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CHAPITRE V

COLONIE d'aDÉLAÏDE OU SOUTH-AUSTRALIA

( Australie Méridionale ) .

1 . Les premiers renseignements dignes d'attention touchant les côtes méridionales de l'Australie sont dus au capitaine Flinders, lequel, en 1802, les examina avec un soin particulier. Immédiatement après lui, les courageux et entreprenants capitaines Baudin et Freycinet, en compagnie du savant naturaliste Pérou , visitèrent aussi dans leur expédition toutes ces côtes, dont le même Pérou a

fait une description si attrayante dans la [relation de son

voyage. Le capitaine Sutherland, dans un de ses voyages d'Angleterre en Australie (1 81 9), s'arrêta quelque temps dans ces contrées, et, sans aucun doute, les rapports qu'il en fit furent d'un grand poids, vu qu'il n'était pas moins habile agriculteur que marin expérimenté. En 1827 et 1 828, le capitaine Goold se transporta deux fois de Sydney aux côtes méridionales pour la pêche du veau marin, et les renseignements qu'il communiqua touchant ces côtes furent particulièrement goûtés, parce que le séjour qu'il avait fait en Australie le mettait à même de pouvoir comparer les deux territoires. Mais néanmoins on avait peu de notions sur l'intérieur de ce pays, jusqu'à ce qu'il eut été exploré en 1830 par l'énergique et actif Stuart. Celui-ci, parti du territoire de La Nouvelle-Galles du Sud , traversant des terres inconnues et se dirigeant par le cours du fleuve Murray, arriva au lac auquel il donna le nom d'Jllexandrina, tout près de la baie d'Encounter.

2. D'après le rapport de cet infatigable explorateur , quelques hommes entreprenants sollicitèrent et obtinrent, en 1 834, un décret du parlement, qui nommait des commissaires autorisés à chercher des fonds pour l'établissement de la nouvelle colonie. Dès l'année suivante on eut réuni la somme de 35,000 livres sterling, et en août 1 834, avec un chargement de toutes les choses nécessaires, le brigantin appelé le Rapide ayant à bord le colonel Licht, ingénieur général, un personnel convenable pour la mesure des terres, et un grand nombre d'émigrants, fit voile vers l'Australie du Sud. Ce bâtiment fut suivi de près par le ùavire appelé le Buffalo^ monté par le capitaine Hindmarsh , futur gouverneur de la nouvelle colonie, avec les fonctionnaires qui devaient être attachés à l'établissement. Au mois de décembre de la même année, Hindmarsh prit terre sur la plage de la baie d!Holdfast^ et le 28 il pro-

dama ce territoire colonie anglaise-, en en prenant solennellement possession au nom de la couronne.

3. Au mois de mars 1837, les travaux topographiques, dans l'espace de terrain destiné à la capitale, étant terminés, on en commença la vente. Comme au gouverneur avait été adjoint un des commissaires de F Australie, M. J.-H. Fischer, avec d'amples pouvoirs, il en résulta de sérieux démêlés entre les fonctionnaires, et particulièrement entre ces deux agents supérieurs concernant les affaires coloniales, et cela au grand détriment de la nouvelle colonie. Dans les premières années de cet établissement d'immenses fortunes furent perdues et de graves difficultés se présentèrent, par suite surtout du système de colonisation qu'on avait adopté ; car , quoique en théorie il semblât que ce fût le mieux approprié au prompt agrandissement de la colonie, les faits néanmoins établirent le contraire. L'esprit de rivalité, l'ambition de posséder dans l'enceinte de la ville de magnifiques et somptueux édifices y fit renchérir la valeur des terres, au point qu'une seule acre dut être payée 2,000 Uvres sterling; et ainsi le capital que les colons auraient du employer en bergeries et en terrains de culture, fut absorbé par l'achat ruineux d'objets de luxe et de représentation à l'usage des villes, ou en absurdes provocations pour avoir un pouce de terrain sur une rue plus ou moins centrale. De leur côté les fonctionnaires du gouvernement perdaient le temps en débats scandaleux touchant des questions de compétence. De tout cela il advint que les habitants d'Adélaïde avaient déjà une élégante ville ornée de grands et beaux palais, mais sans moyens de subsistance, vu que personne ne songeait à cultiver les terres ni à les peupler de troupeaux.

4. Cet état de choses se termina par le rappel du commissaire et du gouverneur, en juin 1 838 , et par la mission

d'un personnage revêtu des deux pouvoirs à la fois. Ce fut le colonel Gawler, nommé le 1 2 octobre 1 838. Le nouveau gouverneur , à son arrivée , trouva que les dépenses annuelles de la colonie montaient à 33,000 livres sterling, et au lieu de les réduire, il lit si bien qu'en 1840, il les avait élevées à 60,155. lin présence de pareils résultats, les commissaires de Londres, ne pouvant plus faire face à des dépenses aussi exorbitantes, refusèrent le payement des mandats ultérieurs : et ainsi le gouvernement d'Adélaïde se trouva en état de faillite , faisant perdre au public Ténorme somme de 300,000 livres sterling, c'est-à-dire environ 6,500,000 francs.

5. Si cet événement mit le comble aux désastres, il amena d'une part une réaction des plus heureuses contre le système de concentration suivi jusqu'à cette époque. La population déserta la ville, et se dispersant dans les campagnes, elle pourvut à son existence par la culture et par l'industrie agricole. C'est de cette période que peut dater l'origine de la vraie prospérité de la colonie. Par suite de tous ces désordres, le gouverneur Gawler fut rappelé par le parlement (1 841 ) ; les dettes contractées sous sa gestion furent acquittées, et le corps des commissaires dissous, comme inutile ; puisque T expérience avait démontré combien leur système de concentration était pernicieux .

6. Le capitaine Grey, homme distingué par son savoir et par son intégrité administrative , nommé gouverneur en mai 1 841 , trouva la colonie d'Adélaïde, dans un tel état de misère, qu'il se vit dans la nécessité de demander à sir Georges Gipps, gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud, la somme de 3000 livres sterling, pour aviser aux besoins les plus urgents de son gouvernement. x\fin de diminuer les dépenses excessives , il supprima les nombreux emplois dont la nécessité ne fut pas jugée indispensable ; mesure,

qui adoptée dans des temps difficiles, le rendit très-impopulaire. Mais aussi par cette opération, l'énergique gouverneur conduisit en très-peu de temps la colonie à un véritable état de prospérité. Il encouragea Tagriculture ; le port fut déclaré franc de douanes, ouvert au commerce du monde entier; et les dépenses de l'administration se retrouvèrent réduites à 30,000 livres sterling par année.

Quand le capitaine Grey arriva dans cette colonie (i 841 ), la quatrième année de sa fondation , il trouva seulement 6000 acres de terre mise en culture ; un an après on en cultivait 28,000, dont le produit dépassait les besoins de la population composée de 1 4,000|âmes : dès lors le grain , ainsi que les autres genres de production, devinrent l'objet d'un commerce avantageux avec les colonies voisines. En septembre 1 844, on découvrit la plus abondante mine de cuivre de la colonie , et ce fut bientôt la plus grande richesse du pays : cette circonstance n'ajoute pas peu d'honneur et de gloire à la gestion du capitaine Grey.

Le gouvernement britannique ayant reconnu le grand mérite de ce gouverneur, le promut avec le même titre au gouvernement de la Nouvelle-Zélande. En quittant Adélaïde, il eut la satisfaction de reconnaître tout ce qu'il avait conquis de popularité ; il en eut la preuve dans les témoignages de sincère gratitude que lui offrit la colonie tout entière au moment de son départ. Il fut remplacé par le major Robe, et celui-ci par sir Young, en 1848. Ce dernier quittait le gouvernement du district Est du cap de Bonne-Espérance.

7. Les limites de la colonie furent fixées, par acte du parlement, depuis le 132'' jusqu'au 141"* de longitude, et depuis les côtes jusqu'au 26'' de latitude méridionale. Du côté du nord elle est bordée par d'incommensurables déserts : au midi elle a la mer avec de beaux ports , savoir

celui de Spencer et de Saint- Vincent. La colonie occope 300,000 milles carrés de terrain , équivalents à 192 millions d'acres ; ce qui répond à une étendue double de l'Angleterre et de rirlande réunies ensemble. Son climat est des plus salubres; le ciel est serein et l'air élastique, excepté peut-être trois semaines en hiver et autant en été ; la température est douce et uniforme. Des vents extraordinairement chauds se font néanmoins sentir dans les plaines ; mais outre que ces vents-là n'altèrent pas la santé de rhomme, ils n'ont que quelques heures de durée. Ils soufflent de vers l'intérieur , c'est-à-dire du nord ; et quelquefois avant de faire place aux vents frais du midi, ils causent des dommages considérables aux plantes et aux fleurs les plus tendres. Le thermomètre deRéaumur s'élève souvent à 31 ^ et 32® ; mais il est bon d'observer que lorsque la chaleur arrive à son maximum, 32** ou même 40® centigrade , elle n'est nullement étouffante , ni mortelle , comme il arrive dans les Indes orientales, même à la température de 22®.

La colonie de la Nouvelle-Galles du Sud est exposée à de grandes sécheresses , et beaucoup d'animaux périssent presque tous les ans par disette d'eau. Dans la colonie de l'Australie Méridionale on n'a jamais éprouvé de pareils désastres ; d'ailleurs les maladies particulières à la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud, savoir l'ophtalmie, la dyssenterie et Yinfluenza sont bien moins fréquentes dans le territoire d'Adélaïde.

Le sol de cette colonie , dans la vaste étendue sur laquelle on a opéré jusqu'à présent, diffère en fertilité d'un endroit à l'autre. Les terrains autour de la capitale sont excellents; et quoique dans l'intérieur on rencontre, d'espaces en espaces, des landes infertiles, aussi bien que dans les autres portions de l'Australie, on peut dire néanmoins

que c'est chose insignifiante , si Ton fait attention aux riches et incommensurables prairies naturelles, dans lesquelles des millions de troupeaux peuvent trouver leur subsistance.

8. Voici un tableau qui fait connaître Taccroissement du bétail comme aussi le nombre d'acres de terre mise en culture dans le seul espace de neuf années :

Chenal 480 S,600

Espëeè bOTine T,500 58,000

Brebis 28,000 1,000,000

Porcs et chèvres 780 12,000

Acres de terre cultivée. . . 42,000

Les produits du sol sont d'excellente qualité : les grains qui en proviennent ont atteint le prix le plus élevé sur les marchés de l'Angleterre ; l'orge, l'avoine, le blé de Turquie, les patates, toutes les espèces de céréales et de fruits s'y récoltent de qualité excellente et en abondance. En 1 841 , cette colonie (grâce au système tant vanté de concentration dans la capitale) , était obligée de recevoir du dehors une quantité de grains du prix de 70,000 livres sterling; en 1847 elle avait un excédent de grain suffisant pour en envoyer dans les ports d'Angleterre , au cap de Bonne-Espérance, à l'île Maurice , à la colonie de Swan- River et ailleurs. Il était arrivé assez souvent que certains colons, n'ayant pas les moyens de payer le haut prix exigé par les travailleurs pour scier les blés , avaient préférértes abandonner en pâture à leurs bestiaux. Cette nécessité extrême inspira à sir Ridley l'idée d'une nouvelle machine, laquelle tout à la fois moissonne, bat comme dans l'aire et vanne le grain ; elle est mise en mouvement par deux ou quatre chevaux , ou par des bœufs. A Téconomie de la main-d'œuvre se joint celle du temps , puisque avec

Taide seulement de deux personnes, la machine prépare , en la manière indiquée, quinze boisseaux de grain à rheure(a).

9. La ville capitale, Adélaïde, est située par 3^"" de latitude et 139*" de longitude. Elle est bâtie sur les rives du fleuve Torrens, et se trouve divisée en deux parties, méridionale et septentrionale. Elle est à sept milles de son port, et cet espace est une vaste plaine, en sorte que de la ville on a une vue magnifique sur le port Saint-Vincent. Les plus grands vaisseaux peuvent remonter le cours du Torrens jusqu'à la ville. Les rues sont larges et coupées à angle droit. Les principales portent les noms deHindley, Rondel et King-PF^illiam. La ville est embellie de six places grandioses ; ses édifices les plus remarquables sont Féglise cathédrale catholique, le palais du gouverneur , la banque de TAustralie méridionale , la commune, les deux temples protestants, et un beau pont de pierre sur le Torrens. Sa population était de 10,000 âmes en 1845; depuis lors elle s'est extraordinairement accrue.

î 0. Elle est la résidence du gouverneur, qui a auprès de lui le conseil législatif et le conseil exécutif. Les fonctionnaires de la couronne composent exclusivement le conseil exécutif : ils ont aussi le droit de prendre place dans le conseil législatif conjointement avec les notables colons. Les membres des deux conseils sont nommés par le parlement : et le gouverneur, en qualité de président de Tun et de l'autre conseil, peut suspendre leurs opérations ou même les dissoudre avec l'approbation du secrétaire colonial. Les lois émanées du conseil sont soumises à la sanction du parlement anglais.

Adélaïde a été érigée en siège épiscopal catholique en 1845. Le premier évêque fut Mgr Murphy, proposé par

(a) La mesure du boisseau équivaut à 60 livres anglaises de grains.

Mgr Tarchevêque de Sydney, en 1 842. Aujourd'hui , Mgr Murphy, outre son vicaire général, a beaucoup d'autres prêtres et quelques cathéchistes pour desservir quatre nouvelles églises. Il y a un évêque protestant avec beaucoup de méthodistes wesleyens dissidents, non-seulement dans la ville, mais épars çà et là dans le territoire. En outre, les presbytériens , les anabaptistes , les indépendants , ainsi que beaucoup d'autres sectes , ont leurs représentants et leurs sectateurs dans la colonie. Puisse le Seigneur dissiper leur cécité intellectuelle, et leur faire comprendre enfin le malheureux état de leurs âmes! Les francs-maçons ont aussi pénétré jusque dans l'Australie; et dans Adélaïde même ils ont établi trois loges ; on y trouve aussi des adeptes de la société appelée par les anglais Odd-Fellowsj lesquels n'y ont pas moins de neuf loges.

1 1 . Chaque quinze jours, il y a un service de poste par terre, entre Adélaïde et Melbourne, en passant par le chemin du mont Gambier, près du fleuve Glenelg; par ce moyen, Adélaïde communique en toute sécurité avec Melbourne et Sydney.

12. La colonie compte beaucoup d'associations. Je citerai celles de l'éclairage au gaz, d'agriculture, de tempérance, de construction, de secours mutuel et de mécanique; elle possède aussi diverses banques d'escompte et six publications périodiques.

1 3. Le commerce du cuivre est aujourd'hui la principale source de la richesse colossale de cette colonie. La plus importante mine, appelée i5wrra-5wrra^ fut découverte, par hasard, en 1 845, à 95 milles au nord-est de la capitale ; etelle est non-seulement la plus riche, mais aussi la plus étendue et la plus féconde du monde entier. Les derniers renseignements attestent qu'à la seule ouverture de la mine, on en retira 7000 tonnes ; et que la moyenne de son produit

est de 2600 tonnes par mois. Le minerai de Burra-Burra estde ^bellequalitéy qu'à la fusion il rend 98 pour cent net.

Les actions de cette mine sont montées de 5 livres sterling à 1 80) c'estrà-dire de 1 85 francs, à 4500 francs ; et un colon qui y employa un capital de 2000 livres sterling, en retire maintenant un revenu annuel de 1 6,000.

La mine dite de la Princesse-Rqjralef située dans le voisinage de la précédente, ne produit pas, il est vrai, une aussi grande quantité de cuivre; mais pourtant elle dédommage largement des frais qu'elle demande. Une autre mine, nommée Kapunda^ sur les rives du Licht, aussi Uen que celle qu'on appelle] ilfon^-^ciéto^ est inférieure aux précédentes. La mine de Victoria , qui fut ouverte comme mitie de cuivre, se trouva receler dans son sein une veine d'or très-abondante.

On trouve encore dans cette contrée quatre mines de

plomb , savoir : celle de Glen^Osmond , de JVheaIr'

Ganles, de fVheat-JVatkins^ et de Jatta-'GoUngaé La

première de ces mines rend 80 pour cent de plomb, et Tar-

• gent s'y trouve dans la proportion de 1 2 pour cent.

Les sociétés des mines établies en 1 845 étaient au nombre de cinq : elles s'élevèrent au nombre de sept l'année suivante : et on doit croire que leur nombre augmentera en raison de l'importance des produits^

Voici le dernier développement de la colonie en 1 847 :

Population 32^000

Têtes de bétail 1,042,600

Acres de terre cultivée 42,000

Mines Si

Mines en exploitâtioii 16

Valeuf des métam en lifres sterling. 203^737 Valeur des produits ou des manafac-

tures de la colonie 275,115

Arritagè des tiiMeaul 100

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