‹ Mémoires historiques et littérairesChapitre 9 sur 10 · PAUL D K M 0 L È N E S · texte numérisé non relu

PAUL D K M 0 L È N E S

âme, et qui en aima tout, jusqu'aux violences, jusqu'aux caprices, jusqu'à ce que d'autres que lui pourraient appeler des laideurs. Voilà la passion de sa vie ! Les livres qu'il a publiés sont moins des souvenirs du passé que des actes d'adoration perpétuelle... Et quoiqu'il y ait dans ses livres des faits d'un intérêt immense, de grands spectacles peints avec le pittoresque ardent allumé par les objets mêmes de ces spectacles, ce n'est ni le talent du peintre, ni le vivant ou l'énergie de sa peinture qui frappe et touche, c'est le sentiment qui anime ces pages et qui les traverse en y circulant. Jamais homme et jeune homme n'a aimé la guerre avec plus d'enthousiasme, d'entrain, de poésie ! Ce qui fit quelques heures de la vie du prince de Ligne, fut toute la vie de Paul de Molènes. Quelle intensité I Prenez, si vous voulez, tous les Mémoires militaires de ce pays soldat, comme dit Chateaubriand (qui lui aussi l'avait été), depuis les récits naïvement héroïques du sire de Joinville, le pieux croisé, qui se battit et écrivit toujours les yeux sur saint Louis dans l'extase du vassal devant son seigneur bien-aimé, jusqu'aux Mémoires de Monlluc, le capitaine catholique, le Simon de Monlforl du x?i* siècle; depuis le judicieux Tessé jusqu'à Kléber, à l'imagination orientale, qui a vaincu l'Orient où il est tombé; et vous n'avez rien de l'accent qui est ici, résultat de la plus admirable combinaison d'un poète du xîx* siècle et d'un soldai qui est soldat comme

on l'a toujours été en France,, dans tous les siècles. En toute cette littérature de l'action, qui, un jour, s'est mise à écrire, vous avez bien des éloquences différentes, éclatantes ou profondes, simples ou grandioses ; mais nulle part je n'ai entendu une plus belle sonnerie de clairons qu'en ces livres d'une imagination guerrière. Il y a telle page de Paul de iMolènes que je pourrais citer, et qui fait réellement et littéralement battre la charge à nos cœurs électrisés !

La guerre, qu'il a aimée avec transport et qu'il a faite avec l'enthousiasme du poète et la vaillance du héros, n'a donc pas été uniquement la destinée de toute sa vie : elle a été aussi la destinée de son talent. En le confisquant à son profit tout entier, elle a créé à ce talent une originalité sans rivale. Personne, que je sache, n'a parlé de la guerre comme Paul de Molènes, parce que personne ne l'a aimée d'un amour plus exalté et plus fidèle. Son amour pour elle fut un de ceux-là qui ne font jamais souffrir et rendent éternellement heureux, et ce bonheur, qui dura toujours, lui a donné, en parlant de la guerre, un accent personnel incommutable comme la splendeur fixe de l'étoile polaire de sa vie. L'e'crivain militaire chez de Molènes n'est ni un Maurice de Saxe, ni un Jomini. Il ne nous donne ni la théorie de la guerre, ni l'histoire stratégique des guerres qu'il a faites. Il se contente de faire le récit de ses impressions de camp etde combat. Mais cela suffit pour la gloire de sa plume et pour

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