LIVRE CINQUIÈME
LIYKE CINQUIEME.
Madame la duchesse de Bcrri reprend set habitudes et ses goûts. — Elle protège les arts. — Elle favorise le commerce. — Les boutiques et le carrosse aux armes de France.
— Sa résidence à Rosny. — Scs voyages à Dieppe. — Ses paroles à M. Cavelier. — Sa popularité. — Le Gymnase à Dieppe. — Madame protège le Gymnase. — Histoire du Gymnase. — Anecdotes. — La tolérance et M. Simeon, et la rigidité et M. de Corbière. — Spirituelles flatteries de M. Scribe. — La Rosière jouée dans les petits appartements.
— Tous les courtisans ne sont pas à la cour. — Le Gymnase prend le titre de Théâtre de Madame. — Madame donne un nouvel essor au commerce dieppois. — Manufactures de dentelle et d’ivoire. — Madame , le jour de la tempête du 7 septembre 182G. — Elle recherche et renouvelle les souvenirs nationaux. — Procession pour l'anni-
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versaire de la victoire des Dieppois sur l’amiral Talbot. — ■ Colonne sur le champ de bataille d’Artjues. — Popularité do la princesse à Dieppe. — Les Poletais. — Une visite au rivage de Derchigny. — Le pauvre Berthe et sa chaumière. — Bonté de la duchesse de Berri. — Elle vient à Dieppe avec Mademoiselle et M. le duc de Chartres.
Quand un long intervalle se fut écoulé depuis le fatal événement qui avait privé M. le duc de Bordeaux d’un père , madame la duchesse de Berri reprit peu à peu les habitudes de sa vie; les arts retrouvèrent en elle cette protectrice empressée qu ils avaient déjà appris à connaître; le commerce et l’industrie reçurent d’elle des encouragements. Madame rendait avec une grâce parfaite aux classes marchandes tous les services qui dépendaient d’elle. Elle répandait le goût de la dépense dans ses alentours , et faisait prospérer ceux qui vivent du né
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goce , et par ce qu’elle achetait et par ce qu’elle contribuait à faire vendre.
Combien de fois les propriétâires de magasins qui désiraient que la faveur royale les désignât à la foule , ne vinrent-ils pas prier le premier écuyer de madame la duchesse de Berri , d’obtenir de son altesse royale qu’elle fit seulement arrêter son carrosse devant leur porte ! Et madame la duchesse de Berri, toujours disposée à obliger, ne manquait point de paraître elle-même dans ces lieux où l’on avait désiré sa présence. Ses revenus si bornés suffisaient à tout ; ses dépenses ne souffraient point de ses aumônes , et ses aumônes ne diminuaient point ses dépenses.
Elle avait repris ce rôle qu’elle avait si bien rempli à son arrivée en France.
Elle entrait dans les goûts et les habi-
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tudes de cette société ; elle vivait de sa vie.
Dans les promenades , dans les magasins , au Musée , dans les fêtes , madame la duchesse de Berri et la France se rencontraient partout.
Ce fut ainsi qu’elle passa la plupart des années qui s’écoulèrent jusqu’à son voyage en Vendée, qui eut lieu à l’époque où le ministère Martignac tenait les affaires.
Tous les étés madame la duchesse de Berri courait à son cher Rosny (i), où elle aimait tant à se reposer de l’étiquette du château. Là elle vivait presque en simple propriétaire, suivant avec intérêt les travaux qu’elle ordonnait, visitant elle-même ses pauvres , et accueil-
(1 ) Rosny avait été acheté le \ 3 août 1818. • . t . .
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lant avec une gracieuse familiarité tous ceux qui se présentaient pour offrir un hommage ou réclamer un secours. La mère de Henri-Dieudonné faisait à merveille les honneurs du domaine qui avait appartenu à l’ami de Henri IV. Les alentours se ressentaient de sa présence , et l’on peut dire que le village tout entier vivait du château.
A partir de 1824 , Rosny eut une rivale dans les affections de madame la duchesse de Berri , ce fut la ville de Dieppe.
La princesse s’était rendue dans cette ville pour prendre les eaux , et elle y avait été reçue avec un vif enthousiasme.
Aussi répondit-elle le lendemain- au discours de M. Cavelier(i), maire de cette
(1) La conduite de M. Cavcîicr a été honorable et haute. Démissionnaire en 4 850, il a etc «uivi dans sa retraite j»ar l'estima et TalTection de sec administrés.
cité : «Je me suis bien aperçue hier que » Henri IV avait raison quand il appe- « lait les Dieppois ses bons amis; j’imi- » terai mon aïeul dans son amour pour » eux. »
Ainsi fit-elle , et , comme son aïeul Henri IV , elle gagna tous les coeurs des fidèles Dieppois. On aimait cette familiarité pleine de grâce , cette vivacité toute française, cette bienveillance qui, pour accueillir les personnes qu’on lui présentait , ne demandait ni une haute origine, ni un titre. Simple et affable avec la bourgeoisie, populaire avec le peuple , elle était l’âme de toutes les réunions, l’ornement de toutes les fêtes, et elle répandait autour d’elle des bienfaits dans le sein de la pauvreté, et parmi les classes aisées, le mouvement et la vie. Chérie de toute cette population,
elle la chérissaità son tour, et lorsqu’on lui parla de partir, elle s’écria : « Déjà ! »
Les voyages de madame la duchesse de Berri à Dieppe se renouvelèrent pendant les années 1825, 1826, 1827, et ne s’interrompirent en 1828 où la princesse fit un long voyage en Vendée , que pour recommencer en .1829. En i 83 o, les équipages étaient partis , on attendait madame la duchesse de Berri à Dieppe; la fortune avait décidé que le convoi de la monarchie passerait cette année-là par Cherbourg !
Ce fut dans yn de ces voyages à Dieppe que la duchesse de Berri devint la protectrice du Gymnase , auquel elle donna plus tard son nom. Mais pour faire comprendre la suite de cette affaire, dans laquelle la princesse se trouva aux pr ises avec la ténacité bretonne d’un
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ministre dont la rigidité administrative opposait à toutes ses paroles l'inflexible règlement, il faut remonter un peu plus haut et faire connaître quelques détails nécessaires à l'intelligence du récit.
En 1820, M. de Mijdjel , secrétaire général du ministère Decazes , avait donné à M. de la Roserie , son ancien camarade de collège, la permission d’ouvrir un théâtre. L</ privilège était renfermé dans des lhnites étroites. Il autorisait l’établissement d’un gymnase composé de jeunes suje^ du Conservatoire et des autres écoles dramatiques et lyriques , et la représentation de fragments de pièces empruntées à tous les ’ répertoires. M. de la Roserie céda son privilège à MM. Delestre-Poirson et Cerfber, moyennant une pension à vie
de douze mille francs. Les deux acquéreurs ouvrirent leur théâtre au mois de décembre 1820. Mais, dès les premiers moments, ils sortirent des limites dans lesquelles les emprisonnait leur privilège. Au lieu de donner des fragments de pièces, le Gyapnase donna des pièces entières ; au lieu, d’emprunter des débris aux répertoires des autres théâtres, il se lit un répertoire à lui. M. Scribe se montrait dans ce moment sur l’horizon littéraire , avec son esprit lin et délicat et sa fécondité inépuisable ; en même temps une petite merveille apparaissait à la lueur du soleil de la rampe (1).
D’autres acteurs furent enlevés aux théâtres de vaudevilles, et le Gymnase, écrasant toutes les concurrences, soit
(t) Léontine Fav , aujourd'hui madame Volnyi.
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par la supériorité de son répertoire, soit par l’excellence de ses acteurs, vit accourir tput Paris dans son étroite enceinte.
Ses prospérités durèrent tant que M. Siméon et la tolérance administra* tivc tinrent le portefeuille de l’intérieur.
Mais quand vint M. de Corbière , les choses changèrent de face. On l’a dit, M. de Corbière entendait que les règlements fussent exécutés. Toutes les obsessions le trouvèrent inflexible ; il fallut donc céder. Le Gymnase promit de se soumettre , voulant se donner le temps de chercher comment il ferait pour désobéir. Au moins sa révolte fut-elle respectueuse. Il se courbait devant toutes les paroles , s’engageait chaque jour à s’arrêter , sans cesser de marcher pourtant, et l’on peut dire qu’il était difficile de mettre plus de docilité dans
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une rébellion , et d’agenouiller plus habilement, devant l’autorité, l’entêtement obséquieux de sa désobéissance.
Les choses ne pouvaient point rester longtemps dans cet état. II fallut chercher une haute protection qui pût adoucir la rigidité dé M. de Corbière. Onconnaissait l’appui que madame la duchesse de Berri accordait à tous les arts, et le goût quelle avait pour la littérature. Les directeurs du Gymnase songèrent à placer sous ce haut patronage leur entreprise menacée. Sachant que la princesse allait passer tous les étés à Dieppe, ils s’y rendirent avec l’élite de leur troupe. Madame la’ duchesse de Berri fut touchée de cette attention. D’excellents acteurs jouaient devant elle des pièces de bon goût : elle pensa qu’il n’y ayait point dans cette transgression
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d’une charte théâtrale un grand crime , et qu’en tout cas, s’il y avait un coupable dans cette affaire , c’était le privilège qui défendait ce qu’il aurait dû commander. Elle se mit donc à conspirer contre lui , et elle promit son appui aux directeurs du Gymnase.
Derrière cette royale protection , le Gymnase commença à respirer et à attendre plus tranquillement l’effet de la colère de M. de Corbière. Chaque fois que le ministre lui intimait des ordres sévères , il se réfugiait auprès de madame la duchesse de Berri , dont il implorait les bontés. M. Scribe composa pour les petits appartements un vaudeville intitulé , la Rosière , dans lequel le Gymnase se plaçait sous le patronage direct de la princesse , en lui adressant des prières et des louanges parfumées de
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• tout ce que l’encens de cour a de plus délicat. L’esprit de M. Scribe, si fin et si délié, s’était surpassé lui-même ce jourlà ; il avait , pour ainsi dire , accablé la royale patronne du Gymnase sous une pluie de roses.
Le but qu'on se proposait fut atteint.
Le lendemain d’un jour où M. de Corbière avait écrit une lettre comminatoire au directeur du Gymnase , madame la duchesse de Berri dit à ce ministre, qui venait lui présenter ses hommages :
« J’espère, monsieur, que vous ne tour- » menterez plus le Gymnase, car désor- » mais il portera mon nom. »
En efFet, dès le moisde septembre i8a4> on lut sur toutes les affiches: Théâtre de Madame. Ce titre fut inscrit en lettres d’or sur la façade de l’aucien Gym-
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nase , et si le ministère de l’intérieur • continua à tonner contre les infractions au règlement , l’orage des colères ministérielles s’écarta avec respect de l’heureux théâtre placé sous la protection de ce royal paratonnerre.
Ce ne furent point seulement les lettres et les arts qui profitèrent des voyages à Dieppe. Madame la duchesse de Berri trouva dans sa cité chérie d’autres qualités à déployer que celle de patronne de la littérature , et elle s’y montra sous un autre jour que dans cette guerre bienveillante qu’elle fit aux règlements de M. de Corbière dont elle estimait le caractère et dont elle appréciait le talent.
Le 7 septembre 1826, madame la duchesse de Berri, qui se trouvait chez ses bons Dieppois, apprend qu’une effroyable tempête menaçait d’engloutir un
grand nombre de barques de pêcheurs qui se dirigeaient vers le port. Elle contremande à l'instant un bal qui devait avoir lieu le soir même , et elle se rend en toute hâte au point d'où l’on peut venir en aide à ces malheureux.
Là, se tenant cramponnée au petit mât de la jetée que les vagues couvraient de toutes parts, elle encourage et dirige les secours. Sans crainte pour elle-même au milieu de la tempête , elle ne songeait qu’à ceux à qui elle pouvait être utile j elle donnait une nouvelle preuve de cette heureuse faculté de sa nature, qui, simple et douce dans la vie ordinaire , grandit avec les circonstances et se trouve au niveau de toutes les situations.
Elle ne se retira du lieu qu’elle appelait son poste , parce qu’il était celui du danger , qu’après la rentrée de tous
les pécheurs. Un seul homme > nommé Desliens, capilainede barque, avait péri; la princesse envoya cinq cents francs à sa veuve, avant même d’avoir changé de vêtements.
Quand ces circonstances extraordinaires étaient passées Madame semblait déposer ses hautes qualités, qu’elle retrouvait au moment du péril , et elle reprenait son rôle pacifique de protectrice de l’industrie. Ainsi Dieppe s'occupait principalement, naguère, de travaux en ivoire et en dentelle; mais ces deux branches de fabrication étaient en souffrance. Madame donna detix brevets, l’un en son nom , l’autre au nom de Mademoiselle, aux deux meilleurs fabricants de la ville ; elle fit des commandes considérables, et, comme les bons exemples sont suivis quand ils partent de si
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haut, le commerce dieppois se releva sous cette bienveillante protection.
En 1826, la princesse établit une manufacture de dentelles sous la direction, des sœurs de la Providence et consacra à cette bonne œuvre une somme trèsconsidérable. Cet établissement de charité prospéra. Il compte encore aujourd’hui deux cent cinquante élèves ; ce sont de petites filles appartenant à des familles indigentes et qui trouvent là , à la fois , des moyens d’existence et le bienfait d’une éducation chrétienne.
Elle aimait aussi à rechercher , dans les localités où elle se trouvait , les traces du passé, et quand elle rencontrait des souvenirs qui se rattachaient à notre gloire nationale, elle en renouvelait avec
empressement la mémoire.
Ainsi elle avait obtenu de l’archevên. 10
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que de Rouen la permission de rétablir, à la date du 14 août, une ancienne procession, établie autrefois pour célébrer l'anniversaire de la victoire remportée, en i 443 » par le® Dieppois sur l'amiral Talbot. Elle comprenait, avec son sens juste et droit, qu’il est bon de conserver dans les cités, comme dans les familles, ces souvenirs héroïques , parce que la gloire du passé est un engagement à bien faire dans l’avenir.
Elle retrouva aussi dans les environs de Dieppe la mémoire d’un événement qui se liait à l’histoire de ce Henri IY dans la vie duquel elle aimait à lire , à l’avance , celle de son fils. En 1826,1a ville de Dieppe offrit à Madame , sur le champ de bataille d' Arques, le simulacre de ce combat mémorable , et l’on proposa de construire une colonne à
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l'endroit où Henri IV avait battu Mayenne, le ai septembre 1589. Ce monument dédié à la victoire du roi légitime sur un sujet factieux fut élevé l’année suivante en présence deMADAME et de Mademoiselle (1).
C’était entre la princesse et sa bonne ville de Dieppe un touchant échange de bienfaits et d’attentions délicates. Tantôt on bâtissait à la princesse comme par enchantement une salle de spectacle (2); tantôt on inaugurait, dans la grande salle de i’hôtel-de-ville , son portrait en
(J ) La colonne existe toujours ; mais on a enlevé , sans doute par égard pour Mayenne, les inscriptions qui étaient à la base.
( 2 ) A cette occasion Madame donna des tabatières en 01 , avec son chiffre, à M. Cavelier, maire de Dicppé, et à M. Fressard, ingénieur des ponts et chaussées qui avait dirigé les travaux.
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pied (i). A chaque saison la princesse sentait que le séjour de Dieppe lui devenait plus agréable. Vers la fin de l’année 1829 , elle avait fait acheter une petite ferme située au faubourg de la Barre, derrière le château de Dieppe, et elle devait y ordonner des constructions pour recevoir Mademoiselle. Comment exprimer l’affection simple et touchante des Poletais pour leur bonne duchesse , comme ils aimaient à la nommer (2)?
Partout où elle passait, les misères étaient secourues , les catastrophes réparées ; Madame , comprenait que l’avarice, qui
(1) Ce fut le <6 août 4827 que le portrait de madame la duchesse de Bcrri fut inaugure. Depuis la révolution de juillet il a été dépose à la bibliothèque de la ville. '
(2) Depuis la révolution de 4 830 Madame fait toujours des commandes à Dieppe et envoie des secours aux pauvres de cette ville.
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est un défaut chez les simples particuliers, est un crime chez les princes , et sa charité était inépuisable.
On raconte encore à Dercliigny , petit village situé à deux lieues de Dieppe , comment elle relevait les chaumières que l’incendie consumait , comment elle dotait les jeunes filles , comment elle remplaçait la vache qui faisait vivre une pauvre femme et son fils indigent. Il y a une merveilleuse ressemblance entrecesanecdotes etcelles que la reconnaissance populaire aretenues de la vie du Béarnais. Madame, quoique un peu plus riche que son aïeul, avait des revenus bornés ; aussi , pour agrandir ses bienfaits, elle y associait tout le monde. Elle ouvrait des souscriptions et invitait chacun à partager avec elle le bonheur de soulager les souffrances du pauvre; tous les noms aimaientà sceau-
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ger derrière ce nom royal , et personne n’échappait à la douce contagion de cette bienfaisance.
M. Eugène de Clercy (i), maire de Derchigny et propriétaire du château, était l’introducteur de toutes les souffrances et de tous les besoins auprès de son altesse royale. Ce fut lui qui , en 1826 , offrit à Madame l’occasion d’embellir une fête qu’on lui donnait dans ce village , par une de ces bonnes actions dont nous avons parlé. Tandis que tous
les habitants se préparaient à recevoir la
princesse , une catastrophe vint subitement troubler leur joie.
Il y avait dans le village une pauvre familleaimée et estiméede toutle monde,
(1) M. H* Clorcv, dcmiMloanaire «n 1830, * été fidèle eut ndvoMités de Maimmk.
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et sur laquelle une circonstance particulière appelait l’intérêt général. Elle se composait du père et de la mère et de deux, filles ; mais la fille aînée était folle depuis plusieurs années , et sa sœur, l’unique soutien de sa famille, devait épouser, à quelques jours de là, un jeune homme des environs qui exerçait l’état de maréchal . Quelques heures avant l’arrivée de Madame , un incendie consuma entièrement la chaumière de cette pauvre famille. L’infortuné Berthe, c’était le nom du laboureur , s'abandonnait au désespoir. Il voyait sa chaumièredétruite, ses petites épargnes entièrement perdues et le mariage de sa fille manqué. M. de Clercy s’empressa de faire connaître à Madame la situation de ces malheureux paysans. La charité de la princesse fut aussi active à réparer que l’incen-
die avait été prompt à détruire. En peu d’heures , une souscription ouverte par madameladuchessedeBerri, dontle nom figurait en tête , fut remplie. La chaumière se releva , le désespoir de Berthe fut qalmé , et les projets de mariage presque abandonnés furent l'epris. Quelques jours après, M. de Clercy présenta à son altesse royale tous les heureux qu’elle avait faits.
L’année suivante (i), madame la duchesse de Berri revint encore à Derchigny. Elle était accompagnée de Mademoiselle et d’un jeune prince qui se faisait remarquer par ses manières empressées * et respectueuses auprès des deux princesses. C’était M. le duc de Chartres. On fut frappé de son attitude humble et
(I) L’année 1827.
soumise, et quelques personnes trouvérent qu’il faisait descendre la courtoisie du prince jusqu’à l'humilité obséquieuse du courtisan.