CHAPITRE XI
Les Australiens éprouvent diverses maladies, lesquelles, par mauvais traitement , deviennent très-souvent mortelles. Pour la migraine, ils ont coutume de se tirer du sang ; et en ce cas ils se font avec des pierres tranchantes des incisions verticales au bras le plus voisin de la partie de la tête où ils sentent la douleur plus aiguë : c'est ce que pratiquent aussi sur le membre souffrant ceux qui ont des douleurs rhumatismales. Mais si le malade éprouve des douleurs d'entrailles , pour guérir il appelle à son secours quelque boglia^ ou médecin qui soit de ses amis. Celui-ci, après s'être informé du genre de maladie, fait étendre le malade par terre couché sur le dos ; et il lui met le pied sur l'estomac, en pesant dessus graduellement davantage. Ensuite il le fait se retourner la face contre terre, et répète la même opération sur l'épine dorsale. Puis, le replaçant tout de nouveau dans la première position , le boglia commence avec le pouce et l'index à lui presser le creux de l'estomac, d'abord assez doucement, puis violemment jusqu'à ôter la respiration au malade et lui faire jeter quelquefois des cris épouvantables. Traçant avec les mêihes doigts deux lignes dont la première part de l'épaule gauche à l'estomac, il s'arrête sur cette dernière partie comme pour en extraire quelque chose ; puis, tenant la main fermée et murmurant je ne sais quelles paroles , il
s'éloigne de vingt ou trente pas, et là il souffle fortement sur ses doigts jusqu'à trois ou quatre reprises ; souvent il fait par terre un trou, feignant d'y déposer un objet inconnu et mystérieux , qu'il n'est permis à personne de regarder, et le recouvrant il revient avec empressement vers le malade. Pour la seconde fois il recommence à tracer des lignes, mais cette fois de l'épaule droite à l'estomac ; et pour la seconde fois il retourne porter au loin et ensevelir le maléfice qu'il prétend avoir retiré de l'estomac du patient. Enfin il fait au malade des frictions sur toutes les parties du corps, particulièrement depuis les épaules jusqu'au bout des doigts, et depuis les cuisses jusqu'au bout des pieds , soufflant ensuite sur ses doigts ; et il réitère la même chose trois ou quatre fois sur chaque bras et chaque jambe. Pendant la longue durée de l'opération, chacun garde le plus profond silence, et seulement on entend de temps à autre les gémissements de quelque femme. Le boglia avec un sérieux et une gravité indescriptible, poursuit sa méthode de traitement et se met à sucer la peau du creux de l'estomac, de manière à y laisser comme la trace d'une ventouse. Ensuite il va un peu loin cracher la matière qu'on croit qu'il vient de sucer. Il réitère ce manège au moins cinq à six fois , montrant à la fin que c'est du sang qu'il vient d'extraire; il en fait du moins sortir de ses propres gencives; ou bien il feint d'avoir extrait de l'estomac du malade une petite pierre, laquelle, selon eux, avait engendré la maladie. Après tout cela, si le malade, anéanti, abattu, meurtri en tous sens, ne se trouve pas mieux, les femmes prolongent leurs lamentations, et quelque parent ou ami du défunt se transporte à l'instant dans les localités les plus lointaines où, d'après la renommée, réside le meilleur boglia. Le médecin en renom, venu de quarante milles et plus, réitère à peu près les mêmes ma-