‹ Mémoires historiques et littérairesChapitre 3 sur 10 · F. MAZZINI · texte numérisé non relu

F. MAZZINI

chiavel de charlatanisme, mais précisément parce qu'il n'était que le contenant d'une force qui, si elle tarissait, le laisserait vide comme le lit d'un torrent à sec, le triumvir de l'Italie a bien plus la passivité de la dupe que l'activité du charlatan. M. de Bréval, dans son ouvrage, a beaucoup trop insisté sur l'exorbitante vanité de l'homme qui se proclame majestueusement lui-même : « le Moïse de l'indépendance italienne ». Il n'a pas vu assez que Mazzini devait avoir l'ivresse de la vaste coupe où il boit. Quand un nain peut produire un mal colosîal, ses grêles proportions lui échappent. « L'épouvantail de coton » dont parle quelque part le vieux Mirabeau à propos de son fils, que Mazzini n'atteindra jamais à la cheville, et qui, comme Mazzini, eut en lui pendant quelque temps la force de la révolution, mais y substitua une autre force plus personnelle et plus divine, « l'épouvantail de coton » perd la conscience de sa substance inoffensive quand il peut s'attester qu'il est un épouvantail.

Et voilà précisément ce que Mazzini s'atteste. Il est la voix de la révolution et son drapeau. Qu'importe que cette voix sonne mal et sans puissance dans une bouche pâteuse, pourvu qu'elle dise les paroles delà révolte à l'oreille chatouilleuse des peuples qui les entendent toujours trop bien! Mazzini sait qu'il est tout cela, et il en a parfois l'orgueil, vwnqueur alors de la conscience de sa faiblesse. Et, que di-

sons-nous? il n'est certainement pas le seul qui croie par instant à sa propre puissance.il en est, parmi les hommes qui lui obéissent ou parmi ceux qui le combattent, qui y croient, eux ! absolument et toujours. Or, si les batailles gagnées sont les batailles qu'on croit gagnées, les hommes supérieurs et décisifs en politique sont peut-être aufsi les hommes que l'on croit supérieurs. Le livre de M. de Bréval aura signalé justement Mazzini à l'histoire, et l'aura avertie de prendre garde en le classant. Malgré cela, malgré tout, il peut se faire encore que cette idée de représenter la révolution et d'être par elle, impose à la lâcheté originelle de tant d'esprits. Pour les matérialistes comme Diderot, qui l'a écrit, du reste, la poésie était quelque chose d'énorme ; pour la plupart des hommes victimes des résultats extérieurs, la révolution doit communiquer à un homme cette énormité qui n'est pas plus de la grandeur vraie que de la poésie, et peut-être, malgré tant de preuves à l'appui de la médiocrité de Mazzini, ils s'obstineront peut-être à ne pas croire à cette incontestable médiocrité. Aussi esl-ce surtout pour ceux-là qu'il faut montrer le fond de ce triste mystère, qui n'est pas bien profond, des popularités que la Révolution a faites ou des pouvoirs qu'elle a créés. L'histoire a révélé maintes fois ce secret. Composée de toutes les passions et de toutes les ignorances, la démagogie, celte grande aveugle, passe sur la tête de ses enfants, comme le pa-

Uiarche, \të mun^ Licilciuenl 0-aices.Elle rencontre, mais ne choisit pas. Elle a fait un chef de Mazzini, mais qui ne sait pas que les chefs, pour la démagogie, ne marchent en avant que parce qu'elle les pousse devant elle, prête à leur passer sur le corps comme h de vils obstacles, s'ils faisaient seulement mine de s'arrêter l

r LE CARDINAL MAURY

La biographie a toujours été regardée comme une des parties les plus curieuses de la littérature historique, mais, depuis un certain nombre d'années, ce senre de littérature a pris un accroissement particulier. Conséquence forcée de la nature des choses de ce temps, le mouvement d'idées qui tend à multiplier les biographies est le même que celui qui multiplie, dans îios expositions, ce nombre fatigant de portraits qui vont chaque jour les envahissant davantage. Portraits uu biographies, en effet, ce sont là les gouttes d'eau de cette mer de l'individualité qui monte et qui doit bientAl tout couvrir!

1. Le cardinal Maunj, sa vie el ses œuvres, P&r M. PoujpuUt il'ays, 30 «oui i855).

Dans un siècle où la démocratie n'est, en définitive, que le règne parcellaire de la personnalité universelle, chacun est un tout à sa manière et veut être regardé seul, détaché du fond sur lequel il serait perdu, s'il y restait, et rien de plus juste. Si chacun est un tout, pourquoi chacun n'aurait-il pas droit à cette intéressante prise à partie?... Dun autre côté, indépendamment de ce sentiment individuel que nous poussons jusqu'à la plus puérile idolâtrie, une autre préoccupation moderne assure pour longtemps lavenir de la biographie historique: c'est le besoin de réaliser en toute matière ce dix-huiliènie d'épingle de la division du travail, qui est, comme on sait, le chef-d'œuvre de l'esprit humain dans ses meilleurs jours! Il n'est donc pas dit que d'ici à très peu d'années, la biographie ne soit pas notre unique manière d'écrire l'histoire.

Ce n'est pas l'histoire, cependant. C'est plus et c'est moins que l'histoire, et voilà pourquoi elle convient peut-être davantage à nos mœurs. La biographie entre dans des détails que l'histoire, qui voit les ensembles et qui tient sa tête pensive dans la lumière des généralités, ne se baisserait pas pour ramasseràses pieds majestueux, tandis que la biographie, qui n'est pas si fière, les ramasse, elle. Malgré la familiarité de l'image, je dirais presque que la biographie est la chiffonnière de l'histoire. Elle recueille, glane et fourrage pour son service, et si l'histoire ne prend pas tout ce qu'elle lui offre, elle en tient compte du moins, et l'on sent, quand

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