POÉSIE ET MUSIQUE
pie sauvage, est un ensemble d'un petit nombre d'idées exprimées en peu de mots. Leurs chansons ne sont que quelques mots liés ensemble , desquels par une emphase toujours croissante , ils font ressortir l'harmonie. Ils les répètent pendant une heure ou deux, et trouvent toujours un nouveau plaisir à les répéter encore ; et ce qui causerait aux Européens un ennui insupportable, cause à l'Australien des transports indescriptibles. Quelques-unes de leurs poésies sont improvisées à l'occasion d'événements ou heureux ou lugubres ; d'autres se transmettent avec une sorte de vénération traditionnelle ; plusieurs enfin sont venues de contrées lointaines; et plus d'une fois il arrive que les paroles primitives de la chanson , ou par laps de temps, ou à raison de la distance des lieux d'où elles ont été apportées, sont tout à fait inconnues , ou altérées, et remplacées par d'autres ; en sorte que, de la chanson, il ne reste que le motif musical. Quand un sauvage s'est transporté dans des régions lointaines (en compagnie d'un ami ), de retour de sa visite , il rapporte avec lui, entre autres nouveautés, quelque chanson apprise auprès de ses hôtes. Si cette chanson est de son goût, il la chante avec toute l'expression dont il est capable et l'apprend même à d'autres ; mais si elle est mal faite et qu'elle ne lui plaise pas, il en estropie parfaitement les paroles et l'air, et il le fait avec un tel comique dans le geste et dans la voix, que c'est à faire rire l'homme le plus sérieux et le plus grave. C'est là un des moments les plus heureux de la vie d'un sauvage; et moi-même dans les nombreuses rencontres, où assis comme eux autour d'un feu, la nuit, j'assistai à l'une de ces scènes, je n'y pris pas moins de plaisir qu'un Australien.
9. Le genre de la musique australienne a de la grâce et de la beauté autant que celle de Phénicic , de la gravité et
du sérieux autant que celle des Doriens. Un hymne de guerre, qui certes pour nous ne mériterait pas ce nom , les excite par sa véhémence, les fait devenir frénétiques, et comme hors d'eux-mêmes, les précipite furieux au combat; les chants plaintifs au contraire les émeuvent de manière a donner a leurs physionomies, surtout à celles des femmes, une expression capable de faire verser des larmes. Quand au contraire le thème musical invite à la chasse et à la danse, alors vous les voyez pirouetter, contents, gais, pleins de feu et de vivacité. Que de fois il m'est arrivé de me servir de leurs chansons de danses pour les encourager et les animer aux: travaux champêtres! Non pas une fois, mais mil te, étendus de tout leur long par lassitude, et par ennui de travail , dès qu^ils m^entendaient chanter le Machietb-Machielè, qui est une de leurs plus usuelles et favorites chansons de danse , cédant comme à une force irrésistible , non-seulement ils se levaient et m^accompagnaient de la voix , mais ils se mettaient à danser gais et contents, surtout en me voyant, comme un autre sauvage, chanter et danser au milieu d^eux. J'y trouvais cet avantage de pouvoir après quelques minutes de divertissement, leur crier d'un ton joyeux : mingo! mingo! mot qui en même temps qu^il signifie poitrine , s^emploie aussi pour notre mot, courage! et insensiblement ils se remettaient au travail. Or, ils y revenaient de si bon coeur et avec tant d'animation, qu'il semblait que la danse du Machielb leur eût communiqué un nouveau courage et une vigueur nouvelle.
1 0. Les instruments à vent et à corde sont parfaitement inconnus aux indigènes de la Nouvelle-Nursie, aussi bien que toute espèce de tambour. Ils ont cependant coutume d'accompagner leurs chants de joie avec deux de leurs armes, les frappant Tune contre Tautre. Les armes généra-