FINESSE DE LA VUE ET DE L'OUIE. Î
Tépaule droite. Pendant que la fepime chemine aveo toute cette charge, Thomme inarche devant sa famille, portant seulement ses armes de la main gauche, marchant d'un air altier et arrogant, attentif à eicaminer tout objet quMl rencoi^tre pour se procurer de la nourriture : il conoen** tre vers ce but Tusage de tous ses sens \ et l'homme, dans l'état sauvage, en jouit à un degré dont il nous est presque impossible de nous fbire une idée. Effectivement r Australien aperçoit distinctement un oiseau sur la cime des arbres les plus hauts et les plus touffus ; un kanguroo qui se cache parmi les xanthorrhéas , ou parmi des broussailles, à un mille et plus de distance, l'empreint^ imperceptible des griffes du plus petit quadrupède ; et beaucoup d'Européens perdus au miUeu des forèt^ auraient périinfailliblement, si leurs traces n'avaient été retrouvées, grâce à l'extrême finesse de l'organe visuel des sauvages. 10. L'occasion s'offre à propos ici de raconter un trait de ce genre qui eut lieu dans notre missioa* Un jeune Eu-^ ropéen d'environ douze ans, qui était aveo nous, fut chargé un matin de garder les bœui^ qui paissaient à environ deux cents pas du couvent. En suivant le bétail, il s'éloigpa et s'égara de telle sorte, qu^il ne sut pas retourner à la mission à l'heure fixée pour le déjeuner. Inutilement nous nous lassâmes à le chercher pendant toute la journée. Le lendemain matin , accompagné de deux sauvages dont les noms étaient JMfedémera et Munanga , ayant pris les provisions suffisantes, je m'a* vançai à travers les bois bien résolu de ne pas revenir à la mission sans lui. Le point de départ des deux Australiens fut celui où la veille nous avions retrouvé les der^ nières traces du jeune garçon ; en sorte que les ayant tout de nouveau retrouvées, ils se mirent à les suivre à la course, mais si rapidement que si je n'eusse été à cheval,
je n'aurais pu leur tenir pied. De temps en temps ils s'arrêtaient ; montant sur les arbres , ils exploraient chaque détail selon leurcoutume, ou bien, courbés vers la terre, d'après l'inspection des traces ou même de la fiente du bétail, ils reconnaissaient à merveille et m'indiquaient rheure à laquelle le petit garçon et les bœufs étaient passés dans ces bois, et même à quelle distance de nous ils étaient encore. Jusqu'au coucher du soleil mes bons sauvages avaient cheminé sur ces traces imperceptibles, comme sur une route battue, mais alors nous arrivâmes à un sol pierreux où toute idée de trace disparut ; en sorte que l'obscurité venant, il nous fallut faire halte. Nous passâmes la nuit à pousser des cris qui allaient jusqu'aux nues, et particulièrement les ciii des sauvages , qui bien certainement, dans le calme de la nuit, devaient s'entendre à la distance de trois milles ; mais nous fûmes constamment déçus de l'espoir d'entendre une réponse de l'enfant. A peine Taube du jour avait paru que nous voilà de nouveau à la recherche de la trace perdue. Au bout de quelques heures d'investigation, mes sauvages trouvèrent une petite pierre dérangée de sa place. Ce fut là pour eux un indice suffisant de la direction que nous devions prendre ; et de ce côté aussitôt ils se mirent à courir sans recherches ultérieures. Ayant fait trotter ma monture pendant environ trois heures, sans apercevoir le moindre indice certain de la direction à prendre, je leur demandai s'ils retrouvaient la trace sur les pierres. Us me répondirent que oui. Comme néanmoins j'en doutais fortement, je m'arrêtai, et voulus en avoir la preuve. — Voici, me dirent-ils; observez ce sable fraîchement remué. — Je descendis de cheval, j'observai attentivement le sable en question, mais il me fut impossible de distinguer si même il avait été remué. — Marchez un peu plus, reprirent-ils, et nous