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ANNEXES

Annexe A*.

« Fard doit natif de Cap en Dauphiné, gentilhomme de eon dition, doué de lions moyens, lesquels il perdit tous pour la religion... Ayant appliqué son coeur aux lettres et sciences, il les poursuivit bien avant, par un désir de s’y perfectionner, et par bénédiction, laquelle Dieu donna à ses études dans la ville de Paris. 11 advança fort dans la philosophie, et dès la philosophie s'efforça de connoitre quelque chose en la théologie et aux langues, surtout d’avoir la science de la langue grecque et hébraïque. Un sien livre de raison , écrit lorsqu’il faisoit ses études à Paris, parle du progrès d’icelles, en l’an 1519, 1520, 1521, 1522, pendant lequel temps il étoit grandement chéri et honoré par deux siens maîtres et précepteurs, l’un appelé Jacques Lefèvre d’Estaplcs, en Picardie, docteur célèbre de la Sorbonne *;

1 Extrait du manuscrit n“ 147, contenant la Vie inédite de F arel et la Chronique sur la réfoi malion de Centre, par le ministre Froment.

* « Maistre Jacques Falier (Lefèvre) faisoit les plus grandes révérences aux images qu'autre personnage que j’ayc connu, cl demeurant longuement il prioil cl disoit ses heures devant icelles; à quoi souvent je lui ai tenu compagnie, fort joyeux d’avoir accès à un tel homme, qui, combien qu’il fût en lacqs du pape et qu'il tint les choses les plus détestables de la papauté, comme est la messe et tonte idolâtrie papale, néanmoins souventes fois me disoit que Dieu renouvellerait le monde et que je le verroye. » (Manifeste de Farel, intitulé : ,1 tous seigneurs et peuples et pasteurs à qui le Seigneur m'a donnt actes, qui m’ont aidé et assisté en l'œutre de Noire-Seigneur et envers lesquels Dieu s’est servi de moi, en la prédication de son saint Évangile, grâce, paix, salut et rie vous soient donnés. A la lin de la vie de Farel, même manuscrit.)

Farci avait été d’abord aussi fervent catholique que Lefèvre d'Étaples : « l a

l'autre, maître Girard Rouf, lesquels, depuis sa sortie de France, lui ont rescrit pour témoignage d'affection... 11 alla à Strasbourg (1520). il y rencontra les deux excellents personnages de la ville, Wolgang Capito et Martin Bucer, auxquels d’entrée se fit connoitre, et captiva tellement leur bienveillance, que sur les témoignages de piété, courage, zèle et suffisance, lesquels il leur lit recevoir pour leur être joint en l'ieuvre dn Seigneur, ils lui donnèrent la main d'association, et contractèrent par ensemble une amitié si sincère et si sainte, que jusques à leur mort ils ont nourri par lettres une communication de sentiments, avis, conseils, sur tous incidents d’affaires et concernant la religion.

a Sortant de là s’en alla à la comté de Montbelliard, où l’on |*arle le langage françois pour essayer de prescher l’Évangile. Estant eu la ville de Montbelliard il ne put prescher ès templps à cause que les prestres ne le luy vouloient permettre, mais il prcscha par les rues et maisons et esdiffîces. Ceci étoit en l’an 1527. Advint un jour que les prestres faysoient leur procession et portoient la chasse qu'ils appeloicnt de Saint-Anthoine, ayant après eux grande suite de peuple selon la coustume. Farci les rencontra sur le pont; voyant deux prestres qui sur leurs épaules portoient la susdite chasse qui marchoient les premiers, l'enleva

papauté, «lit-il lui-inéme, n'est tant papale que mon coeur l’a été. 11 n'v avoi* pas de chanteur de messes et d’adorateur d'images comme moi... J'étois tellement perverti, que s'il y avoit personnage qui fut approuvé selon le pape Ù m’étoil comme Dieu. Si quelqu'un disoit quelque chose où le pape fût en quelque mépris, j’eusse voulu qu'un Ici et tout ce qui ne servoit à la papauté et au pape, pour tout ce qu'il a ordonné en l’Eglise, fût abattu, ruiné, détruit. » (Manifeste de Farci, intitulé : .4 tous seigneurs, etc.)

Mais bientôt la lecture de la Bible opéra en lui une conversion, qui fut achevée par 1 efèvre d'Élaples. - Je fus fort ébahi, ajoute-t-il, en voyant que sur la terre tout étoil autrement en vie et doctrine que ne porte la sainte

Écriture Là fut du tout ébranlée la papauté eu mon cœur, et lors je

commentai à la détester comme diabolique, étant marri d'avoir été si longuement déçu par elle, et la sainte parole de Dieu commença à avoir la première place en mon cœur. Et en général, je connus et commençai à juger et tenir que tout ce qui n'étoil selon la parole de Dieu étoit péché, méchant el maudit, et que les lois et traditions humaines qui changent les consciences éloient toutes abominables. Lors j'entendis que le canon môme de la messe devoit faire place à la parole de Dieu, el qu'il étoit digne de toute exécration. Mais cependant, combien que je seusse que tous les prêtres font mal de le-

on.

et jetta en l'eau du pont en bas; puis par grand zèle et hardiesse addressant la parole au peuple, dit : Povres idolâtres, ne lairrezvous jamais votre idolâtrie? Le peuple et les prestres voyant cela furent tout estonnez et si animez, qu’ils se ruèrent contre luy, et l’eussent tué si, ce jour, Dieu, par une spéciale providence, ne l’eùt préservé.

« Finalement Farel fut contrainct de s’en aller de Montbelliard et s’en vint inconnu au comté de Neufehatel, et de premier abord luy fut donné licence de prescher dans la ville de Neufcbatel. 11 fut contrainct de se rcvestir d'un surplis de prestre, d’autant que sans cela n’eust esté ouv. Ainsi il se transfiguroit au commencement, sans idolâtrie, de plusieurs maniérés pour avoir entrée de prescher en la langue françoise, mais voulant entrer en chaire dans leur temple fut cogneu d’aucuns et fust empesché de prescher pour lors parce qu’ils disoient aux aultres qu’il avoit troublé Basic par scs disputes et Montbelliard par ses prédications, et finalement firent tant qu’il fust contrainct de s’en aller.

« Partant de Neufehatel il alla à deux journées de là en une bourgade près des Valaysans appellée Aigle ou comme on prononce Aille qui est sous la seigneurie de Berne en laquelle on parle savoysien ; estant là arrivé il lui fust besoin d'user de sub-

nir leur messe pour sacrifiée pour les péchés, et de manger seuls, el qu’en cc qu’ils mettent la messe au lieu de la cène de Jésus, il y devroit avoir communion. Car en l'ordonnance de Jésus et coutume que tous doivent manger du pain et boire du vin; et combien que j'eusse telle connoissance de la messe, néanmoins encore demeuroit une grosse racine de l’enchantement de Satan, tellement que je ne pouvois rejeter cette messe ; mais j’étois encore tellement ensorcelé d'icelle, que je pensois, quelque chose que j’y connusse de mal et quelque gouffre de malédiction qui y fût, néanmoins il y avoit beaucoup de biens et bénédiction. Mais surtout la séduction m'a longuement aveuglé & cause de l'adoration du pain et du vin, et de ce que j'ai cru que le corps et le sang de Jésus-Clirist y étoient au lieu du pain et du vin, je ne sais par quel mélange, car un tel songe inventé des hommes, n'ayant aucun fondement en l'Écriture, et qui ne peut avoir lieu selon que le nom et l'étre du sacrement portent, je me suis fait violence comme aux choses qui surmontent tant l’entendement que nous nous abaissions et soumettions notre jugement. Ainsi ai-je fait longtemps & ce songe papal du dieu de paste... J'ai été fort longtemps en cette séduction ; mais ce bon père de miséricorde à la lin m’a retiré d'une si dangereuse idolâtrie et abusion. * (Manifeste de Karel, intitulé : A tous seigneurs, etc.)

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tils moyens pour avoir entrée à prescher et entre autres il se fîst maistre d’école et apprenoit les petits enfans à ses propres despens; en cette sorte, de petit à petit il print avec eux cognoissance et commença à prescher l’Evangile; mais il fut bientôt descouvert ; parqnoy leurs prestrc-s luy résistèrent de toutes leurs forces, faisant grands ctîoils pour l’empescher et disoient que s’il preschoit tout leur cas seroit gasté.

« Environ ce. temps là, assavoir l’an 1526 et 1527, un prestre de Berne nommé Bcrthold (Haller), homme sçavant, commença à prescher à Berne contre les superstitions papistiques, et combien qu’il heust plusieurs fascheries et grandes résistances, toutefois Dieu par le ministère de Bcrthold donna commencement à son Évangile à Berne ; lui et quelques aultres de Berne escrivoyent à Farel l’exortant à persévérer et que Dieu en bref donneroit bonne issue à son œuvre, ce qui advint bientost après, car en l’an 1528 on lit à Berne des disputes générales; èsquellcs furent Bucer, Capito et Zwingle, èsquellcs la doctrine papale fut condamnée et l’Évangile confirmé, parquov la superstition papistique fut ostée de Berne, et de tout son pais qui est fort grand et l’Évangile y fut planté, et pour ce que Aigle est de la comté et seigneurie de Berne elle aussi reçeut l’Évangile par le commandement des seigneurs de Berne, et y constitua-t-on des ministres évangéliques,

« Or Farel désirant d’advancer de plus en plus le royaume de Dieu partit de ceste bourgade là et vint à Mornt qui est une petite ville sous la seigneurie de Berne et Fribourg, et parce que la seigneurie de Berne avoit l'Evangile et celle de Fribourg suivoit et suit encore la doctrine du pape, par accord ils avoient arresté que quand quelques-uns des terres à eux communes demanderovent l’Évangile qu’on leur bailleroit des ministres, mais que les pi ètres et les cérémonies papales y demeureroient jusqu’à ce qu’il se trouvast plus grand nombre de ceux qui demanderoyent l'Évangile que de ceux qui suivroyent le pape, et advenant que le nombre des Évangélistes fust le plus grand, lu papisterie seroit en ce lieu là abolie. Cela est cause qu'il y a encore quelques villages de ces terres là qui retiennent les superstitions papistiques combien que petit à petit Dieu les abolist par là. Or

392 ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFuRME

Morat estoit en cette condition là et Farel y fust reçeu [>our ministre, le ministère duquel fust tellement bénv de Dieu que la plus grande partie demanda la réformation de l’Évangile. Donc en vertu de cet accord la quelque résistance que lissent les seigneurs de Fribourg et plusieurs prestres et autres de Morat la réformation évangélique que les seigneurs de Berne avoient prise y fust mise et la papisterie y fust chassée ; et même plusieurs prestres et autres reçeurent la susdite réformation. Or les seigneurs de Berne s'employèrent bien à cela comme à la vérité ils méritent cette louange de s’être fort bien employés en ces commencements lit à avancer l’Évangile et ruiner la papauté.

« Farel poursuivant son dessein et affection départit de Morat |>our aller à Sienne. Or Bienne est une ville alliée de Berne, et avoit reçeu l’Évangile et chassé la papauté avant que Berne l’eust fait, tellement que ceux de Berne estant encore superstitieux vouloyent contraindre ceux de Bienne à remettre en leur ville la papisterie et chasser l’Évangile, les menaçant de leur faire la guerre s’ils ne le faisoyent, et de faict ils les faschèrent tant qu’ils furent contraincts d’acquiescer à ceux de Berne, mais ce. ne fust que pour un petit temps, d’autant que peu après ceux de Berne de persécuteurs de l’Évangile en furent faicts les protecteurs.

« Estant là arrivé il leur demanda licence de prescher en leurs terres qui parloyent le langage françois ou plustost savoysien, lequel ils appellent Wallon ou Roman, car une partie de la terre de ceux de Bienne parle et' langage là et l’autre allemand et ont des ministres de l’une et de l'autre langue. 11 fust fort bien reçeu d’eux et lui accordèrent facilement sa demande, fort joyeux de sa venue, laquelle ils avoient souvent souhaitée, ayant ouy parler de luy. Après qu’il les eut confirmés par la parole de Dieu en la profession de l’Évangile, se déporta de là, il alla en une bourgade en laquelle l’Évangile n’étoit pas encore cognu, laquelle est appellée Tavannes qui est voisine de Bienne. Il entra dans le temple «l’icelle et ainsy que le prestre disoyt encore sa messe il fit un presche d’une telle véhémence et efficace qu’incontinant qu’il l’cust achevé tout le peuple assistant, d'un accord mit bas les images et autres dont le povre prestre qui rhantoit sa messe

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ne la put parachever, mais tout estonné s’enfuit en sa maison, estant encore revestu de ses habits aves lesquels on chante messe. Ceux des lieux circonvoisins ayant entendu la renommée de Farci et ne l’ayant ouy prescher desiroient fort de l'ouvr et le vinrent quérir à Tavannes pour prescher en leurs places et contrées, et reçeurent l’Évangile ainsi que l’avoyent fait ceux de Tavannes, tellement que le bruict en fust grand par tout ce pais là et ceux circonvoisins; puis s’en vint en la comté de Neufchatel là où il avoit déjà essayé de prescher pour voir si Dieu ne lui hailleroit point meilleure ouverture que l’autre fois. En tous ces lieux là il constitua des ministres.

« Il arriva en un village nommé Sevrières près de la ville de Neufchatel où le curé du lieu ayant quelque goust de l’Évangile le retira en sa maison et lui permit de prescher dehors son temple non obstant les deffenses que fîst lors le gouverneur du comté nommé George de R i vc seigneur de Frangins, qu’on ne permit point prescher Farel en lieu quelconque du comté de Neufchatel et que nul n’eust à l’escouter. Non obstant les empêcbemens que donnoyent les susdits gouverneurs et les chanoines et prestres, Farel y prescha, et ayant esté ouy d’aucuns de Neufchatel auxquels Dieu avoit donné cognoissance de la vérité, ils le menèrent dans la ville où bon gré mal gré le gouverneur et les prestres il prescha par les rues et à la place publique là où il fit un sermon de si grande efficace que le peuple l’ayant entendu le mena malgré les prestres prescher en l’hôpital de la ville dans lequel il fit plusieurs sermons. En ce lieu là entr’autres propos il dit qu’ainsy que Christ estoit nay en un establc pauvrement aussy à Neufchatel l’Évangile naistroit à l’hôpital ; ce qui de fait advint car n’y presclia pas long-temps sans remontrer aux auditeurs qu’on fit pour le moins autant d’honneur à l'Évangile que leurs prestres faisoyent à leur messe d’estre presché au temple, ce qui fut faict, et le bruit en fut espars par tous les villages à l’environ auxquels aussy il alloit prescher.

< En jour qu'on appelle Notre-Dame d’aougst, accompagné d’un jeune homme natif de Dauphiné, il prescha en une bourgade nommée Valangin auprès de Neufchatel qui toutefois n’estoit pas du comté, mais une seigneurie appartenant au comte

d’Eschallenes ; ainsy comme il prescboit le prestre aussy chantoit la messe, et le jeune homme qui lui avoit fait compagnie voyant que le peuple s'arrestoit après le prestre et qu’il empesrlioit d’ouyr prescher Karel, ainsy que le prestre levoit son Dieu, estant esmeu de zèle ne se peut contenir qu’il ne l’arracha d’entre les mains d’iceluy et se tournant vers le peuple dit : Ce n’est pas icv le dieu qu’il vous faut adorer; il est là sus au ciel en la majesté du père et non entre les mains des preslres comme vous euidez et comme ils vous donnent à entendre.

« De ce fait les prestres et plusieurs autres furent grandement irrités et sonnèrent incontinant les cloches pour empêcher d’ouyr prescher Karel et d’assembler le peuple ; et toutefois Dieu délivra pour ce coup Farel et son compagnon ; mais le jour même, comme ils s’en retournoyent à Neufcliatel passant par la ville de Vallangin par un lieu estroit où est le chasteau, ils furent assaillis d’une vingtaine de personnes tant preslres que autres hommes et femmes desquels il furent rudement battus et blessés par coups de pierres et hastons. Les prestres n’avoient pas alors les gouttes aux pieds et bras ; ils les battirent tellement que peu s’en fallut qu’ils n’en perdissent la vie, et les menèrent comme prisonniers au chasteau de la dame du lieu, laquelle estoit consentante au faict; or, en les menant, ils firent entrer Farel dans une petite chapelle et là le vouloyent contraindre de se prosterner devant une image de la vierge Marie, à quoi il résista constamment, les admonestant d’adorer un seul Dieu en Esprit et Vérité, non les images muettes et sans pouvoir; mais eux le frappoient d’autant plus rudement, estant fâchez de ses propos et constance, tellement qu’il y eut grande effusion de son sang, les marques duquel six ans après furent trouvées en la muraille de la chapelle. Ils les conduisirent, frappant sur eux, jusques à ce qu’ils furent mis dedans les prisons du chasteau desquelles depuis ils furent délivrés par ceux de Neufchatcl qui, advertis de l’outrage qu’on leur avoit fait, les allèrent promptement quérir et tirer hors de prison, et jaçoit que les prestres et ceux qui les avoient assaillis fussent depuis jugez et reputez comme brigands, toutefois nulle punition n’en fut faite, mcsine depuis le prestre qui avoit mieux battu Farel que les autres maugeoit tous les jours à

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la table de la dame pour récompense, d’autant que la dame esloit papiste et leur portoit faveur. Neantmoins malgré elle l'Évangile fut planté en toute sa terre et la papislerie chassée, sinon qu’elle avec aucuns sieurs prestres retinrent leur vieille religion jusqu’à la fin de sa vie et est morte en sa superstition.

« Quelque temps après Karel ayant constitué des ministres au comté de Neufchatel alla prescher en deux petites villes qui sont sujettes partie à Berne, partie à Fribourg, assavoir G ru n son qui est située sur le lac d’Iverdun et Orbe, esquelles il eut de grandes * contradictions, voire plus qu’en lieu où il eut jamais presclié ; toutefois finalement Dieu y planta son Évangile, combien que la religion papistique y soit demeurée jusqu’en 1554 auquel les superstitions papales furent du tout chassées de ces deux villes, la cause qu’il y heust plus grand nombre de ceux qui voulloyent l’Évangile que de ceux qui désiroient la messe et papisteric estre en vertu de l’accord faict entre les deux seigneuries de Berne et de Fribourg duquel nous avons ci-dessus parlé.

« L’occasion qu’il eut de prescher à Orbe lui fut baillée par les seigneurs de Berne!, lesquels ayant entendu qu’un certain Caphard avoit presché contre la doctrine de l’Évangile ordonnèrent que Farel iroit pour défendre la querelle de l’Évangile et la leur et que tous ceux d'Orbe y assisteroyent, car ils se trouvovent intéressez pour avoir esté injuriez du susdit moine.

« Combien qu’ils cherchassent plus occasion d’avancer l’Évangile qu’autre chose, ils envoyèrent avec Farel dix ambassadeurs pour mettre en exécution leur ordonnance à laquelle ceux d’Orbe furent contraincts d’obéir; mais ils espéroient que Farel ne feroit qu’un presche pour faire ce que l’ordonnance des seigneurs de Berne portoit; des ambassadeurs furent contraincts de s’en retourner et de le laisser là, car ils virent bien qu’il ne laisseroit d’y prescher sous l’occasion, laquelle ils luy avoient baillée, que l’Évangile n’y fust reçeu ou qu’il ne fust mort. Eux estant partis, un grand trouble advint ainsy que Farel prcschoit, car plusieurs desguesnerent leurs épées sur luy ou pour luy faire outrage ou plustot pour Festonner afin qu’il ne preschàt plus. Mais il ne se troubla oucques, ains poursuivit son presche aussi bien que si tous l’eussent escouté paisiblement et sans faire semblant de rien qu’il vit, de quoy tous estoient estonnez,

« En ce temps là Pierre Viret estoit à Orbe de laquelle il estoit natif et estoit alors fort jeune et n’y avoit pas long-temps «ju’il estoit retourné des estudes de Paris. Farel voyant quec’estoit un homme d’un fort grand espoir tascha à l'introduire au ministère à Orbe et usa de toutes les persuasions qu’il put pour le faire prcscher, à quoi Viret résistoit de tout son pouvoir, d’autant qu’il considérait la grandeur et difficultés du ministère de l’Évangile et que de son naturel il estoit craintif et modeste. Farel eognoissaut que Viret estoit touché de la crainte de Dieu et que pour rien il ne voudrait que l’Evangile cessât d’être presché dans Orbe, il se partit de là, laissant Viret en sa place, usant envers iuy de grandes obtestations et adjurations pour luy faire poursuivre l’œuvre qu’il avoit commencée. En cette sorte Viret fut contrainct de prescher et d’accepter le ministère et a depuis si bien fait son devoir à advancer l’Évangile tant par bonne vie que par ses presches et escripts qu’à bon droict il doit estre mis du premier rang de ceux qui en le temps ont esté les instruments par lesquels Dieu a restauré sa vérité au monde. »

Annexe II.

Michel Servet, autrement appelé lieues ou I illunovus, était né à Villenueva, en Aragon, dans l’année 1509 '. 11 reçut sa première éducation en Espagne, et il se rendit ensuite en France. U étudia le droit à Toulouse. Pendant qu’il était dans cette ville, les discussions soulevées par Luther, et qui se propageaient partout, vinrent exciter son esprit curieux et hardi. Jusque-là il n’a-

1 Voir : Histoire rie Michel Serve/, par M. de la Roche, dans la bibliothèque anglaise; Amsterdam, t7l7, 1. 11, 1" partie, p. 76 à 198. — llisloria Michaelis Serveli, auctor Hcnricus al» Allwocrdcn. — Sladensis theol. cttllor.; llelmstadii, an. 1727, p. 4. — Voir aussi Essai d'une histoire complète et impartiale ries hérétiques, par Jean Laurent Mosheim, chancelier de l’université de Gcettingue ; llelmsladt, 1748, in-4* de 500 pages, en allemand, contenant l'histoire de Servet.

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vait jamais lu la Bible. 11 la lut alors avec celte disposition indépendante qui était le caractère du temps, et qui appartenait plus à lui encore qu'à tout autre. Les divers novateurs avaient respecté la doctrine sur la trinité. 11 conçut sur elle un nouveau système qui se rapprochait de celui des anciens ariens; mais, craignant de le publier en Fi ance, il se retira à Bâle en 1530 '.

11 entra en communication et en controverse avec OEcolampade sur la question de la Trinité. Voici comment Bullinger rond compte de ces commencements des idées de Servet s :

« Cette année 1530, j’étais présent à un entretien que Zwinglc eut avec le pieux et aimé de Dieu docteur OEcolampade et avec Capito et Bucer, entretien dans lequel ils cherchaient comment et par quels moyens la vraie et saine vérité évangélique pourrait être conservée et avancée malgré la grande opposition et la résistance de beaucoup de gens. Alors OEcolampade se plaignit de ce qu’il y avait à Bâle un Espagnol bien impudent et obstiné, Michel Servet, qui venait d’élever des questions horribles et qui était un arien. Il ajouta qu'il était à craindre qu'il ne communiquât ces opinions abominables, non -seulement à lui dans ses conférences, mais aussi à d’autres. Zwinglc dit alors : « Frère « OEcolampade, tu as bien raison d'y veiller, car la fausse etmau- « vaisc doctrine du méchant et scélérat Espagnol pourrait bien « détruire toute notre religion chrétienne. Car, si Jésus-Christ « n’est pas vrai et éternel Dieu, il ne serait pas et ne jiourrait « pas être notre Sauveur ; et tout ce que les saints prophètes et « apôtres et les Églises ont enseigné, et dont nous sommes plus « que sûrs, serait faux ; Dieu nous préserve que de pareilles hor- « reurs se répandent parmi nous, aujourd’hui et jamais. C'est pour- « quoi fais-y attention de bonne heure, et repousse-le sérieuse- « ment. Réfute ses arguments futiles, et essaye si tu peux le « gagner à la vérité par des raisons claires et nettes. » OEcolampade répondit : « J’ai tout essayé avec lui, mais il <?sl orgueilleux, « et il aime tant les disputes, que rien n’a la moindre influence sur a lui. » Zwingle dit : « Cette affaire est une chose insupportable

* Allwoerden, p. 4 à 9.

* In prœfaliont ad responsionem minitlrot um ligurinorum ad Jac. Andream ;

AUwoerden, p. 9, note Z.

« dans l’Église de Dieu ; tâche donc que cette horrible doctrine, « qui blasphème Dieu, ne s’étende point au préjudice de la chré- « tienté. »

OEcolampade écrivit en conséquence les deux lettres suivantes à Servet pour le réfuter et le convaincre :

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