‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 57 sur 79 · CONSTRUCTION DES HUTTES · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION DES HUTTES

dans le coffre avec la mienne, c'était pour l'avoir blanche le dimanche suivant.

3. Dans quelques rares occasions j'observai que des familles entières fumaient une espèce de racine sèche et poreuse. Je voulus en essayer moi-même, et je la trouvai d'une saveur agréable et douce. J'ignore à quel arbre elle appartient, comme aussi j'ignore le nom d'une petite plante, dont les fleurs renferment une semence propre à être employée en guise de poudre de tabac, et d'une puissance extraordinaire ; je la trouvai dans le district de Bindun, où elle abonde dans les mois d'été.

4. Semblables à tous les peuples nomades , les Australiens n'ont ni habitations ni lieux de retraite fixes ; ce n'est que dans les jours de pluie que leurs femmes construisent une hutte, qu'ils abandonnent au retour du beau temps. Si en errant dans les bois le sauvage s'aperçoit que le ciel menace de pluie, il appelle à lui sa femme pour construire une hutte, dans le site (toujours peu éloigné) qu'il croii le plus convenable, et où il compte passer la nuit. La femhoie ramasse chemin faisant les morceaux de bois qui lui conviennent, et arrivée au lieu indiqué, elle fait avec sa uàna huit ou neuf trous en terre, en décrivant comme un cercle parfait, et elle place dans chaque trou un pieu, en inclinant chacun des pieux vers un même centre, où elle sait les unir ensemble sans avoir besoin de ligature. En travers des pieux elle entrelace de petits bâtonnets, et quand cette charpente lui paraît assez forte, elle songe à la recouvrir avec des écorces d'arbres. Voici comment elle s'y prend pour détacher ces écorces , en quoi elle montre beaucoup d'adresse. Elle fait avec sa uàna autour de l'arbre des trous en si grand nombre qu'ils forment circulaireraent comme une seule ligne, quelquefois de quinze ou seize pieds. Ensuite, enfonçant la uàna entre le

bois et Técorce, et donnant une poussée , elle la détache entière et avec tant de dextérité, que dans toute cette opération, elle n'emploie pas cinq minutes. Les Australiennes couvrent assez souvent leurs huttes avec upe écorce, formée de couches, oij pellicules, aussi minces que le papier de Chine le plus transparent, et qui pourtant réunies par centaines, donnent l'épaisseur d'un tiers de pouce anglais : elles en superposent autant qu'il en faut pour empêcher la pluie de pénétrer. Elles emploient aussi les feuilles du xgnthorrhéa, ouBalga, comme le nomment les Australiens, lequel en fournit en quantité et se trouve à peu près partout. Cette dernière couverture est la plus généralement usitée ; mais à défaut de celle-ci, et selon les localités, on emploie les écorces dont nous ayons parlé plus haut. Lorsque la hutte est tejrminée, voici ses dimensions ordinaires. Elle a dix pieds de circuit, 6 de hauteur et 5 d'ouverture ; dans l'ensemble elle forme un cône parfait. Difficilement un Européen pourrait s'y loger à Taise; mais le sauvage sait se tapir de telle sorte qu'il n'occupe que très- peu de place et en laisse assez pour sa femme et sa famille. Au devant de l'ouverture de la hutte, qui est toujours située sous le vent, il allume un feu à la distance de deux pieds, et si le vent change, il pratique aussitôt une nouvelle ouverture et ferme la première. Dans ces cas-là, il nourrit abondamment le feu avec de gros bois pour résister au vent et à la pluie ; car sa plus grande mésaventure est que le feu vienne à s'éteindre. S'il arrive que le temps se remette au beau, le sauvage finit par alimenter le feu avec les pieux et la couverture de la hutte, en sorte qu'il n'en reste plus rien quand le matin il détale pour s'en aller à la garde de Dieu.

5. Lorsqu'un Australien a paru ne pas se soucier de Tinsulle faite à sa femme (ce qui arrive assez souvent, pourvu

Page 1