ODE DE M. DE LAMARTINE
Il est né l'enfant du miracle.
Héritier du sang d’nn martyr ;
Il est né d’an tardif oracle ,
Il est né d’nn dernier soupir !
Aux accents du bronze qui tonne ,
La France s'éveille et s'étonne Du fruit que la mort a porté :
Jeux du sort! merveilles divines!
Ainsi fleurit sur des ruines Un lis que l'orage a planté.
Il vient quand les peuples , victimes
Du sommeil de leurs conducteurs ,
Errent au penchant des abîmes ,
Comme des troupeaux sans pasteurs.
Entre un passé qui s'évapore ,
Vers un avenir qu’il ignore,
Nantouillet, auquel le père avait adressé ses suprêuies paroles, fut premier gentilhomme de la chambre du fils ; madame de Gontaut conserva son titre de gou-
L’homme nage dans un chaos ;
Le doute égare sa boussole :
Le monde attend une parole ,
La terre a besoin d’un héros !
Courage ! c’est ainsi qu’ils naissent ,
C'est ainsi que , dans sa bonté ,
Un Dieu les sème : ils apparaissent Sur des jours de stérilité.
Ainsi dans une sainte attente ,
Quand des pasteurs 1 a troupe errante Parlait d’un Moïse nouveau :
De la nuit déchirant le voile ,
Une mystérieuse étoile Les conduisit vers un berceau.
Sacré berceau , frêle espérance Qu’une mère tient dans ses bras ,
Déjà tu rassures la France î Les miracles ne trompent pas.
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MÉMJORES DE S. A. R.
vernante des enfants de France , et en exerça les fonctions auprès du jeune prince.
La cérémonie du baptême de mon-
Confiante dan* ton délire ,
A ce berceau déjà ma lyre Ouvre un avenir triomphant ;
Et comme ces rois de l'aurore ,
Un instinct , que mon âme ignore.
Me fait adorer un enfant.
Jeté sur le déclin des âges,
Il verra l’empire sans fin ,
Sorti de glorieux orages ,
Frémir encor de son déclin.
Mais son glaive , au champ de victoire ,
Mous rappellera la mémoire Des destins promis à Clovis ,
• Tant que le tronçon d’une épée ,
D’un rayon de gloire frappée ,
Brillerait aux mains de ses fils.
Sourd aux leçons efféminées Dont le siècle aime à lea nourrir,
seigneur le duc de Bordeaux et les fêtes publiques par lesquelles on devait célébrer sa naissance, avaient été remises par le Roi au mois de mai suivant. 11
Il saura que les destinées Font roi pour régner ou mourir ;
Que des vieux héros de sa race Le premier titre fut l'audace ,
Et le premier trône un pavois ;
Et qu’en vain l’humanité crie,
Le sang versé pour la patrie Est toujours la pourpre des rois I •
Il saura qu’aux jours où nous sommes , Pour vieillir au trône des rois.
Il faut montrer aux yeux des hommes.
Les vertus auprès de scs droits ; Qu’assis à ce degré suprême ,
Il faut s’y défendre soi-même Comme les dieux sur leurs autels , Rappeler en tout leur image ,
Et faire adorer le nuage Qui les sépare des mortels.
aimait cet anniversaire , c’était celui de son entrée en France , et il semblait que la famille royale fût une seconde fois rentrée en possession du palais de ses pères et de la patrie de ses aïeux, par la naissance de ce merveilleux enfant , que la Providence lui avait envoyé pour consoler ses douleurs et renouveler la tige royale tranchée par le couteau du i3 février.
Les pompes de Notre-Dame furent ad-
Au pied du trône séculaire Où s’assied un autre Nestor ,
De la tempête populaire Le flot calme murmure encor ; Ce juste , que le ciel contemple , Lui montrera , par son exemple , Comment , sur les écueils jeté , On élève sur le rivage ,
Avec le* débris du naufrage ,
Un temple à l'immortalité î
MADAME, DUCHESSE DÈ BERR1. lo3
mirables. C’était un grand et sublime spectacle que celui de toute cette famille demandant à Dieu de bénir son jeune et dernier rejeton , cette frêle espérance qui venait de fleurir sur un tombeau. Madame la duchesse de Berri, toute pleine de ses joies maternelles èt fière des grandes destinées que la France et l’Europe prévoyaient pour son fils , assistait avec la famille royale à cette cérémonie. Ce furent leurs altesses royales monsieur, comte d’Artois, et madame, duchesse d’Angoülème, qui tinrent le jeune prince sur les fonts ; ils représentaient le roi et la princesse héréditaire des Deux-Siciles (i).
Les réjouissances à l’occasion du baptême furent brillantes. Il y eut de nom-
(4) Le baptême du duc de Bordeaux eut lieu le 4 er mai l 824 .
breuses promotions dans l’armée. Le matin le Champ-de-Mars vit une superbe revue, et le soir la ville de Paris donna à madame la duchesse de Berri une fête magnifique, qui fut honorée de sa présence et de celle de toute la famille royale, à l’exception du roi que le mauvais état de sa santé empêcha dç s’y rendre (i). Des orphelines dotées, des pauvres secourus , des prisonniers délivrés , complétèrent ces joies des heureux de la terre. Madame la duchesse de Berri avait gardé les habitudes de bienfaisance qu’elle avait contractées pendant les courtes années de son mariage. Toutes les fois que le ciel lui envoyait des pros-
(4) L'intermède représenté dans la grande salle de L’hAtelde-Ville par les premiers acteurs des différents théâtres de Paris était, pour les paroles, de M. Alissan dcChazet, et pour la musique, de MM. Boieldieu et Bcrton.
MADAME, DUCHESSE DE BEBUI. î<)5
pérîtes, elle les partageait avec ceux qui souffraient; en outre elle avait maintenu sur le budget de ses dépenses l’espèce de liste civile que les indigents touchaient chaqfie année pendant la vie de son mari.
Les pauvres pleurèrent M. le duc de Berri , mais ils ne s’aperçurent pas de sa mort.
Le jeune prince fut nommé Henri- Dieudonné. Le second de ces deux noms était l’expression religieuse du sentiment de reconnaissance qui animait la nation ; le premier exprimait ses espérances politiques.
Quelques mois après le baptême de M. le duc de Bordeaux, une grande nouvelle arriva en Europe; Napoléon était mort(i). C’était chose remarquable que
(I) La nouvelle de la mort de Napoléon arriva le S juillet.
cette mort si rapprochée de celte naissance, et cette tombe qui s’ouvrait sur le rocher de Sainte-Hélène pendant que ce berceau chargé d’espérances apparaissait dans les Tuileries. Il semblait qtie la coïncidence de ces deux événements vînt apprendre au monde que les principes d’une société sont plus forts que le génie d’un homme, parce que les principes, comme le soleil, voient toujours une nouvelle aurore succéder à chaque déclin, tandis que le génie est un astre éphémère qui n'a qu’une aurore et qu’un couchant.
La famille royale montra une gravité pleine de convenance en apprenant la mort d’un homme qui, pendant tant d’années, avait prolongé son exil, et dont le nom servait encore de drapeau à toutes les conspirations. Elle ne se livra
pas à une cruelle joie, et elle respecta les pieuses tristesses des vieux compagnons d’armes du grand capitaine qui venait de terminer , au milieu des tumultes de l’Océan, une vie si inquiète et si agitée. Le général Rapp, qui avait une charge au château, ne dissimula point sa douleur. Le roi raconta lui-même, à l’ordre, qu’on avait vu ses yeux mouillés de larmes. « Il est venu aujourd’hui , ajouta-t-il, et je lui ai dit que sa conduite en cette circonstance m’était une nouvelle garantie de ses sentiments.»
Parmi les faits qui marquèrent la vive impulsion donnée aux opinions royalistes par la naissance de M. le duc de Bordeaux, il en est un que l’on a dû réserver pour en parler à part et avec plus de détails, c’est la souscription de Chambord.
Iü8 MÉMOIRES DE S. A. R.
Peu çle jours s’étaient écoulés depuis la naissance de Henri-Dieudonné, lorsque la proposition d’offrir Chambord à l’enfant royal au nom de toutes les communes du royaume fut mise en avant par M. de Calonne , ancien officier , fourrier des logis de la maison du roi.
« Dans ce moment, écrivait-il, où S. A.
R. monseigneur le duc de Bordeaux, ce (ils de la France, repose dans le berceau offert par la cité fidèle du lu mars, je propose que le château et le domaine de Chambord, unique mouumenteneore entier du siècle de François I' ;r , soient achetés au nom des quarante mille municipalités du royaume ; que ce monument, le seul qui soit échappé intact au vandalisme révolutionnaire, prenne le nom du prince objet de nos plus chères espérances, et lui soit donné en apanage. »
On peut direque les communes, se le vèx’ent toutes- à la fois pour répondre à cet appel. Les listes se couvrirent de noms , et bientôt la commission des souscripteurs répondit dans une première adresse : « Oui, le prince auguste, objet de nos regrets, nous a légué son fils; Henri- Dieudonné est destiné par la Providence à réparer nos maux. Nous l’avons reçu avec transport , nous voulons le doter , afin de prouver à nos amis comme à nos ennemis que ce jeune prince, qui doit régner sur nous , n'aura que des sujets fidèles, fiers de le servir , empressés de le défendre. C’est sur son berceau que nous lui jurons amour et dévouement et que nous serons heureux d’en déposer le gage. »
Ainsi il se trouvait que la naissance de M. le duc de Bordeaux, qui semblait
i IO MÉMOIRES DE S. A. R.
destinée à tout préserver autour d’elle , allait aussi sauver Chambord menacé de tomber sous le marteau vandale de la bande noire.
Ce noble château , construit par les ordres de François i ,r , et sous la direction du Primatice, qui pendant plus de douze ans y avait employé dix - huit cents ouvriers , après avoir été successivement l’asile du roi Stanislas et de ses malheurs, l’apanage du maréchal de Saxe et de sa gloire , avait été donné en dernier lieu par Napoléon au prince de Wagram, à condition que la dotation qui lui était en même temps accordée serait affectée à la restauration du château et du parc , restauration qui devait entrainer une dépense de trois millions. Le prince de Wagram n’avait point rempli les intentions du donateur, et, après
sa mort , la princesse sa veuve demanda au roi Louis XVIII l’autorisation de vendre Chambord. L’autorisation fut accordée , M. le baron Louis étant ministre des finances; et déjà la bande noire, qui Élisait alors la guerre aux châteaux avec le marteau, comme la révolution la leur avait faite avec la torche, se préparait . à dépecer cette royale proie.
Le chef-d’œuvre du Primatice devait être vendu à la toise , ainsi qu’on vend un champ de terre à l’arpent, et la France allait voir disparaître ce château , qui était une de ses gloires.
Sur une lettre adressée par M. de Calonne à madame de Wagram, la vente fut suspendue jusqu’au cinq mars de l’année 1821. Ces cinq mois suffirent pour mettre la commission des souscripteurs en position de se présenter aux
enchères. Cependant, loin de rencontrer appui dans les hommes qui occupaient le pouvoir, ellen’avaitau contraire trouvé chez eux qu’indifférence et même mauvaise volonté. M. le comte Siméon, alors ministre de l'intérieur, fit un rapport au roi contre la souscription destinée à subvenir à l’acquisition de Chambord. En même temps, l’opposition de gauche employait la plume pleinedefield un écrivain d’un talent remarquable , pour décréditer l’appel de la commission et faire échouer ses efforts. M. Paul-Louis Courrier versa à pleines mains les ironies de son intelligence élevée , mais chagrine , sur cette oeuvre qui avait à la fois quelque chose de nobleetde touchant. L’helléniste distingué devint un barbare , et conspira , par esprit de parti, la ruine d’un- monument dontles arts auraient porté ledeuil.
MADAME, DUCHESSE DE BERRf. 1 l3 *
Les passions politiques sont moins nobles dans l’Athènes moderne que dans la première Athènes. L’histoire ne nous dit pas, que, pour faire de l’opposition à Periclès , il se soit trouvé quelqu’un en Grèce qui ait conspiré contre le Par thénon.
Mais les répugnances du ministère et les obstacles que suscitait l’opinion de gauche , ne devaient servir qu’à prouver d’une manière éclatante , que le don de Chambord était un acte national , libre et spontané, qui n’avait pas besoin du concours ministériel pour s'effectuer et contre lequel les machinations de l’esprit révolutionnaire étaient impuissantes.
Le 5 mars, l’adjudication fut faite et le domaine de Chambord fut adjugé à M. de Calonne, représentant la commission générale de la souscription , « pour
MJ^'OIRES DF. S. A.. R.
Il4
être fait hommage dudit domaine de Chambord et de toutes ses dépendances , au nom de la France t à son altesse wjrale monseigneur le duc de Bordeaux. »
Le prix principal de l'adjudication s'éleva à quinze cent quarante-deux mille francs.
L’annonce de l'acquisition de Chambord , au nom de monseigneur le duc de Bordeaux , lut pour toute la France un sujet de joie, et pour les habitants de Chambord, un sujet de fête. Toute la population , les jeunes filles dans leurs plus beaux atours, les jeunes garçons marchant avec elles, et les gardes-chasse du domaine conduisant ce joyeux cortège , allèrent visiter processionnellement le magnifique château de François 1 er , placé sous la protection du frêle berceau du plus jeune de ses héritiers. La fleur de lis colossale qui , surmontant -Cham-
bord , a dédaigneusement regardé passer les révolutions qui n’ont pu l’atteindre , fut saluée ce jour-là par de nombreuses décharges de mousqueterie ; elle venait d’échapper encore une lois à la main des destructeurs.
Par une bizarre singularité, l’acquisition de Chambord ne fut point agréable aux Tuileries. Ce fait, tout étrange qu’il paraisse au premier abord, s’explique de deux manières. D’abord, la souscription se rattachait à ce mouvement d’opinions royalistes qui devait renverser le ministère de centre droit et faire passerle pouvoir à la droite représentée par M. de * Villèle; ensuite il y avait, dans la maison des princes, une opposition décidée contre 1 acquisition d’un domaine qui exposait tous ceux qui étaient attachés à la cour, à un voyage de quarante lieues.
On avait depuis longtemps inspiré au roi Louis XVIII des défiances oontre les opinions de droite ; il ne pouvait leur pardonner la chute de M. Decazes auquel il portait une affection presque paternelle , et le ministère Richelieu , se sentant déborder, et comprenant que l’acquisition de Chambord était une manifestation nouvelle de la force des opinions qui devaient hériter de sa puissance, ne se hâtait point de dissiper les préventions du roi.
D’un autre côté, on connaît l’influence exercée sur les princes par leur entourage. Or, il y avait véritablement, au château, une conspiration domestique contre Chambord. Toutes ces réclamations de l’entourage des princes avaient été vivement appuyées par un homme de cour qui, étant allé visiter Chambord, à
son retour de Bretagne où il présidait un college électoral , revint tout effaré annoncer au château la plus grave des petites nouvelles : c’est que la pièce qu’on appelait autrefois le cabinet du roi ne pourrait jamais contenir les gtvmdes entrées d’aujourd’hui !
Monsieur qui, sous le point de vue politique, aurait vu la souscription d’un œil favorable , n’avait pu lui - même échapper à ces influences de cour. Une personne de sa maison étant venue lui apprendre, au sortir de l’adjudication, que Chambord avait été acquis au nom de monseigneur le duc de Bordeaux, sou Altesse Royale lui répondit avec quelque vivacité: «De quoi vous mêlez-vous , monsieur? »
De faux rapports enfin avaient troin-
pé madame la duchesse de Berri sur l’état de Chambord , comme put s’en apercevoir un écrivain royaliste , homme d’esprit et de goût qui a souvent appliqué avec succès aux arts un tact littéraire remarquable (i). Il revenait de Chambord où il était allé faire un pèlerinage d'artiste, et il rapportait avec lui des dessins, des vues et de nombreuses notes, fruits de ses longues recherches et de ses conversations avec les anciennes familles du pays, où les traditions de Chambord se sont transmises, de génération en génération, comme un précieux héritage. Madame la duchesse de Berri désira voir ces notes et ces dessins, et l’écrivain dont nous parlons les lui présenta aux Tuileries, dans le cou-
(I) SI. Merle.
Digitize
rantdu mois de mai 1821, quelques
jours après le baptême de M. le duc de
Bordeaux. Elle était encore vêtue de ses • * * «
longs habits de deuil, et ses appartements drapés de noir depuis son veuvage, n’a- •n’avaient point cessé d’étaler cette lugubre tenture. Auprès d’elle étaient les deux orphelines que son mari lui avait léguées à son lit de mort; elles jouaient avec Mademoiselle, car madame la duchesse de Berri avait tenu sa promesse; elle traitait les deux enfants de M. le duc de Berri comme les soeurs de sa fille.
Elle se leva et vint se placer avec madame de Reggio, devant un piano sur lequel avaient été posés les dessins. Pendant plusieurs minutes elle les examina en silence, et dit enfin à la personne qui les lui avait apportés : « Ces dessins vien nent-ils d 'être pris sur les lieux? » 11 lui
IUO
fui répondu qu’il y avait à peine deux mois qu’ils avaient été copiés d’api'ès nature. Alors elle se retourna vivement vers madame la duchesse de Reggio , en disant : « On m’avait assuré que ce château n’était qu’un monceau de décombres. » Quand elle sut que, loin de là, les bâtiments étaient presque intacts et les sculptures dans un parfait état de conservation , elle se livra à cet enthousiasme qu’elle montrait toutes les fois qu’il s’agissait des arts, et interrogeant avecvivacité la personne qui lui expliquait les dessins, elle visita pour ainsi dire Chambord sur le plan qui était étalé devant elle, se faisant nommer les artistes, donnant des éloges au mérite spécial de chaque partie du monument, appréciant l’époque à laquelle elle se rapportait, et n’oubliant dans ses louan-
ges aucun de ceux qui, concourant à l’achèvement de ce chef-d’œuvre, avaient aidé le génie du Primatice , et se groupaient ainsi, dans l’histoire, autour de la renommée colossale du grand architecte Bolonais.
C'était à chaque dessin de nouvelles questions. La princesse voulait poulains! dire, qu’on animât Chambord devantelle, en lui montrant sur chaque partie de cette grande scène les faits remarquables qui s’y étaient passés. Ainsi il fallut lui apprendre où étaitla salle dans laquelle eut lieu la première représentation du Bourgeois gentilhomme , ce chef-d’œuvre tombé devant le silence de Louis XIV et qu’une de ses piaroles suffit pour relever. Elle se faisait indiquer l’aile du bâtiment qu’avait habitée le pieux roi Stanislas, l’oratoire où priait la reine
laa MÉMOIRES DE S. A. R.
sa femme; merveilleux oratoire placé,
comme par une pensée “prophétique, sous la protection de l’archange Michel, auquel le 29 septembre est consacré.
Elle voulait aussi savoir dans quel appartement était mort le maréchal de Saxe, ce victorieux qui avait rempli Chambord de ses pompes guerrières. A chaque réponse elle s’écriait: «On m’avait trompée; le château est admirable, c’est un grand monument historique. » Dans ce moment on annonça M. le duc de
Léviset M. le comte de Tîantouillet. L a princesse les fit avancer et leur montra avec empressement les dessins. « Vous voyez bien , monsieur de Nantouillet , ajouta-t-elle, que ce n’était pas ce qu’on nous en avait dit.»
Quand la personne qui avait ainsi rec-
Digit
tifié les idées et détruit les préventions de son Altesse Royale , fut au moment de se retirer , elle lui exprima la joie avec laquelle les habitants de Chambord verraient la mère de Henri Dieudonné, dans le domaine de son fils. Madame la duchesse de Berri lui répondit avec une gracieuse bonté. » Si voq? retournez à Chambord, dites-leur bien que j’irai les visiter et que ce sera un jour de fétp pour moi. »
Ce voyage dès lors projeté ne devait s’accomplir que sept ans plus tard.
Mais, dès lors, madame la duchesse de Berri comprit que la France avait fait à son fils, en lui donnant Chambord , un présent digne d’elle et digne de lui, et elle ne contribua pas peu à effacer les préventions de Monsieur contre cette ré-
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sidence royale. La mère de Henri Dieu- Donné sentit que sous ce don national il y avait une pensée politique. C’était un lien de plus entre la France et le pelit-iilg de Louis XIV. La France donnait aux Bourbons, de qui elle avait tant reçu.
JLes communes du royaume dont les ancêtres du jeune prince avaient été les tuleurset les pères , devenaient elles-mêmes les tutrices du royal enfant.Quoi de plus juste? Citons les belles paroles contenues dans l'adresse de la ville de Caen :
« L’histoire dira comment, épuisé par » d immenses bienfaits , le roi qui par- » tout relève la cabane du pauvre , fut » réduit à la noble impuissance de ra- » cheter lé toit de ses ancêtres ; elle dira » aussi que vos enfants émus accouru- » rent à vos pieds, qu’a lors les fidèles » communes de votre royaume sollici-
MADAME, DUCHESSE DE BERIU. ia5
» tèrent le bonheur de rattacher unfleu- » ron à la couronne des lis , et celui de » placer elles- mêmes le duc de Bordeaux » dans le palais vénérable où tout respire » la gloire et l'honneur. »