Préface des Œuvres diverses de P^ul de Molènes
de mourir, lui, il avait vécu ! Il avait respiré cette rose du succès qui se mêle si bien à toutes les autres roses de la jeunesse, et qui, la jeunesse passée, ne remonte plus pour refleurir et pour donner le même parfum et la même ivresse. Quand Paul de Molènes mourut, si jeune encore, ses contemporains le regrettèrent comme on regrette un talent interrompu dans le plus beau moment de son éclat. Ses livres s'étaient enlevés. Son nom avait retenti. L'écrivain avait été exalté par ceux-là qui pouvaient l'apprécier avec le plus de compétence. Mais pour que tout soit également amer dans celte funeste destinée des lettres, même dans une de celles qui nous paraît la plus heureuse, le silence se fît bientôt sur les œuvres et le nom de Paul de Molènes, et c'est ce silence, qui pourrait s'obstiner, qu'on veut rompre aujourd'hui. Balayer cette tombée de silence et d'oubli étendue sur des livres toujours charmants et souvent sublimes, les replacer sous les yeux qui ne les voient plus et les forcer de les regarder, telle est la pensée qui a inspiré cette édition. Ramener à un homme, par une nouvelle réimpression de ses œuvres, la renommée dont il n'a joui que quelques jours, n'est-ce pas la plus noble et la meilleure manière de fixer celte renommée et de lui donner la solidité delà gloire?
Car ce n'est pas moi qui lui marchanderai ce grand mot-là... Paul de Molènes a toutes les qualités qui font la gloire et qui la méritent. Il naquit aux lettres