NOTICE SUR LE DUC DE BOUILLON
Bouillon^ par la médiation puissante de Henri iv^ traita avec eux à des conditions avantageuses.
La duchesse de Bouillon^ëtoit morte huit |ours après être accouchée d'un fils qui n'avoit pas vécu. Le duc n'ayant pas d'héritiers , ses amis lui conseillèrent de se remarier, et le Roi lui choisit pour seconde femme Elisabeth de Nassau, sœur de Maurice, prince d'Orange. Cette alliance, qui convenoit à la politique de Henri iv, ne s'accordoit pas moins avec les vues du duc
de Bouillon.
Henri iv, ayant presque entièrement soumis la Fratice, pensoit à se venger de l'Espagne. Lorsque la question de la guerre fut soumise au conseil, plusieurs seigneurs se prononcèrent fortement pour le maintien de la paix. Bouillon fit prévaloir l'avis contraire. Il paroissoit seconder les désirs du Koi, et ne s*occuper que de l'intérêt public ; il prétendoit que la guerre étoit indispensable pour consumer les mauvaises humeurs de rÉtat ; mais il ne la conseilloit que dans la crainte que Henri iv ne devînt trop puissant après avoir pacifié son royaume. D'ailleurs/ en attaquant l'Espagne on consolidoit la puissance du prince d'Orange son beau-frère, qui pouvoit lui rendre plus tard d'importans services. ^
Bouillon soutint sa réputation dans cette guerre ; en 1596 il fut envoyé auprès de la reine Elisabeth pour former une ligue offensive et défensive contre l'Espagne- Les négociations furent longues et difficiles; cependant il obtint à peu près tout ce que le Roi désiroit. En revenant, il passa en Hollande, et, après y avoir conclu un traité avantageux à la France, il alla prendre à Sedan le repos dont il avoit besoin [1597]. Mais
bientôt il fut averti que le roi d'Espagne faisoit des pro» positions de paix, que Henri iv paroissoit disposé à entrer en négociation ^ et que déjà on désignoit le lieu où dévoient se tenir les conférences.
Les protestans avoient intérêt à la continuation de la guerre : pendant que le Boi épuisoit ses forces contre les Espagnols, ils avoient le temps de préparer les leurs et de se mettre en état de dicter la loi. Déjà ils avoient tenu des assemblées en divers lieux , et fait connoître leurs prétentions. La paix auroit détruit leursi projets et leurs espérances ; Bouillon eh étoit convaincu, et il alloit partir en toute hâte pour la Cour, lorsqu'il reçut la nouvelle de la prise d'Amiens par les Espagnols. Cet événement, si malheureux pour la France/luî parut devoir être utile aux protestans s'ils savoient en profiter. Au lieu de se rendre auprès du Boi, il alla à Châtèllerault, où étoient réunis plus de deux cents députés et les seigneurs les plus considérables du parti. On l'y attendoit avec une vive impatience ; jusque là il avoit secrètement dirigé les protestans par ses conseils, mais il avoit évité toute démarche publique qui auroit pu le compromettre aux yeux du Boi.
L'assemblée de Châtèllerault inquiétoit Henri iy,qui y envoya des commissaires. Après quelques négociations le Boi fit faire des propositions si avantageuses, que, dans le premier moment, l'assemblée déclara qu'elle devoit s'en contenter; mais Bouillon représenta que le Boi ,' dans la position où il étoit, ne pouvoit rien refuser, et on forma de nouvelles demandes. Les commissaires, en consultant la Cour, écrivirent qu'il n'y avoit aucun espoir de terminer tant que le duc de Bouillon serait à' Châtèllerault, et qu'il faUoit l'en éloi-
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gner à tout prix. Henri iv assiégeoit Amiens ^ il fit dire au duc qu'il n'auroit pas dû, dans une pareille circonstance, attendre ses ordres pour venir le trouver; que, comme il l'aimoit et Testimoit, ilyouloit bien le semonr dre à cette fête j et qu'il lui avoit retenu à l'armée une place digne de lui. Bouillon, en obéissant au Itoi, craignit de se i^endre suspect aux protestans, dont il avoit alors toute la confiance ; il répondit que sa mauvaise santé ne lui permettoit pas de faire la guerre, et qu'il servoit mieux le Roi en travaillant à calmer l'esprit des protestans qu'en allant à l'armée. Cependant il ^'osa pas rester à Ghâtellerault, et il p^tit pour Turenne : il espéroit dissiper le$. soupçons, il en fit naître de nouveaux ; on crut qu'il avoit l'intention d'exciter de nouveaux troubles dans le Limousin et dans les provinces voisines.
Les Espagnols furent obligés de capituler à Amiens, [septembre 1597]. ^V^^ ^ réduction de cette ^place OQ reprit les négociations avec l'Espagne, et la ville de Vervins fut choisie poiir les conférences. Aussitôt que le Boi se fut assuré quç rien ne pouvoit plus empêcher la conclusion de la paix, il marcha avec l'élite de ses troupes vers la Bretagne pour soumettre le ducde Mercœur^ qui se maintçQoit encore dans cette province : en arrivant à Angers il manda au duc de Bouillon de ^ rendre sur*l6*çhan(ipprès de lui, et Bouillon fut obligé d'obéir. Le duc de Miercceur, n'étant pas en état de résister, se hâta d'inaplorer la clémence de Henri iv, çt ne l'implora pas en V^in.
L'autorité royale, étott enfin reconnue et consolidée dans toutes les provinces : Henri iv ne voulant laisser aucun prétexte a)ix mécontens, consacra les droits des pro-
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testans par Tédit de Nantes [i3 avril i5g8], et leur accorda librement des garanties lorsque rien ne pouvoit plus lai résister.
La paix avec FEspagne fut signée à Vervins le 3 mai iSgS; le duc de Bouillon y fut compris comme allié de la France en qualité de seigneur de Sedan. 11 avoit demandé que par Fédit de Nantes les églises de Sedan fussent agrégées aux églises protestantes de France ; il avoit voulu aussi être reconnu prince étranger, et faire de sa principauté un fief de l'empire : Henri iv refusa ces deux articles , qui dévoiloient les projets ultérieurs du duc, et qui lui auroient facilité les moyens de les exécuter.
L'ordre étant rétabli en France, presque tous les grands du royaume vinrent à la Cour, attirés par Tes fêtes que le Roi y donnoit, et par les grâces qu'il leur &isoit espérer. Bouillon alla à Turenne, puis à Sedan, et habita alternativement ces deux résidences.
De tous les seigneurs qui avoient servi Henri iv, aucun n^avoit été plus magnifiquement récompensé que le vicomte de Turenne, élevé au rang de prince souverain; et cependant aucun n'étoit moins disposé à rester dans le devoir. Ses projets étoient dérangés par la paix de VervinS) par la soumission des grands, et surtout par l'édit de Nantes, mais il n'y renonçoit pas. Il étudioit avec soin la disposition des esprits, et cherçhoiter secret à rallier à lui tous les mécontens. Parmi les protestans, plusieurs trou voient cfu'on ne leur avoit pas accordé assez d'avantages, et les ambitieux du parti pensoient encore à établir en France un Etat populaire dans le genre de celui des Provinces-Unies. Quelques catholiques aflectoient de croire que la convérision du
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Boi n'étoit pas sincère;' d'anciens ligueurs qui rece* voient des pensions de FEsp^^ne, restoient dévoués à cette puissance ; l)eaucoup de militaires que la paix laissoit sans emploi^ supportoieut impatiemment le repos auquel ils étoient condamnés ^ et'désiroient de nouveaux troubles. Tels ëtoient les hommes sur lesquels Bouillon- fondoit ses espérances ; mais il étoit trop habile pour se compromettre , jusqu'au moment où il croiroit devoir se déclarer. Il avoit pour principe de ne jamais rien écrire relativement à ses projets : il ne donnoit que des instructions verbales à ses émissaires y et prenoit même ses précautions pour pouvoir les désavouer au besoin. Le maréchal de Biron^ qui avoit les mêmes projets que lui^ agissoit avec moins d'adresse. ' Dans un voyage qu'il 'fit en Guienne [iSgg], il attira près de lui les principaux gentilshommes de la province^ leur donna' des fêtes ^ leur distribua des présens y et eut de longue^ conférences avec ceux qui pouvoient exercer une certaine influence dans le pays. Le Boi apprit en même temps qu'il y avoit de l'agitation dans le Limousin et dans le Périgord. Il partit sur-le-champ pour ces provinces. Bouillon, qui étoit alors à Turenne, alla le rejoindre à Blois. Henri IV lui reprocha de ne l'avoir pas averti de ce qui se passoit j le duc, piqué de ces reproches, répondit de manière à donner des soupçons au Boi, et il les augmenta bientôt eu retournant à Turenne, au lieu de suivre le prince, qui fut obligé d'aller à Fontainebleau , où l'arrivée pi:ochaine du duc de Savoie rendoit sa présence nécessaire.
. On sait que le. duc de Savoie , pendant son séjour à Fontainebleau , profita du caractère ambitieux et in-
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quiet de Biron pour Tengagér dans la conspiration qui lui coûta la vie. Le mariage de Henri iv avec Marie de Médicis augmenta le nombre des mëcontens; auxquels se réunirent le comte d'Auvergne (0 et tous les partisans de la marquise de Yèrneuil^ qui avoit eu lespoir d'épouser Henri iv. Il paroît que le duc de Bouillon^ loin d'avoir été opposé au' mariage dû Boi^ s'étoit au contraire employé pour le faire réussir : on doit le croire du moins, puisque le grand^duc de Toscane lui adressa des lettres de remercîment.
Lorsque le Boi eutdécouvert là conspiration de Biron, ilsonpçonna, dès le premier moment, que Bouillon n'y étoit pas étranger, mais il n'y eut aucune chaire contre lui dans le cours du procès du maréchal. Il fut accusé plus tard par le comte d'Auvergne qui avoit été arrêté, et qui, craignant de subir' le même sort que Biron , accusa Bouillon pour obtenir sa grâce. Heiiri iv envoya ordre au duc de venir lé trouver [novembre 1602] : celui-ci répondit d- abord qu'il " obéiroit ; mais, au lieu d'aller à la Cour, il passa en Languedoc, prétendit ne pouvoir pas être jugé par les tribunaux catholiques, et demanda à être admis à se justifier devant la chambre de Castres , établie en vertu de l'édit de Nantes pour juger les protestans. Henri iv lui écrivit qu'il n'avoit pas l'intention de le mettre en' jugement, mais d'édaircir avec lui sans témoins les soup« çons qu'il avoit sur sa conduite; qu'il pouvoit se fier à Qn roi qui l'aimoit et qui désir oit le trouver innocent; il ajoutoit que d'ailleurs la chambre de Castres n'étoit pas compétente pour le juger. Bouillon; prévoyant qu'il
(0 Fils naturel de Charles IX, et frère de la marquise de Yemcuil , (pli étoit fille de Marie Touchet, maîtresse de ce prince.