‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 50 sur 79 · FINESSE DE LA VUE ET DE L'OUIE · texte numérisé non relu

FINESSE DE LA VUE ET DE L'OUIE

VOUS ferons observer une autre trace plus facile à remarquer. — En effet, au bout d'un autre mille, sur une grosse pierre, j'aperçus parfaitement marqués sur un peu de sable, trois clous seulement dont les souliers de l'enfant étaient armés. Nous sortîmes enfin de ce terrain difficile, pour entrer dans un meilleur, où les Australiens s'efforçaient de me faire observer que des feuilles de xanthorrhéas avaient été déchirées par la main de l'enfant et non par les bœufs qui en sont avides. Quant à moi je confessai mon impéritie; je n'y connaissais aucune différence, et eux ne pouvaient se persuader que je fusse à ce point inexpérimenté sur de pareilles choses. A peine eûmes-nous découvert l'endroit où les bœufs avaient reposé la seconde nuit, et tout à côté le lit d'herbes que s'était fait l'enfant, que les sauvages , quittant la direction suivie jusqu'alors, se mirent à crier : « Le voici, le voici, mort et dévoré par les chiens ! » Mon sang se glaça à ce cri, et peu s'en fallut que, m'évanouissant, je ne tombasse de dessus mon cheval. Mais nous étant approchés de plus près , nous vîmes que ce n'était qu'un amas d'os d'un grand kanguroo dévoré par les chiens sauvages. Ayant repris cœur, nous suivîmes notre première direction. Vers midi de notre seconde journée, troisième depuis que l'enfant s'était égaré, après que nous avions parcouru plus de 40 milles , mes deux Australiens, comme extasiés, s'arrêtèrent tout à coup, et j'en fis autant, mais sans connaître leur motif. Après cinq minutes d'immobilité ils poussèrent l'un après l'autre un cùi si fort, que c'était à se faire entendre de l'homme le plus sourd de la terre ; après quoi ils continuèrent à demeurer immobiles dans le même lieu et comme dans l'attente d'une réponse. Pour moi je n'entendis que le chant d'innombrables perroquets et autres oiseaux ; mais eux se prirent à courir dans la même direction, en me disant

S9S tES AUSTRALIENS.

qu'ils avaient entendu la \o\\ de Fenfapt. Je le qrug, et je ipis mon cheval au galop- Le^ parole» ne sauraient ax-^ primer ma consolation, alors quq je vis de loin le pauvre Jeffrey. Je descendis de cheval , et la voix m^ manquant par Pexcès de ma joie, je l'embrassai, lui baignant le visage de mes larmes, après l'avoir déjà pleuré comme mort. Coiume je lui demandai quelle était la direction de sa marche, il me répondit ; la mission ! W tout au contraire il s'en éloignait à chaque instant davantage, comme il ar^ rive d'ordinaire à ceux qui s'égarent. Ce qu'il y a de plus sage à faire quand on a perdu son chemin au milieu des bois, c'est de revenir sur ses propres traces, et de ne pas s'aventurer plus outre. Que si la nuit survient, il faut construire une cabane , et au lever du jour se mettre à la recherche du sentier perdu, avec la précaution pourtant de marquer la trace de ses pas par de fortes empreintes sur le sol , ou de tout autre manière facile à remarquer, afin que si l'on ne retrouve pas son chemin, on soit du moins assuré de l'endroit où on l'a perdu, et qu'on laisse à ceux qui iront à la recherche un moyen plus facile de venir au secours. Il est encore bon de faire entendre de temps en temps des cris forts et prolongés, et souvent répétés. Mon petit garçon me dit qu'il s'était recommandé à la B. Vierge en récitant le saint rosaire chaque soir, comme il avait coutume de faire avec nous à la mission, et de plus de temps en temps dans la journée, a Ce matin, ajoula-t-il, en reprenant ma route, je me sentais si faible que je ne pouvais plus me tenir sur mes pieds (notez que c'était le troisième jour de complète abstinence). Je pris mon rosaire, et je n'en avais pas encore récité la moitié, lorsqu'un gros oiseau poursuivi par un aigle vint se réfugier auprès de moi ; en sorte que je le pris déjà à demi mort, et je l'aurais mangé quoique cru pour prolonger ma vie. A cette pre-

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