‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 3 sur 79 · III AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

III AVERTISSEMENT

que des moines romaios aillent prendre le poste d'honneur en avant de tous les pionniers de la civilisation.

En même temps que les faits parleront assez éloquemment, on s'apercevra que la narration est précisément ce qu'elle devait être pour trouver accès partout. Ici rien n'est donné à l'exagération. Avec une ricliesse de faits imposante, le livre est, dans sa forme, d'une sobriété remarquable. Le R. P. Salvado possède au souverain degré une des qualités les plus essentielles de l'historien : le calme de l'impartialité. Peut-être que certains lecteurs, galvanisés, comme ils le sont si souvent de nos jours, par la littérature moderne, ne sentiront pas tout d'abord ce qu'il y a de puissance dans ce calme qui est celui de la vérité même. En revanche, les esprits justes sauront tirer les déductions qui ressortent de toutes les pages, de toutes les lignes du livre. On y lira en caractères saillants quelle Eglise est la véritable dépositaire du droit vraiment naturel et divin légué par l'Evangile à toutes les tribus de la race humaine. On comprendra où est la tradition vivante et effective du sens <le ces paroles ; « Allez, instruisez toutes les nations. Baptisez-les... » (a). « Un seul est mort pour tous» (b).

Contrairement à beaucoup d'exemples contemporains, le R. P. Salvado n'a voulu d'aucune manière admettre la politique dans son travail. C'était pour lui un devoir, en même temps qu'une nécessité de position. Tl a su rendre au gouvernement anglais une justice que lui rendra aussi tout lecteur éclairé. La plus grande part du mal qui s'est fait en Australie, a été l'œuvre de causes privées et de circonstances qu'il n'est pas toujours donné aux hommes d'Etat de pouvoir écarter ou neutraliser.

En parcourant ces pages limpides et calmes , nous nous demandions quel en pourrait être l'effet auprès de certains littérateurs esclaves de la mode. Pour sûr quelques-uns seront tentés de s'écrier : a Oh! si j'avais eu de pareils matériaux... quel livre j'aurais pu faire!... » Certes, le R. P. Salvado avait toute autre chose à faire que de venir se poser devant l'Europe frivole comme un littérateur habile. Pourtant, s'il était permis de juger une œuvre aussi sérieuse sous le rapport de l'art, nous féliciterions l'auteur de n'avoir point recherché d'autre ornement, d'autre allure que la manière naïve et franche qui le caractérise.

(a) S, Mattlàeu, c. 28, 9.

[b) S. Paul, II Cor, c. 5, 14.

AVERTISSEMENT. ix

Les Mémoires seront, pour ainsi dire, le3 actes des apôtres de 1* Australie. L'historien a comme emprunté aux évangélistes quelque chose de leur véracité courageuse. Il ne dissimule ni ne cherche à excuser les fautes et Tabsence de prévision suffisante qu'on pourrait reprocher aux missionnaires de TAustralie occidentale. Qui ne voit que ces fautes furent comme nécessaires ou du moins favorables au déploiement du plus noble héroïsme ?

Le R. P. Salvado n*a nulle part oublié qu'il était avant tout historien : historien de l'humanité outragée et de la charité volant au secours des opprimés. On Ta dit : dénoncer l'oppression , c'est de nos jours lui ôter une bonne partie de sa force. Eh bien ! que le livre duR. P. Salvado soit regardé comme une dénonciation, nous n'avons rien à craindre pour le succès de son œuvre. On reconnaîtra tout d'abord que c'est la charité qui dénonce. Il y a là une bien autre puissance que dans les diatribes de la passion humaine.

Pour nous qui, à distance, ne voyons pas toutes les fatalités qui expliquent, sans les excuser, bien des désastres, nous eussions été tentés de prendre un ton plus véhément et plus passionné. Naturellement l'indignation s'exalte à la lecture des pages sanglantes qui commencent l'histoire de tous les mondes nouveaux. On ne saurait le dissimuler : il y a eu d'étranges oublis, des omissions inqualifiables, soit dans la fondation, soit dans l'administration des colonies australiennes. D'autre part nous devons être impartialement équitables : Les fautes primitives ont été en partie couvertes par des actes solennels de protection gouvernementale accordée aux indigènes, aussi bien que par la faveur marquée accordée aux entreprises des missions de tout genre. Toutefois, même de nos jours et tout récemment encore, certains actes déplorables se sont reproduits. Qui pourrait sans frémir parcourir les lignes suivantes extraites d'un journal anglais :

i( Les feuilles de Sydney contiennent des renseignements pleins d'intérêt sur lesc outrées qui sont rapidement occupées chaque jour, au nord de Moreton-Bay. Les naturels paraissent néanmoins poursuivre le même système d'hostilités contre les colons, et sont accueillis par ces derniers de la même manière que dans les plus anciens établissements coloniaux, c'est-à-dire à coups de fusil. — M. Walker, le commandant du corps de police organisé pour surveiller les naturels, a passé par les armes plusieurs des noirs impliqués dans des vols de toisons dejlaine. » — «Tels sont les documents officiels

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