JEAN ŒCOLAÏPADE A SERVET D’ESPAGNE
« Que l'esprit du Scigucur soit avec luil
« Tu m’accuses de dureté et d’impatieuee à ton égard ; pour moi, j'ai une raison plus grande de me plaindre. Tu m’opposes, comme si j’étais un oisif, toutes les inepties que la Sorbonne a débitées sur la trinité. Tu supportes avec peine que j’approuve Athanaseet Grégoire de Nazianzc, ces grands théologiens, et qu’à ton exemple je ne les réfute point. Tu marches en ennemi contre l’Égl ise du Christ, qui fut pendant si longtemps écartée du fondement de sa foi. Tu ne souffres point que nous invoquions de nouveaux noms en notre témoignage, et néanmoins tu te le permets dans tes interprétations arbitraires. L’autorité de Tertullien l’emporte chez toi sur celle de toute l'Église. Tu feins de croire que nous parlons de la filiation de Dieu comme d’un acte matériel, que nous le regardons comme humainement fils de Dieu, et que nous anéantissons le titre de Fils de Dieu ; et tu nous attribues ces choses avec de tels blasphèmes, que j'y découvre une ruse diabolique; et cependant je te parais agir peu chétiennement à ton égard, parce que je n’ai pas plus de patience, et que je souffre amèrement que Jésus-Christ, le Fils de Dieu, soit ainsi abaissé. En d’autres choses je serai doux, mais je ne puis l'ôtre à l’égard des blasphèmes contre le Christ. Toutefois je recommencerai en peu de mots, et je justifierai ma croyance ; je le ferai, non pour satisfaire à ta curiosité et à ton goût pour la dispute, mais pour que tu ne t'enorgueillisses pas sans cesse de m’avoir trouvé sans réponse.
« Tu nies que les deux natures puissent coexister dans la même personne. Moi, je réponds d’après Jean : Le Verbe a été fait chair,
A GENÈVE
Verbtrn caro factum est. Ainsi donc le Verbe et la chair sont les attributs d'une même personne ; et on ne peut nier que le Verbe et la chair ne forment deux natures diverses, le Verbe n’ayant pas la nature de la chair, et la chair n’ayant pas celle du Verbe. Tu réponds que jusqu’à ce jour on a désigné le Fils par le Verbe , de sorte que la personne du Verbe ne serait pas distincte de celle du Fils (c’est-à-dire, d'après toi, de celle de l'homme). Mais tu attaques injustement les Pères de l’Eglise ; car, s’ils appelèrent Verbe le fils, ils le firent parce qu'il réunit en lui toute la nature de son Père. Ils disent que le Fils est consubstantiel au Père, et l’image expresse de sa substance; d’après Paul, dis-tu encore, le Fils, lorsqu’il était dans la forme de Dieu, se serait anéanti comme Dieu pour prendre la forme de l'esclave. Pour toi, la prolation est la génération même de la chair. Moi, je sais que la prolation du Verbe exista au commencement, et fut toujours chez Dieu; car le Verbe repousse tout accroissement. Mais, pour la génération de la chair, il n’en est pas ainsi. Elle a commencé en même temps que le monde. Que si tu dis que la chair ayant existé de toute éternité, elle n’est pas autre chose que le monde; tu feras ainsi un Fils de Dieu éminent, en ne distinguant point le Verbe du Fils, ce qui est ton sentiment. Au commencement était le Verbe, c’est-à-dire, au commencement existait l’image expresse de la substance de Dieu. Or le Fils, qui est cette image invisible de Dieu, existait aussi. Tu réponds : Dans les écrits des prophètes, ne prédit-on pas la future venue du Fils? Mais n’avoueras-tu pas que le Fils de Dieu devait se faire homme ? tu soutiens que l’houime devait se transformer en Fils de Dieu ; mais où tend ce raisonnement ? que le Fils de Dieu n’existait pas avant l’incarnation. Comment donc est-il sorti du Père ? comment était-il avant Abraham ? comment a-t-il paru au commencement des jours de l’éternité? Tu réponds : Je soutiens que le monde est de toute éternité, quoiqu’il ait été créé par Dieu ; et c’est la même proposition de dire que le Fils est depuis la création du monde, ou, en d’autres termes, depuis son commencement, et qu’il est depuis l’éternité. Voilà donc la gloire que tu attribues au fils de Dieu. Tu le fais coéternel à son Père de la même manière que le monde. Mais, par ce raisonnement, tu détruis la paternité divine. Si pour toi.
en effet, le Fils a commencé (d’être), le Père a aussi commencé.
0 pitié ! celui par qui il a créé les siècles n’a pas plus existé avant les siècles qu'il n’a existé avant le monde, qui fut créé aussi ! Voilà comme tu honores le Fils de Dieu. Ta confession est celle-ci :
« Nous confessons dans notre foi qu’il est un Dieu tout-puissant,
« seul, entièrement simple, et eu aucune manière composé, qui,
« par son Verbe et l’Esprit saint, créa et raffermit toutes choses;
« il dit, et elles furent ; il ordonna, et elles subsistèrent. Nous « croyons en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, engen- « dré par le Verbe éternel de son Père et constitué par Dieu pour « être notre Sauveur; nous croyons que par son intercession « auprès de son Père, son saint Esprit nous est communiqué par « le ministère des anges ; et nous louons, et bénissons, et glorih fions tous ses ouvrages comme la gloire et la puissance de Dieu,
« et nous baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, h à la gloire des dispositions inexprimables de Dieu pour assurer « notre salut. » Cette confession, dis-je, un homme simple et sans défiance l’approuverait peut-être. Mais, parce que tu as déclaré ton sentiment, je l’exècre comme fausse. Nous admettons et nous aussi Dieu simple de nature, et en aucune manière composé : mais dans cette très-simple nature nous reconnaissons trois h y posta scs, dont la diversité de nature n'altère point la simplicité divine. Nous admettons et nous aussi un Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, conçu par une merveilleuse opération de l'Esprit saint, mais Fils de Dieu avant d’être conçu. Car, quoique le Fils de Dieuaitcommoncé d’être homme, il n’en était pas moins auparavant le Verbe Fils de Dieu. Nous admettons aussi qu’il a été établi notre Sauveur, et que, par son intercession, l'Esprit saint est envoyé par le Père; mais parce qu’il était le Fils de Dieu lui-même il est sorti de la semence d’ Abraham, il est devenu participant de notre chair et de notre sang, afin que, semblable à ses frères, il fût miséricordieux et fidèle pontife dans nos rapports avec Dieu. Ensuite, quant à cette proposition : que l’Esprit saint nous est communiqué par le ministère des anges, je ne sais qui la comprendra. Car nous disons que l'Esprit saint est le Seigneur des anges, et gouverne les anges, et qu'il agit lui-même par voie d'insinuation. Nous glorifions et nous aussi la puissance et la sagesse de Dieu
A GENEVE
dans les créatures. Nous repoussons cependant cette doctrine que le Fils et l’Esprit saint, au nom desquels nous baptisons, soient placés parmi les œuvres de Dieu, au nombre des créatures ; quoique nous sachions pourtant que l'Homme-Christ, quant à ce qui touche à son humanité, est une créature, et qu'il distribue des dons divins qui sont des œuvres de Dieu ainsi que ces divines agitations qu'éprouvent les enfants de Dieu enflammés par l’Esprit saint et le vrai Dieu. Au reste, j'ai assez vu combien tu diffères de nous ; tu judaïses plus que tu n’annonces la gloire du Christ. J’écris cec1 non point dans la chaleur de la colère, mais je veux conserver la foi à mon Dieu. Je le prie de t’éclairer, pour que tu reconnaisses en effet le Christ comme Fils de Dieu, et que tu le confesses. Ainsi soit-il *. »
A I.’fSPAGNOL SEBVET, NIANT LA CONSUBSTANTIALITÉ DD CHRIST,