‹ Mémoires historiques sur l'AustralieChapitre 58 sur 79 · VENGEANCES · texte numérisé non relu

VENGEANCES

que ce ne soit pas affaire de mœurs) , alors toutes les femmes réunies, les vieilles en tête, fondant en larmes, se mettent à chanter autour de leurs njaris assis autour du feu, une chanson qui revient à peu près à ceci :

« Si aujourd'hui vous ne tirez vengeance des affronts que nous avons reçus, demain ils recommenceront.

» Ils viendront pendant que nous reposerons en paix, et tous les premiers vous recevrez la mort.

» Ils nous enlèveront quand nous serons seules ; ils nous transporteront au loin ; alors vous ne nous aurez plus en votre compagnie.

» Et que dira-t-on de nos pères, de nos mères, de nos frères, de nos fils?

» On dira qu'ils sont des poltrons, des lâches, des cœurs étroits, dégénérés, puisqu'ils n'ont pas vengé leurs mères,

leurs épouses, leurs sœurs et leurs filles »

Elles prolongent cette complainte en frappant de leur uàna contre terre, et roulant leurs yeux comme des possédées et des frénétiques. Pendant ce temps-là les hommes sont paisiblement assis autour du feu, apprêtant leurs armes à l'ordinaire, tournant en ridicule les criailleries et les grimaces des femmes ; mais celles-ci, redoublant leurs plaintes et leurs clameurs, obtiennent à la fin que furieux ils se mettent sur pied et les suivent vers l'endroit où est l'auteur de l'affront. Lorsqu'ils se sont assis non loin de la famille à laquelle appartient l'inculpé , les femmes commencent à échanger des insultes, et excitent les hommes à un tel point que, hors d'eux-mêmes, chantant avec frénésie, ils s'élancent par bonds irréguliers , font mille contorsions, courent incertains d'un endroit à l'autre, et prenant leur barbe entre les dents, le ghici en arrêt, tantôt ils s'avancent les uns contre les autres, tantôt ils s'éloignent, toujours criant et bondissant, jusqu'à ce qu'un ghici lancé

donne naissance à une épouvantable mêlée. Les armes volent des deux côtés; les femmes cependant, criant et tempêtant, donnent courage aux hommes, et les pourvoient d'armes en ramassant celles qui sont lancées par les adversaires. Au milieu de ce tumulte, dès que l'un tombe à terre blessé ou mort, le combat cesse à Tinstaût : les rancunes sont déposées, et chacun s'empresse de porter secours au blessé. Si ensuite les parties conviennent que le délinquant soit puni, alors le chef de la famille outragée le condamne à une peine proportionnée au délit, et qui quelquefois consiste à lui traverser la cuisse avec le ghici. Il est placé à distance comme but , et l'offensé lui lance autant de ghicis qu'il en a à sa disposition : tant mieux pour le patient s'il est assez adroit pour les éviter tous. Les ghicis épuisés, la vengeance est assouvie; il ne se parle plus de rien, et la paix est faite.

Toutes les fois que l'offense s'adresse directement à un sauvage, à ses filles ou à ses petits-enfants, ou à l'honneur de sa femme, alors point n'est besoin de larmes ni de plaintes. Il se met tout d'abord à sauter, à faire des contorsions et à crier vengeance.

Lorsque deux particuliers qui se sont pris de querelles sont sur le point de se battre, ordinairement deux de leurs communs amis, comme de concert, l'un d'une part, l'autre d'une autre, courent après eux , et les prenant par les épaules, les étreignent fortement contre la poitrine, pendant que ceux-ci font tous leurs efforts pour se dégager et en venir aux armes. Après que l'offenseur et l'offensé se sont convaincus de l'inutilité de leurs efforts, on les laisse en liberté, et chacun retourne en paix à son feu. Beaucoup de combats sont évités grâce à ces interventions amicales.

Les petits garçons aussi combattent entre eux pour

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