qui étoit le plus proche héritier de sa couronne; mais la Reine-mère et les Guise réunissoient leurs efforts pour rendre tout rapprochement impossible. Cependant Henri m fit faire des propositions au i-oi de Navarre, que Turenne étoit allé rejoindre à Nérac. Ce prince lui témoignoit toute sorte d'amitié et de corifiance, lui disant ses nécessités et le consultant des remèdes. Pendant ces négociations, qui n'eurent aucun résultat, les Guise se préparoient à la guerre, et Henri m
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avertijjsoit le rai de Navarre de leurs projets. Les hostilités recommencèrent en i585, etTurenne y déploya toute son activité. Ses Mémoires s'aiTetent à l'année i586 : dans le cours de cette année , Catherine de Médicis vint en Guienne pour négocier au nom de son fils, et Turenne fut chargé avec le prince de Condé de suivre les conférences. La Reine-mère ayant déclaré que le Roi étott décidé à ne plas souffrir qu'une seule religion dans ses Etats , nous le ^voulons bien, répondit Turenne, pourvu que ce soit la nôtre ; autrement on peut s* attendre que nous nous battrons bien, et qu'il y aura bien du sang répandu. Les conférences furent rompues, la guerre continua en x587 j le roi de Navarre gagna la bataille de Goutras, et Turenne fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la victoire. On a reproché à ce prince de n'avoir pas profité de ses succès; et, suivant quelques récits contemporains, ce fut le vicomte qui, craignant qu'il ne devînt trop puissant, lui conseilla de licencier ses troupes après la bataille. En 1 588 la mort du prince de Condé le délivra d'un rival redoutable. Personne, parmi les proterstans, ne sembloit plus pouvoir disputer à Turenne le premier rang après le roi de Navarre.
Cependant les Guise, qui disposoient des forces de la Ligue, avoient forcé Henri ut à rendre de nouveaux édits contre les protestans , et faisoient marcher deux armées, l'une en Poitou , l'autre dans le Dauphiné. Les troupes que le roi de Navarre attendoit d'Allemagne avoient été battues et obligées de se retirer. Des germes de division se manifestoient dans le parti ; quelques* uns des chefs étoient en négociation avec la Cour ; les états*généraux assemblés à Blois avoient confirmé l'édit
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de Bouen , qui proscrivoit la religion nouvelle ; tout sembloit se réunir pour rendre plus critique la situa^ tion des protestans, lorsqu'on apprit que Henri m avoit fait assassiner le duc et le cardinal de Guise. Â cette nouvelle, toute la Ligue se révolta contreHenri m, qui fut obligé de rappeler les troupes destinées à coni'battre les protestans. Le roi de Navarre ne balança pas à prendre l'offensive ; il s'empara de plusieurs places , et poussa ses conquêtes jusque sur les frontières de la Touraine et de l'Anjou, afin de pouvoir traiter plus fa-> cilement avec Henri m, qui avoit fait faire inutilement des propositions à la Ligue.
Les négociations ne traînèrent pas en longueur; les
deux rois eurent une entrevue au château de Plessis-
les-Tours à la fin d'avril iSSg; les troupes protestantes
se joignirent à l'armée royale devant Paris, dont on
commença le siège dans les derniers jours de juillet.
Henri ni, assassiné par Jacques Clément le premier
août, déclara, avant de mourir, que le roi de Navarre
âoit l'héritier légitime de la couronne de France , et
exhorta les chefs de l'armée à le reconnoître. Ceux qui
étoient sincèrement attachés à la personne du nouveau
roi s'empressèrent de lui prêter serment de fidélité ;
les autres ne songèrent qu'à vendre le plus chèrement
possible leur soumission. Les catholiques vouloient
avant tout que Henri iv rentrât dans le sein de l'Eglise,
et qu'il défendit l'exercice de la nouvelle religion. Il
refusa ce dernier article, mais il s'engagea à conserver
la religion catholique dans le royaume , à la rétablir
dans les lieux d'où elle avoit été bannie, et à se fiiire
instruire dans un délai de six mois. Ces concessions
alarmèrent les protestans , qui craignirent d'être sacri-
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fiés, el ils manifestoîent leur mécontentement dans quelques provinces.
Pendant que ces grands événemens se passoient , le vicomte de Tnrenne âoit retenu dans ses terres de Guienne par les suites d'une ancienne blessure qui s*etoit rouverte. Henri iv le chargea de ramener les protestans^ et de leur faire approuver les arrangemens auxquels il avoit dA souscrire. Le vicomte accepta avec joie cette commission , qui le rendoit intenne«diaire entre le Roi et les personnages les plus influens du parti. 11 fit ce que Henri iv d&iroit^ mais il travailla en même temps pour ses propres intérêts. En montrant que le Roi avoit cédé à la nécessité, il ne dissimula pas que ce prince pourroit être entraîné plus loin, et qu'ainsi les protestans dévoient choisir un nouveau chef qui leur fiât entièrement dévoué.
Henri iv, après avoir soumis le Maine et presque toute la Normandie , marcha sur Paris, gagna la bataille d'Ivry , et commença le siège de la capitale [ 1 5 90] . Quoique Turenne ne fiât pas encore entièrement rétabli, il ne put se décider à rester plus long-temps dans l'inaction. Trop foible pour soutenir la fatigue du cheval, il fut obligé de voyager en litière, et conduisit au Boi miUe chevaux et quatre mille Êmtassins. Non-seulement ses talens militaires pouvoient être très-utiles à Henri iv, mais ce prince sentoit qu'il auroit souvent besoin de lui pour retenir sous ses drapeaux les troupes protestantes, pour conserver les places qui étoient en leur pouvoir, et surtout pour leur faire agréer sa conversion. Il conféra avec Turenne pour ce dernier article. Le vicomte lui dit que les protestans étoient en général convaincus qu'il leur seroit impossible, avec
leurs seules forces ^ de/ le maintenir au .trône malgré les catholiques; qu'i 1 les avoit décidés à s'accommoder au temps y mais quMl falloit agir à leur égard avec beaucoup d'adresse, afin de les amener à ce que rinT* térêt du Roi pourroit exiger. La conversion de Henri ir servoit les projets du vicomte \^ il prévoyoit que les autres princes suivroient Fexemple. du Roi, et dans ce cas rien ne sembloit plus pouvoir s'opposer à ce qu'il fût enfin reconnu chef des protestans.
Henri iv, ayant été obligé de lever le siège de Paris ^ et de licencier une partie de ses troupes -pendant Thiver, fit ses préparatifs pour recommencer la guerre, avec vigueur au printemps. Jl envoya Turenne en Angleterre, en Hollande, et auprès des princes protestans d'Allemagne , afin d'en obtenir des secours. Une pareille mission fut très-agréable au vicomte ; elle le mettoit en relation avec ceux des Etats voisins où Ton » professoit la religion nouvelle, et lui fournissoit les moyens de se ménager des ressources pour la suite. Sesintérêts dans cette circonstance s'accordoient encore avec ceux de Henri iv. Il s'insinua dans les bonnes grâces d'Elisabeth, qui s'engagea à fournir des troupes et de l'argent : il réussit également en Hollande et en Allemagne, et amena en France onze mille hommes d'infanterie , cinq mille cinqxents chevaux, de l'artillerie de si^e et de campagne. Le Roi reconnut cet important service en lui &isant épouser Charlotte de La Mark,* héritière des principautés de Sedan et .de Bouillon .
Il paroîtra peut-être étonnant que Henri iv, qui
connoissoit l'ambition et tles projets de Turenne j se
soit décidé^ à augmenter ainsi sa puissance , et à en
faire un prince indépendant. Les motifs de sa con-
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duite sont expliques dans les mémoires contemporains. Le vicomte possédoit plusieurs places et des biens immenses dans l'Auvergne , dans le Quercy^ dans le Limousin et dans le Périgord; il avoit beau* coup de partisans dans la Guienne et dans le Languedoe; il pouvoit se rendre redoutable dans ces provinceSy et le Roi avoit intérêt à Feu éloigner. Le Roi n'avoit pas moins d'intérêt à abaisser les princes ^de la maison de Lorraine; il leur donnoit pour voisin un ennemi habile, actif et entreprenant. Le nouveau duc de Bouillon ne tarda pas à justifier, sous ce dernier rapport, les espérances de Henri iv : la nuit même de ses noces il surprit la ville de Stenay^ et la soumit à l'obéissance du Roi. On peut juger par ce trait combien il aimoit les choses extraordinaires.
En devenant duc de Bouillon, Turënne étoit loin de renoncer à ses anciens projets; il croyoit au con^traire pouvoir en former de plus vastes. Pour leur exécution, il ne comptoit pas seulement sur les protestans de France, il avoit un asile à offrir à tous les mécontens, et étoit libre d'introduire des troupes étrangères dans- le royaume. On verra plus tard ses tentatives et leur résultat.
Quelque temps après son mariage, le duc de Bouil«> Ion fut nommé maréchal de France; il alla trouver le Roi qui assiégeoit la ville de Rouen, et lui conduisit des renforts. Henri iv, ayant été obligé de renoncer à cette entreprise y crut devoir, à l'approche de l'hiver, renvoyer les troupes allemandes dans leur pays, et il chargea Bouillon de diriger leur marche jusqu'à la frontière. Lorsqu'il eut rempli cette mission il retourna il Sedan, enleva plusieurs places au duc de
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Lorraine (0, battit' ses troupes, et ravagea le pays. Il se disposoit à poursuivre ses avantages , quand les amis qu'il avoit à la Cour lui écrivirent que sa présence j étoit nécessaire. Le moment approchoit où Henri iv devoit déclarer s'il abjureroit ou non. Les catholiques désiroient que Bouillon vînt les aider à décider le Roi; les protestans espéroient qu'il pourroit dissuader ce prince de faire un acte aussi contraire à leurs intérêts. Bouillon y ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, avoit depuis long-temps prévu que le Roi abandonne^roit la religion nouvelle, et il étoit moins que jamais dans l'intention de s*y opposer; mais, comme il ci^aignoit de mécontenter les protestans, il se conduisit arec la plus grande réserve, et personne ne put savoir quels conseils il avoit donnés à Henri iv.
Après l'abjuration du Boi et la soumission de Paris, le duc de Bouillon prêta serment au parlement, comme maréchal de France, et retourna à Sedan, oh il perdit Charlotte de La Mark sa femme [mai 1694] • Henri iv lui envoya le marquis de Rosny, depuis duc de Sully, pour le complimenter sur cette perte, et pour Tassurer de la continuation de sa protection. L^appui du Roi alloit lui être nécessaire : Charlotte de La Mark avoit, par son testament, constitué le duc de Bouillon héritier de tous ses biens; le comte de Maulevrier, oncle de Charlotte, prétendit qu'elle n'avoit pas le ^Iroit d*en disposer; le duc de Montpensier en réclama une partie.
(i) Ce duc de Lorraine étoit Charles III, que ses sujets ont appelé le Grand, parce qu^il a eu un régne long et glorieux ^ mais la France «voit beaucoup à s'en plaindre^ Ce fut sous lies auspices de ce prince que se tint V assemblée de Nancy, où furent arrêtés tous les principes de la ligue. Bouillon rendoit donc un grand service «n afibiblissant le cbef des princes lorrains.