BLESSURES
pour rophthalmie, laquelle, quoique assez incommode, ne dure en compensation que peu de jours. Néanmoins, s'ils viennent à être piqués par une mouche venimeuse dans le voisinage de Tœil, ils se tirent du bras quelque peu de sang et le versent dans l'intérieur de l'œil même qu'ils tiennent fermé pendant quelque temps : de cette manière, l'inflammation et la douleur diminuent peu à peu.
2. La dextérité des Australiens à extraire un ghicidn corps d'un blessé est vraiment portée au plus haut point. Sans léser le moins du monde aucun viscère, ils le font sortir de la longueur de quelques doigts, par le côté opposé à celui par lequel il est entré, potir lui enlever ainsi la pointe transversale dont il est armé, et le débarrasser de la gomme qui le recouvre. Ensuite le Retirant par le côté même, par où il était entré, ils enduisent de graisse les deux plaies, qui se referment merveilleusement, sans inconvénients ultérieurs et au bout de peu dé tènips. Je ne parle que de ce qui arrive quand un sauvage demeure transpercé jusqu'au milieu du corps par un de ces ghicis^ que j 'ai rangés dans la seconde classe ; car pour le cas où ce serait un ghici de la première, bu de la troisième espèce; le blessé n'a pas besoin de l'art d'autrui , parceqtie iiilmëdiatement il le retire de ses propres ipains et du même côté par où il est entré. De plus un Australieti traverse là cuisse et le bras d'un autre sans toucher aiix artères. Et ce n'est point effet du hasard; car Ils savebt très-biëri qtië s'ils commettent une erreur semblable, ils sont condamnés à un double coup de ghici. Cette loi île s'étend pas auxcotribattants. Si un sauvage est blessé par un ghici où toute autre arme, soit au bras, soit à la cuisse, ou à la jainbe, îl fait une forte ligature au-dessus et au-dessous de la blessure, avec de petitscordôiis de laine d'opossum, et cela peut-
être pour empêcher la circulation du sang. Le temps guérit ensuite toute ces blessures, qui parfois sont horribles à voir, à raison des nombreux insectes qui y fourmillent. Les Australiens ne connaissent pas la petite vérole, non plus que les maladies syphilitiques, ni beaucoup d'autres.
3. J'ai déjà fait observer qu'il n'y a pas pour un sauvage d'idée plus absurde que de regarder la mort comme un événement naturel, inévitable. Ils tiennent pour certain que si de méchants boglias ne tuaient pas leurs corps, ceux-ci seraient immortels comme leurs âmes. Ainsi la croyance à un pouvoir malfaisant dont ils supposent que certains hommes vivants peuvent user contre leurs semblables, constitue le sauvage en état de guerre continuelle, et moissonne sans* nombre d'innocentes victimes. Lorsque par accident, ou par des causes naturelles un sauvage vient à mourir, tous le croient tué par une boglia; car sous ce nom ils comprennent la maladie elle-même, qui lui est envoyée invisiblement par un autre sauvage quelle que soit la distance des lieux.
Par suite ils crient vengeance contre le prétendu homicide . Les moyens pour le découvrir sont divers. D'abord avant tout ils examinent si celui qui est mort avait jamais fait du mal à quelqu'un, par qui on puisse supposer qu'a été envoyée la boglia^ ou le maléfice ; et dans le cas affirmatif, l'offenseur désigné est tué sans rémission. De là vient que les sauvages qui connaissent cet usage barbare et destructeur, sont toujou!*s sur leurs gardes, quand ils aperçoivent des inconnus ou des visites inattendues ; et lorsqu'au milieu des bois ils rencontrent quelqu'un, on se met de part et d'autre en état de défense , ignorant si c'est un ami ou un ennemi.
Si on ne découvre aucune famille, ou aucun indi-