‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 15 sur 79 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

1. Dès avant cette époque, le Bénédictin D. Joseph Serra et moi-même, rédacteur de ces mémoires, nous étions tous deux venus d'Espagne au couvent délia Cava, éloigné de Naples de 25 milles, et nous avions l'un et l'autre l'intention de nous consacrer entièrement aux missions près des sauvages. Mais les innombrables bienfaits regus de œtte communauté nous liaient à elle par les doux liens de l'affection et de la gratitude ; aussi, n'ayant pas le cou^ rage de la quitter, notre pauvre cœur était en proie à une lutte cruelle entre la grâce et les sentiments de la recon-; naissance. Par la divine bonté pourtant la grâce l'emporta, et en suivant son impulsion, il nous sembla que toute autre voix se taisait devant celle de Dieu, qui se faisait si fortement entendre au fond de notre cœur.

C'était le 1 1 juillet \ 844, après notre promenade ordinaire dans les bois voisins du couvent , nous causions , comme nous avions fait bien des fois, sur les missions étrangères, et en particulier sur les missions près des peu*

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pies sauvages, lorsque mon jeune compagnon, aussi grand par l'élévation des sentiments qu'il était petit de corps, me dit : « Ces missions ont pour moi je ne sais quoi de si sublime, que plus d'une fois je me suis senti intérieurement pressé de coopérer à cette œuvre de charité, qui me parait la plus grande de toutes... Mais.. .. » Je ne le laissai pas continuer, et, craignant que les difficultés de l'entreprise et les fatigues qui sont attachées à la vie apostolique ne fussent capables de l'intimider, je me hâtai de lui demander si en ma compagnie il se déciderait à partir. « Si vous avez assez de courage pour cela, reprit-il aussitôt, je suis tout déterminé, pourvu que nous ne nous séparions pas. » Je n^attendais pas moins de lui, et, plein de consolation, je lui ouvris mon cœur, lui faisant connaître en outre les démarches que j'avais déjà faites dans ce but.

Après une longue conversation, nous nous proposâmes de nous recommander l'un et l'autre à Dieu avec ferveur, afin qu'il nous éclairât dans une si importante détermination. La nuit venue le sommeil s'éloigna de nos paupières; toutes nos pensées étaient aux missions près des sauvages, à leurs périls et aux consolations qui les suivent.

Le soir du lendemain nous nous communiquâmes de nouveau nos résolutions, et, les ayant retrouvées non-seulement fixées pour l'affirmative, mais encore plus fortes et plus déterminées qu'elles ne l'avaient été le jour précédent, il fut arrêté enire nous que nous nous consacrerions, à la vie et à la mort, aux missions près des sauvages.

2. Dans l'intention de n'ouvrir nos pensées qu'à la sacrée congrégation de propaganddjide, nous demandâmes une permission d'un mois pour aller visiter la capitale du monde chrétien. Cette permission nous ayant été accordée, nous fixâmes notre départ pour le 26 décembre. Ce jour-là, dès avant l'aube, mon compagnon et moi nous

allumâmes deux cierges devant une belle et dévote image de Notre-Dame du Secours, que j'avais apportée avec moi d'Espagne; et là, tous deux agenouillés, nous nous recommandâmes avec ardeur à la miséricordieuse mère, épouse et fille du Tout-Puissant, pour qu'elle daignât nous prêter aide et conseil. Notre prière finie, nous sortîmes presque tremblants de notre cellule. Enfin, ayant laissé les cierges brûler devant l'image de notre très-sainte mère , dès le grand matin nous étions sur le chemin de Nocéra, et le jour suivant nous arrivâmes par mer à Cività- Vecchia.

3. Deux jours après nous arrivâmes à Rome, et inquiets, autant qu'on puisse l'être, de savoir avec certitude si nous pouvions être admis dans les missions, nous nous présentâmes à Mgr Brunelli, alors secrétaire de la sainte congrégation de la Propagande, lequel , après nous avoir accueillis avec une excessive bonté, nous interrogea sur le genre de missions auquel nous aimerions à nous consacrer. Nous lui répondîmes que notre vocation était la conversion des peuples sauvages , pour quelque partie du globe que nous fussions destinés. Il nous fit espérer que nous pourrions être envoyés dans la partie orientale de l'Australie, où il y avait une mission de Bénédictins et de nombreux sauvages. Nous, qui, dans une matière si grave, ne voulions pas avoir de volonté propre , nous regardâmes ses paroles comme un oracle , et dès ce moment non» nous considérâmes comme des missionnaires d'Australie Ce fut à cette occasion que nous fûmes adressés par Mgr Brunelli à M. Brady, et il faut dire qu'il témoigna la plus vive satisfaction en apprenant que nous étions destinés pour les missions de l'Australie.

Des renseignements que recevrait sur notre compte la sainte congrégation de la Propagande dépendait absolu-

ment le résultat de notre entreprise, et nous attendions dans une anxiété continuelle cette dernière épreuve. Mais, grâce à Dieu, nous retrouvâmes le calme, le 1 4 janvier 1 845, lorsque Mgr Brunelli nous lit connaître que la sainte congrégation, ayant reçu des renseignements favorables et satisfaisants, avait fixé notre destination pour la mission de Sydney. Ce jour^là il nous sembla que toute difficulté avait disparu \ aussi écrivimes^nous immédiatement à notre supérieur du couvent délia Cava, lui donnant connaissance de la résolution prise, et le suppliant de joindre sa permission et sa bénédiction à Taccomplissement si longtemps désiré de tous les vœux de notre cœur. Pendant que nous attendions une réponse favorable, nous allâmes visiter le couvent del sacro speco^ sanctifié par les œuvres merveilleuses de notre glorieux patriarche saint Benoit. Nous y arrivâmes le 21 , et il ne nous serait pas possible d'exprimer par le langage quels furent les pensées, les souvenirs qu^éveilla dans nos cœurs la vue du glorieux monument des vertus de ce grand saint. Dans cette caverne, berceau d'un ordre qui a été le bienfaiteur et le restaurateur de la civilisation de l'Europe et du monde entier, nous deux, quoique les derniers entre tous ses fils, après avoir célébré le saint sacrifice de la messe, nous mimes notre cause aux pieds du grand patriarche, du saint guide de tous les moines, du glorieux BbnoIt ! Nous lui demandâmes sa protection pour que notre entreprise tournât au profit de cette même foi à laquelle il avait consacré sa vie tout entière.

Retournés à Rome, nous fîmes connaissance du vertueux D. Angelo Confaloniéri , élève de la Propagande, dont j'aurai à parler plus tard, aussi bien que du jeune romain Nicolas Caporelli, qui, quoique laïque, s'était, oomme Confaloniéri , consacré à la même mission que

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