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302 ÉTABLISSEMENT UE LA llÉEOltME
de la main au nombreux auditoire (|ui l’entourailde garder le silence. Lorsque tous se furent tus, il les exhorta à se mettre a genoux et a se recueillir intérieurement; puis, élevant la voix, il lit précéder son sermon d’une prière dans laquelle il demandait a Dieu, d'une manière a la fois simple et touchante, de mettre dans la bouche de son serviteur l’intelligence de sa parole1. 11 finit son invocation par l’oraison dominicale, et il prit ensuite pour texte du premier sermon réformé qui fût prononcé dans Genève un verset de saint Matthieu sur les faux prophètes. 11 exposa, a ce propos, la doctrine évangélique d’après les opinions de Zwingle, qui étaient aussi celles de Farel, et il attaqua les dogmes, le culte et les prescriptions de l’Église romaine.
Il parlait depuis quelque temps, lorsque le conseil, qui s’était réuni a cette nouvelle, lui envoya l’ordre de cesser, par le grand sautier, exécuteur de ses volontés. Mais il répondit, par la phrase usitée en semblable occasion, qu'il valait mieux obéir à Dieu qu’aux hommes; et il continua. Un instant après, il fut plus sérieusement interrompu. Les prêtres s’étaient assemblés de leur côté, et descendaient en armes de l’église de Saint-Pierre sur la place du Molard. Claude Bernard, l’un des bourgeois évangé* ligues, qui les avait aperçus, accourut tout effrayé en criant : Sauvez-vous, sauvez-vous! Froment fut entraîné malgré lui et caché. Il resta quelque temps
1 Chronique inédite de Priment, uiauusc. u* 147.
encore à Genève, enfermé dans les maisons de Jean Chautemps, d’Ami Perrin et d’Ayme Levet, qui, selon le droit qu’ils tenaient de leurs privilèges, le lirent passer pour leur serviteur ou leur apprenti, afin de pouvoir le garder dans la ville. Mais, comme il y e'tait un sujet permanent de trouble, et que les partisans des prêtres venaient assaillir d’injures et de pierres la maison qui lui servait d’asile, il fut contraint de sortir de la ville comme l’avait fait Farel1.
Son départ n’arrêta point les progrès de la réformation. Le parti évangélique devint chaque jour plus considérable. 11 resta encore quelque temps a l étal de parti secret. 11 tint des assemblées, mais il les tint de nuit. Ceux qui le composaient se réunissaient alternativement dans les maisons les uns des autres. Ils avaient des exemplaires de la Bible, traduite en français par Robert Olivetan, et imprimée a Neufchâtel par les soins de Farel. Ils avaient une bourse commune pour secourir les pauvres d’entre eux et les étrangers. La première cène leur fut distribuée dans le jardin d’Étienne Dadaz, placé dans les faubourgs de la ville, par un bonnetier nommé Guérin*.
‘ Ce récit est tiré de la Chronique inédite de Froment, rnanusc. n* 147.
* « Inspirés du Saint-Esprit, dit Froment, ils ne cessèrent de s assembler par les maisons et jardins, pour taire prières à Dieu, chanter psaumes, écouter l’Ecriture sainte, de sorte que la vie dissolue, fausse doctrine, superstitions et abus des prêtres, éloienl déjà découverts et tournés en moquerie par le peuple, même par les femmes et petits enfants, qui rommençoicnl à disputer contre eu\
Dès lors les Évangéliques, dont le nombre et la ferveur croissaient chaque jour, et les Catholiques, que leurs convictions, leurs intérêts et leurs passions rendaient défenseurs opiniâtres de l’ancienne croyance, formèrent dans Genève deux nouveaux partis. Ces partis succédèrent aux Eidguenots et aux Mamelus , et s’appuyèrent, l’un sur la ville protestante de Berne, l’autre sur la ville catholique de Fribourg. La lutte s’engagea promptement entre eux. Son issue était marquée d’avance par le sort des partis précédents. L’unité de croyance ne devait pas plus se conserver que l’unité de puissance n’avait pu s’établir. L’esprit de liberté et le besoin d’amélioration, qui avaient donné la victoire aux Eidguenots sur les Mamelus, devaient la donner aux protestants sur les catholiques, et le parti évangélique était destiné à triompher de l’évêque, comme le parti patriote avait triomphé du duc.
Les catholiques, qui formaient le parti le plus ancien et le plus animé, commencèrent l’attaque. Ayant vainement tenté d’empêcher l’introduction du protestantisme dans leur ville, ils recoururent aux armes pour arrêter ses progrès. Les Bernois adressèrent le 24 mars 1533, aux magistrats de Genève, par un héraut, deslettres en faveur des Évangéliques, et demandèrent qu’on cessât de les persécuter Celte nouvelle émut extrêmement la ville. Le con-
el à les arguer publiquement. » (Chronique inédite île Froment, mnnusc. n* 147.)
A GENËVK
seil s’assembla pour en délibérer* ; mais les prêtres se réunirent de lenr côté, dans la nuit du jeudi au vendredi saint (28 marsl, chez le grand vicaire de l’ évêque, et résolurent d’assaillir les luthériens le lendemain. Ceux-ci, sécrètement avertis par un prêtre, serendirenten armes, au nombre de soixantedeux, dans la maison de Baudichon de la Maison- Neuve. Ils y attendirent leurs ennemis de pied ferme. Pendant que les syndics et le conseil étaient en délibération sur les lettres écrites par la seigneurie de Berne, les prêtres firent fermer les portes de la ville et convoquèrent le peuple au son de la grosse cloche de Saint-Pierre. Pierre Vandel s’étant présenté dans la réunion des prêtres pour leur porter des paroles de paix, Portery, secrétaire de l’évêque, lui dit : Comment, traître! tu viens nous épier jusque dans le temple! 11 le blessa d’un coup de couteau, et Vandel eut beaucoup de peine a se sauver de leurs mains.
Les catholiques armés marchèrent, tambour en tête et enseignes déployées, vers la place du Molard, lieu de leur rendez-vous. Ils avaient une pièce d'artillerie pour battre en brèche la maison de Baudiclion. Leur première bande était forte de plusieurs centaines d’hommes, et arriva seule au rendez-vous. Ils en attendaient deux autres avant de se mettre en mouvement : l’une commandée par le capitaine Balesserd, l’autre par le chanoine de Vegi. Celle du
' Spon, t. I, p. 222, 223, et pour les incidents de cette attaque, la Chronique inédile de Froment, manusc. n* 147, liv. I.
capitaine Balesserd, qui venait du faubourg Saint- Gervais, fut rencontrée par le capitaine général Jean Philippe, partisan secret des réformés, et prononcé par devoir contre ces désordres publics. 11 la somma de se disperser, et il n’en vint h bout qu’en employant la force. Le capitaine et quelques-uns des siens furent blessés; les autres, intimidés, se retirèrent dans leurs maisons. Gette nouvelle arrêta la bande du chanoine de Vegi, et répandit le découragement dans la troupe déjà assemblée sur la place du Molard.
Ce fut alors que s’entremirent , comme médiateurs entre les deux partis, des marchands de Fribourg qui se trouvaient à Genève. Ils allèrent d’abord dans la maison de Baiulichon. Les évangéliques s’étaient recommandés à Dieu, après avoir juré à genoux de mourir pour sa cause, et de ne point s’abandonner les uns les autres. Ils s’étaient mis en bataille dans l’allée de la maison, la porte ouverte, attendant courageusement leurs ennemis. Comme ils n’étaient pas les agresseurs, ils accueillirent les propositions des Fribourgeois. Ils leur dirent qu’ils ne demandaient qu’à vivre en paix et selon Dieu; sinon, qu'ils se défendraient jusqu’au bout, quoique déplaisants, ajoutaient-ils, de nous battre contre nos parents, amis et voisins, à l’appétit des prêtres et des moines1.
Les Fribourgeois n’eurent pas de peine à prouver aux syndics et aux capitaines de quartier que s’il y
1 Chronique inédite de Froment, manusc. n* 147, liv. I.
A GENEVE
avait du sang versé il retomberait sur eux, et que leur charge les obligeait a rétablir le bon accord dans la ville. Mais ils trouvèrent les prêtres plus inflexibles. Ils leur représentèrent vainement que, s’ils étaient plus nombreux, leurs adversaires étaient plus intrépides et dans un meilleur ordre ; que leurs propres partisans avaient des enfants, des parents, des amis, dans les rangs contraires, et qu’ils ne voudraient ni les tuer ni se faire tuer par eux; qu’ils conseillaient donc aux bourgeois catholiques de se retirer et de laisser les prêtres tout seuls combattre les luthériens. Le peuple, qui les entendit, les approuva. Les catholiques rentrèrent chez eux en disant : Nous sommes bien fols; pourquoi nous faire tuer pour les prêtres ? qu’ils se défendent s’ils veulent, et qu’ils disputent par la suinte Écriture et non pas par l’épée1.
La paix se fit. Chaque parti donna trois des siens en otage. On promit de vivre en bonne amitié. Les syndics et le conseil firent crier le lendemain a son de trompe : Que les inimitiés cesseraient de part et d’autre, et qu’on ne s’adresserait ni injure ni reproche; qu’on ne parlerait point contre les sacrements de l’Église, et qu’on vivrait en toute liberté ; qu’on ne mangerait pas de chair le vendredi ni le samedi; qu’on ne pourrait pas prêcher sans la permission des supérieurs ecclésiastiques et des syndics, mais qu’on n'avancerait rien dans les sermons
1 Chronique inédile de Froment, manusc. n' 147, liv. I.
qui ne pût se prouver par l'Écriture sainte1 * 3. L’observation de ces articles* fut jurée par les séculiers devant les syndics, et par les ecclésiastiques devant le vicaire de l'évêque. Mais la question restait trop indécise, et les passions qui voulaient la résoudre étaient trop animées pour que de part et d'autre on ne cherchât point à la soumettre de nouveau â la décision des armes.
Un mois après, dans une nouvelle mêlée survenue à la suite d’une rixe, un chanoine nommé Werli fut tué d’un coup d’épée sur la place du Molard*. Ce chanoine était natif de Fribourg, et s’y trouvait puissamment apparenté. Aussi les Fribourgeois furent extrêmement irrités du meurtre de leur compatriote. Ils en demandèrent justice aux Genevois avec une ardeur passionnée. Saisissant cette occasion d’opposer une digue au cours des innovations religieuses, ils pressèrent l’évêque de retourner dans la ville pour y fortifier son parti chancelant. L’évêque se rendit â leur invitation et aux instances des siens. 11 rentra dans Genève, où il fut suivi de cent vingt Fribourgeois armés, conduits par les parents de Werli, qui vinrent se poster â Gaillard1. Aidé de l’espèce de découragement que cause toujours un excès commis a ceux a qui on le reproche.
1 Spon, t. I, p. 225.
* Ces articles lurent publiés et jurés le 50 mars. (Spon, t. I, p. 227, note Y de Gautier.)
3 Ualiffe, Notice) génial., t. III, p. 511 et suiv., et Chronique inédite de Froment , manusc. n* 147, liv. II. — Spon, t. I, p 226 et 227
* Spon, t. I, p. 228, et note A de Gantier.
il fil arrêter, comme complices de la mort de Werli, neuf bourgeois du parti évangélique1.
Mais il eut la maladresse d’élever un conllit de juridiction avec les syndics, en voulant leur enlever le jugement des prisonniers pour prononcer luimême sur leur sort. Cette prétention, qu'il ne parvint pas 'a faire admettre, indisposa le parti civil contre lui. Afin de donner une sorte de satisfaction dans cette affaire à tous les intéressés, on convint que les syndics jugeraient les prisonniers en présence de deux députés de Fribourg, de deux de fierne, et de deux commissaires épiscopaux*. Mais comme les bourgeois craignirent que l’évêque n’enlevât les prisonniers, et ne les conduisit sur terre de Savoie, ils redoublèrent de surveillance, et se tinrent armés dans les rues pendant la nuit*. L’évêque, intimidé par ces dispositions, qu’il regarda comme menaçantes pour lui, n’osa pas rester dans la ville. Il en sortit, le 13 juillet, par une voûte souterraine qui menait de l’évêché sur les bords du
* Spon, 1. 1, p. 229, dit qu’on n’arrêta que neuf homme* et une femme; mais Froment, dans sa Chronique inédile, manusc. n" 139, ch. ix, en nomme quinze, sans comprendre la femme de Jean Chautemps.
* Spon, t. II, p. 228 et 229, et noie A de Gautier.
3 « On se tenoit la nuit sous les armes, dit Spon, de peur que l’évêque n’enlevât les prisonniers. » (T. I, p. 229.) — « Le capitaine général Jean Philippe, avec Michel Ballhazard et Amy Bandière, mirent hon guet toute la nuit parmi la ville... Ils laisoienl bruire leurs armes, portoienl des mèches de leu... 1,’évêque cl ceux du château n’en dormirent toute la nuit. » (Chronique inédite de Froment, manusc. n" 139, ch. ix.)
lac1, où il s’embarqua, et il quitta il son tour Genève pour ne plus y reparaître. L’instruction du procès se poursuivit devant les syndics. Elle prouva l’innocence des accusés, et la violence emportée de Werli, qui frappait les évangéliques de ses armes au moment où il avait péri lui-même. Les prisonniers furent tous acquittés, à l’exception d’un nommé Comberet, qui avoua avoir donné au chanoine le coup de la mort, et qui fut condamné a perdre la tête*. Après son exécution, les parents de Werli et les Fribourgeois qui les avaient accompagnés retournèrent satisfaits dans leur pays.
Du lieu de sa retraite, Pierre de la Baume écrivit aux Genevois pour leur interdire la lecture de la Bible en langue vulgaire, et la vente des livres sur les matières religieuses5. Le parti sacerdotal voulut en même temps opposer a ses adversaires la discussion comme la dernière de ses ressources. 11 lit venir de Montmélian un moine dominicain, docteur «le Sorbonne, nommé Gui Furbity4, pour prêcher dans Genève la doctrine catholique. .Mais si les interdictions de l’autorité n’avaient pas empêché les idées protestantes de pénétrer dans Genève, si l’emploi de la force n’avait pas pu les y vaincre, le re-
' Thourcl, llisl. de Genève, l. II, p. IU5, noie 2. d'après les Mémoires manusc. de Besson.
* Spon, t. I, p. 230, 231. — Noies B et (I de Gautier. r' Chronique inédite de Froment , manusc. n* 130, ch. x. — Tlmulol, Uirt. de Genève, t. Il, p. 108.
4 Senehier, Uirt. lin. de Genève; Genève, 17X0, in-8", l. 1. p. 100. à l’arlirlc Furbiltt.
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cours a la discussion devait les y servir. Hans ces temps de savoir et d’examen où les catholiques étaient moins versés que leurs adversaires dans la connaissance des Ecritures, et n 'étaient pas d’aussi habiles argumentateurs, discuter, de leur part, c’était abdiquer. Aussi la présence de Furbity précipita leur ruine.
Ce docteur prêcha dans l’église de Saint-Pierre. Très-hardi dans son langage, et fort emporté dans ses sentiments, il s’éleva contre les anciennes hérésies des Ariens, des Vaudois, et il attaqua ensuite les hérésies récentes des Allemands en désignant les bernois. 11 reprocha a ces derniers de déchirer l’Église, et il les compara a ceux qui s’étaient partagé les habits de Jésus-Christ a sa mort1. 11 les chargea d’injures, et pressa les Genevois de rompre tout commerce avec eux. Pendant qu’il prêchait dans la cathédrale, Froment était revenu dans Genève. 11 était accompagné d’un ministre français nommé Canus ou Dumoulin*. 11 répandait sa doctrine de maison en maison, et plus en particulier qu’en secret; il assistait même aux sermons de Furbity. Un jour celui-ci prêchait sur l’eucharistie; il attaquait, selon sa coutume, les opinions contraires aux siennes avec violence, et versait l’outrage sur ceux qui les partageaient. Après avoir dit
1 Gautier, note D, dans Spon, t. I, p. ‘231.
* Gautier l’appelle Dumoulin, et Froment, dans sa Chronique, ainsi Hue Spon, p 231, l’appellent Canus. Mais c’est la même personne avec le même prénom.
qu’il fallait croire a la présence réelle sous peine d’être damné, parce que c’était un article de foi admis par l'Église et par la Sorbonne de Paris, s’exaltant sur le mérite du prêtre qui pouvait rendre Dieu présent, et sur le crime des luthériens' qui niaient cette présence, il s’écria : « Un prêtre qui consacre est plus digne que la vierge Marie, car elle n’a fait Jésus-Christ qu’une fois, mais le prêlre le fait et crée tous les jours, et il est si digne, qu’en disant les paroles sacramentelles dans un four et dans une cave, sur le pain et sur le vin, le pain est converti au précieux corps de Jésus-Christ, et le vin au sang, ce que la Vierge n’a jamais fait. Qu’ils viennent maintenant, ces méchants luthériens qui prêchent le contraire, qu’ils s’avancent, et on parlera à eux. Ah ! ah ! ils s’en garderont bien ces beaux prêcheurs de cheminées, qui ne sont bons que pour tromper les pauvres femmes et ceux qui ne savent rien*. »
Froment, qui était dans l’église, se leva, lit signe de la main, et demanda a répondre. 11 dit qu’il s’engageait, sur sa vie, à prouver par la sainte Ecriture que ce qu’avait avancé le docteur Furbity était faux. Profitant de la surprise causée par son interruption, il entreprit la réfutation du discours qui venait d être entendu. Ses partisans applaudissaient a ses paroles, et répétaient : Il (lit bien, il dit bien , qu’il réponde maintenant. Mais Furbity confondu
1 Les catholiques confondaient alors sous co nom les divers partisans de la réforme.
1 Chronique inédits de FronutU, mauusi'. n” lo9, ch. x.
A UENEVE
restait muet, et les chanoines, voyant son silence, donnèrent à leur parti le signal d’une autre espèce de controverse, en criant : Tue, tue ce luthérien! Au Rhône! au Rhône! Le tumulte devint extrême. Le peuple se partagea; les amis de Froment se pressèrent autour de lui pour le protéger et le faire sortir de l’église. Ses adversaires se précipitèrent vers lui pour le frapper; mais Baudichon, qui était à ses côtés, tira son épée et dit : Si quelqu'un le touche, je le tuerai : laissez faire la justice; et celui qui aura tort, qu'il soit puni. Les amis de Froment parvinrent a le dérober a la fureur des catholiques, et le cachèrent dans un grenier a foin1.
Mais le ministre Dumoulin, qui criait à haute voix, sur les marches de l'église, que Froment avait bien fait, et qu’il voulait prouver aussi que Furbity était un faux prophète, fut saisi et traduit devant le conseil. Le parti exalté voulait le condamner à mort; mais les hommes modérés, représentant que Dumoulin n’avait pas causé le tumulte, qu’il était Français, et que le roi de France ne verrait pas sans déplaisir qu’on fit mourir ses sujets dans Genève, qu’enfin son supplice irriterait les Bernois, leurs alliés, qui professaient la même religion, obtinrent qu’il serait seulement banni. La nuit même, Baudichon sortit de la ville avec Dumoulin, qui en était expulsé, et Froment, qui n’y pouvait plus rester sans danger. 11 les conduisit a Berne*.
* Chronique inédile de Froment, uianusc. n* 139, cli. x.
* Ibid.
Cet incident lut décisif pour Genève. La mort du chanoine Werli avait provoqué l’intervention du canton de Fribourg en faveur des catholiques. Les outrages adressés par Furbity aux Bernois, sous le nom d'hérétiques allemands, l’expulsion de Dumoulin et de Froment, provoquèrent alors l’intervention du canton de Berne en faveur des évangéliques. Sur la requête de Baudichon, qui fut pour le parti réformé ce qu’avait été Berthelier pour le parti indépendant, la seigneurie de Berne écrivit aux Genevois pour se plaindre de Furbity, demander justice de ses prédications injurieuses et se rendre partie criminelle contre lui. Baudichon, muni de ces lettres, revint a Genève. 11 était accompagné de Farel, chargé par la seigneurie de Berne de défendre sa cause et sa doctrine dans ce procès. Il devait être bientôt suivi par des députés du canton, qui avaient la mission de poursuivre Furbity et de soutenir Farel1.
Baudichon présenta les lettres de la seigneurie de Berne au conseil des deux cents. Le vicaire de l’évêque fut prié de détenir Furbity et de répondre de sa personne. Sur son refus, Furbity fut placé sous la surveillance de six gardes qui eurent l’ordre de ne pas le quitter*. Mais la présence et les prédications de Farel mirent toute la ville en rumeur. Les catholiques coururent de nouveau aux armes et pour