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l8 MÉMOIRES DE S. A. R.
de scènes si épouvantables. Six heures après la mort de M. le duc d.e .Berri , sa veuve disait à un saint prêtre : « C’est » fini, mon sacrifice est fait. Je suis prête n à tout; j’ai promis d’avoir du courage, » j’en aurai. » Elle tint parole. Dès ce moment , sa douleur fut vive, mais ferme et sans faiblesse. Elle semblait sentir qu elle était appelée à une grande destinée au niveau de laquelle elle devait se
Cependant les tristes cérémonies qui mai’quent les funérailles des princes s’étaient accomplies avec une lugubre solennité. Le corps de son altesse royale , exposé dans le Louvre comme celui de Henri IV, avait été visité par toute la France, et le jour indiqué pour les funérailles arrivait. Dès le 22 février, les dépouilles mortelles de M. le duc de Berri
furent transférées à Saint-Denis, au mi-
lieu des larmes universelles. Dans le fu-
nèbre cortège, on vit marcher les pauvres qui avaient tant perdu à la mort de celui qui soulageait leurs souffrances, et l’on remarqua la confrérie des charbonniers venant rentre un dernier hommage à la mémoire du prince qui, peu de temps auparavant, avait sauvé un des leurs.
Le roi avait marqué le 14 mars pour le service solennel. Toutes les pompes de la mort furent déployées pour celui qui pendant sa vie avait été l’espérance de sa race. Louis XY III avait voulu qu’aucune magnificence ne manquât à cette douloureuse cérémonie. Les arts (i) avaient
(I) Grâce à une activité et à des efforts sans exemple , les travaux nécessaires à la solennité funèbre fnrent achevés dans la nuit du 1 3 mars. Voici la description sommaire, de l’cglise : La tenture du portail était enrichie de draperies â l’antique ,
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été appelés à assombrir encore l’expressionde la douleur. La basilique de Saint- Denis, tendue de noir dans toute sa hauteur, semblait un gigantesque tombeau.
Ces milliers de bougies qui dessinaient des
surmontée d’un groupe de génies , tenant des flambeaux renversés et soutenant l’écusson du prince.
Dans l’église, le jour avait été soigneusement intercepté; la totalité de l’édifice était voilée de draperies noires, il plusieurs rangs de litres et d’hermine au milieu desquels étaient les armoiries de feu son altesse royale.
Pour attacher la tenture de la grande nef et du choeur , on avait suspendu aux voûtes de l’église un berceau de charpente d’une construction légère et hardie , sans aucun attirail ; les piliers du petit portique gothique , formant galerie de ronde , entre le premier et le second ordre d’architecture des grandes nefs, étaient tout enveloppés de noir; un ange en argent, et de grandeur naturelle , était adossé à chaque pilier et portait un large plateau surmonté d’une girandole garnie de scs bougies.
Le catafalque , élevé au milieu du chœur, était de forme antique et chargé des insignes du prince ; un très-grand nombre de cierges brûlaient autour ; un dais magnifique dominait le catafalque, son couronnement louchait à la voûte , et ses riches
cordons de feu sur les tentures funèbres; ce clergé qui priait, toutes les grandeurs de la terre inclinées devant la majesté du cercueil, ces harmonies lugubres à travers lesquelles on entendait retentir les gémissements, et surtout cette royale fa-
draperies descendaient majestueusement. A droite et à gauche de l’entrée du choeur , s’élevaient deux obélisques d’argent , chargés de lumières et surmontés de croix ; plus loin , s’élevaient encore deux colonnes pyramidales , également illuminées , et soutenant les urnes cinéraires. L’intention des architectes fut de rappeler par ces deux monuments, la mémoire des deux enfants que le prince avait perdus peu après leur naissance. Deux cordons de bougies dans tout le pourtour de la nef et du chœur , un grand nombre de lampadaires suspendus aux voûtes , deux rangées de candélabres dans toute la longueur de l’église , une grande croix ardente, au fond du chœur, complétaient ce pompeux lumiuaire, où il n’est pas moins entré de quarante mille lampes , cierges ou bougies.
Des tribunes en charpente , h plusieurs rangs de degrés et drapées de noir , avaient été pratiquées dans l’ouverture de toutes les arcades; le plus grand ordre régnait dans ces distributions.
mille qui venait coucher dans les caveaux de Saint-Denis dépeuplés par la révolution, un des siens tombé avant l'âge; la mémoii’e du crime , les craintes du présent, les incerti tudes de l'avenir, cette race auguste sous laquelle tremblait le trône et que la fureur des hommes n’avait pas même laissée en possession de son tombeau, il y avait là de quoi expliquer l’émotion profonde qui se révélait sur tous les visages et qui remuait tous les coeurs.
Le roi s était placé dans une tribune presqu’en face du catafalque, avec son altesse royale Madame, et madame la duchesse douairière d’Orléans. M. le duc d'Angoulême conduisait le deuil; il était assisté de M. le duc d’Orléans et de M. le duc de Bourbon. Ce fut M. de Quélen, co-adjuteur de monseigneur l’archevêque
MADAME, DUCHESSE DE BERRI. a3
de Paris, qui prononça l’oraison funèbre.
11 avait pris pour texte ce passage de l’Écriture : Convcrlanij Israël , feslivitates vestras in luctunij et jubila vestra in plane tum.
A la lin du service, les gardes du corps de Monsieur soulevèrent silencieusement le cercueil et le portèrent à pas lents vers le caveau. Quand ils passèrent devant les tribunes, le roiet Ma dame, duchesse d’ Angoulëme s'agenouillèrent. Madame, si fortê oontre la douleur, sentit pourtant son âme se briser en face de cette dernière épreuve et fut obligée de se retirer.
Le roi inclina sa tète vénérable , et l’on
vit des larmes couler de ses yeux. !
Le caveau fut ouvert en présence des grands-ofliciersde la couronne. Legrandmaître des cérémonies de France, placé à
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l’entrée du sépulcre, appela à haute voix les officiers de la maison du prince chargés des insignes de son altesse royale. Le moment était venu. M. le duc d’Angoulême descendit le premier dans le funèbre souterrain; le cercueil de M. le duc de Berri descendit ensuite, et puis M. le ducd’Angouléme remonta seul. Vingt et un coups de canon annoncèrent ce moment fatal.
Alors M. le comte de Nantouillet, se présentant à l’entrée des sépultures royales, prononça ces mots en s'adressant aux officiers du prince : « Monseigneur le duc de Berri, votre maître et le mien, est mort; officiers, pourvoyez-vous. » Le roi d’armes cria ensuite par deux fois :
« Très-haut et très-puissant prince Charles-Ferdinand d’Artois, ducde Berri, est
mort j priez Dieu pour le repos 3e son âme ! » Après cette parole la pierre tumulaire fut replacée, et l'assistance se sépara.
Pendant cette triste cérémonie madame la duchesse de Berri était restée solitaire avec sa, douleur. Cependant il fallut bientôt l’entretenir d’un sujet qui se rattachait aces funérailles. Le cœur de M. le duc de Berri avait été provisoirement déposé à Saint-Denis par M. de Bombelles, évêque d’Amiens, ancien compagnon des premières campagnes du prince, et qui avait traversé la gloire des armes et les habiletés de la diplomatie, avant d’arriver à la sainteté du sacerdoce. On dut consulter madame la duchesse de Berri sur les dispositions à prendre à l’égard de ce précieux dépôt. M. le duç de
Lévis, chargé de cette douloureuse mission, rendit ainsi compte, dans une lettre, de l’état de la princesseetdu résultat de sa démarche auprès d’elle : « La douleur de madame la duchesse de Berri est profonde , mais calme. Sa résignation , soutenue par la piété et la force de son
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caractère, n’est plus troublée par ce qui lui rappelle de cruels souvenirs. J’ai eu
dernièrement la bien triste commission
de lui demander où elle voulait que fût déposé le cœur du prince. Voici sa réponse : Mes intentions sont arretées ; je vais faire construire à Rosny un bâtiment composé d’un pavillon et de deux ailes ; dans l’une on soignera des malades , dans l’autre on élèvera des enfants pauvres ; le milieu sera une chapelle où on priera
Dieu pour mon mari. »
Ne semblait-il pas que la princesse
MADAME, DUCHESSE DE BERRI. Il']
ainsi entourée, se fût placée elle-même entre lés regrets que lui avait laissés celui qui n’était plus, etles espérances que lui donnait celui qui n’était pas encore?